Quitte ou double pour l’Europe

Quitte ou double pour l’Europe

Avant l’épidémie, la France ainsi que les autres pays européens étaient en souffrance. Le vieux continent peinait de se relever de la crise des subprimes et de celle des dettes publiques. L’Union européenne était devenue une zone de basse pression politique minée par l’absence de projet et devant faire face à la sécession d’un de ses membres les plus importants. La récession frappait déjà la porte au début de l’année 2020 avant de devenir une réalité avec la survenue de l’épidémie. 

L’Europe s’est ankylosée au début de ce siècle, la chute du mur de Berlin et de l’URSS ayant laissé entrevoir l’illusion d’un nouvel éden. Au nom de la fin supposée de l’histoire, les Européens pouvaient se partager les gains de la paix retrouvée. La succession des crises, le problème des migrations, le retour de l’extrémisme religieux ont été subis, l’Europe servant pour les uns et les autres de bouc-émissaire jusqu’à devenir honnie par une part non négligeable de la population.

L’Europe à la peine

Le rejet du Traité constitutionnel par la France qui en était pourtant à l’origine et les Pays-Bas a sonné le glas de la construction européenne initiée par ses pères fondateurs à partir des années 1950. 

Initialement placée sous le parapluie américain, elle n’a pas réussi à s’émanciper en raison des divergences des Etats membres et par confort.

Le retour de la Chine dans le concert des grandes nations n’a pas provoqué de réelles réactions, les gouvernements laissant à Washington le soin d’assurer la suprématie occidentale. Dans le passé, les grandes épidémies ont toujours été des révélateurs et des accélérateurs de tendance. La Peste noire qui frappa l’Europe au XIVe ébranla fortement le système féodal et favorisa la productivité agricole en raison de la disparition d’une partie de la main d’œuvre. L’épidémie de choléra en 1832 en France et dans le reste de l’Europe conduisit à l’assainissement des grandes villes. Les années qui suivirent furent marquées par d’importants progrès techniques. 

Après la Première Guerre mondiale et la grippe espagnole de 1918/1920, les pays occidentaux s’engouffrèrent dans les années folles, alliant croissance et légèreté. La crise de 1929, le nationalisme et le protectionnisme mirent fin tragiquement à cette période.

Les lois du passé deviennent obsolètes 

Par leur violence, par leurs effets économiques, sociaux et psychologiques, les épidémies entraînent des ruptures dans les modes de pensée. Les lois du passé deviennent obsolètes ouvrant de nouvelles perspectives inédites à l’innovation. 

Face à la concurrence de la Chine, l’Occident – les Etats-Unis en tête – tente un coup de poker en mettant sur la table des milliers de milliards de dollars afin de renouer avec une croissance, seule capable de financer un système social avancé. Le pari ne peut être gagné que si cette débauche d’argent débouche sur un renouveau de l’offre, faute de quoi elle pourrait être un chant du cygne.

Eureka ? 

Pour l’Europe, le défi est de première importance après plusieurs décennies de désindustrialisation et de rejet, sous couvert de principe de précaution du progrès technique. Les Etats européens ont une ardente obligation de peser sur les évènements afin de renouer avec l’histoire. La décarbonation de l’économie, la maitrise des techniques de l’information, les biotechnologies sont autant de domaines où l’Europe doit être présente, comme l’avaient fait en 1985 François Mitterrand et Helmut Kohl en lançant des plans Eureka. 

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