David Di Nota, un intellectuel français à Londres !

David Di Nota, un intellectuel français à Londres !

David di Nota est diplômé de l’Institut Français de géopolitique et docteur en science politique. Il a déjà publié aux Éditions Gallimard, dans la collection « L’Infini », Festivité locale (1991), Apologie du plaisir absolu (1993), Quelque chose de très simple (1995), Traité des élégances, I (prix Mousquetaire, 1999), Projet pour une révolution à Paris (2004), J’ai épousé un Casque bleu (2008), Bambipark (2009). Il a reçu le prix Amic 2008 de l’Académie française pour l’ensemble de ses livres. Il a suivi des études de danse classique à l’Opéra de Paris (compagnie qu’il quittera à la parution de son premier roman) et de philosophie à la Sorbonne.

Nous le recevons pour partager avec lui son expérience d’expatrié à Londres en pleine pandémie et un an après le Brexit.

Lesfrancais.press : Vous vivez à Londres. Quand et comment avez-vous franchi la Manche ?

David di Nota : Je me suis installé à Londres il y a trois ans. J’ai pu ainsi observer la bataille du Brexit sur place, et, de manière plus directement liée à notre propos, suivre de près l’incident à la Batley Grammar School (incident au cours duquel un professeur a été exfiltré de son établissement après avoir présenté des caricatures de Charlie Hebdo dans le cadre d’un cours sur la notion de blasphème). Céder à la pression des intégristes et se répandre en plates excuses me paraît hautement critiquable, mais l’attitude du directeur a au moins l’avantage de la clarté. Nous faisons preuve de la même faiblesse en France, tout en donnant l’impression de défendre les valeurs de la République. C’est cette duplicité que j’ai essayé de restituer dans mon livre.

Lesfrancais.press : Votre dernier livre, la contre-enquête consacrée à l’assassinat de Samuel Paty, est bouleversant. Son titre pose son contenu d’emblée : « j’ai exécuté un chien de l’enfer ». Il est question de la violence islamiste de l’assassin mais aussi de ceux qui ont armé  le bras de ce dernier. Là où votre travail est le plus pertinent, de mon point de vue, c’est quand vous dénoncez les lâchetés ou les inconséquences de l’institution scolaire face à l’accusation d’islamophobie initiale qui a frappé injustement le professeur et était orchestrée. Dans les jours avant l’assassinat, Samuel Paty apparaît comme relativement isolé et à demi-désavoué par les autorités rectorales et notamment le référent laïcité.

David di Nota : Permettez-moi de synthétiser la situation à partir d’une anomalie. Je n’accuse pas l’Education nationale d’avoir sciemment souhaité la mort de Samuel Paty, ce qui est serait évidemment grotesque, mais d’avoir considérablement minimisé les menaces islamistes qui pesaient sur le professeur. Le traitement pédagogique et administratif de l’affaire a eu des conséquences très néfastes sur le cours des évènements. Pour le comprendre, analysez de près les échanges du référent laïcité, lisez-les attentivement, et vous verrez qu’une chose extraordinaire se produit. Alors que le fiché S Sefrioui est identifié dès le 8 octobre 2020 par l’administration scolaire (après avoir été reçu, en compagnie du père de la menteuse, Brahim Chnina, par la principale du collège), le référent laïcité occulte sa présence au cours de ses échanges avec ses supérieurs. Tout le monde sait qu’un islamiste est à la manœuvre, le premier concerné, à savoir Samuel Paty, ne cesse de le dire, et le référent laïcité choisit de tout réduire au seul Chnina, transformé en une sorte de loup solitaire. Cachez cet islamiste que je ne saurais voir… Inutile de préciser qu’Anzorov s’est chargé de rappeler à l’Education nationale cette vérité freudienne élémentaire, à savoir que le refoulé fait toujours retour dans le Réel. Quoi qu’il en soit, et par contraste, Paty est parfaitement conscient de la dimension islamiste de l’ “incident” monté de toutes pièces contre lui. Lisez l’email du 11 octobre adressé à l’ensemble de ses collègues, et sa déposition au commissariat de police la semaine suivante. Avec une concision parfaite, Paty évoque une “intention de nuire” de la part des islamistes et de certains parents d’élèves, intention qui n’a rien à voir, dit-il, “avec l’émotion (les parents seraient “choqués”) ni la colère” (l’islamisme serait purement réactif). Question : son administration l’a-t-elle jamais compris, ou entendu ?

Lesfrancais.press : Pourquoi ce livre et comment avez-vous mené l’enquête justement ?

David di Nota : J’ai décidé d’écrire “J’ai exécuté un chien de l’Enfer” le jour même de l’attentat. J’ai commencé par recouper tous les articles de presse, puis j’ai réalisé des entretiens ciblés, avant de me pencher sur les pièces administratives – terme ultime de mon investigation. Pourquoi ce livre ? Je ne sais pas. Sophocle a prononcé des paroles magnifiques au sujet du devoir de vérité : “Ce devoir ne date pas d’hier, mais il est en vigueur de toute éternité, et personne ne sait d’où il vient”.

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