Novembre n’est plus seulement le mois qui annonce l’approche de l’hiver dans l’hémisphère nord, ou le retour des beaux jours dans le sud. C’est désormais le mois de la moustache. Le mouvement Movember, contraction de « Mo » (moustache en argot australien) et de « November », s’est imposé comme le rendez-vous incontournable de la sensibilisation à la santé masculine. Pour les Français de l’étranger, dispersés aux quatre coins du globe, c’est une occasion unique de se joindre à un effort de solidarité internationale, de tisser des liens dans leur pays d’accueil et de briser les tabous. Que vous soyez installé à Londres, Montréal, New York ou Singapour, voici tout ce que vous devez savoir sur ce mouvement et comment agir concrètement.
De la blague entre amis au phénomène mondial : l’ascension de Movember
Il est souvent fascinant de constater comment les plus grandes initiatives mondiales naissent d’idées simples. L’histoire de Movember commence en 2003, dans un pub de Melbourne en Australie. Deux amis, Travis Garone et Luke Slattery, se lancent un défi : remettre la moustache au goût du jour. Ils convainquent 30 amis de se laisser pousser la « Mo » pendant 30 jours. L’année suivante, conscients de l’impact visuel de leur démarche, ils décident de lier ce défi à une cause qui manque cruellement de visibilité : le cancer de la prostate. La Movember Foundation est née.
Très vite, le mouvement dépasse les frontières océaniennes. Dès 2007, il s’exporte en Nouvelle-Zélande, au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni. En France, Movember commence à véritablement faire du bruit en 2012, soutenu par des associations locales, des clubs sportifs (notamment dans le milieu du rugby) et des entreprises. Comme l’a déjà souligné Lesfrancais.press, porter la moustache en novembre est devenu un véritable acte solidaire. C’est un panneau publicitaire ambulant qui suscite la conversation et permet d’aborder des sujets graves avec légèreté.
Aujourd’hui, l’association rassemble plus de 6 millions de « Mo Bros » et « Mo Sistas » dans plus de 20 pays. Elle a permis de récolter des centaines de millions d’euros, finançant directement plus de 1 250 projets de recherche médicale et d’accompagnement psychologique à l’échelle mondiale. Pour la diaspora française, participer à Movember est un formidable vecteur d’intégration : la santé masculine ne connaît ni frontières, ni barrières linguistiques.
Les maux derrière la moustache : comprendre les combats de Movember
Si la moustache fait sourire, les chiffres de la santé masculine, eux, sont alarmants. En moyenne, les hommes meurent plusieurs années avant les femmes, pour des raisons en grande partie évitables. L’action de Movember cible principalement trois grands fléaux.
Le cancer de la prostate : le plus répandu chez les hommes
Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme dans de nombreux pays développés, y compris en France où l’on recense des dizaines de milliers de nouveaux cas chaque année. L’épidémiologie mondiale montre une prévalence particulièrement élevée en Amérique du Nord, en Europe du Nord et de l’Ouest, mais l’Afrique enregistre également une hausse préoccupante des diagnostics tardifs. L’âge (principalement après 50 ans) et les antécédents familiaux sont les facteurs de risque majeurs. Grâce aux fonds levés, la recherche avance à grands pas, notamment sur l’amélioration des tests de dépistage (comme le dosage du PSA) et le développement de thérapies ciblées qui limitent les effets secondaires lourds, améliorant considérablement la qualité de vie des survivants.

Le cancer des testicules : le fléau des jeunes hommes
Moins médiatisé, le cancer des testicules est pourtant le cancer le plus courant chez les jeunes hommes âgés de 15 à 35 ans. Bien que le taux de guérison soit extrêmement élevé (souvent supérieur à 95 % si pris à temps), le manque de sensibilisation entraîne parfois des diagnostics tardifs. Movember milite activement pour l’auto-palpation régulière. La fondation finance des initiatives mondiales pour partager les données cliniques, permettant aux chercheurs d’identifier pourquoi certains patients font des rechutes et d’adapter les protocoles de chimiothérapie.
Santé mentale et prévention du suicide : l’urgence silencieuse
C’est peut-être le combat le plus complexe du mouvement. Selon des données récentes publiées par Futura Sciences et confirmées par l’OMS, plus de 1,2 milliard de personnes souffrent de troubles psychiatriques ou de problèmes de santé mentale dans le monde. Or, face à la détresse psychologique, les hommes sont de mauvais élèves : pression sociale, stéréotypes liés à la virilité, difficulté à exprimer leurs émotions… Les conséquences sont tragiques. À l’échelle mondiale, un homme se suicide chaque minute. Trois suicides sur quatre sont le fait d’hommes. Movember investit massivement dans des programmes communautaires et numériques visant à aider les hommes à tisser des liens sociaux solides, à parler de leurs difficultés et à déconstruire le mythe de la « masculinité toxique » qui les empêche de demander de l’aide.
Français de l’étranger : les actions phares
S’engager dans Movember lorsqu’on est expatrié est d’une simplicité enfantine. Il suffit de s’inscrire sur la plateforme mondiale, de créer son « Mo Space », et de choisir son défi. Mais au-delà de la récolte de dons en ligne, l’aspect communautaire est essentiel. Voici quelques actions et événements concrets (prévus ou inspirés des rassemblements annuels, à des dates postérieures au 03/11) auxquels les expatriés peuvent se joindre cette année :
Le challenge « Move » (Partout dans le monde)
Pas envie de porter la moustache ? Optez pour le défi « Move ». L’objectif : parcourir 60 kilomètres au cours du mois (en courant, en marchant ou à vélo), en hommage aux 60 hommes que nous perdons chaque heure dans le monde par suicide. C’est un défi individuel ou par équipe d’entreprise, parfait pour les expatriés travaillant dans de grands groupes internationaux.
Au Royaume-Uni : Les fameux « MoRuns »
Si vous résidez outre-Manche, la culture caritative est extrêmement ancrée. À partir de la deuxième semaine de novembre, de nombreux événements sont organisés.
- MoRun London (Battersea Park) : Prévu le dimanche 15 novembre, c’est l’un des événements les plus festifs. Des milliers de coureurs arborant de fausses (ou vraies) moustaches se réunissent pour des courses de 5k, 10k et même des semi-marathons.
- Pub Quizzes Movember : À partir du 10 novembre, de nombreux pubs de Londres, Manchester ou Édimbourg organisent des soirées quiz dont les frais d’entrée sont reversés à la Movember Foundation.

En Amérique du Nord : Le sport et la communauté à l’honneur
Le Canada et les États-Unis figurent parmi les plus gros contributeurs mondiaux du mouvement.
- Au Canada (Montréal et Toronto) : Le réseau francophone est très actif. Le jeudi 12 novembre, des défis collectifs comme le Mo Let’s Go (marches urbaines et séances de fitness collectives) sont prévus dans les parcs de Montréal. Les galas de charité « Shave Down » (où l’on rase publiquement des barbes de plusieurs mois pour entamer la pousse de la moustache) se tiennent régulièrement dans la première quinzaine du mois.
- Aux États-Unis (New York / San Francisco) : Les clubs d’expatriés français, comme les équipes de football ou de rugby locales (ex: le Rugby Club New York), organisent des tournois de charité. Rendez-vous notamment le week-end du 14-15 novembre pour des matchs de gala où les dons remplacent le prix des billets.
En Asie-Océanie : Retour aux sources
En Australie, berceau de Movember, le mouvement est une véritable institution.
- Sydney et Melbourne : Autour du 20 novembre, les célèbres rassemblements sur les plages (comme Bondi Beach) prennent la forme de cours de surf géants de sensibilisation ou de barbecues communautaires. Les expatriés français peuvent facilement s’y greffer, notamment via les réseaux « French in Sydney ».
Et en France ?
Pour ceux qui rentrent au pays ou qui encouragent leurs proches restés dans l’Hexagone, la mobilisation bat son plein en milieu de mois. Des courses solidaires, comme les célèbres « courses des Bacchantes » (souvent le 11 novembre, jour férié), permettent de courir à Paris ou en province (Toulouse, Reims, Montpellier) pour récolter des fonds pour la recherche sur le cancer de la prostate.
Le mouvement Movember nous rappelle que prendre soin de sa santé, et de celle de ses amis, est l’acte le plus courageux qui soit. Que vous décidiez de laisser pousser vos poils, de chausser vos baskets ou simplement de faire un don en ligne depuis votre pays d’expatriation, chaque action compte. Le message est simple : parlez-en.







Laisser un commentaire