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Combien coûte vraiment l’éducation, de la France au monde ?

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Combien coûte vraiment l'éducation, de la France au monde ?

Expatriés à Londres, New York, Dubaï ou Sydney, nous comparons en permanence : école locale ou lycée français ? Université du pays d’accueil ou retour en France ? Derrière ces questions, il y a un chiffre que peu de familles connaissent réellement : le prix de la scolarité et des études supérieures. Car entre la France métropolitaine, où l’école publique est dite « gratuite », et les systèmes anglo-saxons, où une année d’université peut dépasser 60 000 dollars, le grand écart mérite un décryptage complet. Voici le tour du monde des coûts de l’éducation, pensé pour les Français de l’étranger.

France métropolitaine : une « gratuité » payée par l’impôt

L’école publique française est gratuite à l’école primaire depuis la loi du 16 juin 1881 de Jules Ferry  et encore, la loi imposait déjà des centimes communaux et départementaux dédiés, avec un « filet de sécurité » de l’État en cas d’insuffisance des ressources locales. Le secondaire public n’est devenu gratuit qu’en 1933, puis ce principe a été rétabli le 28 janvier 1945. Autrement dit : la gratuité n’a jamais signifié l’absence de coût. Elle signifie seulement que la facture est réglée par la collectivité.

Et quelle facture : la dépense intérieure d’éducation a atteint 189,9 milliards d’euros en 2023, soit 6,7 % du PIB (INSEE). La dépense moyenne s’élève à 10 470 € par élève ou étudiant et par an : environ 8 450 € dans le primaire, 11 320 € dans le secondaire et 13 060 € dans le supérieur. Chaque famille qui « ne paie pas l’école » paie en réalité, via l’impôt sur le revenu, la TVA et les cotisations, plusieurs milliers d’euros par enfant et par an.

L’université à 178 € : le ticket d’entrée le plus bas d’Occident

Pour l’année universitaire 2026-2027, les droits d’inscription dans les universités publiques françaises sont symboliques : 178 € en licence, 255 € en master, 398 € en doctorat pour les Européens (Campus France), auxquels s’ajoute la CVEC (environ 105 €). Les étudiants hors Union européenne, dont beaucoup d’enfants d’expatriés binatonaux selon leur situation fiscale, relèvent de droits différenciés : 2 902 € en licence et 3 950 € en master.

Mais là encore, le coût réel est ailleurs : former un étudiant coûte à l’État 12 460 € par an à l’université, jusqu’à 17 220 € en BTS et 19 000 € en classe préparatoire. L’étudiant qui paie 178 € ne finance donc qu’à peine 1,5 % de sa formation. C’est le choix du modèle français : des frais quasi nuls, une charge massive pour les finances publiques.

Le revers de la médaille : PISA, Shanghai et le malaise des jeunes

Ce modèle a-t-il acheté l’excellence ? Les indicateurs invitent à la lucidité. Dans l’enquête PISA 2025, publiée en septembre 2026, la France glisse à la 27e place sur 91 pays et économies : 458 points en mathématiques (-16 par rapport à 2022), 456 en compréhension de l’écrit (-18) et 483 en sciences. L’écart entre élèves favorisés et défavorisés atteint 100 points, bien au-delà de la moyenne OCDE (85) : l’école gratuite ne corrige pas les inégalités, elle les entretient.

Education, le classement PISA
Education, le classement PISA

Côté enseignement supérieur, le classement de Shanghai 2026 montre une France 10e puissance académique, portée par Paris-Saclay (13e mondiale) et PSL (33e). Mais au-delà de ces locomotives, la représentation française dans le top 100 reste marginale face à l’hégémonie américaine. La gratuité totale ne garantit donc ni le niveau des élèves, ni le rayonnement mondial des universités.

Enfin, il y a le thermomètre social : à l’automne 2026, la crise lycéenne qui secoue l’Hexagone, blocus, « 10 mesures d’urgence », convergence redoutée avec les Gilets Jaunes, traduit un mal-être profond de la jeunesse face à des conditions d’études dégradées et un avenir incertain. Un système coûteux, des résultats en berne et une jeunesse en colère : voilà le bilan nuancé du « gratuit à la française ».

Scolarité dans le monde : systèmes gratuits, systèmes payants… et l’AEFE entre les deux

Dans le monde, la gratuité de l’école publique est le principe, pas toujours la réalité. Selon la Coalition éducation, 94 pays à revenu faible ou intermédiaire sur 107 ont légalisé la gratuité du primaire, mais partout où l’offre publique manque, le privé s’impose et les frais de scolarité deviennent la première barrière à l’instruction.

Dans les pays développés, l’école publique est généralement gratuite… pour les résidents. Détail qui nous concerne directement : à l’étranger, les familles françaises sont souvent hors du périmètre de la gratuité. En Australie ou en Nouvelle-Zélande, les écoles publiques facturent aux enfants de résidents temporaires l’équivalent de 15 000 à 20 000 € par an. Quant aux écoles internationales, l’addition grimpe encore : frais médians de plus de 21 000 dollars en Australie, 33 000 dollars annuels pour certaines écoles de Dubaï, et jusqu’à 45 000 dollars à Londres ou Singapour.

L’AEFE et ses frais d’écolage : un modèle hybride sous tension

Le réseau de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), 612 établissements dans 138 pays, près de 400 000 élèves à la rentrée 2026, repose sur un cofinancement État-familles : dans les établissements en gestion directe et conventionnés, le financement est assuré à environ 44 % par l’État français et 56 % par les frais de scolarité des familles. Les tarifs varient fortement selon les pays : autour de 3 000 à 4 000 € par an et par enfant en Afrique, jusqu’à 4 700 € en moyenne en Asie, avec des pointes bien plus élevées dans les grandes capitales.

L’année 2025-2026 a montré les limites du modèle : 60 millions d’euros manquants en décembre 2025, subvention publique en baisse (396 millions d’euros en 2026), et surtout hausse moyenne de 7 % des frais de scolarité, soit environ 400 € de plus par élève et par an, avec des pics à 1 300 € (AEFE : quelles perspectives en 2027 ?). La réforme portée par le nouveau directeur général Alexandre Morois, dont l’entrée en vigueur est prévue à la rentrée 2027, visera précisément à éviter de continuer à reporter la hausse des coûts sur les frais d’écolage.

Le réseau français reste une des options les moins chères

Faut-il pour autant bouder les lycées français du monde ? Non. Selon l’enquête ExpatFinder les écoles françaises à l’étranger sont en moyenne deux fois moins chères que les écoles internationales anglo-saxonnes (environ 7 000 dollars par an en moyenne). Surtout, alors que le système métropolitain s’enfonce dans les classements, l’AEFE demeure une valeur refuge pédagogique : un modèle payant, certes, mais lisible, homologué et très compétitif face aux écoles internationales.

Études supérieures dans le monde : le grand écart des frais d’inscription

C’est le continent du faible coût. L’Allemagne ne facture aucun frais de scolarité dans ses universités publiques, quelle que soit la nationalité, seule une contribution semestrielle de 150 à 350 € est due, le Land du Bade-Wurtemberg imposant 1 500 € par semestre aux étudiants hors UE (College Council). L’Autriche (363 € par semestre pour les Européens), la Norvège, la Slovaquie et la Tchéquie (gratuites en langue nationale) suivent le même modèle. Les Pays-Bas facturent 2 694 € par an aux Européens (moitié prix la première année), mais de 8 000 à 25 000 € aux autres. L’Italie module ses frais publics selon le revenu familial (de quelques centaines à 4 000 €), la Pologne reste accessible (2 000 à 9 000 €) et les masters anglophones d’Europe de l’Est coûtent entre 1 600 et 18 500 € par an (VisitWorld).

Le monde anglo-saxon : les frais les plus élevés de la planète

À l’autre extrémité, le Royaume-Uni plafonne ses frais nationaux à 9 535 livres sterling par an (environ 11 300 €) depuis 2025, première hausse depuis sept ans, mais les étudiants internationaux paient entre 11 400 et 38 000 £ par an en licence. Aux États-Unis, les étudiants internationaux déboursent de 25 000 à 45 000 dollars dans les universités publiques et plus de 65 000 dollars dans les privées d’élite ; le budget annuel d’un visiting student à Harvard atteint 101 960 dollars (Étudions à l’étranger). Le Canada reste prisé mais facture en moyenne près de 20 000 € par an aux étudiants étrangers.

Quelle stratégie pour les familles expatriées ?

Trois réflexes à garder en tête :

  1. Comparer le coût total, pas seulement les frais d’inscription : logement, assurance santé et vie courante doublent souvent la facture dans les pays anglo-saxons.
  2. Vérifier les statuts : selon la nationalité des enfants, le foyer fiscal ou la résidence de longue durée, les droits différenciés français (2 902 €/3 950 €) peuvent ne pas s’appliquer, les boursiers sont, eux, exonérés.
  3. Anticiper le retour : une licence française à 178 € reste, rapport qualité-prix, l’une des meilleures affaires du monde universitaire, sous réserve d’accepter la sélection de Parcoursup et le coût réel pour la collectivité.

Il n’existe pas d’éducation gratuite, seulement des factures réglées différemment

En France métropolitaine, la facture est réglée par l’impôt, près de 10 500 € par élève et par an. Mais les résultats PISA et le malaise étudiant rappellent que le modèle montre ses limites. Dans le monde anglo-saxon, ce sont les familles qui paient directement, parfois plus de 60 000 dollars par an. Entre les deux, l’AEFE propose un compromis hybride, de plus en plus coûteux mais toujours compétitif. Pour les Français de l’étranger, le bon choix ne se résume donc pas au prix affiché : il se calcule en coût réel, en qualité pédagogique et en cohérence avec le projet de vie de l’enfant.

Prix de la scolarité et des études supérieures
Prix de la scolarité et des études supérieures © Lesfrancais.press

Auteur/Autrice

  • Chantal Julia

    Chantal Julia est maitre de conférence en Suisse. Après plusieurs années à l'Université de Lettre Paris 1, Chantal a suivi son compagnon à Lausanne où elle enseigne toujours la littérature française. Elle écrit pour différents magazines universitaires et Lesfrancais.press

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