Fabien Clain : d’Alençon à Baghouz, le parcours du Français de l'Etranger le plus recherché au monde

Le djihadiste Fabien Clain aurait été tué par une frappe de drone mercredi. Retour sur le parcours de cet homme de 41 ans, d’origine réunionnaise, qui a vécu à Toulouse et Alençon avant de rejoindre les rangs de l’État islamique en Syrie.

Selon une source américaine, Fabien Clain a été tué mercredi 20 février 2019 à Baghouz, dernier bastion de l’État islamique, encerclé par les Forces démocratiques syriennes. Probablement par un tir de drone américain après une surveillance des services de renseignement, indique France Info. Son frère Jean-Michel aurait été grièvement blessé. Ces informations n’ont pas encore été officialisées par le Quai d’Orsay. « Des vérifications sont en cours », selon une source française proche du dossier.

Fabien Clain part pour la Syrie en février 2015. Quatre voitures l’emmènent lui et ses proches par des itinéraires différents pour ne pas se faire intercepter. En août, Mylène, son épouse, envoie un message à sa sœur où elle confirme qu’elle est là-bas.

Inquiète pour sa fille et ses petits-enfants

C’est sur les bancs de l’école Robert-Desnos d’Alençon, entre 1986 et 1991, que Fabien Clain rencontre celle qui deviendra sa femme. La mère de Mylène, qui vit à Alençon, a appris jeudi la mort probable de son gendre. Mais c’est surtout pour sa fille et ses trois petits-enfants qu’elle s’inquiète. Avant les attentats, elle lui avait dit : je mourrai sur la Terre Sainte. « Je ne crois pas qu’elle se rendra », se désespère sa maman dans une interview qu’ell a accordée jeudi 21 janvier à Ouest France.

Fabien Clain est né à Toulouse le 30 janvier 1978 dans une famille catholique, originaire de la Réunion. Il a très peu connu son père resté vivre là-bas. Puis, il passe ses jeunes années à Alençon, dans l’Orne. En 1991, il repart à La Réunion avec sa mère, ses frères et sœurs. Puis revient dans l’Orne quatre ans plus tard pour terminer ses études et y retrouve Mylène qui devient sa compagne. À la fin des années 1990, toute la famille Clain se convertit à l’islam. En 1998, ils partent s’installer à Ambax, à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Toulouse.

La filière d’Artigat

C’est là-bas que Fabien Clain et son frère Jean-Michel se radicalisent. Eux qui faisaient du rap chrétien se mettent aux chants religieux musulmans. Leur titre Saisis l’anse la plus solide s’écoute encore sur MySpace et YouTube. Les connaissances de Fabien Clain disent qu’il est très doué pour pousser les jeunes à se convertir. Les deux frères se rapprochent des familles Essid et Merah et fréquentent assidûment Olivier Corel, surnommé « l’émir blanc » d’Artigat, dans l’Ariège. Fabien Clain se rend en Égypte pour apprendre l’arabe. En 2009, il est condamné à 5 ans de prison pour avoir animé une filière djihadiste d’acheminement vers l’Irak.

Écoutez ici le podcast d’Arte sur le parcours de Fabien Clain

Cours d’arabe à la mosquée d’Alençon

À sa sortie de prison, fin 2012, interdit de séjour dans le sud de la France, il revient à Alençon avec femme et enfants, raconte notre rédaction de l’Orne. Il donne des cours d’arabe pour adultes à la mosquée Mahabba. Très vite, l’association lui demande d’arrêter après la diffusion de l’émission Pièces à conviction, en mars 2013, où il apparaît comme un proche de Mohamed Merah. À cette période, certains voisins évoquent des allers-retours en Belgique.

Près de 3 600 € de matériel audio

Début janvier 2015, Fabien Clain se déplace entre Toulouse et la Seine-Saint-Denis, bravant son contrôle judiciaire, retrace France Info. Il compte dans son entourage deux nouvelles recrues, Macreme Abrougui et Thomas Mayet.

Avec sa longue djellaba, sa grosse barbe et sa carrure massive (1,88 m et plus de 100 kg), il débarque le 21 janvier 2015 dans la boutique Music Action, à Toulouse. Il y achète pour près de 3 600 euros de matériel d’enregistrement de très haute qualité. Sans doute celui dont il se servira pour revendiquer les attentats du 13 novembre au Bataclan, au stade de France et sur les terrasses parisiennes. Dans cet enregistrement funeste, il parle d’ailleurs d’une attaque supplémentaire dans le XVIIIe arrondissement qui n’a jamais eu lieu, mais qui était sans doute programmée par Daech.

Mandat d’arrêt international contre eux

Dans un rapport daté du 28 mai 2018, cité par le Parisien, la Direction générale de la sécurité intérieure émettait clairement l’hypothèse que Fabien Clain « était un des principaux acteurs de la propagande non arabophone du groupe État islamique et qu’à ce titre il était informé à l’avance des futures actions de l’organisation terroriste. Tout comme son frère Jean-Michel chantant à la gloire des kamikazes, dans l’anasheed (NDLR : chants guerriers) qui suit la lecture du texte de revendication de ces attaques ». Depuis le 28 juin 2018, ils sont sous le coup d’un mandat d’arrêt international délivré contre eux dans le cadre des attentats du 13 novembre 2015.

Fabien Ferasson de Quental avec l'AFP

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