Trump le Grand reçoit le Non-Moins-Grand Xi Jinping, lui fait visiter son dernier jouet : un hélicoptère. Bientôt un camion de pompiers, tant les incendies se multiplient. Pendant ce temps, Léon, pape de paix, triomphe à Paris, sans IA ni troupe. Napoléon accueillit le Tsar Alexandre sur le Niémen. Le radeau coula cinq ans plus tard. Ni la France, ni la Russie ne sortirent vainqueur de ce partage du monde. Il n’est pas dit que la Chine et les États-Unis soient gagnants de leur confrontation. La loi des empires est de tenter de durer, et d’échouer. L’Empire soviétique a éclaté. Qui aurait donné une chance à un village appelé Rome, à Athènes face aux géants d’Égypte ou de Babylone ? Qui aurait prédit Venise, refuge aussi marécageux que les Pays-Bas? Ce ne sont pas les grands qui l’emportent. Comment font les petits pour résister aux empires ?
Un monde « sinoformaté » ?
On sait déjà ce que serait un monde américain. Que serait le monde, si la Chine l’emportait ? La Chine n’a pas d’alliés, plutôt des obligés. Avec les Routes de la soie, elle a créé des infrastructures en contrepartie d’accords avantageux et de dettes. Ainsi Pakistan, Cambodge, Sri Lanka sont devenus des partenaires captifs. La Chine construit des chaînes de dépendances. La rupture des approvisionnements, ou la simple menace d’une rupture, oblige tout État à converger vers l’intérêt chinois.
Action parallèle : la présence dans les institutions internationales. Là se font les règlements, qu’il faut modifier et corriger. Là se dépense le vernis de courtoisie de la dépendance et des alliances de fait. Contrairement aux États-Unis ou à l’Union soviétique, la Chine n’a constitué aucune alliance militaire. Toutes les relations sont bilatérales. Entre la Chine et l’autre, quel qu’il soit, quel est celui qui a plus de poids ? La relation bilatérale lui est naturellement favorable.
Et jamais franchement défavorable à son interlocuteur, car la Chine veille à ne jamais s’interférer dans la politique intérieure au contraire des moralistes hypocrites. Elle ne cherche jamais à exporter son modèle politique même si elle préfère des régimes autocratiques. Le monde selon le « Rêve chinois » ne serait pas un monde dans lequel la liberté d’expression, la liberté tout court serait considérée comme une valeur fondatrice.
Se libérer de la dépendance facile
Comment s’opposer à une telle stratégie, une stratégie d’emprise ? La première décision serait de le vouloir. Ce n’est pas évident, tant il peut être confortable de vivre dans la dépendance. Bien des pays, réfugiés dans la dépendance américaine – Allemagne, Japon, Corée, Taïwan – en ont été bienheureux. D’autres moins. Les États-Unis, eux, veulent résister. C’est bien naturel c’est leur place que les chinois veulent prendre, avec, souvent, les mêmes armes.
Les Chinois, pourtant, n’utilisent pas, pas encore, trois armes fondamentales des États-Unis : la monnaie, la culture, la guerre.
La Chine gagne du terrain. Il n’est pas certain que les États-Unis réussissent à contrer l’essor de la Chine. Surtout, résister à la Chine ne doit pas revenir à se mettre dans les mains des États-Unis. La propension des États-Unis à se comporter comme un maître fantasque conduit à une certaine méfiance. Les Européens et d’autres États du Golfe, en premier lieu l’Arabie saoudite, en font l’épreuve. Aussi une des réponses revient naturellement, une sorte de non-alignement, qui serait plutôt un multi-alignement, que tentent l’Inde, le Brésil ou l’Afrique du Sud. Ne jamais dépendre d’un seul protecteur, jouer les rivaux les uns contre les autres.

Le premier principe de résistance est la diversité des alliances. Encore faut-il le pouvoir. Encore faut-il avoir la taille de l’Inde ou du Brésil. Et cela ne suffit pas vraiment. D’où le recours à l’Europe, qui est elle-même une alliance sans visée impériale d’aucune sorte. Ainsi l’Inde, le Canada, le Brésil se tournent-ils vers les Européens, et notamment vers la France, parce que la France allie une tradition diplomatique d’indépendance et une force militaire.
Cela ne se résume pas à une neutralité. Rares sont les pays qui peuvent se proclamer neutres. Il faut des montagnes, et surtout, un intérêt des belligérants ou des rivaux à respecter la neutralité. Les Neutres sont des proies faciles : Danemark, Belgique, Pays-Bas, Norvège, etc.… La neutralité doit être utile, souple, ou représenter un coût prohibitif, comme la Suisse et la Suède en 1940, utiles aux Allemands, la Finlande de la guerre froide.
Il existe des impératifs impériaux : contrôler les communications, diriger les flux financiers. Un nœud commercial et financier est à préserver plus qu’à détruire. Comme Ormuz le montre si bien.
Encore l’Iran ne pourrait-elle résister aux États-Unis si elle ne continuait à vendre son pétrole à la Chine, et ne lui achetait ses composants électroniques. À l’ère digitale, qu’est-ce qu’un nœud stratégique ? ASML; la société néerlandaise qui permet de grever les puces électroniques en est un, comme TSMC, le premier fabriquant mondial de puces, de Taïwan.
L’IA dissout les frontières et les géographies
Elle introduit de nouveaux acteurs comme centres de pouvoirs. Soit, les bateaux devront toujours passer par Malacca, le pétrole par Ormuz, encore que, est ce qui sûr ? Mais si les bateaux sont dirigés par des satellites, et dirigés par l’AI, quels sont les détroits dans l’espace ? Comment les Chinois pourraient-ils inventer une monnaie qui ne soit pas soumise aux hiérarques et oligarques du Parti ? Quelles montagnes digitales protègent la nouvelle suisse numérique ? Quels sont les coffres-forts, comment créer les paniques financières ?
L’IA, compte tenu des besoins d’investissement, favorise les concentrations. Mais qui dit concentration dit risque ; d’où les mises en garde, aussi bien financières (la bulle IA) que morales (le Pape) ou apocalyptiques sur les dangers de l’IA.
Aussi faut-il chercher la niche plutôt que la taille. Les alliances multiples, celle des États comme celles des fournisseurs. Puisqu’il est impossible de se passer des dépendances, multiplier les interdépendances. Attirer sinon les capitaux, au moins les talents. Les Mongols épargnaient des massacres les artisans.
Les Empires périssent. L’angoisse des dirigeants chinois n’est pas de perdre la bataille de l’IA vis-à-vis des Américains ; mais de perdre le contrôle de l’IA en Chine. Est-ce que la révolution digitale menace, avec toutes les audaces, toutes les connaissances de l’IA, le contrôle du PCC sur la vie chinoise ?
Les Empires ne s’effondrent pas sous les coups des barbares, dans un conflit de civilisation, ils s’épuisent. Le coût du contrôle est de plus en plus lourd.
Ce qui frappe dans ces rencontres des maîtres du monde, c’est justement l’incapacité à maîtriser le monde.
Le monde est ouvert, plus ouvert qu’on ne le croit, et personne ne connaît la Venise ou la Gênes de demain. Ce n’est peut-être pas une ville, un lieu, mais un état d’esprit. Rome n’est plus dans Rome, dirait Leon. Ce qui résiste aux empires, dans l’histoire, ce sont les cités. Or pour faire des cités, il faut des citoyens. Qu’est-ce que la cité, aujourd’hui ? Qu’est-ce qu’être citoyen ? Ce qui résiste.







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