L'exécutif sous pression en France !

L'exécutif sous pression en France !

A l'Assemblée nationale mercredi, l'audition d'Edouard Philippe et du ministre de la Santé Olivier Véran par une quarantaine de députés a marqué le début d'une longue séquence de questionnements. La séance, qui a duré plus de trois heures et s'est déroulée dans une ambiance relativement apaisée, donnait le coup d'envoi de la mission d'information sur le coronavirus. Une mission d'information, "pas un tribunal de l'inquisition", avait cru bon de préciser plus tôt mercredi l'occupant du Perchoir, Richard Ferrand.

Mise en bouche pour le Premier ministre, avant une nouvelle batterie de questions ce jeudi, qui cette fois n'ont pas vocation à être diffusées. Edouard Philippe consulte dans la matinée les chefs de partis politiques en visioconférence depuis Matignon. La quatrième "rencontre" de ce type depuis le début de la crise sanitaire liée à la propagation du coronavirus. Dans les rangs de l'exécutif, on appelle à l'unité nationale depuis le début de la crise sanitaire afin de faire face au coronavirus.

Pourtant, critiques et polémiques se sont multipliées ces derniers jours, menaçant l'unité nationale qui ne devrait guère reprendre l'avantage ce jeudi, tant les oppositions ne semblent pas disposées à accorder un blanc-seing au gouvernement.

"Ne pas être dans la polémique mais sur un ton concret"

Chez Les Républicains (LR), on se targue d'être "sur des sujets concrets, contrairement au reste de l'opposition qui est plutôt sur des querelles idéologiques comme sortir du monde capitaliste pour Jean-Luc Mélenchon ou fermer les frontières pour Marine Le Pen", assure à BFMTV Damien Abad, président du groupe LR à l'Assemblée nationale.

"L'unité nationale, ce n'est pas mettre la poussière sous le tapis. Ce n'est pas se taire, mais ça nécessite une certaine exigence, de ne pas être dans la polémique mais sur un ton concret", argue le député de l'Ain, pour qui "la seule question aujourd'hui, c'est comment on gère les trois-quatre prochaines semaines".

"Si (l'unité nationale) c'est l'unité des bouches cousues, ne pas poser de questions et applaudir comme des otaries les mensonges et les non-dits du gouvernement, il ne peut pas y avoir d'unité nationale", tance pour sa part Sébastien Chenu, député Rassemblement national (RN) du Nord.

Préoccupations communes

A quelques divergences près, les préoccupations des partis, du RN à La France insoumise (LFI) tournent autour des mêmes thématiques: le manque de moyens pour lutter contre le coronavirus comme le matériel de protection et les médicaments, la question du "déconfinement" qui reste encore à aborder, même si Edouard Philippe a lancé ce mercredi l'idée d'un processus en plusieurs étapes, et la période de reconstruction économique qui devra nécessairement suivre la crise sanitaire actuelle. Tous veulent interpeller le chef du gouvernement sur ces différents sujets ce jeudi.

Pour le député LFIde Seine-Saint-Denis Eric Coquerel, l'unité nationale est sociétale, plus que politique. "Derrière les soignants et tous ceux qui travaillent dans ce pays, l'unité nationale existe déjà. Pas besoin de la demander", fait-il valoir. Pour le parlementaire, "si (l'unité nationale) c'est taire toutes les voix discordantes et ne vouloir plus voir qu'une seule tête avec ce côté martial, ce n'est pas la bonne solution". D'ailleurs "il faut une certaine pression car, le gouvernement, jusqu'à maintenant, on ne peut pas vraiment dire qu'il a fait étalage de son sens de la préparation", reproche-t-il.

"C'est inimaginable qu'on vous avoue qu'il n'y avait plus du tout de stock de masques FFP2 alors que la crise avait commencé", s'insurge l'insoumis, pour qui "les choses ont été mal anticipées. Il faudrait que ça soit différent pour la sortie. (...) Le déconfinement se prépare maintenant", exhorte-t-il.

"On n'est pas sur un mode inquisiteur"

Sur l'unité nationale, le Parti communiste (PCF) fait retentir un son de cloche similaire. "Il ne peut pas y avoir d'unité nationale quand les décisions sont prises toutes seules par un gouvernement, quand les demandes que nous, députés de tout bord, formulons depuis des semaines pour produire et importer ne sont pas entendues", s'agace Fabien Roussel, le secrétaire national du parti de la place du Colonel-Fabien, par ailleurs député du Nord.

Au Parti socialiste, l'unité nationale n'est d'ailleurs pas la priorité du moment. "On n'est pas sur un mode inquisiteur, assure le député des Pyrénées-Atlantiques David Habib. L'heure est tellement grave et difficile qu'on considère que le débat politique aura sa place, mais on est aujourd'hui dans la recherche, non pas de l'unité nationale, mais de la meilleure réponse à nos concitoyens", temporise-t-il.

En visite dans une usine de masques de Saint-Barthélémy-d'Anjou (Maine-et-Loire) mardi, Emmanuel Macron a qualifié d'"irresponsables" ceux "qui cherchent déjà à faire des procès alors que nous n'avons pas gagné la guerre". Pour David Habib, le discours d'Emmanuel Macron se résume ainsi: "'Je vous demande qu'une chose, c'est d'approuver MA politique.' Voilà l'unité nationale selon Macron", tacle-t-il.

"On a déposé des amendements à l’Assemblée Nationale. A chaque fois, on nous donne des réponses négatives. Et deux jours après ils reprennent nos propositions dans leur arsenal. Tant mieux mais pourquoi ne pas le faire tout de suite et ne pas accepter nos propositions?", se plaint le parlementaire, qui ne mâche pas ses mots sur l'unité nationale: "Emmanuel Macron en fait trop. C'est comme l'amour, on préférerait des preuves."

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