Pétrole, gaz, un grand chamboulement géopolitique en vue ?

Pétrole, gaz, un grand chamboulement géopolitique en vue ?

La Russie dépend de la rente pétrolière au même titre que les pays du Moyen-Orient. L’énergie et les matières premières sont au cœur du système économique russe. Ces vingt dernières années, elles ont fourni plus de 4 000 milliards de dollars de recettes d’exportation. Cette rente finance le train de vie de nombreux oligarques et les prestations sociales dont bénéficient une grande partie de la population.

Les sanctions et les menaces d’embargos frappent en premier lieu l’Europe qui, à défaut de trouver de nouveaux fournisseurs, pourrait subir des pénuries inédites d’énergie d’ici l’automne prochain. Les dernières datent de 1973 quand l’OPEP avait décidé de fermer les robinets de pétrole aux États qui soutenaient Israël. Dans les prochains mois, le marché du pétrole et du gaz sera tendu.

La revanche du pétrole

L’endommagement en Asie centrale d’un oléoduc par une tempête et l’attaque par des rebelles houthis soutenus par l’Iran de plusieurs installations énergétiques saoudiennes ont provoqué une hausse de plus de 10 % des cours à la fin du mois de mars. Tous les gouvernements cherchent du pétrole et du gaz et en oublient les impératifs de la transition énergétique.

Les Occidentaux font pression sur Saudi Aramco, la plus grande compagnie pétrolière du monde afin qu’elle augmente sa production. Elle est censée à cet effet d’accroître ses investissements à 40-50 milliards de dollars par an. L’administration Biden a même tenté d’amadouer Nicolás Maduro, le Président vénézuélien, pour que le pays de ce dernier réinvestisse le marché du pétrole. Le Venezuela qui détiendrait les plus grandes réserves de pétrole non exploitées était, en 2005, à l’origine de près de 5 % des exportations mondiales de pétrole avant d’être soumis à des embargos.

Le retour du nucléaire

Dans le schéma actuel, l’Union européenne espère être indépendante de la Russie d’ici 2030, ce qui suppose le doublement de la production des énergies renouvelables ainsi qu’un recours à de nouvelles sources de gaz et de pétrole. Le nucléaire qui après Fukushima avait été banni retrouve quelques intérêts tant comme moyen de décarbonation de la production d’énergie qu’au nom de l’indépendance économique. La France prévoit de construire six nouvelles centrales. Le 21 mars dernier, la Grande-Bretagne a annoncé qu’elle construirait une nouvelle génération de réacteurs.

Les rapports de force géopolitiques pourraient donc accélérer la transition énergétique. Celle-ci pourrait néanmoins entrainer de nouvelles dépendances. Au niveau mondial, dix Etats assurent plus de 75 % des exportations des métaux verts tels que le cuivre et le lithium indispensables pour les énergies renouvelables. Du fait de l’épuisement de certains gisements de pétrole ou de gaz en Occident et de l’arrêt de l’investissement des entreprises européennes ou américaines dans ce secteur, la part de marché de l’OPEP et de la Russie passera de 45 % à 57 % d’ici 2040.

nucléaire

La nouvelle rente des métaux « verts »

Les États africains producteurs de pétrole qui dépendent des investissements occidentaux pour leurs infrastructures pourraient enregistrer de fortes baisses de production avec des risques politiques et sociaux à la clef.

A contrario, des États dotés de fortes ressources en métaux verts devraient bénéficier d’une nouvelle rente. D’ici 2040, ce marché pourrait s’accroître de 1 000 milliards de dollars. Pour le Congo, la Guinée ou la Mongolie, l’afflux pourrait modifier en profondeur leur économie. Ces pays devraient créer des fonds souverains pour gérer leur nouvelle rente. Un code international pourrait être institué afin de garantir des relations équilibrées entre producteurs et consommateurs.

Quoi qu’il en soit, l’augmentation des prix devrait conduire à d’importants investissements et à une prospection assidue au sein de nouveaux pays. Au Pakistan, une entreprise canadienne, Barrick, a décidé d’investir 10 milliards de dollars dans une mine de cuivre. Tesla, qui utilise de nombreux minéraux pour fabriquer des voitures électriques, développe de nouveaux modèles de batteries. Cette société a conclu un accord d’approvisionnement avec la Nouvelle-Calédonie qui possède un dixième des réserves mondiales de nickel. Pour réduire la dépendance au gaz et au pétrole, des innovations sont prévisibles. De nouveaux types de petits réacteurs nucléaires sont ainsi prévus. La filière hydrogène devrait également bénéficier d’investissements supplémentaires.

Auteur

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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