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  • La difficile entente euro-britannique

    La difficile entente euro-britannique

    Près de dix ans après le vote du Royaume-Uni en faveur de la sortie de l’Union européenne, le débat sur le Brexit est de retour. La décennie écoulée a été douloureuse pour les Britanniques. Quatre Premiers ministres se sont succédé, avec, à la clé, des négociations tortueuses sous Theresa May, suivies par l’accord de Brexit le plus dur possible sous un autre, Boris Johnson, qui a pénalisé l’économie britannique en érigeant de nouvelles barrières aux exportations de biens. Les estimations de la perte de PIB qui en a résulté varient de 4 à 8 %. Même la promesse d’une baisse de l’immigration n’a pas été tenue. Contrairement aux prévisions des anti-européens, le déficit public s’est aggravé, tout comme la dette, malgré la fin de la contribution du Royaume-Uni au budget de l’Union européenne.

    Le Brexit, une erreur ?

    Selon une enquête réalisée par l’hebdomadaire The Economist, la majorité des Britanniques considèrent désormais que le Brexit a été une erreur et souhaitent un rapprochement avec l’Union européenne, davantage encore qu’avec les États-Unis. Certaines voix au sein du Parti travailliste évoquent même l’idée, autrefois taboue, d’un retour dans l’union douanière. De leur côté, les États membres de l’Union sont pleinement conscients de la nécessité de mieux intégrer le Royaume-Uni au Vieux Continent. Les évolutions géopolitiques et la montée des droits de douane les incitent à revoir les relations avec la perfide Albion. Une Europe de la défense sans Londres a peu de sens. Sur le plan commercial, la densité des échanges de part et d’autre de la Manche suppose qu’ils puissent s’effectuer librement. Aujourd’hui, les formalités douanières et le paiement de droits constituent un handicap pour les deux parties. Tout Français achetant des biens sur un site britannique est désormais tenu de s’acquitter de droits avant leur livraison, ce qui allonge les délais.

    Bien que modestes, des premiers pas ont été accomplis ces derniers mois. Le Royaume-Uni a réintégré le programme Horizon de l’Union européenne, qui favorise la coopération scientifique. Il revient également dans le dispositif Erasmus, permettant aux jeunes Britanniques d’étudier en Europe et réciproquement. Dans le cadre d’une remise à plat intervenue en mai, le Royaume-Uni a accepté de se réaligner sur les règles européennes en matière de sécurité alimentaire et de santé animale, ce qui a débloqué le commerce des produits agricoles et réduit les entraves entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne. Des négociations sont en cours pour l’intégration du Royaume-Uni au marché carbone européen et au marché de l’électricité.

    En chien de faillance ?

    Malgré ces avancées limitées, le gouvernement de Sir Keir Starmer s’en tient à sa promesse électorale : pas de retour dans le marché unique, ni dans l’union douanière, ni dans le système européen de libre circulation des personnes. De son côté, l’Union européenne se montre intransigeante sur les règles à respecter pour une éventuelle intégration à l’union douanière et entend, en outre, exiger une participation financière élevée. L’idée de continuer à sanctionner le choix britannique de quitter l’Union demeure prégnante. Ces intransigeances de part et d’autre ont récemment fait échouer toute perspective de participation du Royaume-Uni au fonds européen de dépenses de défense, SAFE, qui aurait pourtant été bénéfique aux deux parties.

    La présidente Von Der Leyen et le président Costa rencontrent le Premier ministre Starmer en 2025 à Bruxelles.
    La présidente Von Der Leyen et le président Costa rencontrent le Premier ministre Starmer en 2025 à Bruxelles. ©Commission européenne

    En matière d’échanges, l’Union européenne exige du Royaume-Uni le respect de la libre circulation des biens, des services et des personnes, ainsi qu’un alignement sur le régime applicable actuellement à la Suisse ou au Liechtenstein.

    La meilleure stratégie pour le Royaume-Uni serait de rechercher une forme d’adhésion partielle au marché unique, en échange d’une application limitée de la libre circulation, restreinte, par exemple, à certains secteurs. L’Union européenne pourrait d’ailleurs être amenée à adopter ce type de solution pour plusieurs pays candidats à l’Est, dont l’Ukraine. L’adhésion à l’Espace économique européen constituerait évidemment la meilleure option pour le Royaume-Uni, mais elle s’accompagne du paiement d’une cotisation, dont les autorités britanniques ne veulent, pour l’heure, pas entendre parler.

  • Le cinéma français a séduit le monde en 2025

    Le cinéma français a séduit le monde en 2025

    Les films français ont connu une année 2025 plutôt réussie à l’étranger, attirant 42,5 millions de spectateurs selon les estimations d’Unifrance publiées lundi, en hausse de 6% par rapport à 2024.

    Qu’est-ce qu’un film français ?

    Unifrance, chargé de la promotion du cinéma et de l’audiovisuel à l’international, considère qu’une production est française à partir du moment où une partie même minoritaire du financement vient de l’Hexagone.

    Ainsi, sont référencés par Unifrance, tous les films produits ou coproduits par la France (via une ou plusieurs structures de production inscrites au Registre français des entreprises), à la condition qu’ils répondent à au moins l’un des critères ci-dessous :

    • Avoir reçu l’agrément de production du CNC
    • Être détenteur d’un visa délivré par le CNC
    • Être sélectionné dans au moins un festival partenaire d’Unifrance

    En revanche, les films sans part de coproduction française, ou seulement avec une production exécutive en France, ne peuvent être référencés. Enfin, la nationalité française du réalisateur/de la réalisatrice n’implique pas la nationalité française du film.

    Rebond après 2024

    Le cinéma français retrouve le niveau de fréquentation à l’étranger qu’il avait connu en 2023 mais qui reste cependant inférieur de 26% à la moyenne enregistrée sur les années 2017-2019, avant la pandémie de Covid-19. Cela représente un chiffre d’affaires de 272 millions d’euros environ pour le cinéma tricolore.

    Mais il y a un bémol, les productions uniquement en langue française reculent avec 17,1 millions d’entrées, contre 25,8 millions en 2024. « On n’a pas eu de films français comme « Un p’tit truc en plus » ou « Le Comte de Monte Cristo » mais aussi « Anatomie d’une chute », qui ont bien marché », a expliqué à l’AFP la directrice générale d’Unifrance, Daniela Elstner. Elle a souligné en revanche la capacité du cinéma français à attirer des auteurs étrangers comme l’Iranien Jafar Panahi, dont le film « Un simple accident », Palme d’or à Cannes, est une production majoritairement hexagonale.

    Les succès français de 2025

    Le plus gros succès de l’année dernière à l’étranger, selon Unifrance, revient à une production minoritaire, le film d’animation « Flow », réalisé par le Letton Gints Zilbalodis. Couronné de l’Oscar et du César du meilleur film d’animation, ce récit des aventures d’un chat noir dans un monde inondé a attiré 7,8 millions de spectateurs hors de France. « Pour nous, c’est quasiment un film français » avec 45% de financement français, souligne Daniela Elstner. L’animation française a d’ailleurs enregistré une de ses meilleures années à l’étranger avec 13 millions d’entrées cumulées, juste derrière 2015 et 2017.

    "Flow", réalisé par le Letton Gints Zilbalodis
    « Flow », réalisé par le Letton Gints Zilbalodis

    Sur la deuxième marche du podium, on retrouve une production majoritairement française mais tournée en langue anglaise : « Dracula », de Luc Besson, dont les films s’exportent souvent bien, a été vu par 3,7 millions de spectateurs à l’étranger. Il a même attiré plus de spectateurs en Italie (723.000) et en Russie (1,76 million) qu’en France (651.000). Le cinéma français s’est particulièrement bien exporté en Amérique latine, avec le Mexique en tête du classement (4,2 millions d’entrées), grâce notamment au succès de « Flow ». L’Amérique latine est une région « où on a des fans tournés vers le cinéma indépendant français. Il y a une vraie « fanbase » qu’on n’a jamais négligée« , insiste Daniela Elstner. Le podium des territoires d’export est complété par l’Italie (4 millions d’entrées) et l’Allemagne (3,2 millions), au même niveau que la Russie.

    "Dracula", de Luc Besson
    « Dracula », de Luc Besson
  • Fiscalité des retraités français en Thaïlande : ce qu’il faut savoir en 2026

    Fiscalité des retraités français en Thaïlande : ce qu’il faut savoir en 2026

    La Thaïlande attire chaque année de nombreux retraités français en quête de soleil, de qualité de vie et d’un coût de vie attractif. Cependant, la fiscalité locale et les obligations déclaratives peuvent sembler complexes. Cet article fait le point sur les règles applicables en 2026, en tenant compte de la réforme fiscale thaïlandaise et de la convention fiscale franco-thaïlandaise.

    Mise à jour le 16 janvier à 13h30 (CET) 

    Résidence fiscale en Thaïlande et imposition des pensions de retraite

    En Thaïlande, une personne est considérée comme résidente fiscale si elle séjourne plus de 180 jours par an sur le territoire. Ce statut est déterminant pour vos obligations fiscales.

    Depuis le 1er janvier 2024, une réforme majeure impose aux résidents fiscaux de déclarer et potentiellement payer des impôts sur les revenus étrangers transférés en Thaïlande, même si ces revenus ont été perçus les années précédentes à l’étranger. Pourtant, La convention fiscale signée entre la France et la Thaïlande précise que les pensions de retraite versées par la France à un résident en Thaïlande restent imposables en France. Ainsi, même si vous êtes résident fiscal en Thaïlande, vos pensions de retraite françaises ne sont pas imposables localement, mais bien en France.

    Ainsi, si vous ne percevez aucun revenu de source thaïlandaise, vous êtiez théoriquement hors du champ d’application de l’impôt sur le revenu thaïlandais.  Ainsi, un retraité français résidant en Thaïlande et percevant uniquement une pension française devrait déclarer ses revenus en France, mais pas en Thaïlande sauf s’il transfère d’autres revenus étrangers, des revenus mobiliers par exemple mais aussi de l’épargne !!! Voilà pour la théorie selon l’interprétation vue de France mais…

    Séniors sur un bateau en Thaïllande
    Photo illustration ©Stockadobe

    Déclaration et imposition des revenus étrangers transférés en Thaïlande

    Et oui la Thaïlande a mis en place un système où les résidents fiscaux doivent déclarer leurs revenus mondiaux transférés en Thaïlande, quelle que soit l’année de perception. Seuls les revenus effectivement rapatriés en Thaïlande sont imposables.

    Malgré la convention fiscale franco-thaïlandaise qui vise à éviter la double imposition, les pensions de retraite publiques et privées perçues par les résidents français en Thaïlande ne devraient être imposables qu’en France. Mais l’État thaïlandais a une vision différente. Ne pouvant vérifier que le résident n’ alimente son compte thaïlandais qu’avec les fonds issus de la pension, il a été annoncé que l’imposition sera effective sur chaque valeur déposée sur un compte thai. Pour éventuellement contester, il faudra apporter la preuve que les fonds transférés sont bien issus uniquement de la pension imposée en France et porter l’affaire devant un tribunal.  Il est donc impératif de conserver des preuves de vos déclarations et de vos échanges avec les administrations fiscales.

    Notons que les détenteurs de visas Long Terme (LTR) ou Elite peuvent bénéficier d’exemptions fiscales pour leurs revenus étrangers rapatriés en Thaïlande. Ces visas sont particulièrement avantageux pour les retraités ou les travailleurs à distance.


    Ressource Lien
    Centre des impôts des non-résidents
    impots.gouv.fr
    Ambassade de France en Thaïlande – Fiscalité
    th.ambafrance.org
    Convention fiscale France-Thaïlande
    Lien PDF

    Pour conclure, les retraités français en Thaïlande doivent bien comprendre leur statut fiscal et respecter les obligations déclaratives dans les deux pays. Si la convention fiscale franco-thaïlandaise devait offrir une protection contre la double imposition, les modifications actuelles viennent s’y opposer. La balle est donc du côté des autorités ! Que fait donc Mme Genenet, la députée des Français installés en Asie et en Océanie ? 

    Ministère des finances à Bangkok, en Thaïllande
    Ministère des finances à Bangkok, en Thaïllande
  • Le CNF n’est pas l’unique preuve de nationalité française

    Le CNF n’est pas l’unique preuve de nationalité française

    Depuis plusieurs années, une pratique administrative s’est installée : celle de faire du certificat de nationalité française (CNF) la preuve quasi exclusive de l’appartenance à la communauté nationale. Or, l’obtention de ce document peut s’avérer particulièrement complexe pour les expatriés. En cas de refus, les conséquences sont lourdes, parfois même dramatiques. Un arrêt du Conseil d’État datant de juillet 2025 est toutefois venu modifier cette logique. Pour en expliquer les conséquences, un webinaire a été organisé par la sénatrice des Français établis hors de France, Hélène Conway Mouret. Lesfrancais.press ont suivi cette rencontre pour vous.

    Le CNF, une exigence fréquente des services consulaires

    En ce début de semaine, l’ancienne ministre et sénatrice (PS) des Français établis hors de France a consacré un webinaire aux évolutions récentes liées aux refus de certificat de nationalité française, à la suite de la décision du Conseil d’État rendue en juillet 2025. Dans son invitation, Hélène Conway-Mouret rappelait combien cette situation pouvait être éprouvante : « pour de nombreux compatriotes à l’étranger, le refus d’un CNF marque le début d’un parcours du combattant sur le plan administratif voire judiciaire, avec des répercussions importantes sur leur vie personnelle. »

    « Pour de nombreux compatriotes à l’étranger, le refus d’un CNF marque le début d’un parcours du combattant »

    Hélène Conway-Mouret, sénatrice des Français établis hors de France

    Dans ses propos introductifs, Hélène Conway-Mouret a ainsi souligné le caractère particulièrement délicat du sujet, qualifiant ce dossier « à la fois technique, politique et sensible ». Selon elle, une pratique s’est peu à peu imposée de manière systémique : l’exigence d’un CNF par l’administration consulaire dans l’ensemble des dossiers, y compris lorsqu’il n’est pas juridiquement requis. Une exigence aux conséquences parfois considérables en cas de refus. Une situation vécue par une famille en particulier, dont le parcours a conduit le Conseil d’État à se prononcer récemment et à faire évoluer la jurisprudence.

    Le cas d’Anne-Marie fait jurisprudence

    Parmi les intervenants de cette réunion d’information figuraient Me Paul Mathonnet, avocat au Conseil d’État au sein du cabinet Sevaux Mathonnet, et Chantal Samuel-David, conseillère des Français de l’étranger pour la 2ᵉ circonscription de l’Inde (Pondichéry). C’est cette dernière qui a relaté le parcours d’Anne‑Marie (le prénom a été modifié), une affaire emblématique ayant conduit à l’arrêt récent du Conseil d’État.

    Hélène Conway-Mouret, Sénatrice des Français établis hors de France
    Hélène Conway-Mouret, Sénatrice des Français établis hors de France

    Née en Inde en 1989 et résidant dans ce pays, Anne‑Marie est française, notamment par son père. Elle est inscrite au registre des Français de l’étranger. En 2014, au moment de son mariage, elle entreprend les démarches pour faire enregistrer son union auprès du consulat de Pondichéry. L’administration lui réclame alors un certificat de nationalité française (CNF).

    « Faute de CNF, Anne‑Marie est ensuite radiée
    du registre des Français établis hors de France »

    Un document qu’elle ne parvient cependant pas à obtenir. En cause, l’état des archives françaises en Inde, partiellement endommagées ou détruites dans cette ancienne colonie, rendant impossible la production de certains actes de naissance de ses ascendants. Faute de CNF, Anne‑Marie est ensuite radiée du registre, se retrouvant dans une situation administrative particulièrement précaire, quasi proche d’une « apatride » et ne pouvant plus demander de soutien au Consulat. Ce cas individuel n’est pas isolé, mais il va entraîner l’arrêt au Conseil d’Etat établissant une jurisprudence dans ce domaine.

    Le Conseil d’État acte que le CNF est un document parmi d’autres

    Pour l’administration consulaire, ne pas disposer de CNF était alors la preuve de sa non nationalité française. Le cas d’Anne Marie a par la suite été porté au tribunal administratif de Paris, puis à la cour d’appel. Ces deux instances ont rejeté sa demande. Toutefois, un pourvoi en cassation est décidé et le cas passe devant le Conseil d’État. Celui-ci s’est prononcé en juillet dernier. La question juridique était donc de savoir si l’administration consulaire était liée ou pas à un refus de certificat de nationalité française pour radier automatiquement une personne du registre des Français établis hors de France ?

    « Le Conseil d’État a jugé que le certificat de nationalité française n’est qu’un mode de preuve parmi d’autres de la nationalité »

    Hélène Conway-Mouret, sénatrice des Français établis hors de France

    Pour répondre à cette interrogation, le Conseil d’État tout d’abord considéré que la cour administrative d’appel avait commis une erreur de droit en considérant que le refus de certificat de nationalité imposait automatiquement la radiation. Puis, il a jugé que le certificat de nationalité française n’est qu’un mode de preuve parmi d’autres de la nationalité. Et de ce fait, il appartient alors à l’administration consulaire d’apprécier l’ensemble des éléments produits par l’intéressée. Ainsi, seul un doute suffisant sur l’identité ou la nationalité peut dorénavant justifier une radiation.

    Les démarches pour le Certificat de nationalité française
    Les démarches pour le Certificat de nationalité française © préfecture des Ardennes

    Ce jugement marque un tournant majeur dans la pratique administrative : désormais, l’administration consulaire ne peut plus faire du certificat de nationalité française (CNF) l’unique preuve de la nationalité. En cas de refus de ce document, l’intéressé peut ainsi conserver sa nationalité le temps des investigations administratives, mettant fin à des situations de précarité juridique immédiate.

    Dorénavant, l’administration devra apprécier chaque situation à l’aune de l’ensemble des pièces produites par la personne concernée, afin de déterminer s’il existe ou non un « doute suffisant » quant à sa nationalité. Reste toutefois une question centrale : quelle sera la portée réelle de ce doute ? Et surtout, quels critères concrets seront retenus pour l’établir ? Autant d’interrogations qui laissent présager un nouveau débat juridique, appelé à nourrir l’actualité dans les mois à venir.


    Lire la décision n° 491911 du Conseil d’État, 23 juillet 2025

  • Ronan Le Gleut : en faveur d’« une politique de diaspora » française

    Ronan Le Gleut : en faveur d’« une politique de diaspora » française

    Cette année, les Français de l’étranger seront appelés aux urnes pour les élections consulaires prévues en mai 2026. Budget de l’État, avenir des écoles françaises à l’étranger, fiscalité, ou bien encore vote par internet seront au cœur de cette actualité. Invité du podcast Lesfrancais.press Ronan Le Gleut, sénateur des Français établis hors de France et président de la Fédération des Français de l’étranger pour Les Républicains (LR), dresse un état des lieux sans concession et précise les projets qu’il entend mener. Il partage aussi une bonne résolution en ces premiers jours de janvier pour que « le Parlement mène une politique de diaspora » française et considère les expatriés comme « un atout, une force ».

    Écouter le podcast avec Ronan Le Gleut

    Le spectre du 49.3 et les hausses des frais de scolarité

    Alors que le gouvernement de Sébastien Lecornu cherche à trouver un compromis avec le Parlement pour l’approbation de la loi de finances 2026, l’adoption du budget de la Nation demeure un point de tension majeur. Le recours à l’article 49.3 divise, mais pour Ronan Le Gleut, le débat doit rester pragmatique. Il rappelle que « si la Constitution offre cette possibilité, c’est qu’il y a des situations où l’usage est nécessaire, comme des situations de blocage ». Exclure cet outil institutionnel serait, selon lui, une erreur, d’autant que les arbitrages budgétaires à venir auront des conséquences très concrètes pour les Français de l’étranger.

    « Si la Constitution offre cette possibilité (du 49.3), c’est qu’il y a des situations où l’usage est nécessaire »

    Ronan Le Gleut, sénateur LR des Français établis hors de France

    Parmi les impacts budgétaires figure la réforme de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). Dans de nombreux établissements, les familles se mobilisent face à la perspective d’une hausse des frais de scolarité. Ronan Le Gleut ne cache pas sa colère : « Non seulement je partage l’inquiétude, mais je la fais mienne (…) je m’oppose totalement à l’orientation politique décidée par le gouvernement », affirme-t-il. Lors du conseil d’administration extraordinaire de l’AEFE, réuni le 18 décembre, le sénateur a voté contre les mesures proposées, susceptibles d’entraîner « des hausses de frais de scolarité en moyenne de 400 euros, dans certains établissements jusqu’à 1 300 euros par an et par enfant ». Le parlementaire évoque d’autres pistes possibles, plutôt que de faire porter l’effort financier sur les parents d’élèves.

    Élections consulaires de mai 2026 : des enjeux politiques importants

    Les prochaines élections consulaires, prévues en mai 2026, seront importantes pour les Français de l’étranger. Ronan Le Gleut appelle clairement les électeurs à soutenir les listes, notamment sur la question fiscale. Il rappelle qu’un amendement soutenu par la France insoumise et le Rassemblement national visait à instaurer un impôt sur les Français de l’étranger : « Les extrêmes ont voté main dans la main pour créer un impôt sur les Français de l’étranger ». Sans l’opposition massive des députés LR, « cela pouvait passer » déclare-t-il, tout en ajoutant « Avec les Républicains, (…) il n’y aura jamais un centime d’impôt sur les Français de l’étranger ».

    Ronan Le Gleut lors de la remise du prix du jumelage franco-allemand du Sénat.
    Ronan Le Gleut lors de la remise du prix du jumelage franco-allemand du Sénat. À gauche : Gérard Larcher, Président du Sénat, à droite : Jean-François Rapin, Président de la commission des affaires européennes du Sénat

    À l’image du scrutin des municipales en France, le président de la Fédération des Français de l’étranger pour Les Républicains souligne que les listes de candidates et candidats aux élections consulaires ne se résument pas à de simples étiquettes partisanes. « Vous vous appuyez sur des personnalités de la communauté française », rappelle le sénateur, évoquant sa propre expérience en Allemagne. Ronan Le Gleut n’exclut pas non plus la possibilité d’accords avec d’autres formations partageant les mêmes valeurs et objectifs. Il les rappelle au cours de cette interview, à savoir la fiscalité, la sécurité, l’accès aux écoles et à la santé, soulignant sur ce dernier point sa volonté de sauver la CFE, la Caisse des Français de l’étranger.

    « Aimer les Français de l’étranger »,

    Ronan Le Gleut, sénateur LR des Français établis hors de France

    Pour désigner leurs futurs conseillères et conseillers des Français de l’étranger, les expatriés devraient pouvoir voter par internet, en plus de l’ouverture de bureaux de vote « traditionnels ». Cependant, notre invité s’inquiète des résultats mitigés du dernier test grandeur nature effectué sur le scrutin en ligne et a alerté le gouvernement sur ce sujet.

    En faveur d’une véritable politique de diaspora française

    Au cours de ce podcast, le sénateur insiste aussi sur un combat de fond : la reconnaissance pleine et entière des expatriés. Pour Ronan Le Gleut, « Les Français qui vivent à l’étranger ne sont pas des Français à part, mais des Français à part entière », martèle-t-il. Il dénonce une vision souvent réductrice répandue par certains : « Ils sont considérés comme des exilés fiscaux », alors qu’ils constituent, selon lui, « une richesse pour la France ».

    Pour conclure cet échange, le sénateur partage une résolution pour l’année 2026, celle d’ « Aimer les Français de l’étranger » et appelle ainsi le Parlement à « mener une politique de diaspora » et à considérer les expatriés comme « un atout (…) une force, un moyen de porter la voix de la France dans le monde. » Sera-t-il entendu ?

    Retrouvez également l’intégralité de cette interview de Lesfrancais.press avec Ronan Le Gleut, sénateur des Français établis hors de France et président de la Fédération des Français de l’étranger pour Les Républicains (LR), sur vos plateformes d’écoute habituelles.

  • La France débarque au Groenland avec un consulat

    La France débarque au Groenland avec un consulat

    Ils sont douze Français à vivre au Groënland, ils seront bientôt deux fois plus nombreux ! Pourquoi ? Tout simplement car ils seront bientôt rejoints par une dizaine de fonctionnaires qui viendront ouvrir un consulat français à Nuuk, la capitale !

    Un signal politique à destination de Trump

    Alors que la pression monte autour du statut de l’île arctique, le gouvernement français a décidé de ne plus attendre pour marquer son intérêt et sa détermination pour sauvegarder le territoire danois. Le ministre des Affaires étrangères et de l’Europe, Jean-Noël Barrot, a confirmé ce mercredi 14 janvier 2026 que la France inaugurera sa représentation permanente à Nuuk, la capitale du Groenland, dans moins d’un mois, répondant ainsi à tous ceux qui dénonçaient l’absence de réaction de l’Élysée.

    Mais ce projet n’est pas une improvisation, puisqu’il avait été initié par Emmanuel Macron lors de sa visite en juin 2025. Toutefois, le calendrier s’est brusquement resserré face à l’actualité. En confirmant cette ouverture à compter du 6 février 2026, Paris devient la première capitale de l’Union européenne à disposer d’une antenne permanente sur ce territoire danois autonome.

    Emmanuel Macron a annoncé l'ouverture d'un consulat français au Groenland lors d'un déplacement sur le territoire semi-autonome, en juin 2025.
    Emmanuel Macron a annoncé l’ouverture d’un consulat français au Groenland lors d’un déplacement sur le territoire semi-autonome, en juin 2025. ©LUDOVIC MARIN / AFP

    « Le Groenland n’est pas à vendre »

    Cette annonce a lieu la veille d’un rendez-vous crucial pour le royaume du Danemark. Ce jeudi 15 janvier 2026, les chefs de la diplomatie danoise et groenlandaise sont attendus à la Maison Blanche pour un entretien sous haute tension visant à désamorcer la crise autour du Groenland. Lars Løkke Rasmussen a dit espérer lever « certains malentendus » au cours de la rencontre, alors que le Danemark et le Groenland rejettent toute idée de rattachement de l’île aux États-Unis. Donald Trump a encore accru leurs inquiétudes ces derniers jours, déclarant dimanche qu’il s’emparerait « d’une manière ou d’une autre » du territoire autonome danois.

    En effet, depuis son retour au pouvoir, il y a près d’un an, le président américain évoque régulièrement la possibilité de prendre le contrôle de cette immense île arctique, stratégique mais peu peuplée. En réaction, le Danemark a annoncé, ce 14 janvier, qu’il renforçait « dès aujourd’hui » sa présence militaire au Groenland.

    Pourquoi vouloir le Groenland ?

    La fascination des États-Unis pour la plus grande île non continentale de notre planète remonte à la fin du 19e siècle, lorsque le secrétaire d’État William Seward, qui venait d’acheter l’Alaska à la Russie pour 7,2 milliards de dollars en 1867, commença à envisager le Groenland et l’Islande comme des territoires américains potentiels.

    Un rapport commandé en 1868 par Seward, qui convoitait également le Canada, met en avant les vastes pêcheries, la faune sauvage ainsi que les « richesses minérales » du Groenland, et indique que l’acquisition de ce dernier pourrait contribuer à contraindre le Canada, situé entre l’Alaska et le Groenland, à rejoindre les États-Unis.

    Aujourd’hui, tandis que l’Arctique est en plein réchauffement du fait du changement climatique, ouvrant ainsi de nouvelles routes maritimes et donnant accès à des ressources encore inexploitées, l’importance de l’île ne cesse de croître aux yeux du monde. Cependant, le Danemark et le Groenland, comme tous les membres de l’Union européenne, se sont montrés on ne peut plus fermes : le Groenland n’est pas à vendre.

    Carte Groenland
    Carte Groenland
  • Complot contre la civilisation

    Complot contre la civilisation

    Ainsi la civilisation européenne s’effacerait-elle, disent en chœur Trump et Poutine. Bien des Américains, des Russes, des Chinois sont d’accord là-dessus. L’entendre de quelqu’un qui se vante de n’avoir jamais lu un livre vexe la galaxie Gutenberg. Et si l’écrit disparaissait, et si l’image mangeait tout ? La civilisation européenne, la « civilisation moderne » disait De Gaulle, a conquis le monde, détruisant toutes les civilisations traditionnelles. Voilà qui crée des rancœurs décoloniales, même des anciens colons. Dans sa rage de puissance, l’Europe a aussi tenté de se suicider deux fois. Poutine dénonce, comme les Algériens, ces Européens qui n’ont cessé de se massacrer entre eux et de massacrer les autres. Ce qui n’est pas le cas des peuples paisibles, Russes, Arabes, Zoulous ou Mongols. Seuls les Comanches et les Turcs, nomades, auraient fait preuve d’autant d’entrain pour se déplacer chez les autres. Bardot l’amie des Bêtes philosophait : « L’humanité se conduit très mal et est très mal élevée ». Y aurait-il un complot contre la civilisation ?

    Peut-être la civilisation américaine est-elle en train de prendre un envol dont les raids de l’ICE, la police de l’immigration, seraient les prémices. Peut-être le patriarche Kiril plante-t-il dans le Sahel l’évangile orthodoxe, entre deux pillages chez les Peuls. Peut-être le PCC, avec ses danseurs bien ordonnés, cerclera-t-il la planète d’un foulard digital aux couleurs du « Rêve chinois ». Peut-être. Et sans doute l’Europe ne domine-t-elle plus les mers, les airs, les terres, ni les puces. Son industrie fond, comme sa jeunesse. Mais une civilisation, c’est quelque chose que ni la Silicon Valley, ni Shein n’alimentent.

    C’est quoi, au juste, une civilisation ?

    Un concept récent, née dans la bouche du père de Mirabeau, dans un ouvrage intitulé « L’Ami des hommes ». On y est : Une civilisation repose sur une conception de l’homme, un idéal type : le Junzi chinois, le Bushi japonais, le Fata arabe, l’Arya indien, le Runa inca, tous renvoient à une idée de noblesse. En Europe, réapparaît au dix-huitième un idéal type ancien, revenu de Rome, plus fort que le gentilhomme : le citoyen. Patatras le monde ancien ! Le père Mirabeau n’invente rien par hasard. De l’Ami des hommes surgit l’Ami du peuple de Marat : Pour trouver la voie il suffit de couper la tête. L’aristocrate à la lanterne qui éclaire le monde. Civilisation n’est pas absence de violence.

    Aelius Aristides, un grec, sacrifiait des poulets comme dans un candomblé brésilien pour apprivoiser ses maladies. Hypocondriaque, il en est mort. Il prononça un « Éloge de Rome » sous Marc-Aurèle : « Tout ce qui se produit, tout ce qui se cultive, tout arrive ici » On dirait New York, dont le nouveau maire, Zohran Mamdani, a prêté serment sur le Coran.  « Rome assure la paix … tout romain est citoyen du monde ». C’était beau comme l’antique, juste avant la peste antonine et la crise du IIIème siècle.

    Occident signifie qui tombe

    L’Occident est toujours en crise. Le principe de l’Occident, c’est la chute. C’est pourquoi l’Occident se sent coupable, c’est son côté kazakh, ou ashkénaze.

    L’Occident bouscule, détruit les sociétés traditionnelles, l’arabe, l’indienne ou l’iroquoise … la sienne : Rome n’est plus dans Rome. Les nostalgiques, Villiers ou Vance, se plaignent que la Chrétienté n’est plus une politique. Alors Trump prétend défendre les Chrétiens au Nigeria avec des bombes, puisque tout se résoudrait par des bombes, le Groenland, le Venezuela, l’Iran, Gaza, le Yémen ou le Liban. Le Pape, américain lui aussi, regarde ses compatriotes comme des barbares.

    Le Pape a raison. La force n’a pas jamais suffi. Charles Quint finit au couvent, Napoléon à Sainte-Hélène. Et le roi anglais devint une potiche pour la réclame. Les épiciers l’emportant, une décadence permanente s’impose au monde. Le déclin perpétuel, que d’autres appellent progrès, agite, fermente, remet tout acquis en cause. Tout ce qui est stable meurt. Heureusement ! Rien n’est stable. Principe même de la création. Vivent les marchands créatifs, ils ont diffusé l’électricité et l’aspirine, ils continuent avec les smartphones et l’IA.

    Trump, Poutine, Xi Jinping rêvent d’hégémonie. Ils accompagnent le bouleversement du monde, qui est d’esprit européen : le communisme chinois vient de Londres, comme les évangélistes. La veine européenne s’est érigée en civilisatrice, parce qu’aucun autre ensemble n’a prétendu imposer un tel concept. Aucun chinois n’a jamais voulu siniser qui que ce soit, pas même les maîtres mandchous avec leurs longues nattes.

    Montage avec Poutine, Trump et Xi Jinping
    Montage avec Poutine, Trump et Xi Jinping ©NouvelObs-AFP

    Si l’idée de civilisation suppose un mépris qui lui est consubstantiel, sa contestation aussi. Le mépris de l’Europe, lieu commun, exprime le mépris de la civilisation qui dit le monde universel. Il y a un complot contre cette civilisation qui a placé l’homme, avec un orgueil démesuré, au centre de toute chose. Ceux qui méprisent l’Europe, méprisent d’ailleurs aussi le droit international, le droit européen, à commencer par les droits de l’homme, « droit de l’hommisme. » qui l’efféminerait.

    Avant de s’installer dans l’empire, les Barbares ont frappé mille fois à sa porte. Ils n’y sont entrés que lorsqu’ils étaient à moitié romains, les Romains à moitié barbares. Le dernier empereur était fils d’un courtisan d’Attila. Bien élevé, Attila, avait beaucoup d’or et d’amis. Les complots alimentent les comptes des complotistes au cœur de la cité. C’est le seul vrai risque. Tous ces admirateurs de l’adversaire bavent sur leur pays en se disant patriotes.

    La dilution de la culture européenne ?

    Va-t-on devenir chinois, américain, musulman ? Aucune chance, malgré les effrayés de l’implosion islamiste, de devenir mahométan : Il n’y a pas de puce islamiste. Or l’avenir c’est la puce. Les Chinois sont trop snobs pour être prosélytes. Comme l’Amérique s’éloigne, le seul risque serait, pour l’Europe, de redevenir européenne, c’est-à-dire divisée.

    Mais oser, face aux complots, porter l’étendard de la civilisation européenne, pourquoi pas ? L’humanisme, c’est sans doute une erreur, mais qu’est ce qui ne l’est pas ? Au moins c’est notre erreur. Être les seuls à maintenir les exigences du droit, le principe de l’égalité des faibles et des puissants, des petits et des grands, ce n’est pas la fin d’une civilisation. L’inverse serait vrai. L’abandonner pour se résoudre à la seule force serait la fin de la civilisation européenne. Là est le complot universel.

    Image d'illustration
    Image d’illustration

    D’autant que la force échoue. Toujours. Aucun conquérant n’a maintenu un empire. Toute force s’épuise. Trump a tort de ne s’appuyer que sur elle. Venezuela, Iran, Nigeria, sont des coups d’éclat sans suite.

    Maintenir l’idée du droit est d’autant plus nécessaire que les empires affirment leur mépris. Ils savent que les seuls capables de résister sont ces décadents d’Européens. En Ukraine, cette Coalition des volontaires impensable il y a quelques mois, résiste à l’accord Trump-Poutine. Et si le monde préférait suivre ces Européens que les empires ? L’Amérique latine a-t-elle adopté la doctrine Monroe ? L’Asie veut-elle être chinoise ? L’Afrique, le Moyen-Orient veulent-ils d’un nouveau partage impérial ?

    Et les peuples, comptent-ils vraiment pour du beurre, les peuples ? Même les tyrans font attention au peuple. L’Iran se soulève de l’intérieur, pas par les bombes étrangères. Les Iraniens rêvent de liberté. Le complot contre la civilisation, c’est en fait une ligue contre la liberté. Les gens, les vraies gens, en Russie comme aux États-Unis, préfèrent toujours la liberté. Celle de changer de pays, ou de changer leur pays. Tout cela gêne.

    C’est une force pour les Européens de défendre le droit. La Charte des Nations-Unies, repose sur des millions de morts. On peut la moquer. On ne l’efface pas. À terme, c’est le droit auquel chacun se raccroche. Qu’il soit international ou national. La révolution mondiale en cours appelle de plus grandes libertés, pas des régimes policiers. Elle repose sur l’intelligence partagée, les réseaux, pas les territoires et les frontières. L’Amérique, la Russie, n’ont aucune chance de déciviliser le monde par le choc, des armes ou des seules images. Pas d’image sans récit. La bataille du droit, au niveau planétaire, est engagée. Elle ne se résout pas par la force. À la fin, il faut des accords. Seul l’esclave dit toujours oui.

  • Donald Trump rabaisse l’Europe : comment les Français des États-Unis perçoivent ses déclarations

    Donald Trump rabaisse l’Europe : comment les Français des États-Unis perçoivent ses déclarations

    En décembre 2025, Donald Trump a accordé une interview à Politico dans laquelle il a qualifié l’Europe de « faible » et « en déclin ». Le président américain y critique la politique migratoire européenne et remet en question la capacité des pays du Vieux Continent à défendre leurs intérêts, notamment face au conflit ukrainien. Ces propos, loin de rester cantonnés à la sphère politique, trouvent un écho particulier chez les Français vivant aux États-Unis.

    Pour analyser les déclarations du président américain, nous avons interrogé Pascale Richard Conseillère des Français de l’étranger à New York, Jacques Dahan dans le New Jersey, Philippe Bartolomucci en Floride ainsi que Sophie Briante Guillemont, sénatrice des Français établis hors de France et secrétaire générale de l’ASFE. Leurs témoignages offrent un panorama riche et contrasté de réactions mais aussi réflexions stratégiques sur la souveraineté européenne et le poids de l’Europe face à l’Amérique.

    Une Europe « faible » ? Entre inquiétudes et réalités

    Donald Trump décrit l’Europe comme fragilisée et incapable de résoudre ses propres problèmes. Pour Sophie Briante Guillemont, ces propos ne sont pas anodins : « Ces propos sont inquiétants et visent à instaurer un rapport de force, voire une forme dintimidation, envers le Vieux Continent. Jespère que nos dirigeants ne tomberont pas dans le piège. Dabord parce que lEurope nest ni faible ni en déclin. Ce nest un secret pour personne que nous affrontons effectivement des défis majeurs, en termes de finances publiques, de démographie et de croissance. Ces difficultés concernent presque la totalité des pays développés dans le monde, et pas seulement lEurope. »

    La sénatrice insiste sur la question cruciale de la souveraineté : « LEurope fait également face à des enjeux majeurs. Je pense à la défense, à notre souveraineté technologique et industrielle. Et cest là que le bât blesse. L’un des collègues de mon groupe politique a cité aujourdhui en hémicycle lun de nos prédécesseurs, Jean-Pierre Chevènement. En 2009, il disait sur nos bancs, au Sénat :
     »
    Nous nous sommes résignés à confier aux États-Unis le soin dexercer la défense, non pas de la France, mais de lEurope… Or il se pourrait bien que les États-Unis se désintéressent un jour de lEurope… La France risque d’être isolée, par la conjonction du réalisme américain et du pacifisme européen. Nous y sommes !  « 

    À New York, la conseillère des Français de l’étranger Pascale Richard exprime un mélange de colère et d’inquiétude : «  Les propos de Trump ne sont pas bienveillants, et minspirent à la fois colère et inquiétude. Colère parce quil a cette habitude dasséner ses” vérités infondées dans ses tweets qui font immédiatement la une des news. Inquiétude car depuis le début de ce deuxième mandat, il na de cesse que de nous diminuer dans loptique de sa politique America First.

    « Les propos de Trump ne sont pas bienveillants, et m’inspirent à la fois colère et inquiétude »

    Pascale Richard, conseillère des Français de l’étranger à New York

    L’élue consulaire ajoute, « On la vu avec les tarifs. Il dit quil veut une Europe forte mais il fait tout pour la fragiliser voire la vassaliser. Cela dit, il faut relativiser. On le sait, il change davis, et déjà les voix s’élèvent au Congrès notamment pour rappeler limportance de lEurope comme partenaire. »

    Philippe Bartolomucci, en Floride, se montre plus proche de l’analyse du président américain : « En tant que Français vivant aux États-Unis, je trouve que Trump a raison de dire que lEurope est faible” et en décomposition”. On voit bien que certains pays tels que la France, lItalie, lEspagne ou lAllemagne ne sont pas capables de gérer leurs problèmes, que ce soit au niveau économique ou sécuritaire. Cest vraiment inquiétant. »

    Enfin, Jacques Dahan, dans le New Jersey, nuance ces constats : « Jaimerais penser que Donald Trump a tort, malheureusement les faits,  universités, attaques antisémites, manifestations qui dégénèrent, prouvent que plusieurs pays européens sont réellement en déclin. Je pense à lAngleterre, lIrlande, la Belgique, la France, lEspagne, mais cela nest pas exhaustif, la preuve avec l’Australie. »

    Ces points de vue contrastés révèlent une Europe perçue comme à la fois fragilisée et confrontée à des défis réels, selon les expatriés. Loin de se limiter à des impressions, ces constats renvoient à des enjeux structurels tant au niveau des finances publiques, de la sécurité intérieure que de la dépendance militaire.

    Immigration : facteur d’affaiblissement ou débat stratégique

    Les critiques de Donald Trump sur l’immigration européenne suscitent également des réactions variées. Philippe Bartolomucci soutient la vision présidentielle : « Concernant la politique migratoire européenne, je suis daccord avec lui. Limmigration massive apporte son lot de défis, et parfois même de la criminalité. On doit être honnête : ça fragilise la société. LEurope doit prendre ça au sérieux et revoir sa façon de gérer les choses. »

    Pour Jacques Dahan, l’enjeu est celui d’une immigration choisie et intégrée : « Oui, je considère quune bonne intégration ne peut se faire que par une immigration choisie et contrôlée. Un apport massif de gens de différentes cultures et qui ne veulent pas sintégrer et sadapter à leur pays dadoption non seulement dessert lensemble des peuples accueillant mais aussi les immigrés qui souhaitent sintégrer dans leur nouveau pays. Je pense que Donald Trump dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas ! »

    Sud de Manhattan depuis Governor Island
    Sud de Manhattan depuis Governor Island © Rachel Brunet

    Pascale Richard, elle, alerte sur la dimension politique et géopolitique des propos du président Trump : « Ce qui est le plus inquiétant, cest son soutien aux extrêmes droites européennes, notamment Viktor Orban, et la perspective dune ingérence américaine dans toutes les élections sur le continent européen. Autre grand sujet dinquiétude : lUkraine, si lAmérique laisse tomber lUkraine, on peut craindre une Russie plus forte et vindicative à nos portes. Sur limmigration son discours alimente les propos des extrêmes droites et du RN en France. Jespère que la France qui depuis longtemps lutte contre limmigration clandestine nadoptera pas les méthodes dICE qui sont inhumaines. Restons le pays des droits de lHomme, ce que Trump appelle le politically correct.»

    Ces points de vue rappellent que limmigration est au cœur dun débat stratégique et symbolique, où se mêlent sécurité, intégration et perception internationale de l’Europe.

    Les Français face aux tensions transatlantiques

    Les propos de Donald Trump ne sont pas que des critiques abstraites, ils pourraient affecter concrètement les expatriés. Sophie Briante Guillemont souligne l’inquiétude générale : « Ils sont profondément inquiets de la dégradation des relations traditionnellement bonnes, voire excellentes. Indépendamment de leurs opinions politiques, il me semble quaucun Franco-Américain ou Français vivant aux États-Unis ne peut se réjouir de ce nouvel état de fait. Cest aussi le sentiment que me transmettent de nombreux dirigeants ou chefs dentreprise américains, que jai notamment pu rencontrer il y a quelques mois lors de mes déplacements à Chicago, Houston et Atlanta, qui ne veulent pas que la relation transatlantique se dégrade. »

    « Indépendamment de leurs opinions politiques, il me semble qu’aucun Franco-Américain ou Français vivant aux États-Unis ne peut se réjouir de ce nouvel état de fait. »

    Sophie Briante Guillemont, sénatrice des Français établis hors de France – ASFE

    De son côté, Pascale Richard pointe des obstacles croissants à la circulation et à l’activité économique franco-américaine : « Je ne pense pas que cela affecte les Français ici au jour le jour, la plupart des Américains savent faire la part des choses. Mais cela va affecter sans doute les entreprises. Sa politique rend plus difficile les échanges, avec des visas payants et des contrôles sur les personnes et leurs médias sociaux aux frontières. Et bien sûr sa politique tarifaire. Bien sûr on peut toujours craindre le pire comme la remise en question de la double nationalité. Cela narrivera pas je pense mais… on a appris que tout peut arriver. »

    Pour certains, comme Philippe Bartolomucci, cette rhétorique peut être un signal utile pour l’Europe : « Sa manière de communiquer pourrait effectivement pousser certains leaders européens à réfléchir. Jaimerais bien quils écoutent ces avertissements et quils commencent à changer certaines de leurs politiques. On ne peut pas continuer comme ça, ça ne fonctionne pas ! »

    Siège de l'ONU et Trump Tower
    Siège de l’ONU et Trump Tower © Rachel Brunet

    À l’inverse, Jacques Dahan estime que lEurope reste déconnectée de la réalité des citoyens, et que ces critiques n’auront probablement aucun effet : « Je pense que cela naura aucun effet car les pays européens nont pas la main sur beaucoup de sujets. Les grands dossiers sont décidés par les responsables européens qui pour la plupart nont même pas été élus comme Mme von der Layen. Leur vision est déconnectée de la réalité et de la volonté de la majorité des peuples européens.»

    Cette opposition illustre les tensions entre perception américaine et stratégie européenne, et les doutes des expatriés quant à la capacité de l’Europe à répondre aux pressions extérieures.

    Budget, stratégie et souveraineté européenne

    Les propos de Donald Trump relancent le débat sur la capacité de l’Europe à investir dans sa défense et son influence. Sophie Briante Guillemont souligne un repli stratégique déjà tangible : « Nous venons de voter le budget 2026 au Sénat. Nous avons fortement diminué les crédits dédiés aux investissements stratégiques. Le budget de notre action extérieure stagne et diminue même en ce qui concerne la diplomatie culturelle et dinfluence. Ma conviction est que nous sommes face à un budget qui traduit déjà un certain repli sur nous-mêmes.»

    Pascale Richard relie ces choix à leurs conséquences diplomatiques et scientifiques : « La relation transatlantique est bâtie sur une histoire commune que Trump semble ignorer, sur des échanges culturels, scientifiques, universitaires qui aujourdhui semblent remis en question en tout cas rendus plus difficiles. Cela minquiète. »

    Les témoignages recueillis reflètent, quelles que soient finalement les convictions politiques, un mélange de frustration, d’inquiétude et, pour certains, d’affirmation stratégique. L’Europe doit repenser ses choix et confirmer sa souveraineté si elle veut continuer à peser face à un partenaire américain qui n’hésite pas à la critiquer ouvertement. Les remarques de Donald Trump confirment également la question des relations transatlantiques : dans ce contexte de tensions et de doutes, quel équilibre reste‑t‑il entre les États-Unis et l’Europe ?

    Et Pascale Richard de conclure : « Nous avions jusque-là une relation d’égal à égal. Est-ce que cela sera toujours le cas demain ?

  • Quand les marchés sanctionneront-ils les Etats-Unis et la France ?

    Quand les marchés sanctionneront-ils les Etats-Unis et la France ?

    La discipline de marché désigne une situation dans laquelle les autorités d’un pays sont incitées à revenir à une politique économique, essentiellement budgétaire, plus rigoureuse, en raison de la dégradation de certains paramètres financiers, tels que le taux de change ou les taux d’intérêt. La mise en œuvre de politiques considérées comme laxistes entraîne l’apparition simultanée d’un déficit public et d’un déficit extérieur importants, nécessitant alors une correction de la part des autorités. Ces mécanismes ne semblent toutefois plus opérants depuis quelques années pour un certain nombre d’États, et en particulier pour les États-Unis ou la France.

    Or, l’analyse des épisodes historiques passés montre qu’il n’existe pas de véritable discipline de marché. En réalité, les marchés financiers ne réagissent pas de manière progressive aux politiques budgétaires excessivement expansionnistes ou aux déficits extérieurs massifs ; ils se dégradent brutalement. Il y a crise, et non incitation graduelle à corriger les politiques économiques. Ce phénomène s’est observé dans les pays du sud de l’Europe (Grèce, Espagne, Portugal) avant la crise de la zone euro en 2010 ; il pourrait aujourd’hui concerner les États-Unis et la France.

    Les leçons du passé

    Dans le passé, une forte hausse du déficit public se traduisait par une augmentation des taux d’intérêt, voire par des difficultés de financement susceptibles de déboucher sur une dépréciation de la monnaie. Une dégradation de la balance commerciale pouvait, de son côté, engendrer un problème de réserves de change. Dans les années 1980, la France a été confrontée à une telle situation : le gouvernement avait alors dû négocier des prêts auprès des pays du Golfe. La hausse des taux d’intérêt et les tensions sur le change contraignaient les États à adopter des mesures correctrices en revenant à des politiques plus restrictives.

    Cette dynamique s’est également appliquée aux pays du sud de la zone euro, Grèce, Espagne et Portugal, lors de la crise des dettes souveraines entre 2010 et 2012. Ces pays faisaient face à des déficits publics élevés : celui de la Grèce avait dépassé 12 % du PIB, tandis que ceux de l’Espagne et du Portugal excédaient 8 %. Leurs déficits extérieurs, persistants depuis plusieurs années, étaient eux aussi conséquents, plus de 5 % du PIB pour l’Espagne et le Portugal, et près de 20 % pour la Grèce.

    La hausse des taux d’intérêt à long terme ne s’est toutefois produite qu’à partir de 2010 en Grèce, et de 2011 en Espagne et au Portugal, bien après la dérive des comptes publics et de la balance des paiements courants. Plus de deux ans se sont ainsi écoulés entre la dégradation des déficits et la réaction des marchés obligataires. Lorsque la crise s’est déclenchée, elle a été brutale et a entraîné un recul violent de l’activité. Les pertes de PIB ont atteint près de 30 % en Grèce, plus de 10 % en Espagne et environ 5 % au Portugal.

    Les marchés restent disciplinés face aux dettes souveraines

    La discipline de marché a donc fonctionné, mais avec retard. La monnaie unique a joué, pendant un certain temps, un rôle de paratonnerre. Au Royaume-Uni, en revanche, lors de la présentation du projet de mini-budget par la Première ministre Liz Truss, les marchés ont réagi beaucoup plus rapidement. Face au risque de dérapage du déficit public et dans un contexte de déficit de la balance des paiements courants, en 2022, les investisseurs ont spéculé contre la livre sterling, provoquant une forte hausse des taux d’intérêt. La Première ministre a été contrainte de renoncer à son projet, avant de démissionner.

    Aujourd’hui, les États-Unis affichent à la fois un déficit public élevé et un solde extérieur négatif. Si l’administration de Donald Trump devait poursuivre une politique de recul sur les droits de douane tout en augmentant les subventions aux ménages, 2 000 dollars par ménage américain ont été annoncés, le déficit public des États-Unis pourrait approcher 9 % du PIB en année pleine, ce qui exercerait également une pression à la hausse sur le déficit extérieur. Le déficit de la balance courante ne devrait se réduire que d’un point de PIB en 2026 et demeurerait supérieur à 3 points de PIB. De son côté, la France peine à réduire son déficit public, qui dépasse 4 points de PIB depuis 2010. Sa dette publique n’est, pour l’heure, pas maîtrisée. Le déficit de la balance courante reste toutefois relativement limité, autour d’un point de PIB, grâce à la contribution des services. En 2025, la dette publique atteignait environ 120 % du PIB dans les deux pays ; la dette extérieure représentait, quant à elle, plus de 40 % du PIB aux États-Unis et plus de 20 % en France.

    Déficit en France
    Déficit en France
    Déficit US
    Déficit US

    Pourtant, le taux d’intérêt à dix ans des États-Unis demeure relativement stable, autour de 4 %. L’écart de taux à dix ans entre la France et l’Allemagne s’est certes accru, mais il reste limité, à environ 0,7 point. Les investisseurs étrangers continuent d’acheter de la dette publique américaine et française, malgré la dégradation des finances publiques. Les non-résidents détiennent plus de 9 000 milliards de dollars de titres du Trésor américain. En France, ils possèdent environ 55 % de la dette négociable de l’État.

    Bientôt la sanction des marchés ?

    La question est donc de savoir si, aux États-Unis ou en France, les investisseurs pourraient, après une période de bienveillance, réagir violemment, comme ils l’ont fait pour l’Espagne, le Portugal ou la Grèce, avec à la clé une forte hausse des taux et une dépréciation de la monnaie. Ces deux pays bénéficient de mécanismes de protection face aux crises. Les États-Unis disposent du dollar, qui joue un rôle de paratonnerre : la monnaie américaine demeure une valeur refuge et la principale monnaie de réserve mondiale, représentant environ 60 % des réserves. Par ailleurs, les investisseurs étrangers restent friands d’actifs américains en raison de leurs rendements élevés.

    En France, les investisseurs estiment qu’un défaut sur la dette publique est improbable, car il mettrait en péril l’ensemble de l’édifice financier de la zone euro, ce qui serait inacceptable pour la Banque centrale européenne. Pour autant, nul ne peut considérer qu’indéfiniment les investisseurs resteront sans réaction face à la hausse continue de l’endettement public et de l’endettement extérieur net. La politique clivante de Donald Trump pourrait entraîner une perte de confiance dans la monnaie et provoquer une hausse des taux. En France, l’aggravation de la crise politique et la poursuite de la dérive des déficits pourraient également remettre en cause la mansuétude des investisseurs.

  • Un an de Trump : ce qui a changé pour Français des États-Unis et pour la France

    Un an de Trump : ce qui a changé pour Français des États-Unis et pour la France

    Donald Trump est revenu à la présidence des États-Unis le 20 janvier 2025 avec un programme clairement affiché : “America First”, une politique économique et migratoire qui prétend protéger les travailleurs américains et renforcer la compétitivité nationale. Un an plus tard, les effets de cette orientation se font sentir dans les échanges économiques franco-américains, sur la vie des Français installés aux États-Unis, et dans la façon dont les questions de liberté d’expression touchent les étrangers dans un contexte politique plus tendu.

    Une relation commerciale marquée par des tensions protectionnistes

    Sur le plan économique bilatéral, les États-Unis restent un partenaire majeur pour la France. Historiquement, les échanges commerciaux sont importants, avec des secteurs comme l’aéronautique, les vins et spiritueux ou le luxe particulièrement exportateurs vers le marché américain. Cependant, depuis le début de 2025, l’administration Trump a renforcé des mesures protectionnistes qui ont modifié le contexte des échanges. Selon une note économique de la Banque de France publiée en septembre 2025, le taux moyen de droits de douane appliqué par les États-Unis a augmenté d’environ 14 points depuis janvier 2025, plaçant les importations françaises à un taux moyen estimé à environ 11 % contre 1,5 % en début d’année. Cette hausse est historiquement importante et significative pour les échanges transatlantiques.

    « Emmanuel Macron a publiquement appelé à une suspension des investissements français aux États-Unis »

    Ces mesures s’inscrivent dans une politique de droits de douane supplémentaires décidée par décret (souvent appelée dans la presse “Executive Order” sur les tarifs additionnels), visant à taxer davantage les importations étrangères pour favoriser la production américaine.

    Pour la France, ces évolutions ont des conséquences économiques concrètes. Le marché américain est le premier pour de nombreux producteurs de vins français : Bordeaux, par exemple, y exporte une part significative de sa production. Sur ce segment, la simple perspective de tarifs additionnels a déjà généré de l’incertitude et des reports de décision côté producteurs, même sans application effective immédiate.

    Sur le plan politique, Emmanuel Macron a publiquement appelé à une suspension des investissements français aux États-Unis tant que la clarification sur ces mesures n’était pas obtenue, estimant que maintenir des investissements massifs tout en subissant des tarifs élevés n’était pas cohérent pour l’économie française.

    Migration et visas professionnels : un contexte plus contraignant

    L’un des changements les plus structurants concerne les visas professionnels, notamment les H-1B, utilisés largement par les entreprises pour recruter des travailleurs étrangers hautement qualifiés. En septembre 2025, l’administration Trump a signé une proclamation imposant une taxe d’entrée de 100 000 $ par demande de visa H-1B pour les travailleurs hors des États-Unis, mesure visant à “lutter contre l’abus du système H-1B” et à protéger l’emploi américain.

    L’Upper West Side depuis l’Hudson River (Janvier 2025) Crédit photo : Rachel Brunet
    L’Upper West Side depuis l’Hudson River (Janvier 2025) © Rachel Brunet

    Cette surcharge financière a été documentée comme un choc potentiel pour l’écosystème startup et les PME, qui dépendent souvent de talents internationaux, car elle pourrait rendre l’embauche de profils étrangers trop coûteuse pour des entreprises naissantes ou de moyenne taille. De plus, à partir de décembre 2025, le département d’État a élargi un contrôle des profils en ligne à la plupart des demandes de visas H-1B et H-4, exigeant que les candidats ouvrent leurs réseaux sociaux à l’examen administratif, un changement que des cabinets d’avocats spécialisés en immigration rapportent comme sans précédent et source de lourdeurs supplémentaires.

    « En pratique, ces mesures peuvent ralentir les embauches internationales et dissuader certains talents de choisir les États-Unis »

    Les grandes entreprises technologiques, conscientes des risques de retards et d’incertitudes, ont même recommandé à certains employés visa-porteurs d’éviter de quitter le pays temporairement, de peur de longues périodes hors des États-Unis lors des procédures consulaires. En pratique, ces mesures peuvent ralentir les embauches internationales, dissuader certains talents de choisir les États-Unis comme destination professionnelle, et forcer les filiales françaises à adapter leurs stratégies de recrutement et d’implantation.

    Liberté d’expression sous pression

    Un autre volet structurant de cette année de politique est la manière dont les questions de liberté d’expression et de discours public s’entremêlent aux politiques migratoires.

    Depuis 2025, l’administration américaine a, à plusieurs reprises, souligné la priorité donnée à une lecture expansive de la liberté d’expression tout en liant de plus en plus étroitement l’accès au territoire à l’examen du comportement des personnes dans l’espace numérique. Selon le Washington Post, l’administration a étendu la surveillance des activités en ligne des demandeurs de visa, incluant étudiants, travailleurs et visiteurs, pour examiner tout contenu jugé « anti-américain », ce qui a conduit à des cas documentés de refus ou de révocabilité de visas dans certains dossiers.

    Midtown et l'Empire State Building
    Midtown et l’Empire State Building © Rachel Brunet

    Cette politique administrative, officiellement présentée comme une mesure de sécurité, a suscité des critiques importantes de la part de groupes de défense des libertés civiles, qui estiment qu’elle pourrait créer un climat d’auto-censure chez les étrangers souhaitant s’exprimer librement sur des questions politiques sensibles.

    Sur la scène diplomatique, les tensions se sont également manifestées dans une dispute très médiatisée entre les États-Unis et l’Union européenne. Fin décembre 2025, l’administration Trump a interdit l’entrée de plusieurs responsables européens, dont l’ancien commissaire Thierry Breton, accusés par Washington de participer à une “censure extraterritoriale” via des réglementations numériques. Cette décision a été fermement condamnée par la France et l’Union européenne, qui l’ont qualifiée d’attaque envers la souveraineté réglementaire européenne.

    Pour de nombreux Français vivant aux États-Unis, étudiants, journalistes, chercheurs ou entrepreneurs, ces évolutions des pratiques administratives soulèvent des questions concrètes : quel impact aura l’examen des profils numériques sur leur capacité à renouveler un visa ? Quel degré de critique politique peut être exprimé sans risque lors d’une visite à l’étranger ?

    Continuité ou transformation ?

    Plutôt qu’un effondrement immédiat, la première année de présidence Trump II est caractérisée par une transformation économique, administrative et diplomatique. La relation franco-américaine reste robuste sur le plan des échanges, mais elle se déroule désormais dans un cadre plus incertain, plus conditionnel et plus visible politiquement.

    Pour les Français des États-Unis, ces changements ont des conséquences concrètes : des décisions d’investissement plus prudentes, des stratégies de recrutement international révisées, des procédures d’immigration plus lourdes, et un débat renouvelé sur la façon dont les libertés individuelles y compris d’expression s’exercent dans des contextes administratifs sensibles.

    Ce bilan ne se limite pas à des chiffres et décisions politiques. Il illustre une époque où l’économie et la politique se mêlent étroitement, où les frontières du commerce se redéfinissent, où la mobilité internationale devient un terrain d’équilibre entre opportunités économiques et impératifs politiques.

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