Grand débat : Commencer par regarder le monde qui nous entoure

Grand débat : Commencer par regarder le monde qui nous entoure

« Nous n'avons pas évoqué les transformations du monde qui nous tombent dessus et sur lesquels il ne faut pas qu'on perde. Dans le débat national, on est à l'intérieur des frontières mais il faut regarder les autres : que font-ils, à quelle vitesse, est-ce qu'ils nous menacent ?» Edouard Philippe

« Nous n'avons pas évoqué les transformations du monde qui nous tombent dessus et sur lesquels il ne faut pas qu'on perde. Dans le débat national, on est à l'intérieur des frontières mais il faut regarder les autres : que font-ils, à quelle vitesse, est-ce qu'ils nous menacent ?» lance Edouard Philippe, le Premier ministre, à l’issue de « la Grande explication», l’émission de télé dont il était l’invité spécial. Il a raison. Il a tort.

Il a raison parce que l’enjeu est toujours de savoir quels sont les pays qui épousent le monde, et ceux qui se mettent à la traine. La France, depuis des siècles, malgré des hésitations et des échecs, a toujours fait partie des premiers. Au cœur de l’Europe, ouverte sur trois mers, associant des peuples et des langues diverses, elle ne pouvait échapper aux nouveaux courants, qu’ils viennent de la Baltique ou de la Méditerranée, d’Afrique ou du Pacifique. Aujourd’hui, elle est gagnée par le nombrilisme, la râlerie perpétuelle, la tentation du repli, avec le déclinisme comme excuse.

Edouard Philippe a raison : regardons ce que font les autres, il y a des leçons à prendre. Les Français de l’étranger sont aux premières loges. Nul besoin d’aller en Nouvelle-Zélande pour étudier leur agriculture triompher après avoir supprimé les subventions, ni en Corée pour admirer leur système éducatif : regardons la réforme de la sécurité sociale hollandaise, celle des chemins de fer allemands, la fiscalité tchèque, la fonction publique suisse, etc… C’est à coté de chez nous, mais on ne veut pas voir.

C’est à coté de chez nous, mais on ne veut pas voir.

C’est pourquoi le Premier ministre a tort. Il est Premier ministre. C’est à lui et à son gouvernement de faire ce travail de comparaison, de « benchmarking ». C’est à lui de donner des ambitions, de fixer un cap. Or le flou l’emporte. Le gouvernement a-t-il pris la mesure de la transformation du monde et du retard de la France ? Que n’enclenche-t-il ces réformes que la France attend depuis plusieurs Présidents ? Les autres pays n’ont pas 36.000 communes et 600.000 élus. Ils n’ont pas six degrés de collectivités locales en plus des préfets et sous préfets. Ils n’ont pas une éducation nationale à ce point centralisée, payant mal ses professeurs et son armée. Ils n’ont pas une fiscalité avec 360 taxes et impôts, record mondial de créativité fiscale, record mondial de prélèvements, record mondial de dépenses publiques.

L’exception française n’est pas un modèle.

L’exception française n’est pas un modèle. Le monde change de plus en plus vite. Edouard Philippe en est conscient. Alors il n’aura aucune excuse. Les grands débats, c’est utile. Les décisions, c’est mieux. Pour s’inspirer, qu’il regarde ce qui se fait à nos frontières. Ce que font les Français de l’étranger.

Il y a eu des débats organisés avec les Français de l’étranger aux Etats-Unis, en Allemagne, en Espagne, en Belgique (en partenariat aveclesfrançais.press). Du sérieux.  Lesfrancais.press ont organisé une consultation. Des résultats très clairs, forts et modérés. Ce qui en ressort : une formidable attente. Voir notre pays à la hauteur, pour ne pas subir. Grandir, pour ne pas se rapetisser dans les haines minables.  Aller de l’avant, pour ne pas s’enliser.

Le Premier ministre a raison de penser au monde qui nous entoure. Il a tort de n’en parler qu’à la toute fin : c’est par là qu’il faut commencer

Laurent Dominati

Ancien ambassadeur de France

Ancien Député de Paris

Président de la société éditrice du site « Lesfrancais.press »

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