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La vie des bêtes

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À Evian, s’est regroupé le troupeau de "bêtes" au G7, avec son cortège de photographes, cuisiniers, policiers et autres gens d’importance.

Quand il fait chaud, il faut boire de l’eau. D’Evian. Ainsi s’est regroupé le troupeau de « bêtes » au G7, avec son cortège de photographes, cuisiniers, policiers et autres gens d’importance. À la fraîche. C’est « l’heure tranquille où les lions vont boire », loin du Golfe. Paix en Iran, paix au Liban. L’Ukraine renforcé. Le pétrole va couler à flots, descendre sous les 80, 70, puis, qui sait, sous les 50. Après l’eau, le champagne, à Versailles. Quelques fâcheries, quelques vanités, quelques intérêts, la vie internationale, c’est la vie des bêtes : Une question de peau. Caresser, tuer.

Pendant que les grands de ce monde suivaient la ligne française, (car les conclusions du G7 adoptent la position française, ce qui n’était pas écrit d’avance, sur l’Ukraine, le Liban, l’Iran, la Chine. C’est bien normal : La France ne travaille pas pour ses seuls intérêts, elle travaille pour l’humanité tout entière. Pendant, donc, que la France fixait les points cardinaux, que la Chine aigre douce moquait la prétention à gouverner d’une poignée d’Occidentaux, que Poutine se cachait dans des caves du Kremlin à l’abri des drones, qu’au Vietnam des usines à trolls répandaient de fausses nouvelles en Israel, que leurs complices humanoïdes s’essayaient dans des hangars du Xinjiang à la danse et à la guerre, L’Oréal, ce groupe ô combien français, ce n’est pas un hasard, mariait, comme il se doit, l’intelligence à la beauté.

La vie internationale, c’est la vie des bêtes : Une question de peau. Caresser, tuer.

Bientôt, en plaçant votre visage dans le miroir de l’IA, le miroir du monde, vous y verrez le maquillage parfait. Plus que parfait, car vous avez plusieurs visages. Et vous commanderez en ligne le maquillage du jour. Cela, ce n’est qu’un jeu marketing.  Sous la peau, ce sera plus profond : hier, L’Oréal testait moins d’une centaine de molécules par an. Cette année, avec l’IA, 10.000. La crème de la crème, c’est tout de suite, et moins que demain.

Voilà pour l’intelligence et la beauté. Pour la laideur et la bêtise, c’est pareil. Il y a des gens qui se prennent pour des génies parce qu’ils massacrent savamment les autres. Parce qu’ils mentent, tuent, trichent et collectionnent les likes sur les réseaux sociaux. Louis XIV avaient une haleine si forte que ses maîtresses se bouchaient le nez. Auguste, modèle de tous les tsars et les Cesars, portait une attelle en bois tant il était bancal. Trump dit de son meilleur ami Netanyahou que c’est un crétin, lequel n’en pense pas moins. Car il ne se sent pas engagé par la paix avec l’Iran. Ni lui ni personne ne croit que la signature de Trump à Versailles sera respectée, ni que l’Iran renoncera à son programme nucléaire. Chacun suivra sa pente, jusqu’à ce qu’un imprévu l’en empêche.

Photo chefs d'Etats et de gouvernements présents au G7 à Evian en France en 2026 ©AFP
Photo chefs d’Etats et de gouvernements présents au G7 à Evian en France en 2026 ©AFP

Voilà pour l’intelligence et la beauté. Pour la laideur et la bêtise, c’est pareil. La pente des États du Golfe les conduit-elle à investir 300 milliards de dollars dans le régime des Mollahs ? Si c’est le cas, Trump mérite son Boeing offert par le Qatar. Car alors le Moyen-Orient connaîtra la paix et la prospérité. Et Gaza en sera la Riviera. Qui le croit ?

Parfois, c’est vrai, dans le miroir ou dans le reflet de la mare où les lions vont boire, on se voit plus beau qu’on ne l’est.

On se voit plus beau qu’on ne l’est.  

Ainsi les Anglais. Dix ans après le Brexit, les voilà plus dépendants de l’Europe qu’avant. Le commerce avec l’UE est sauvé, mais ils ne participent plus à l’élaboration des règles.  Ils n’ont quasiment signé aucun nouvel accord, pas même avec les États-Unis. Leur relation spéciale avec eux est devenue celle de l’ignorance, voire du mépris.

Ainsi les Allemands. La prospérité de l’Allemagne reposait sur l’énergie à bas prix venant de Russie, c’est fini. Sa sécurité reposait sur l’alliance avec les États-Unis, c’est fini. La force de l’industrie allemande résidait dans son partenariat commercial avec la Chine, c’est fini. Reste la seule stratégie qui a prouvé sa valeur, c’est-à-dire l’alliance avec la France, dans la construction de l’Union Européenne. Et là aussi, avec le rejet d’une industrie de défense commune, les freins au marché des capitaux, le refus d’une dette commune, c’est presque fini. Chacun cultive l’illusion de faire cavalier seul. Que d’intelligence stratégique !

 « Dans un monde marqué par la rivalité entre les grandes puissances, les pays intermédiaires ont le choix : soit se faire concurrence pour obtenir des faveurs, soit s’unir pour créer une troisième voie qui aura du poids. » disait Mark Carney, premier ministre du Canada, à Davos, l’an dernier. Et, en français s’il vous plaît, il osait : « Les puissances moyennes comme le Canada, ne sont pas impuissants. Ils possèdent la capacité de construire un nouvel ordre qui intègre nos valeurs, comme le respect des droits humains, le développement durable, la solidarité, la souveraineté et l’intégrité territoriale des États ».  La ligne du Canada c’est la ligne française, celle des puissances moyennes.

La loi du plus fort n’en est pas une, ou bien les seuls descendants des théropodes, dinosaures à deux pattes, seraient les T.Rex, et non des poulets.  

La vie des bêtes, ce serait la loi de la nature, celle qui veut que le plus fort mange le plus faible. Que les sept péchés capitaux, et quelques autres, tout aussi bénins, communs et excusables, mènent le monde. C’est la vie des nations, la vie des grands de ce monde, et des petits qui aspirent à grandir. Et pourtant non. Cela ne marche pas ainsi. Les troupeaux sont troupeaux parce qu’ils offrent protection. La nature est complexe. La loi du plus fort n’en est pas une, ou bien les seuls descendants des théropodes, dinosaures à deux pattes, seraient les T.Rex, et non des poulets.

Ce que démontre l’échec de Trump, comme celui de Poutine, c’est que la force du plus fort ne suffit pas. À un moment, il faut tenir compte du troupeau. Des puissances faibles, comme le Canada ou la France. La mondialisation ayant uni le monde, elle entoure chaque grande puissance de liens lilliputiens qui la contraignent, qu’elle le veuille ou non. Les Chinois sont soumis à leurs clients. Et l’Union Européenne découvre qu’elle porte en elle une puissance qui impressionne, celle de son marché.

L’Union Européenne découvre qu’elle porte en elle une puissance qui impressionne, celle de son marché.  

Dans cette ère de rupture, ni de droit ni de force, l’espace d’incertitude est plus vaste qu’on ne le croit. La fortune d’Elon Musk dépasse celle de 170 États. Demain, aucune guerre ne se fera sans la maîtrise de l’espace. Mais bien de guerres seront des guérillas, qui toucheront les câbles électriques ou sous-marins. Ou les esprits. Rien n’est certain. Pas même la disparition de l’ordre international. À un moment même les forts ont besoin de règles. Cela viendra. Ce sera le rôle des puissances moyennes de rétablir l’ordre international. « C’est parce que nous ne sommes plus une grande puissance qu’il nous faut une grande politique, parce que, si nous n’avons pas une grande politique, comme nous ne sommes plus une grande puissance, nous ne serons plus rien. »

Auteur/Autrice

  • Député de Paris de 1993 à 2002, Ambassadeur au Honduras de 2007 à 2010, puis au Conseil de l’Europe de 2010 à 2013, il a fondé le média lesfrancais.press dont il fut le Président jusqu’en septembre 2025.

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