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Le retour du bitcoin ?

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Le retour du bitcoin ?

Après plusieurs mois de baisse, le bitcoin retrouve brusquement des couleurs. En cette seconde partie du mois d’août la première des cryptomonnaies a gagné plus de 10 %, franchissant à nouveau la barre des 70 000 dollars et retrouvant ses niveaux du début du mois de juin. Jeudi 20 août, il évoluait au-dessus de 72 000 dollars. Lors de la troisième semaine d’août, il a gagné près de 17 %. L’ether et les valeurs cotées liées aux actifs numériques ont accompagné le mouvement. Coinbase, Strategy ou encore Circle ont enregistré de fortes hausses à Wall Street.

Le bitcoin reprend des couleurs

Le cours du bitcoin est orienté à la hausse par la combinaison de trois facteurs : la perspective d’une réglementation américaine plus favorable aux actifs numériques, la détente momentanée des taux obligataires, après intervention de la Reserve fédérale, et un puissant mouvement de rachats de positions vendeuses.

Le mouvement intervient après une année particulièrement agitée pour les cryptomonnaies. L’élection de Donald Trump, en novembre 2024, avait été accueillie avec enthousiasme par les investisseurs. Le candidat républicain avait promis de faire des États-Unis la première puissance mondiale dans le domaine des actifs numériques et de rompre avec l’approche plus restrictive de l’administration précédente. Cette anticipation avait contribué à propulser le bitcoin jusqu’à un record supérieur à 126 000 dollars en octobre 2025. La correction qui a suivi a été importante. À la fin du mois de juin 2026, le bitcoin avait abandonné plus de la moitié de sa valeur par rapport à son sommet. Malgré son rebond d’août, il reste ainsi très éloigné de son record historique et affiche toujours un recul sensible depuis le début de l’année.

Son cours dépend toujours des flux financiers, du niveau des taux d’intérêt et de l’appétit des investisseurs pour le risque. Il est devenu en outre dépendant des annonces du Président américain.

« Clarity Act »

Mercredi 19 août, Donald Trump a réuni à la Maison-Blanche plusieurs responsables du secteur, parmi lesquels des dirigeants de Coinbase, Robinhood, Kraken et ICE, la maison mère du New York Stock Exchange, ainsi que les responsables des deux grands régulateurs financiers américains, la SEC et la CFTC. À cette occasion, le Président américain a demandé au Congrès d’avancer sur le « Clarity Act », texte qui doit clarifier la répartition des compétences entre ces deux autorités. Depuis plusieurs années, l’industrie américaine des cryptomonnaies réclame de savoir dans quelles circonstances un actif numérique doit être assimilé à un titre financier, relevant principalement de la SEC, ou à une matière première, placée davantage sous l’autorité de la CFTC. Le Clarity Act vise précisément à réduire cette zone grise juridique. Le texte a été adopté par la Chambre des représentants en juillet 2025 par 294 voix contre 134, amis depuis, son parcours est bloqué au Sénat. L’administration de Donald Trump entend créer un cadre permettant aux banques, aux gestionnaires d’actifs et aux entreprises technologiques américaines de développer des produits reposant sur la blockchain et la tokenisation. La SEC s’inscrit déjà dans cette évolution. Son président, Paul Atkins, a inscrit dans le programme réglementaire de 2026 la volonté de faciliter les levées de capitaux utilisant des cryptoactifs et de clarifier les règles applicables à leur conservation et aux titres financiers tokenisés.

Le retour du bitcoin
Le retour du bitcoin

Donald Trump souhaite également aller plus loin en faisant du bitcoin un actif stratégique pour les États-Unis. Dès mars 2025, il avait créé par décret une « Strategic Bitcoin Reserve ». Celle-ci est notamment alimentée par les bitcoins saisis par les autorités fédérales dans le cadre de procédures judiciaires. Le décret prévoit également que les ministères du Trésor et du Commerce puissent élaborer des stratégies permettant d’acquérir des bitcoins supplémentaires, à condition que ces opérations soient neutres pour le budget fédéral et n’entraînent pas de coût supplémentaire pour le contribuable. La perspective de nouveaux achats publics est évidemment appréciée par le marché. Elle introduirait un acteur supplémentaire du côté de la demande dans un univers où le nombre total de bitcoins est plafonné à 21 millions. Elle est également symbolique. Pendant longtemps, les cryptomonnaies se sont développées dans une logique de défiance vis-à-vis des États et des banques centrales. Vingt ans après la crise financière, le bitcoin pourrait paradoxalement devenir un actif détenu par l’État fédéral américain. L’institutionnalisation serait alors presque complète.

Les annonces de Donald Trump n’expliquent qu’une partie du mouvement observé cette semaine. Le bitcoin reste un actif très sensible aux conditions monétaires et financières internationales. Or, presque simultanément aux déclarations de Donald Trump, le Trésor américain a annoncé une augmentation de ses rachats d’obligations de long terme. Cette décision a momentanément détendu les rendements obligataires américains et favorisé les actifs risqués. Le lien peut sembler paradoxal pour un actif parfois présenté comme une alternative aux monnaies traditionnelles. Dans les faits, depuis plusieurs années, le bitcoin se comporte fréquemment comme un actif financier à duration élevée. Il profite de la baisse des taux réels, de l’abondance de liquidités et de la faiblesse du dollar, et souffre lorsque les rendements obligataires augmentent fortement. Son intégration croissante à la finance traditionnelle a même tendance à renforcer cette relation.

Le jeu des paris sur les cours

Enfin, de nombreux investisseurs avaient parié sur une poursuite de la baisse du bitcoin. La brusque remontée des cours les a contraints à fermer leurs positions. Or, pour déboucler une position vendeuse, il faut racheter l’actif qui avait été vendu. Le mécanisme a créé un classique « short squeeze » : la hausse provoque des rachats forcés qui alimentent eux-mêmes la hausse. Environ 2,7 milliards de dollars de positions vendeuses auraient ainsi été liquidés sur l’ensemble du marché des cryptomonnaies en l’espace d’une journée.  Cette donnée invite également à ne pas extrapoler trop rapidement le mouvement. Une fois les positions vendeuses liquidées, le marché doit trouver de nouveaux acheteurs pour prolonger son ascension.

Le véritable enseignement de cet épisode dépasse donc le passage du bitcoin de 60 000 à plus de 70 000 dollars. Depuis quinze ans, les cryptomonnaies oscillent entre deux mondes. Elles sont nées avec l’ambition de créer un système financier échappant aux banques, aux banques centrales et aux États. Elles dépendent aujourd’hui de plus en plus des décisions du Trésor américain, de la réglementation de la SEC, des ETF proposés par les grands gestionnaires d’actifs et, désormais, des choix stratégiques de la Maison-Blanche. Cette évolution pourrait réduire à terme certains des risques réglementaires qui ont longtemps pesé sur le secteur. Elle ne fera pas disparaître pour autant sa volatilité. Le bitcoin demeure un actif dépourvu de flux de revenus permettant d’établir une valorisation fondamentale comparable à celle d’une action ou d’une obligation. Son cours reste donc largement déterminé par les anticipations de demande. Le rebond du mois d’août traduit ainsi moins le début assuré d’un nouveau cycle haussier que le changement de nature du marché des cryptomonnaies. Après l’époque des pionniers et celle de la spéculation effrénée, s’ouvre celle de l’institutionnalisation. Les États-Unis ont clairement décidé d’en être un des principaux acteurs. Reste à savoir si cette normalisation réduira la volatilité du bitcoin ou si elle permettra simplement à ses traditionnels mouvements de balancier de s’exercer sur un marché devenu beaucoup plus important.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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