Une étude récente du ministère de la culture indique que les librairies françaises à l’étranger sont en difficulté. Derrière leur rôle évident en matière de promotion de la francophonie ces lieux de vente de livres sont aussi d’authentiques vitrines de la culture française. Mais elles doivent se battre pour exister. Si elles sont aujourd’hui 291 dans 80 pays l’existence de certaines de ces lieux est mise en péril : coûts d’approvisionnement élevés, concurrence agressive des plateformes de vente en ligne et difficulté des libraires à se rémunérer décemment. Vendre des livres n’est pas tout à fait un métier comme les autres, surtout dans un contexte de mutation du marché : Les librairies françaises à l’étranger, entre passion et adaptation.
La fragile économie du livre français à l’étranger
Lieux emblématiques des centres villes, cocons littéraires où l’on va écouter le dernier auteur à la mode un verre de vin à la main, les librairies françaises sont généralement bien identifiées de leur lectorat. Les libraires font preuve d’inventivité pour attirer un public exigeant qui vient musarder entre les rayonnages et chercher de précieux conseils de lecture : Rayon jeunesse ou thématique, invitations d’autrices et auteurs consacrés ou à découvrir, petits lieux de restauration, les librairies françaises sont souvent des lieux vivants et animés. 90 % d’entre elles indiquent avoir une autre offre de service en plus de la vente de livres.
« La librairie de Berlin s’adresse à un public francophone ET francophile »
Patrick Suel, responsable de la librairie Zadig de Berlin
Souvent la vente de boissons ou de café arrive en tête des réponses. Mais l’économie de ces établissements demeure fragile. Parmi les répondants qui ont participé à l’étude lancée par le ministère, une très large majorité soit 73% s’approvisionnent auprès des principaux diffuseurs, distributeurs français. Il existe donc une grande dépendance au marché hexagonal pour ces librairies de l’étranger qui sont traitées comme les librairies hexagonales pour les remises. Celles-ci sont comprises entre 31 et 35 % du prix du livre.
Des petites structures légères autour d’équipes réduites
Autrement dit, pas de cadeaux pour ces libraires d’outre-frontières. Sans surprise les libraires qui ont répondu à l’étude indiquent que les coûts de transport sont LA donnée majeure de l’économie de leur entreprise. Point positif, la moitié d’entre eux ont constaté que les « droits de retour », cette possibilité de retourner les livres à l’éditeur, se sont assouplis ces dernières années. Mais les contraintes pesant sur la vente de livre en français expliquent cependant des prix plus élevés : 51% des libraires considèrent que nos livres sont plus chers à l’évidence que leurs concurrents anglo-saxons.

Les géants de la vente en ligne sont évidemment les principaux concurrents de ces librairies. 63 % des libraires indépendants ont mis en place leur propre service de vente en ligne et répondent donc à la modification des habitudes d’achat puisqu’une majorité de lecteurs ne se déplace plus pour commander un livre. Point étonnant de l’étude et alors que les librairies sont à 96 % situées dans des villes où se situent des institutions françaises (Ambassades, consulats, instituts ou alliances françaises) un tiers indique n’avoir que peu ou pas de communication commune en ce qui concerne l’organisation d’évènements culturels. Un point à corriger pour un travail en concertation plus systématique.
Ces librairies demeurent des structures légères qui pour 71 % d’entre elles ont moins de 100 mètres carrés de surface et les libraires sont seuls ou entourés de toutes petites équipes de trois employés au maximum.

Mais moins de 51 % seulement des répondants arrivent à se rémunérer et seulement 24 % à la hauteur de leurs besoins. Le métier reste ce que l’on nomme pudiquement un métier passion, c’est à dire une activité où l’on ne compte pas ses heures et où l’on arrive que trop rarement à s’enrichir. L’amour des livres et la sensation de le transmettre à autrui sont sans doute la plus belle des rétributions symboliques.
Rencontre avec un libraire français à Berlin
C’est avec un de ces passionnées de livres que nous avons pu échanger ; A la tête de la librairie Zadig de Berlin, Patrick Suel nous explique les enjeux du métier.
Lesfrancais.press : « La librairie de Berlin s’adresse à quel type de public et comment assurez vous l’équilibre de ses comptes ? »
Patrick Suel : « Un public francophone ET francophile, de la francophonie et pas seulement. L’équilibre des comptes est établi avec nos propres ressources (Budgets de communication exceptés, et ayant bénéficié de quelques dispositifs de subventions du CNL à quelques moments cruciaux, commerce établi depuis 23 ans oblige) ».
Lesfrancais.press : « ce métier passion est-il de plus en plus difficile ? Le public plus exigeant a l’heure des plateformes de vente en ligne ? »
Patrick Suel : « A part la marge insuffisante qu’octroient les distributeurs, ce métier n’est pas plus difficile que tous les autres, au temps de mutations que nous vivons. (Frais d’approche et transport en dérégulation chronique, besoin de ressources culturelles accru, pouvoir d’achat oscillant du public pour l’achat de livres, en regard des autres fournitures essentielles) ».
« Ce métier n’est pas plus difficile que les autres »
Patrick Suel, responsable de la librairie Zadig de Berlin
Lesfrancais.press : « La question du transport des livres est cruciale. Comment fonctionnez-vous pour contenir les coûts ? »
Patrick Suel : « En répercutant le coût du transport sur le prix des livres, comme on se doit de faire : la clientèle ne rechigne pour l’instant pas, prisant fort notre sélection ».
Lesfrancais.press : « Votre politique d’événement est-elle la clé de votre succès ? »
Patrick Suel : « Oui sans doute, et le cœur que nous y mettons. Nous pensons dans tous les cas que c’est le seul format viable pour un commerce de livres, dans un futur proche comme lointain ! » Quand on écoute les professionnels du livre la réalité de la vente à l’étranger est certes plus nuancée que les conclusions alarmistes de l’étude du ministère. Des solutions sont trouvées pour faire vivre ces lieux qui tous parient sur une politique d’évènements dynamique pour renouveler leur public et assurer le rayonnement de leurs activités.
Étude sur la situation économique des librairies françaises de l’étranger du ministère de la Culture
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Boris Faure est l'ex 1er Secrétaire de la fédération des expatriés du Parti socialiste, mais c'est surtout un expert de la culture française à l'étranger. Il travaille depuis 20 ans dans le réseau des Instituts Français, et a été secrétaire général de celui de l'île Maurice, avant de travailler auprès des Instituts de Pologne et d'Ukraine. Il a été la plume d'une ministre de la Francophonie. Aujourd'hui, il collabore avec Sud Radio et Lesfrancais.press, tout en étant auteur et représentant syndical dans le réseau des Lycées français à l'étranger.























