Comment la pauvreté baisse, comment la confiance baisse aussi.

Comment la pauvreté baisse, comment la confiance baisse aussi.

février 8, 2019 0 Par La rédaction

Contrairement aux idées recues, la pauvreté recule dans le monde.

Elle n’a d’ailleurs jamais autant baisssé et si vite dans l’histoire. Selon la Banque mondiale, ces 25 dernières années, 1.1 milliard de personnes sont sorties de l’extrême pauvreté. Et ce, alors que la population mondiale augmentait de plus d’un tiers. En 1990, 36% de la population mondiale vivait avec moins de 1.90 dollar par jour. En 2015, la proportion est tombée à 10%. Toujours trop, bien sûr, mais peut-être faut-il comprendre comment les autres sont sortis de la misère, et penser que derrière les chiffres, ce sont des vies.

Certains diront : « Ah oui, bien sûr, c’est la Chine ». Certes, la sortie du Maoïsme a permis aux Chinois non seulement de sortir des famines organisées, mais aussi de créer une économie moderne, empruntant au capitalisme quelques-unes de ses recettes. Le taux de pauvreté extrême en Chine est passé de 66.6% en 1990 à 0.7% en 2015. Est-ce un miracle? Il n’y a pas que la Chine : l’Asie centrale, l’Asie du sud est, l’Inde ont vu des centaines de millions de gens sortir de l‘extrême pauvreté. Même en Afrique, le taux de pauvreté a reculé. L’objectif du Millénaire, fixé par les Nations-Unies -réduire de moitié le taux de pauvreté de moitié en 2015- a été dépassé. L’objectif a été atteint dés 2010. Malgré la crise de 2008.

Cette réussite aurait-elle été possible sans la mondialisation ? Non. Une des critiques de la mondialisation est que, sous l’effet d’une compétitivité accrue, une horrible vague ultralibérale a conduit  à une dégradation de services publics. C’est l’inverse. Plus de croissance, plus de richesse, plus de moyens dans les services publics.  Plus et mieux encore: De 1990 à 2015, le taux d’imposition et des charges dans les pays de l’OCDE est passé de 31.9% à 33.7%. Le PIB augmente, la part du PIB allouée aux dépenses publics s’accroit. Trop, dans certains cas, notamment en France, où la ponction fiscale entrave l’économie et provoque chômage et stagnation des salaires. Et la France ? Sans doute est-elle allée trop loin: Une dépense publique à 56.5%, des prélèvements obligatoires de 45.4%,des dépenses sociales qui représentent 33% du Pib, autant de records mondiaux excessifs.

La pauvreté recule, mais les inégalités augmentent. Lors d’un processus de décollage, les uns entrent les premiers dans l’économie mondialisée tandis que les derniers sont encore dans l’économie de quasi subsistance. Dans les pays émergents, les inégalités explosent.  Encore est-il difficile de comparer les inégalités quand certains mouraient de faim. A ce moment là les inégalités sont infinies. Peut-on estimer qu’après une phase d’explosion de richesse et d’inégalités le rattrapage s’installe, comme en Europe?

En Europe aussi, tandis que certaines sociétés, et leurs dirigeants, et leurs salariés, s’ancrent dans l’économie mondiale, d’autres pâtissent de la dureté de la compétition mondialisée. D’où l’importance de la protection sociale et l’envolée des dépenses sociales. Les pays les moins inégalitaires – selon les études internationales et le fameux coefficient de GINI, censé mesurer les écarts entre les plus pauvres dans un pays donné et les plus riches- sont quasiment tous des pays européens.

Autre paradoxe: plus un pays concentre de capital, plus il développe un système fiscal fort et redistributif, et un système de services publics gratuits ou quasi gratuits. Ce, quelles que soient les modalités pour y parvenir ( gestion publique ou privée). Comme s’il y avait une relation entre la concentration de capital et réduction des inégalités, ce qui a sa logique, puisque plus il y a de capital, plus il y a d’investissement, de productivité et de salaires élevés et de recettes fiscales.

S’indigner de la misère est un sentiment naturel. Refuser de le faire est une provocation immorale. Comprendre les moyens qui permettent de sortir de la pauvreté est donc une exigence morale. Il faut donc constater:

  1. Que la pauvreté recule sous l’effet de la mondialisation et de l’ouverture des marchés.
  2. Que les pays européens, ouverts, libéraux sont lesmoins inégalitaires. Le modèle européen fonctionne, malgré le pessimisme ambiant et les crises de la déchirured’un monde trop complexe pour être dirigée ou compris. D’où ce dernier paradoxe: la crise de confiance est plus tenace que toute crise fianacière, économique ou sociale. Ce n’est pas l’économie qui compte le plus, c’est le  mental!

Laurent Dominati

Ancien ambassadeur de France

Ancien Député de Paris

Président de la société éditrice du site « Lesfrancais.press »

 

Publicités