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Les vacances, miroir des fractures françaises

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Les vacances, miroir des fractures françaises

En 2025, selon le Crédoc, 57 % des Français âgés de 15 à 69 ans sont partis au moins une fois dans l’année, dont 36 % une fois et 21 % plusieurs fois. À l’inverse, 29 % ne partent qu’une fois tous les deux ans ou plus rarement et 14 % ne partent jamais. Ces chiffres témoignent d’une amélioration par rapport à la période de la crise financière de 2009, quand près d’un Français sur cinq déclarait ne jamais partir en vacances.

L’inégalité fasse aux vacances et la solidarité nationale

Entre 2009 et 2025, la proportion de personnes ne partant jamais diminue de quatre points, passant de 18 à 14 %. Dans le même temps, la part de celles qui partent une fois tous les deux ans progresse de 9 à 13 %.  Les bas revenus enregistrent une baisse de quatorze points de la catégorie « jamais », tandis que les étudiants voient fortement progresser les départs espacés mais réguliers. Ces dernières années, les Français ont réduit leurs dépenses de consommation en biens afin de préserver voire accroître celles en loisirs.

La progression des départs en vacances s’explique en partie par le développement des aides destinées aux ménages en la matière. En 2025, 37 % des Français déclarent avoir bénéficié d’au moins une aide financière, qu’il s’agisse des chèques-vacances, d’une participation de l’employeur, d’aides de la Caisse d’allocation familiale (CAF), des collectivités locales ou d’autres organismes. Les aides des employeurs concernent désormais 15 % de la population, contre 10 % en 2008. Les aides de la CAF passent de 5 à 12 % sur la même période. Les interventions des autres organismes et des communes connaissent également une progression sensible, même si elles restent plus limitées.

Le développement des chèques-vacances constitue l’un des principaux moteurs de cette évolution. Entre 2008 et 2024, le nombre de bénéficiaires progresse de 55 % pour atteindre près de 4,8 millions de personnes. Ce succès s’explique par un élargissement des publics concernés mais également par une implication plus importante des entreprises, y compris auprès des salariés en contrat précaire. Les étudiants, les jeunes actifs, les salariés des grandes entreprises ou encore les habitants de l’agglomération parisienne figurent parmi les principaux bénéficiaires de ces dispositifs. L’Association nationale des chèques vacances (CNCV) a parallèlement développé de nombreux partenariats avec les associations et les collectivités afin d’accompagner les publics les plus éloignés dans la préparation concrète de leur séjour.

Des finances au choix de vie

Malgré l’augmentation des aides, les contraintes financières demeurent le premier obstacle au départ des ménages. Sept personnes sur dix qui ne sont pas parties en vacances citent d’abord le manque de ressources ou l’insuffisance de leur budget. Cette proportion est très largement supérieure à toutes les autres raisons invoquées. Les arbitrages budgétaires sont devenus de plus en plus difficiles dans un contexte marqué par une forte progression des dépenses contraintes. Le logement, l’alimentation, les assurances, les transports ou encore l’énergie absorbent une part croissante des revenus des ménages.

Les chiffres rappellent également que les inégalités de départ recoupent largement les fractures sociales traditionnelles. Les personnes au foyer, les chômeurs, les retraités modestes, les habitants des communes rurales ou encore les personnes vivant seules figurent parmi celles qui renoncent le plus fréquemment aux vacances. À l’inverse, les cadres, les hauts revenus, les habitants de l’agglomération parisienne et les couples avec enfants partent beaucoup plus souvent, parfois plusieurs fois par an. Les vacances restent ainsi fortement corrélées au revenu disponible mais aussi au niveau de diplôme, au statut professionnel et à la composition familiale.

L’étude du Crédoc souligne néanmoins que la question financière n’explique pas tout. Les vacances relèvent également d’un choix de vie. Parmi les personnes ne partant pas, près d’un quart déclarent préférer rester chez elles plutôt que voyager. Cette proportion traduit autant une évolution des aspirations qu’une adaptation à des contraintes durables. Certaines personnes ne souhaitent plus subir les embouteillages, les foules estivales ou les coûts élevés des destinations touristiques. D’autres privilégient leur résidence principale, leur jardin ou leur environnement quotidien. Les vacances changent progressivement de nature. Elles ne sont plus systématiquement synonymes de longs déplacements mais prennent davantage la forme de séjours de proximité, de courts week-ends ou de loisirs locaux.

Graphique du centre d'observation de la société
Part des 20 % les plus modestes déclarant ne pas avoir les moyens de se payer une semaine de congé par an hors du domicile au moins une fois dans l’année, en %

Climat, santé, numérique, réinventent les vacances

La santé constitue également un facteur de plus en plus important. Avec le vieillissement de la population française, les limitations physiques, les maladies chroniques ou la dépendance réduisent mécaniquement la capacité à voyager. Les contraintes familiales jouent également un rôle significatif. L’accompagnement d’un proche dépendant, les obligations parentales ou les difficultés à coordonner les disponibilités de chacun compliquent l’organisation des séjours.

Une autre évolution mérite d’être soulignée : la montée en puissance du numérique dans l’organisation des vacances. Les réservations d’hôtels, de transports ou de locations passent désormais très largement par Internet. Cette transformation facilite les comparaisons de prix mais elle peut également exclure une partie de la population, notamment les personnes âgées ou les moins à l’aise avec les outils numériques. Pour certains ménages, la difficulté ne réside plus seulement dans le financement du séjour mais dans la capacité même à organiser les vacances.

La démocratisation des vacances modifie également les comportements touristiques. Les ménages qui partent plusieurs fois par an recourent davantage aux hébergements marchands, tandis que les ménages modestes privilégient les résidences secondaires familiales, les hébergements chez les proches ou les solutions non marchandes. Les solidarités familiales demeurent ainsi un facteur essentiel de réduction des inégalités touristiques. Elles permettent à de nombreux ménages de partir malgré un budget limité.

Le changement climatique constitue également un facteur de transformation durable du tourisme. Les vagues de chaleur, les incendies, les restrictions d’eau ou encore l’évolution des calendriers scolaires conduisent progressivement les ménages à modifier leurs destinations et leurs périodes de départ. Les vacances d’été pourraient perdre progressivement leur monopole au profit de séjours répartis sur l’ensemble de l’année, favorisant un tourisme moins concentré et plus durable.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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