De plus en plus, le sport est le miroir des évolutions économiques et, plus largement, sociétales. Cette Coupe du monde s’est déroulée sous le signe des tentations souverainistes et protectionnistes du moment. Le président des États-Unis, pays coorganisateur de la compétition, n’a pas manqué de faire pression sur les instances internationales du football pour obtenir l’annulation d’un carton rouge adressé à un joueur américain. Une élue du Paraguay s’est autorisée des propos racistes d’une rare violence à l’encontre d’un joueur de l’équipe de France. La tarification dynamique a, de son côté, triomphé, avec des places pouvant coûter plus de 10 000 dollars, prix de plus en plus courants aux États-Unis pour assister à des événements de premier plan. Au nom de la lutte contre l’immigration, ce pays a également empêché la venue de certains spectateurs étrangers, illustrant le retour des frontières lors d’une manifestation pourtant mondiale. Aidés par l’intelligence artificielle, les influenceurs ont multiplié les vidéos virales. La communication a régné en maître. L’équipe de France fut encensée hors de toute proportion avant d’être vouée aux gémonies. Si ce traitement n’est pas nouveau, il a atteint son paroxysme lors de cette compétition.
Une Espagne qui rayonne
En battant l’Argentine 1 à 0 après prolongation, le 19 juillet, l’Espagne a décroché sa deuxième étoile, seize ans après celle de 2010. Déjà championne d’Europe en 2024, elle règne désormais sur le football mondial. L’équipe d’Espagne a remporté la compétition grâce à un esprit collectif exemplaire. La victoire de la Roja symbolise également le renouveau d’un pays qui a connu l’enfer entre 2008 et 2012. Depuis 2019, le PIB espagnol a augmenté, en volume, d’environ 10,3 %, contre 5,7 % en France et 6,4 % dans la zone euro. L’Espagne joue une partition économique différente de celles de la France ou de l’Italie en s’appuyant notamment sur une forte immigration. Sa population a augmenté de près de 462 000 personnes en 2025 pour atteindre 49,6 millions d’habitants au 1er janvier 2026. Plus de dix millions de résidents sont désormais nés à l’étranger. Cette immigration soutient à la fois la population active, l’emploi, la consommation et la demande de logements. L’emploi a augmenté de 2,7 % en 2025 et devrait encore progresser de plus de 2 % en 2026.
Le deuxième moteur de la croissance espagnole est l’investissement qui a progressé de 5,8 % en 2025, quand l’investissement français n’augmentait que de 0,5 %. L’Espagne a su exploiter au mieux les crédits du programme NextGenerationEU attribués par l’Union européenne après la crise sanitaire. Elle en est, l’une des principales bénéficiaires avec l’Italie. Ces financements ont permis de moderniser les infrastructures ferroviaires, de développer les énergies renouvelables et d’adapter l’industrie aux nouveaux défis économiques.

Le troisième ressort de l’essor espagnol réside dans les services. Le tourisme demeure déterminant, l’Espagne étant le pays européen qui tire le plus de recettes de ce secteur, mais il n’est plus seul. Les exportations de services informatiques, financiers, professionnels et de conseil progressent rapidement. En 2025, les exportations espagnoles de services hors tourisme ont augmenté de plus de 11 %. Le pays bénéficie également d’une électricité relativement compétitive grâce au développement du solaire et de l’éolien, ce qui favorise l’implantation de centres de données indispensables au développement de l’intelligence artificielle.
Une purge des dépenses publiques
Dans le même temps, l’Espagne a mené un remarquable processus d’assainissement financier. Le pays emprunte désormais à des taux sensiblement inférieurs à ceux de la France. Le déficit public est inférieur à 3 % du PIB et la dette s’inscrit dans une trajectoire de réduction. Elle avoisine 100 % du PIB après avoir dépassé 120 %. Les ménages et les entreprises espagnols ont également fortement réduit leur endettement depuis la crise immobilière de 2008. La Commission européenne souligne que l’endettement des ménages est revenu à un niveau historiquement faible. La consommation est ainsi soutenue par les créations d’emplois, la progression des salaires et la diminution de la charge financière. Le chômage reste certes élevé : il concernait 10,5 % de la population active en 2025. Il devrait néanmoins passer sous la barre des 10 % en 2026, pour la première fois depuis 2008.
Au-delà des seuls résultats économiques, l’essor de l’Espagne repose sur la confiance retrouvée des ménages et des entrepreneurs. Cette fierté espagnole s’exprime aussi bien sur les terrains de football que dans l’économie. Des marques comme Volotea, Zara, Santander ou Iberdrola sont désormais connues dans l’ensemble de l’Europe.
Longtemps assimilée à la périphérie fragile de l’Europe, l’Espagne est devenue la plus dynamique de ses grandes économies. Elle récolte aujourd’hui les fruits de son assainissement financier, de son ouverture migratoire, de sa compétitivité et de son utilisation des fonds européens. Le redressement économique espagnol permet désormais au pays de faire figure de modèle au sein de l’Europe. C’est sans doute sa plus belle victoire.







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