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De Bayeux à Downing Street : Emmanuel Macron veut consolider l’« entente amicale » franco-britannique

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De la tapisserie de Bayeux à Downing Street, Emmanuel Macron veut renforcer les relations entre la France et le Royaume-Uni.

Arrivés à Londres le mercredi 2 septembre 2026, Emmanuel et Brigitte Macron ont quitté le Royaume-Uni le jeudi 3 septembre, au terme de deux jours de visite. Près de mille ans après la conquête normande de l’Angleterre, ils ont retrouvé le roi Charles III et la reine Camilla autour de la tapisserie de Bayeux, avant une séquence politique à Downing Street avec le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham. Lesfrançais.press était présent à Londres pour cette visite.

Quelques heures avant l’arrivée d’Emmanuel et Brigitte Macron, du roi Charles III et de la reine Camilla, Lesfrançais.press a pu découvrir en avant-première la tapisserie de Bayeux installée dans la galerie du British Museum. Dans la pénombre, l’œuvre se dévoile sur près de 70 mètres, permettant d’observer de très près les scènes brodées qui racontent les événements ayant conduit à la conquête normande de l’Angleterre en 1066. Une occasion rare d’observer les détails de cette œuvre presque millénaire avant que les dirigeants français et britanniques ne parcourent à leur tour l’exposition dans la soirée.

La tapisserie de Bayeux exposée au British Museum
La tapisserie de Bayeux exposée au British Museum, quelques heures avant la visite officielle, à Londres, le 2 septembre 2026. © Alexander Seale / Lesfrançais.press

Pourquoi le retour de la tapisserie de Bayeux en Angleterre est-il historique ?

C’est un retour sans précédent. Pour la première fois depuis sa création il y a près de mille ans, la tapisserie de Bayeux est présentée au Royaume-Uni. Longue d’environ 70 mètres, l’œuvre raconte les événements ayant conduit à la conquête normande de l’Angleterre en 1066 et à la bataille d’Hastings.

L’histoire de ce prêt remonte en réalité à 2018. Lors du sommet franco-britannique de Sandhurst, Emmanuel Macron et Theresa May avaient annoncé leur volonté de faire traverser la Manche à la tapisserie de Bayeux. L’arrivée de l’œuvre au Royaume-Uni était alors envisagée pour 2022. Emmanuel Macron souhaitait qu’elle « ouvre la page d’une coopération encore renforcée » entre les deux pays. Le projet a ensuite été relancé et concrétisé dans le cadre de l’accord culturel annoncé lors de la visite d’État d’Emmanuel Macron au Royaume-Uni en juillet 2025. En échange, plusieurs trésors du British Museum doivent traverser la Manche dans l’autre sens, parmi lesquels des objets provenant de Sutton Hoo et les célèbres pièces d’échecs de Lewis, qui seront exposés en France. Le projet avait ensuite été relancé lors de la visite d’État de 2025, déjà suivie par Lesfrançais.press.

Le projet avait pourtant demandé des années de négociations. Emmanuel Macron avait commencé à travailler à un prêt dès 2018. Mercredi, il s’en est amusé : « Ça a demandé un peu de patience. » Rappelant que la première demande britannique remontait à 1931, il a choisi de considérer les huit années écoulées comme « une sorte de record de vitesse ».

La broderie, transportée de Bayeux à Londres pendant l’été sous des conditions de conservation et de sécurité exceptionnelles, doit être présentée au public au British Museum du 10 septembre 2026 au 11 juillet 2027.

Mercredi soir, dans la pénombre de la galerie du British Museum, Charles III, Camilla, Emmanuel et Brigitte Macron ont parcouru l’œuvre aux côtés d’Andy Burnham et de son épouse Marie-France Van Heel. Les conservateurs leur ont notamment présenté le couronnement d’Harold Godwinson et la représentation controversée de sa mort lors de la bataille d’Hastings.

Emmanuel Macron et le roi Charles III devant la tapisserie de Bayeux au British Museum
Emmanuel Macron et le roi Charles III devant la tapisserie de Bayeux au British Museum, à Londres, le 2 septembre 2026. © UK Government.

L’atmosphère a aussi laissé place à quelques moments plus légers. Devant une scène montrant des Normands transportant une charrette, Charles III a indiqué à Emmanuel Macron qu’il s’agissait de son passage préféré, avant de plaisanter sur l’impressionnante quantité de vin transportée.

À la fin du parcours, Andy Burnham a plaisanté sur l’absence de la conclusion de l’histoire : « Fabriquée en Angleterre, ils n’ont pas supporté de montrer la fin… trop difficile. » Emmanuel Macron lui a répondu en anglais : « Happy end, we’re here », « une fin heureuse, nous sommes là » provoquant le rire de Charles III.

De l’« Entente cordiale » à l’« Entente amicale » ?

C’est l’expression qui a dominé la soirée.

Charles III a commencé son discours en français : « Je ne saurais vous dire combien mon épouse et moi-même sommes heureux d’être parmi vous ce soir, au British Museum, après avoir admiré la Tapisserie de Bayeux présentée ici au Royaume-Uni pour la première fois au cours de sa longue et remarquable histoire. » Il a ensuite remercié Emmanuel Macron et les Français pour ce prêt inédit : « Je vous remercie mille fois. »

Devant Emmanuel Macron, Charles III a décrit le prêt de la tapisserie comme le « meilleur symbole possible » de cette « Entente amicale » dont les deux hommes parlent désormais pour qualifier la relation entre leurs pays.

Le souverain a rappelé avoir évoqué cette possibilité avec Emmanuel Macron lors de sa visite d’État en France en 2023. Près de trois ans plus tard, il s’est réjoui de voir ce projet devenir réalité.

Mais Charles III est surtout allé au-delà de l’histoire de l’œuvre. La tapisserie, a-t-il expliqué, raconte certes un conflit, mais elle est devenue près de mille ans plus tard « un précieux symbole de confiance », à une époque où celle-ci se fait rare entre les nations.

Le roi a également rappelé que l’histoire française et l’histoire britannique sont profondément imbriquées : lui-même descend directement de Guillaume le Conquérant. Avec humour, Charles III a toutefois précisé que le traité de Paris du XIIIe siècle risquait de compromettre toute éventuelle revendication de sa part au titre de duc de Normandie.

Puis, citant Shakespeare, il a résumé le sens politique de la soirée : « What is past is prologue », le passé n’est qu’un prologue.

Le souverain est revenu au français à la fin de son discours : « Monsieur le Président, comme vous l’avez si élégamment évoqué dans cette même salle l’année dernière, l’histoire de la Tapisserie n’est pas terminée. Il appartient à chaque génération d’y ajouter à son tour quelques points, tissant ainsi, ce soir et de génération en génération, la trame de notre histoire commune. »

« L’histoire de la Tapisserie n’est pas terminée. »

Charles III

Que veut dire Emmanuel Macron lorsqu’il parle d’une histoire commune ?

Emmanuel Macron a lui aussi voulu faire de la tapisserie davantage qu’un objet historique.

Le président français a présenté l’échange de trésors nationaux comme un geste de compréhension mutuelle entre les deux peuples. Dans une période de doute, a-t-il expliqué, les sociétés ont besoin de lieux et d’œuvres permettant de regarder ensemble ce que l’humanité est capable de créer et de transmettre.

Macron a décrit la broderie comme « bien plus qu’une toile de lin brodée de laine » et comme « un pan entier de l’histoire de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Europe ». Il a dit souhaiter que, dans plusieurs décennies ou plusieurs siècles, on se souvienne aussi de deux pays ayant choisi de « tisser un lien aussi étroit que les fils » de cette broderie millénaire.

Le chef de l’État a également salué ceux qui ont rendu possible ce qu’il a qualifié d’« Odyssée culturelle et logistique », malgré les inquiétudes entourant le déplacement d’une œuvre aussi ancienne et fragile. Il a présenté le prêt comme « un geste d’amitié entre nos peuples ».

Cette circulation des œuvres prend également une dimension très concrète. Tandis que Bayeux est à Londres, les trésors de Sutton Hoo doivent rejoindre Caen et les pièces d’échecs de Lewis Rouen. Une manière, pour les deux pays, de raconter leur histoire non plus séparément mais à travers ce qui les relie.

« Longue vie à l’entente amicale et longue vie à l’entente entre la France et la Grande-Bretagne. »

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron lors de son discours à l’occasion de l’inauguration de l’exposition de la tapisserie de Bayeux au British Museum
Emmanuel Macron lors de son discours à l’occasion de l’inauguration de l’exposition de la tapisserie de Bayeux au British Museum, à Londres, le 2 septembre 2026. © Alexander Seale / Lesfrançais.press

La tapisserie peut-elle aussi raconter l’avenir de la relation franco-britannique ?

C’est précisément là que la visite culturelle rejoint la politique. Charles III a conclu son discours en souhaitant que la tapisserie et les trésors britanniques envoyés en France deviennent les symboles non seulement d’un passé partagé, mais aussi d’un avenir commun, « tissé, comme il se doit, par la Grande-Bretagne et la France ensemble ».

Emmanuel Macron a, lui, directement relié cette « entente amicale » au nouveau chapitre politique qui s’ouvre à Londres.

S’adressant à Andy Burnham, le président français a reconnu que Français et Britanniques n’étaient pas toujours d’accord, mais qu’ils continuaient à se respecter et à discuter de tous les sujets. Il a surtout évoqué explicitement la poursuite du rapprochement entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Andy Burnham a lui aussi utilisé la tapisserie pour parler de son propre parcours politique. Avec humour, il a relevé qu’elle montrait « un nouveau dirigeant émergeant d’un territoire du Nord, voyageant vers le sud de l’Angleterre à la recherche de la couronne », avant d’ajouter : « quelque chose qui, évidemment, ne pourrait pas arriver aujourd’hui ».

Plus sérieusement, le Premier ministre a estimé que le prêt disait beaucoup de « l’amitié entre nos nations » et constituait une « formidable démonstration de bonne volonté » de la France et des habitants de Bayeux. S’adressant directement aux jeunes Français et Britanniques présents dans la Great Court, Andy Burnham a souligné que la tapisserie « enseigne à la prochaine génération notre passé commun, notre histoire commune ». Il a dit espérer que cette génération puisse porter cette histoire vers un nouvel avenir « rempli d’optimisme et d’espoir ».

Cette volonté de transmission doit se prolonger au-delà de Londres avec le programme « Bayeux Around Britain ». Plus de 70 organisations partenaires à travers le Royaume-Uni doivent participer à cette initiative. Le 14 octobre, des milliers d’écoliers prendront part à une leçon nationale d’histoire en direct consacrée à la tapisserie et à l’histoire commune de la France et du Royaume-Uni.

Des élèves d’écoles françaises et britanniques réunis dans la Great Court du British Museum
Des élèves d’écoles françaises et britanniques réunis dans la Great Court du British Museum avant les discours, à Londres, le 2 septembre 2026. © Alexander Seale / Lesfrançais.press

Que peut changer la première rencontre entre Emmanuel Macron et Andy Burnham ?

Jeudi 3 septembre, pour la deuxième et dernière journée de leur visite à Londres, Emmanuel et Brigitte Macron se sont rendus au 10 Downing Street. Ils y ont été accueillis par le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham et son épouse, Marie-France van Heel. Pour Emmanuel Macron, cette séquence marquait aussi sa première rencontre bilatérale avec Andy Burnham depuis l’arrivée de ce dernier au 10 Downing Street.

Emmanuel et Brigitte Macron avec le Premier ministre britannique Andy Burnham et son épouse Marie-France van Heel devant le 10 Downing Street
Emmanuel et Brigitte Macron avec le Premier ministre britannique Andy Burnham et son épouse Marie-France van Heel devant le 10 Downing Street, à Londres, le 3 septembre 2026. © Dinendra Haria.

Le symbole culturel a trouvé son prolongement politique jeudi matin à Downing Street. En accueillant Emmanuel Macron, Andy Burnham a souligné la portée particulière de cette visite : le président français est son premier visiteur étranger depuis son arrivée au 10 Downing Street.

« Il est tout à fait approprié qu’il s’agisse de notre voisin le plus proche et d’un ami proche, Emmanuel », a déclaré le Premier ministre britannique, avant de remercier le président français pour son « immense geste personnel de bonne volonté, de confiance et d’amitié envers la Grande-Bretagne » en permettant à la tapisserie de Bayeux d’être exposée à Londres.

Andy Burnham est revenu sur les enfants français et britanniques présents la veille au British Museum. La tapisserie, a-t-il estimé, enrichira de nombreuses vies, « en particulier celles des enfants qui étudient cette tapisserie à l’école, comme je l’ai fait et comme beaucoup d’entre nous l’ont fait lorsque nous étions jeunes ».

« Cela montre ce que la collaboration peut accomplir. »

Andy Burnham

Le Premier ministre a immédiatement donné à cette phrase une dimension politique, citant la coopération franco-britannique sur l’Ukraine, les traversées de la Manche et le renforcement des relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Emmanuel Macron lui a répondu en qualifiant le prêt de la tapisserie et l’ouverture de l’exposition de « moment très important pour la relation bilatérale ». Le président français a rappelé qu’un million de visiteurs devraient pouvoir découvrir l’œuvre et « mieux comprendre notre histoire commune ».

« Pour moi, c’est un grand accomplissement. C’est aussi la meilleure preuve de cette relation très spéciale que nous entretenons entre nos deux pays », a déclaré Emmanuel Macron.

Derrière les fils de la tapisserie, l’agenda de Downing Street est cependant très contemporain. Emmanuel Macron a cité la défense et la sécurité, l’énergie, l’économie et les migrations, mais aussi le soutien commun à l’Ukraine et la sécurité du continent européen. Le Moyen-Orient devait également être abordé, le président français évoquant de « nouvelles initiatives » à venir.

La rencontre a ensuite donné un contenu concret à ce rapprochement. Selon le compte rendu officiel publié par le gouvernement britannique à l’issue de la rencontre, Andy Burnham et Emmanuel Macron ont estimé que la coopération franco-britannique contre les traversées de la Manche produisait des résultats. Les équipes opérationnelles progressent dans la réduction des traversées, mais les deux dirigeants souhaitent désormais étendre cette coopération à l’échelle européenne afin de mieux dissuader l’immigration irrégulière.

Le rapprochement entre Londres et l’Union européenne a également occupé une place importante dans les discussions. Andy Burnham a alerté Emmanuel Macron sur les difficultés que l’agenda « Made in Europe » pourrait représenter pour l’industrie britannique. Les deux dirigeants sont convenus de travailler ensemble afin de trouver une voie permettant de protéger leurs intérêts communs.

Sur l’Ukraine, Paris et Londres ont discuté des prochaines étapes pour établir en Ukraine des lignes locales d’assemblage du missile de longue portée SCALP, qui utilise des technologies britanniques. Les deux dirigeants sont également revenus sur la réunion de la « Coalition des volontaires » organisée à Kyiv la semaine précédente.

Enfin, Emmanuel Macron et Andy Burnham ont évoqué la situation au Moyen-Orient et la nécessité d’une désescalade dans le détroit d’Ormuz. Le Premier ministre britannique a également qualifié d’« inacceptable » la dernière décision israélienne concernant la colonie E1, estimant qu’elle ne faisait qu’affaiblir la perspective d’une solution à deux États.

Les deux dirigeants ont finalement convenu d’intensifier leur travail sur l’ensemble de ces défis communs, afin d’obtenir des résultats pour les populations des deux pays.

Emmanuel et Brigitte Macron quittant Downing Street
Emmanuel et Brigitte Macron quittant Downing Street après la rencontre, à Londres, le 3 septembre 2026. © Dinendra Haria.

« Je suis ici avec cette volonté et cet engagement de nous rapprocher toujours davantage. »

Emmanuel Macron

De Sandhurst au British Museum, puis de Bayeux à Downing Street, le fil conducteur de cette visite apparaît ainsi plus nettement : près de mille ans après les événements racontés par la tapisserie, Français et Britanniques veulent désormais utiliser leur histoire commune pour écrire, et peut-être tisser, la suite de leur relation.

Auteur/Autrice

  • Alexander Seale

    Alexander Seale est franco-britannique. Né et habitant au Royaume-Uni, il est correspondant pour lesfrancais.press, LCI (France) et LN24 (Belgique) à Londres.

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