COP26, des enjeux pluriels, sources de tensions multiples

COP26, des enjeux pluriels, sources de tensions multiples

Tous les grands sommets donnent lieu à des postures et à des jeux diplomatiques complexes. La COP26 qui s’est ouverte le 31 octobre 2021 à Glasgow n’échappe pas à la règle. L’absence du Président de la Chine, la deuxième puissance économique mondiale, responsable de 28% des émissions de CO2, soit deux fois plus que les Etats-Unis, constitue un signal important au moment où les Etats-Unis entendent jouer un rôle fédérateur dans la lutte contre le réchauffement climatique. L’absence du Premier Ministre de l’Inde, troisième plus important émetteur de CO2 est également un signe des tensions que génèrent ce type de sommet.

La COP26 donne lieu à de nombreuses revendications ou propositions en provenance tant des Organisations Non Gouvernementales que de certains groupes d’États désireux d’obtenir des concessions ou des aides. Les pays industrialisés sont montrés du doigt ce qui incite certains dirigeants à opter pour la politique de la chaise vide. Les pays pauvres et émergents ont réclament un effort plus important des pays riches afin de compenser les coûts de la transition énergétique ce qui est une source de conflits.

Réduire les émissions de dioxyde de carbone réduire à zéro d’ici le milieu de ce siècle. 

Adopté en 2015 par la grande majorité des pays, l’accord de Paris avait comme objectif de limiter à moins de 2°C la hausse de la température moyenne à la surface de la Terre par rapport aux niveaux préindustriels. Idéalement, les négociateurs avaient admis qu’il serait raisonnable de se fixer un objectif à 1,5°C. Depuis 2015, de moins en moins d’experts croient en la possibilité de respecter l’un ou l’autre de ces objectifs. Le processus de hausse se poursuit voire s’accélère. Depuis l’invention de la machine à vapeur, les températures ont déjà augmenté de 1,1 à 1,3°C. Pour tenter de respecter peu ou prou l’accord de Paris, l’ensemble des États doivent réduire leurs émissions nettes de dioxyde de carbone de 45% en 2030 par rapport à 2010 et les réduire à zéro d’ici le milieu de ce siècle.

L’accord de Paris n’est pas contraignant ; il vise à créer un cadre permettant aux États signataires de s’engager sur des stratégies de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ces engagements prennent la forme de « Contributions déterminées au niveau national (ndcs) ». Ces dernières ne permettent pas, en l’état, le respect des objectifs. Leur application aboutirait simplement à une limitation de la hausse de température à 3 degrés d’ici 2100. Conscients qu’une démarché progressive était la seule envisageable, les négociateurs du traité de 2015 avaient prévu, une révision tous les cinq ans, des engagements pris par les parties prenantes avec en jeu, l’introduction de nouvelles contributions plus ambitieuses. La conférence de Glasgow (qui a lieu un an plus tard que prévu, en raison de covid-19) est la date limite prévue pour la présentation de ses nouveaux engagements renforcés.

Union Européenne et Etats-Unis sont les seuls à fixer de nouveaux engagements

Depuis un an, plusieurs gouvernements ont commencé à annoncer de nouveaux engagements. L’Union européenne (UE) a ainsi promis qu’à la fin de la décennie, elle aura réduit ses émissions de 55% par rapport aux niveaux de 1990. Elle a amélioré son objectif de 15 points par rapport à son engagement de 2015. Les États-Unis qui ont resigné le traité de Paris ont décidé de réduire leurs émissions de 50 à 52 % d’ici 2030, par rapport aux niveaux de 2005. Il y a six ans, ils n’avaient proposé qu’une réduction de l’ordre de 26 à 28% d’ici 2025. Union européenne et États-Unis représentent 23% des émissions mondiales de dioxyde de carbone.

L’Australie qui avait présenté en 2015 une contribution modeste ne l’a guère relevée depuis. De nombreux États émergents se sont fixés des objectifs peu contraignants. La Russie et l’Indonésie ne promettent, pour le moment, aucun nouvel effort. En utilisant une comptabilité carbone créative, le Mexique et le Brésil ont élaboré de nouvelles stratégies moins ambitieuses que leurs plans initiaux. Responsable de 7% des émissions de dioxyde de carbone, l’Inde n’a pas, de son côté, encore publié de nouvelle stratégie climatique. La Chine qui représente 28% se trouve dans la même situation. L’année dernière, les autorités chinoises ont simplement déclaré que leur pays prévoyait d’atteindre son pic d’émissions avant 2030. Li Shuo de Greenpeace pense que la Chine n’a pas réellement l’intention de respecter cet objectif et qu’elle devrait simplement se contenter d’un volume maximal d’émissions de gaz à effet de serre.

En l’état actuel, le compte n’y est pas. Pris dans leur ensemble, les nouvelles cibles permettraient, dans 50% des cas, le maintien du réchauffement en-dessous de 2,1°C et dans seulement 5% des cas au-dessous de 1,5°C, selon l’Agence internationale de l’énergie. Pour aboutir à ces ratios, l’agence internationale a supposé que tous les engagements étaient respectés à la lettre.

80 milliards sur les 100 promis ont été transférés.

L’autre grand sujet est l’organisation des transferts en faveur des pays en développement. En 2009, les pays riches avaient promis que d’ici 2020, ils fourniraient aux États en développement 100 milliards de dollars de financement climatique chaque année. Afin de faciliter leur transition énergétique et éviter la multiplication des centrales au charbon, des montants à peu près équivalents avaient été également prévus. Le chiffre est une fraction de l’investissement annuel de 2 000 milliards de dollars, montant des besoins des pays en développement évalué par l’Agence internationale de l’énergie. Selon l’OCDE, seulement 80 milliards de dollars ont été, transférés en 2019. En 2021, l’objectif des 100 milliards de dollars serait atteint mais seulement 25 % des sommes financent des moyens d’adaptation au changement climatique, au lieu des 50 % promis.

Confrontés aux coûts de la pandémie, les pays avancés sont à la peine pour accroître leurs aides. Ils prendront certainement des engagements pluriannuels. Ils devraient ainsi proposer un montant agrégé de 500 milliards de dollars sur la période 2020/2025.

À l’occasion du sommet de Glasgow, des avancées sont attendues sur l’élaboration de règles d’organisation les marchés internationaux du carbone ainsi sur le concept des « pertes et dommages » en vertu duquel les pays qui souffriront le plus du changement climatique devraient être indemnisés. Jusqu’à maintenant peu favorables à l’introduction d’une logique d’indemnisation, les pays avancés avaient admis qu’une simple mention de ce concept figure dans l’accord de Paris 2015. En 2021, les pays en développement espèrent placer ce principe en tête de l’agenda afin d’obtenir un cadre dans les prochaines années.

Des accords sur le charbon et le méthane ?

Le sommet de Glasgow devrait également aborder la question des engagements sectoriels, tels que l’arrêt de la combustion du charbon, l’interdiction de la vente de moteurs à combustion interne et l’arrêt de la déforestation. Le pacte global sur le méthane (Global Methane Pledge), appelle à réduire les émissions mondiales de méthane d’au-moins 30 % par rapport aux niveaux d’ici 2030. Ses auteurs sont américains et européens. Leur objectif de réduire drastiquement les émissions de méthane. Mesurée sur 20 ans, une tonne de méthane provoque un réchauffement 86 fois plus important qu’une tonne de dioxyde de carbone.

En revanche, le gaz est naturellement éliminé de l’atmosphère beaucoup plus rapidement que le CO2. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la concentration de méthane dans l’atmosphère est actuellement deux fois et demie plus élevée qu’avant la révolution industrielle. Les émissions de méthane sont difficiles à tracer avec certitude, à cause de la multiplicité des sources, qu’elles soient naturelles ou non. Les estimations actuelles tournent autour de 570 millions de tonnes par an environ, dont 60% seraient d’origine humaine. Plus de la moitié des émissions de méthane provient de l’activité humaine. L’agriculture, et en particulier l’élevage de bovins, est responsable à elle seule d’un quart voire d’un tiers de ces émissions. Selon la « Climate and Clean Air Coalition », qui rassemble sous l’égide de l’ONU des États et des ONG, la réduction de moitié des émissions de méthane d’origine humaine d’ici 2050 pourrait abaisser les températures d’environ 0,2°C.

Les pays « émergents » réticents

Ce sommet pourrait révéler au grand jour les stratégies divergentes des États. Les pays riches tentent de convaincre les émergents qu’ils sont les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre quand ces derniers en imputent la responsabilité aux premiers qui sont à l’origine des différentes révolutions industrielles. Les pays émergents se rangent sous la bannière des pays en développement pour bénéficier des aides. Ils rappellent que le niveau de développement des pays riches n’est que la production de deux siècles de pollution. Leur position s’est néanmoins affaiblie avec le départ de Donald Trump de la Maison Blanche qui leur permettait d’arguer que la première puissance économique mondiale ne tenait pas à respecter l’accord de Paris.

Certains pays émergents jusqu’à alors retors au principe de la transition énergétique commencent à l’intégrer dans leur politique publique. L’Afrique du Sud a récemment relevé ses objectifs et la Chine a mentionné, en septembre, qu’elle ne financerait plus de nouvelles centrales électriques au charbon en dehors de ses frontières. Ces derniers mois, la multiplication des catastrophes naturelles, dont celle ayant provoqué la mort de près de 200 personnes en Allemagne, ont créé une onde choc sur l’urgence d’agir en faveur de la transition énergétique, ce qui devrait peser sur le cours des débats à Glasgow.

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