Olive, Citizen Kane et un canard enroué : Rencontre matinale pour un deal littéraire

Olive, Citizen Kane et un canard enroué : Rencontre matinale pour un deal littéraire

Le rendez-vous a été fixé près du ponton du Bois de la Cambre. L’étendue d’eau est glacée. La brume se dissipe mollement en un lever de rideau diaphane que percent les timides rayons du soleil de Novembre. Un canard enroué s’époumone  à distance respectable d’un chien blanc  court sur patte qui le nargue depuis la berge humide. C’est le monde à l’envers. Le canard qui tente d’impressionner le chien. Il y a décidément quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce monde confiné. Si Olive le Bouledogue français le plus connu de Bruxelles est là, c’est que son maître n’est pas loin ! 

Fabien est à l’heure (le rédacteur en chef du site lesfrancais.press). On sent  un sourire engageant poindre à ses lèvres derrière le masque. On va parler littérature autour d’un café à emporter. Un food truck voisine une clairière calme.  Les éternuements bruyants d’un joggeur possiblement contaminé ne parviennent pas à perturber la quiétude de la conversation.  Le canard enroué a rendu les armes et barbotte à distance respectable d’Olive qui fait semblant de chercher des truffes au pied d’un grand chêne immobile. Fabien me fait un résumé de son parcours de vie et de ses projets de presse, lui le citizen Kane ayant navigué entre les deux rives du Quiévrain avec bonheur. Nous discutons à moins de deux mètres cinquante l’un de l’autre, la prise de risque Covidienne est mesurée. A 9h du matin il est parfaitement rafraichissant d’oublier  la politique un instant, la côte mal taillé du dernier gouvernement belge et les projets sécuritaires d’Emmanuel Macron. Le café est aussi brulant que mon envie de collaborer avec lesfrancais.press. 

Le deal est donc conclu rapidement. `

Carte blanche à la littérature dans les colonnes de Francais.press

Carte blanche m’est donnée chaque mois pour tenir la rubrique littéraire. Avec un focus sur le livre du mois qui fera l’objet d’une discussion collective dans le club de lecture destiné à devenir le plus couru de tout Bruxelles. Un article illustrera également mes coups de coeur littéraires du moment.

Olive se campe près du canard et lève la patte arrière en aspergeant une bûche abandonnée d’un long jet d’urine. Provocation évidente. Le canard rameute illico ses congénères qui froncent de l’oeil et agitent des plumes menaçantes. La clairière est cernée. Ils sont une dizaine à entonner ce qui constitue probablement des slogans guerriers en langue canard. On se croirait à Fort Apache.

Il est donc temps de filer pour éviter le drame. Fabien a bien du mal à empêcher Olive de sauter au milieu du cercle des canards enragés. Le bouledogue français partage avec le gaulois réfractaire ce tempérament de matamore plein de panache qui lui fait ignorer le danger.  

Ma première chronique peut donc commencer. 

Un polar passionnant sur les origines de l’islamisme

Le chien Olive a fait une erreur grossière. Partir à la guerre contre plus nombreux que lui en oubliant la saine pratique de la taqîya, cet art de la dissimulation pratiqué par les islamistes quand ils n’ont pas le dessus au combat.

Vous en avez assez d’entendre parler d’islamisme et de terroristes sur BFM sans jamais approfondir le sujet ? Alors précipitez-vous sur « La guerre est une ruse » de Frédéric Paulin. Une phrase tirée du Coran qui illustre parfaitement la taqîya.

Ce polar finement documenté retrace les origines de l’islamisme terroriste en France. Trente ans d’histoire tumultueuse depuis  les années noires algériennes et l’importation de cette guerre sans nom dans l’hexagone.  L’itinéraire meurtrier d’un Khaled Kelkal en est la parfaite illustration. Le romancier, un ex professeur d’histoire-géo,  a sans doute fréquenté de près les diplomates et la DGSE :  Il met en scène la quête de vérité de Tedj Benlazar, un agent à la réputation sulfureuse en poste auprès de l’Ambassade de France à Alger. Face à une hiérarchie militaire incrédule, Benlazar dévoile la connivence existant entre les généraux algériens et les maquis terroristes du GIA. Entre manipulations en tout genre et assassinats collectifs d’innocents, le polar baigne dans une atmosphère de cynisme politique et de brutalité. Il rappelle le James Ellroy d’American Tabloïd pour la densité du récit mêlant personnages historiques et héros  de fictions désabusés et solitaires. 

Les lectrices et lecteurs ambitieux pourront s’atteler aux deux tomes suivants, « prémices de la chute » et « la fabrique de la terreur » qui reviennent sur la préparation du 11 septembre et  les attentats de Paris de 2015.  Une trilogie pour plonger au racines de l’islamisme dans le sillage de ces hommes de l’ombre de la DGSE qui mènent une guerre sans pitié contre l’hydre tentaculaire du terrorisme. Palpitant et instructif.

Faire du Yoga avec Emmanuel Carrère ? 

Pour les adeptes d’aventures plus introspectives, comment échapper en cette fin d’année au dernier Emmanuel Carrère, « Yoga » ? L’auteur d’auto-fictions, gros vendeur et bête médiatique,  s’est affiché partout  cet automne. Une présence insistante au point qu’une polémique éclate avec son ex-épouse qui lui reproche d’avoir utilisé contre son grès certains épisodes de sa vie.

Il faut dire que « Yoga » n’échappe pas à la traditionnelle mise à nue de l’auteur qui après avoir évoqué dans son précédent opus, « Royaume » (2014),  sa foi catholique et les origines du christianisme, va discourir longuement sur sa passion du Yoga. Un récit en apparence éthéré qui va vite emprunter des chemins de traverse entre perte brutal d’un ami et moment de crise existentielle profonde. Ce livre à tiroirs sera apprécié par les aficionados de Carrère mais pourrait désorienter ceux qui viendront à lui pour la première fois. Je conseille d’y préférer alors « d’autres vies que la mienne » (2009) et « Limonov » (2011) comme portes d’entrées littéraire plus accessibles vers son oeuvre.

Et si le Yoga ne vous satisfait pas pour trouver la paix de l’âme, achetez un chien ! Même si Olive n’est pas à vendre, pas de méprise !

Et du côté de la « non fiction » me direz-vous ? 

Les mémoires vives d’Edward Snowden, héros de la liberté

Je vous conseille de vous procurer rapidement « Mémoires vives » d’Edward Snowden qui vient de sortir en poche. Comment un simple américain moyen, Geek et patriote, va devenir le plus célèbre lanceur d’alerte du monde ? Abasourdi par la découverte du système d’écoutes et d’espionnage massif des USA  il décide d’en révéler l’existence jusque là secrète. On découvre l’itinéraire de ce jeune passionné d’électronique qui n’hésite pas à démonter sa première console de jeux pour comprendre son fonctionnement. Celui qui devient vite un génie de l’informatique grâce à une sagacité et une curiosité exceptionnelles fait tout pour s’engager dans l’armée après le 11 septembre afin de servir son pays et de le défendre de son mieux. La suite ? Vous la découvrirez dans cette autobiographie qui se lie comme un roman et vous emportera aux côtés de ce héros des temps modernes et de ses paradoxes :  individualiste mais soucieux du bien commun, adepte de la maitrise des technologies les plus pointues mais conscient des conséquences de leur usage sur les libertés publiques. 

Ceci dit, grâce au système d’espionnage massif américain, si un jour Olive se perd dans les rues de Bruxelles on pourra facilement le retrouver 🙂

Humour et second degré avec « Bienvenue chez les Gaulois »

Non-fiction toujours, du côté des auteurs indépendants, un ouvrage humoristique commis par  Gaspard Chevallier qui s’emploie à explorer tous les clichés qui concernent notre beau pays à travers son « Bienvenue chez les Gaulois ». Vous y découvrirez que « les Français sont ces gens impossibles qui répètent qu’impossible n’est pas français » comme le disait le regretté Robert Sabatier. Un pays rebelle, amoureux de l’amour et de l’humour, volontiers moqueur de ses voisins (Britanniques et Belges sont ainsi gentiment malmenés dans l’ouvrage) pour un livre qui fait sourire de bout en bout qu’on soit expatrié, comme l’auteur installé au Royaume-Uni,  ou qu’on ne le soit pas.

Je reste à votre disposition pour toute demande de conseil ou d’information sur le mail litterature@lesfrancais.press

Boris Faure

Boris Faure vit à Bruxelles depuis 2011 après avoir résidé à Varsovie (2006-2011) et à Albion (ile Maurice) (2002-2006). Il est en poste au syndicat UNSA où il est chargé des questions internationales et européennes pour les personnels exerçant hors de France. Elu consulaire en Belgique pour le PS, il eut aussi la charge de premier secrétaire de la fédération des Français de l’Etranger de 2012 à 2018.

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