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La France ou l’honneur d’être une cible

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La France est la deuxième cible au monde d’attaques « informationnelles ». Non parce qu’elle serait faible, plutôt parce qu’elle compte.

« On n’abdique pas l’honneur d’être une cible » Cyrano dixit. La France est la deuxième cible au monde d’attaques « informationnelles ». Non parce qu’elle serait faible, plutôt parce qu’elle compte. Pour la septième année consécutive, elle est le pays européen le plus attractif d’Europe, comme l’a montré la dernière édition de « Choose France ». Elle est aussi le premier exportateur d’armes,  ce qui n’attire pas que des investisseurs à 3eurosatory, le salon de l’armement. Avec la multiplication des crises internationales, les fragilités et les incertitudes intérieures, notamment les échéances électorales, les attaques contre la France se multiplient.

Les attaques contre la France se multiplient.

Les attaquants sont nombreux : Russie, Chine, Iran ; les «  amis »  aussi : Turquie, États-Unis, Israël; avec des connexions entre plusieurs de ces acteurs. Récemment, deux Rafale, en Lituanie, ont intercepté six avions russes dans l’espace aérien balte. En Roumanie, parfois touchée par les dérives de la guerre d’Ukraine, la France dirige  le bataillon multinational de l’Otan, avec un millier de militaires français. Au Liban, les militaires français sont engagés sous le drapeau de la Finul. L’un a été tué lors d’un exercice. Après avoir sécurisé Chypre, le Charles De Gaulle a quitté la Méditerranée pour le détroit d’Ormuz. Lors du G7 à Evian, la question du déminage du détroit sera abordée , avec la coalition d’une quarantaine de pays menée par la France et la Grande Bretagne. L’actualité montre que la France, par sa diplomatie, ses forces militaires, compte, c’est-à-dire gène.

Cette actualité est structurelle. La France est la principale force navale européenne, de loin. Elle est la seule puissance nucléaire membre de l’UE. Et la seule indépendante. Elle est le pays européen le plus en pointe dans le nucléaire, l’ingénierie quantique, et même l’intelligence artificielle. Membre du Conseil de sécurité, elle est le seul pays européen présent en dehors d’Europe, que ce soit par une présence militaire, ou en pleine souveraineté dans le Pacifique, les Caraïbes,  l’Atlantique, l’océan indien, la Méditerranée. De quoi gêner pour une puissance qui n’est pas une grande puissance, qui n’est plus impériale, encore moins impérialiste. Paradoxalement, la fin de sa présence historique dans les anciennes colonies en Afrique l’a presque libérée. Les relations avec les pays anglophones prennent de l’ampleur. Les difficultés des pays du Sahel valorisent, a posteriori, la présence française dans la protection des populations. Les Russes, – et les Turcs,- montrent leur appétit autant que les limites de leur fiabilité.

Des centaines de milliers de faux comptes ou de comptes sous influence relaient les informations

Mais le discours informationnel russe a fonctionné et a déstabilisé la France. Et les attaques continuent, avec d’autres objectifs et d’autres enjeux. Le groupe russe Storm-1516 a enregistré plus d’une centaine de noms de domaine pour créer des sites imitant la presse locale française, multiplie de fausses informations avec l’IA. Des centaines de milliers de faux comptes ou de comptes sous influence relaient les informations, notamment par le biais, conscient ou non, de l’extrême gauche et de l’extrême droite. 40% des informations distillées sur les réseaux sociaux sont fausses. Ce sont elles qui sont le plus relayées, quatre fois plus que les vrais, parce qu’elles sont plus surprenantes, plus voyantes, plus amusantes ou choquantes. Mais il n’y a pas que les Russes. Des opérateurs  Américains, chinois, iraniens, israéliens, Turcs déploient des chaînes de désinformations et de relais.

Pour y répondre, Viginum[1] collecte les données sur les plateformes et développe un modèle d’IA, pour aligner ses capacités sur celles des acteurs étrangers. Le Quai d’Orsay, lui, a lancé le compte « French Response » pour réagir directement aux attaques en ligne. Le fait d’être une cible a obligé l’État à mettre en place des outils plus tôt que les autres États face aux ingérences étrangères numériques. Phénomène nouveau, le mercenariat. Il est difficile de dire sir les attaques dont on situe l’origine dans tel ou tel pays sont téléguidés par les États. Les usines à troll du Vietnam, ou des sociétés israéliennes peuvent être des fournisseurs qui répondent à des commanditaires difficilement repérables. En matière informationnelle, les paravents sont aussi nombreux que pour le blanchiment.

French Response : la diplomatie française passe à l’offensive dans la guerre informationnelle
French Response : la diplomatie française passe à l’offensive dans la guerre informationnelle

Les démocraties donnent des rendez-vous réguliers pour concentrer les attaques : les élections.  

Les démocraties donnent des rendez-vous réguliers pour concentrer les attaques : les élections. 2027 sera une belle moisson. Outre les élections présidentielles en France, des élections législatives auront lieu en Estonie, Finlande, Grèce Espagne, Slovaquie,  Pologne, Italie. De quoi changer le visage de l’Europe. Et celui de bien des conflits. Les dernières élections en Roumanie et en Bulgarie ont subi des attaques, parfois avec un succès époustouflant.

Le gouvernement français a alerté les différents partis sur les risques d’ingérence étrangère en France pour les élections présidentielles. Et les réponses à y apporter.

Les ingérences visent soit à influencer le scrutin, soit à saper toute confiance dans les élections et à délégitimer le vote lui-même, de toute façon à délégitimer les acteurs par de fausses nouvelles. Avec l’IA et les usines à troll, cela ne coûte pas cher. La réponse immédiate, à condition d’avoir les outils de repérage, c’est la transparence, c’est-à-dire  la dénonciation. Mais les manœuvres de puissances étrangères sont facilitées quand elles sont relayées par des acteurs internes. Quand le discours poutinien, ou trumpiste, ou chinois, de bonne  ou de mauvaise foi, est relayé par des « proxys » intellectuels ou politiques, il ne peut plus être considéré comme une « ingérence informatique étrangère ».

Les manœuvres de puissances étrangères sont facilitées quand elles sont relayées par des acteurs internes

Les manœuvres sont aussi facilités par la « fatigue démocratique », celle qui reteint les citoyens chez eux. Une démocratie sans électeurs facilite le travail des influenceurs. À moins que ce ne soit l’effet des influences. À force de trop consommer des fausses nouvelles, de zapper sur TikTok (chinois), Facebook (américain), X (Muskiste), la capacité d’attention se lasse. Merci donc aux lecteurs qui ont l’heureuse patience de lire des articles qui font près de mille signes. Face à la Cinquième colonne qui tente d’envahir nos cerveaux, reste la fierté de dire non, celle d’être une cible mouvante, agile, active c’est-à-dire qui répond. Une ingérence étrangère est une atteinte à la souveraineté. Dans une démocratie, le souverain, c’est le peuple. Qu’il réponde, lors des élections, à l’inverse de ce que lui dictent Russes, Américains, Iraniens, Turcs, Algériens et Chinois, par des usines à troll  et il sera certain de ne pas se tromper.


[1]Service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (VIGINUM)

Auteur/Autrice

  • Député de Paris de 1993 à 2002, Ambassadeur au Honduras de 2007 à 2010, puis au Conseil de l’Europe de 2010 à 2013, il a fondé le média lesfrancais.press dont il fut le Président jusqu’en septembre 2025.

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