Biarritz : un des G7 les plus difficiles de l'histoire du groupe

Le sommet du G7 qui a eu lieu du 24 au 26 août à Biarritz, est sans doute l’une des rencontres les plus difficiles de l’histoire du groupe.

« Voici un autre sommet (du G7) qui sera un test d’unité et de solidarité du monde libre et de ses dirigeants », a reconnu Donald Trump. « Reste à savoir si les dirigeants seront capables de trouver des solutions communes », a-t-il déclaré aux journalistes. « C’est peut-être notre dernière chance de restaurer notre communauté politique. »

En effet, depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, le consensus sur les grands enjeux mondiaux est quasi impossible lors des sommets internationaux, comme l’a déjà montré le sommet du G7 au Canada l’année dernière.

Le commerce, le climat et les affaires étrangères, notamment le risque de nucléarisation en Iran, sont les principales sources de conflit entre les dirigeants et Donald Trump.

La dernière source de tension en date était la taxe numérique, qui a été discutée dimanche par les leaders.

«L’UE protègera le vin français avec une réelle détermination, la France peut compter sur notre fidélité. » Donald Tusk

Nouveaux droits de douane

Avant son arrivée à Biarritz, Donald Trump avait déclaré qu’il ferait pression sur son hôte, Emmanuel Macron, pour qu’il retire la taxe sur le numérique récemment approuvée par Paris. Dans le cas contraire, il imposerait des droits de douane sur le vin français et d’autres biens nationaux.

Donald Tusk a toutefois rétorqué que si les États-Unis sanctionnaient les produits français, l’UE riposterait également. «L’UE protègera le vin français avec une réelle détermination, la France peut compter sur notre fidélité. »

Le président du Conseil a expliqué que la dernière chose que l’UE voulait était de nouveaux droits de douane, mais que le bloc était prêt à agir.

La nouvelle escalade des tensions entre Bruxelles et Washington survient alors que le conflit commercial entre les deux partis risque d’empirer ces prochaines semaines.

L’UE et les États-Unis devraient s’imposer des droits de douane dans le contexte des subventions octroyées à leur constructeur d’avions respectifs, Airbus et Boeing. Donald Trump envisage aussi de sanctionner les voitures européennes.

L’économie mondiale et les relations commerciales ont fait partie du menu des dirigeants ce week-end. Bruxelles et Washington voient toutes deux Pékin comme « une menace systémique » à l’économie mondiale, a déclaré une source européenne.

Néanmoins, les Européens ont toujours espoir de coopérer avec les autorités chinoises pour ouvrir leurs économies et mettre fin au transfert forcé de technologie que subissent les entreprises étrangères.

Donald Trump a quant à lui décidé de poursuivre la guerre commerciale contre la Chine pour rééquilibrer la relation commerciale à la veille du sommet. Interrogé dimanche sur les taxes supplémentaires, il a toutefois surpris les journalistes en disant qu’il remettait tout cela en question.

Un porte-parole de la Maison-Blanche a cependant expliqué qu’il avait été « totalement mal compris », et ajouté que le président américain « regrettait de ne pas imposer des droits de douane plus élevés ».

Feux en Amazonie

Les inquiétudes partagées des dirigeants sur les feux de forêt en Amazonie étaient un des rares sujets sur lequel un consensus est apparu lors du sommet.

Le G7 a exprimé sa plus grande solidarité avec les pays de la région amazonienne et a apporté son soutien, notamment au président brésilien, Jair Bolsonaro. Les pays se sont aussi montrés prêts à contribuer à la reforestation.

« L’Amazonie en feu est devenue un autre signe déprimant de notre époque », a regretté Donald Tusk.

La semaine dernière, Emmanuel Macron et Leo Varadkar, Premier ministre irlandais, avaient prévenu que leurs pays ne ratifieraient pas l’accord commercial avec le Mercosur à moins que Jair Bolsonaro ne prenne des mesures décisives pour contrôler la crise.

Donald Tusk a déclaré que l’UE défendait l’accord avec le Mercosur, mais a ajouté qu’il était « difficile d’imaginer un processus harmonieux de ratification par les pays européens tant que le gouvernement brésilien permettait la destruction du poumon de la planète Terre. »

La Russie de retour au G7 ?

Donald Tusk a également rejeté la proposition de Donald Trump de réintégrer la Russie dans le G7, après son expulsion en 2014 à la suite de l’annexion de la Crimée.

Le président du Conseil a rappelé que non seulement les raisons de l’exclusion de la Russie étaient toujours valides, mais qu’il y en avait aussi de nouvelles, y compris les provocations de Moscou dans la mer d’Azov.

L’Ukraine a fait un pas important vers la déclaration d’une loi martiale après la capture manu militari par la Russie de trois navires de la marine ukrainienne. Cette opération a fait des blessés et provoqué une escalade sans précédent dans cette zone sensible.

Il a expliqué que la Russie avait été invitée au G7 il y a 20 ans car les dirigeants pensaient que Moscou poursuivrait le chemin d’une démocratie libérale, de l’état de droit et des droits humains.

« Quelqu’un parmi nous pense-t-il vraiment, sans arrière-pensée commerciale, que la Russie se trouve sur cette voie ? » a-t-il demandé.

Brexit

Donald Trump a rencontré le Premier ministre britannique, Boris Johnson, le 25 août, lors d’un petit-déjeuner. Le président américain a promis au dirigeant conservateur sur les deux pays s’attèleraient rapidement à un « très très gros accord commercial, du jamais vu auparavant » entre les deux économies.

Cela sera possible car « ils n’auront plus d’obstacle, plus de chaine à leur pied, comme c’est le cas actuellement », a-t-il affirmé dans une critique à peine voilée de l’UE.

Donald Trump a poursuivi en disant que Boris Johnson n’avait pas besoin de conseils et qu’il était la bonne personne pour cette tâche.

De son côté, Boris Johnson, qui participait à son premier sommet, a fâché ses partenaires européens en remettant en question son obligation de payer la facture du Brexit si le pays venait à sortir de l’UE sans accord le 31 octobre.

« Si nous sortons sans accord, alors les 39 millions ne seront plus légalement dus », a-t-il déclaré sur Sky News dimanche. Des sources européennes ont toutefois insisté sur le fait que cet argent était légalement dû à l’UE et que ne pas la payer reviendrait à un défaut de paiement d’une dette souveraine.

La facture du divorce n’a pas été abordée pendant la réunion bilatérale entre Boris Johnson et Donald Tusk. Selon une source européenne, la rencontre s’est déroulée dans une « ambiance positive », mais aucune stratégie alternative au backstop n’a été présentée par le Royaume-Uni.

« La balle est dans le camp britannique », a conclu le président du Conseil. « La seule chose que je ne veux pas c’est une sortie sans accord, et j’espère que Boris Johnson ne veut pas devenir le Mr. No Deal de l’histoire. »

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