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  • L’UE et la Chine s’expliquent sur une relation difficile

    Européens et Chinois ont eu lundi une « franche explication » sur leurs divergences à propos de Hong Kong et de leurs relations commerciales, au cours d’un sommet en visioconférence.

    Cette rencontre virtuelle avait pour but de préparer une réunion extraordinaire entre le président chinois et les dirigeants des 27 alors que les deux parties espèrent signer cette année un accord sur la protection des investissements.

    Les présidents des institutions européennes ont exprimé au président Xi Jinping et au Premier ministre Li Keqiang leur « grave préoccupation » pour l’ex-colonie britannique.

    Mardi, Pékin a fustigé ces remarques.

    « La législation sur la sécurité nationale à Hong Kong est une affaire interne à la Chine. Nous sommes opposés à toute ingérence étrangère dans cette affaire », a réagi le responsable des Affaires européennes au ministère chinois des Affaires étrangères, Wang Lutong.

    Les Européens ont également dit leur mécontentement face aux campagnes de désinformation et aux cyberattaques menées depuis la Chine. Ils ont enfin marqué leur déception devant l’absence de progrès dans les négociations commerciales.

    Les entretiens avec le Premier ministre puis avec le président Xi ont duré six heures. Le sommet s’est conclu sans déclaration commune et chacun a communiqué de son côté. Les Chinois « n’ont pas proposé de faire une conférence de presse commune », a précisé un responsable européen.

    « Il est essentiel d’avoir un dialogue avec la Chine pour défendre nos valeurs, mais nous avons des points de désaccord sur des sujets essentiels », a expliqué le président du Conseil européen Charles Michel, au cours d’une conférence de presse.

    « La Chine est un partenaire commercial, un concurrent économique et un rival systémique », a pour sa part rappelé la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. « Tout cela démontre que notre relation n’est pas facile », a-t-elle reconnu.

    Européens et Chinois négocient depuis un an un accord sur la protection de leurs investissements qui accorde aux entreprises européennes un accès au marché chinois et en même temps protège les entreprises de l’UE de l’appétit des grandes groupes chinois subventionnés.

    Or les attentes des Européens ont été déçues. « Nous avons besoin de plus d’ambition de la part de la Chine pour conclure un tel accord pour la fin de l’année », a lancé Ursula von der Leyen. « Nous attendons des autorités chinoises des engagements sur les entreprises d’État et de la transparence sur les aides et les transferts de technologie forcés », a-t-elle expliqué.

    « Sinon, nous sommes déterminés à jouer une autre carte, celle de la défense de nos intérêts », a averti lundi un haut responsable européen.

    Un échec serait « regrettable »

    Les Chinois sont pour leur part préoccupés par la nouvelle législation européenne sur les investissements étrangers et la prise de distance de l’UE à leur égard.

    « La Chine s’ouvre résolument, et s’engage à créer un environnement commercial international axé sur le marché et fondé sur le droit pour les entreprises internationales », a déclaré le Premier ministre Li Keqiang dans un compte rendu du sommet par la télévision publique CCTV.

    « Nous espérons que l’UE maintiendra également l’ouverture de ses marchés du commerce et des investissements, et assouplira ses restrictions à l’exportation vers la Chine », a-t-il ajouté.

    Engagé dans un conflit commercial et politique avec les États-Unis, Pékin cherche des soutiens. Washington a mis en garde les Européens avant le sommet : « Le Parti communiste chinois veut vous obliger à choisir » entre les États-Unis et la Chine, a affirmé le secrétaire d’État américain Mike Pompeo.

    Mais les Européens refusent de se laisser prendre dans le jeu des tensions entre les deux puissances.

    « L’Europe ne sera pas le champ de bataille des États-Unis et de la Chine », a affirmé dimanche le commissaire européen à l’Industrie Thierry Breton.

    Mais la Chine est un important partenaire pour l’UE. Les échanges de biens représentaient 1,5 milliard d’euros par jour en 2019, selon les données de la Commission.

    La Chine est disposée à maintenir une communication étroite avec les deux présidents (des institutions européennes) pour faire avancer une série d’agendas politiques majeurs et pousser les relations sino-européennes à un nouveau niveau, a assuré le président Xi cité par l’agence de presse Chine nouvelle.

    Le report d’un sommet extraordinaire avec le président Xi prévu en septembre à Leipzig par la chancelière allemande Angela Merkel avec tous ses homologues de l’UE accorde un peu de temps supplémentaire aux négociateurs.

    Ursula von der Leyen a dit espérer que les conditions seront réunies pour conclure « avant la fin de l’année » un accord sur la protection des investissements. « Si cela n’est pas possible, ce serait regrettable », a-t-elle conclu.

  • Présidence du conseil consulaire : une réforme plus que symbolique

    Le conseil consulaire est composé de conseillers consulaires élus pour six ans par les Français établis hors de France ainsi que de personnalités qualifiées du monde politique et diplomatique.

    Il est chargé de formuler des avis sur des questions consulaires ou d’intérêt général, notamment dans les domaines de l’économie et des finances, du renseignement intérieur, de la sécurité et de la défense, de la culture, de l’éducation et de l’enseignement supérieur. Les conseillers consulaires travaillent étroitement avec les Ambassades et les Consulats représentant la Présidence de la République française à l’international pour l’un et l’administration pour l’autre.

    Le conseil consulaire peut être consulté sur la gestion du budget et sur toute question concernant les Français établis dans la circonscription et relative à la protection sociale et à l’action sociale, à l’emploi, à la formation professionnelle et à l’apprentissage, à l’enseignement français à l’international et à la sécurité.

    Il exerce les attributions des anciennes commissions consulaires et donne son avis sur les demandes concernant :

    • l’implantation des entreprises françaises, des dispositifs d’aide prévus, et peut proposer des actions pour améliorer la situation professionnelle des Français ;
    • la situation relevant des risques sécuritaires spécifiques, par le plan de sécurité de l’ambassade et ou du poste consulaire dans la limite de confidentialité liée à la sécurité de l’État.
    • les subventions aux organismes d’entraide et de solidarité ;
    • l’attribution d’allocations ou de secours aux Français âgés, handicapés ;
    • l’attribution de bourses scolaires aux enfants français scolarisés dans des établissements à programme français homologués relevant de l’AEFE, en gestion directe, conventionnés ou partenaires ;
    • la répartition du budget et moyens destinés à réduire le chomage et favoriser l’emploi.

    Chaque année, l’Ambassadeur, le Consul général ou le Consul présente au conseil consulaire un rapport sur la situation de la circonscription consulaire.

    Les délibérations des conseils consulaires donnent lieu à l’établissement d’un procès-verbal qui doit être publié sur le site internet du Consulat ou de l’Ambassade.

    Les conseillers consulaires sont donc des élus de proximité, des élus locaux. Ils sont le relais des citoyens auprès des représentants de l’État à l’étranger (postes diplomatiques ou consulaires). Ils sont aussi membres des Conseils d’Etablissement pour ceux relevant de l’AEFE.

    Une Présidence pas si symbolique

    Jusqu’à présent, la présidence du Conseil Consulaire était exercée par le Consul ou l’ambassadeur de la circonscription.

    Dans le cadre de la réforme générale du statut des élus locaux à l’étranger qui rejoignent leurs confrères métropolitains élus dans les instances locales au sein du statut régi par la charte de l’élu local, les législateurs ont prévu d’accroitre le rôle de ces élus et de les responsabiliser. Et c’est dans le cadre de ces objectifs, qu’il a été décidé de permettre l’élection parmi ses pairs (sur le modèle de l’élection d’un maire) du Président du Conseil Consulaire.

    En effet, le Conseil Consulaire par la voix de son président peut jouir de salles du consulat ou de l’agence consulaire, demander des justifications à l’administration, s’opposer à des décisions prises par cette dernière. Depuis 2014, alors qu’un membre de l’administration le présidait, rares furent les occasions où le dit conseil a fait valoir ses prérogatives.

    Alors que ces nouveaux « pouvoirs » devaient être mis en place, au plus tard le premier octobre, avec les nouveaux élus, dont l’élection était prévue le 17 mai dernier,  la crise sanitaire de la Covid-19 a retardé cette mise en place. Dans le cadre d’une loi globale sur l’organisation des réseaux consulaires et du renouvellement de la moitié des sénateurs des Français de l’Etranger (prévu en septembre 2020 et reporté en 2021) , déjà adoptée au Sénat, et dont le dernier volet est à l’étude ce mercredi 24 juin à l’Assemblée nationale, le Gouvernement a proposé de décaler cette disposition à la prise de fonctions des nouveaux élus.

    Le statut renforcé de nos élus locaux est un levier supplémentaire pour doper la participation aux élections consulaires. Plus récente de nos élections, la participation fut très très faible en 2014. 2021 est le grand test pour les Français de l’Etranger qui disposent d’une représentation exceptionnelle et dont ils doivent s’emparer, au risque de la voir supprimée ou rabotée. 

     

     

  • D’hier à demain, existe-il encore des règles économiques ?

    D’hier à demain, existe-il encore des règles économiques ?

    Depuis quelques semaines, les gouvernements parlent de reconstruction, de changement de modèles économiques, de plans de soutien, de relance, etc. Le dirigisme économique est de retour. La crise permet aux gouvernements de reprendre la main sur la vie économique du pays. Ce changement de cap intervient à un moment où, avec la mondialisation et la digitalisation, s’était imposée l’idée que les États étaient impuissants face aux entreprises, face aux marchés. Avant même la crise, devant la stagnation économique et la multiplication des tensions sociales, la question du rôle de l’État se posait déjà avec acuité. La crise justifie son retour tout en étant un prétexte. Les lois économiques d’hier semblent ne plus avoir cours même si, dans le fonds, l’épidémie ne fait qu’accélérer des tendances de long terme.

    Avant la crise sanitaire, de lourdes menaces s’accumulaient déjà

    La situation économique qui prévalait avant la crise sanitaire était déjà inquiétante. Les États occidentaux subissaient un épuisement du cycle de croissance, cycle qui a été extrêmement court et faible en Europe. En 2019, les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis avaient pesé lourdement sur le commerce international. Une récession était attendue en Italie et en France. Cette même année, l’Allemagne avait échappé de peu à cette récession. Cette détérioration intervenait dans un contexte de faible inflation, les banques centrales n’arrivant pas atteindre l’objectif de 2 % qu’elles s’étaient fixées.

    Face aux menaces de récession, les banques centrales avaient décidé de relancer leur politique monétaire expansionniste. La FED s’était engagée dans un programme de baisse de ses taux directeurs quand la BCE a abandonné, avant même de l’appliquer, le plan d’augmentation de ses taux. Malgré ce contexte, les pays occidentaux connaissaient pour nombre d’entre eux une situation de plein emploi quand, pour les autres, la décrue du chômage se poursuivait à bon rythme.

    Cependant, à la différence des précédents cycles, l’amélioration substantielle de la situation de l’emploi ne s’accompagnait pas d’une augmentation des salaires. L’accroissement de l’endettement public et privé constituait une autre caractéristique de la période d’avant crise sanitaire. À l’exception notable de l’Allemagne, parmi les grands États, le maintien d’un déficit public était de mise.

    Le niveau de l’endettement public était à son plus haut niveau depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette augmentation était la conséquence du maintien de taux historiquement bas. Ces derniers favorisaient également le gonflement de la valeur de certains actifs, actions ou immobilier.

    Le cycle de croissance qui s’est achevé au mois de mars était, également, marqué par une stagnation des revenus salariaux. La répartition des faibles gains de productivité s’effectuait au détriment des salariés dans les pays de l’OCDE, à l’exception notoire de la France et de l’Italie. Depuis la crise de 2008, le ressenti sur le pouvoir d’achat est négatif dans la quasi-totalité des États de l’OCDE en lien avec l’augmentation du prix du logement et plus globalement des dépenses pré-engagées.

    Cette situation concerne en premier lieu la France. Enfin, les inégalités avaient tendance à augmenter, en particulier au sein des pays anglo-saxons, les États-Unis en tête. Le sentiment dominant au niveau de l’économie était que le jeu était bloqué. Les salaires ne pouvaient pas augmenter en raison de la vive concurrence mondiale et d’un rapport de force défavorable aux salariés.

    Les taux d’intérêts étaient condamnés à rester faibles en raison du niveau important des endettements. La croissance du PIB était limitée du fait de la faible progression de la demande et des gains de productivité. Les pouvoirs publics ne pouvant compter sur la croissance étaient donc contraints d’accroître les dépenses publiques et donc les déficits tant pour réduire les inégalités de revenus que pour financer les dépenses liées à la retraite, à la dépendance et à la santé en lien avec le vieillissement de la population.

    Des flots de liquidités

    La crise économique qui résulte de l’épidémie s’est inscrite dans ce contexte très particulier. Elle a accentué les tendances en cours. Les chocs subis par l’offre et la demande ont amené les banques centrales à s’engager dans des programmes monétaires expansionnistes sans précédent. La BCE a ainsi élargi l’enveloppe de son intervention à plus de 1 600 milliards d’euros au total d’ici juin 2021, quand la FED a prévu des rachats d’obligation d’État portant sur plus de 750 milliards de dollars auxquels s’ajoutent des rachats d’obligations d’entreprise pouvant atteindre également 750 milliards de dollars.

    Par ailleurs, la banque centrale américaine a indiqué qu’elle était disposée à garantir pour plus de 2 000 milliards de dollars de prêts. Les bilans des deux principales banques centrales qui augmentaient à petite vitesse jusqu’en 2008 connaissent des progressions exponentielles.

    10.000 milliards de dollars

    Pour la zone euro, la base monétaire devrait passer de 3 200 à 4 500 milliards d’euros de 2019 à la fin de l’année 2020. Cette dernière, pour mémoire, était de 500 milliards d’euros en 2002 et de 1 000 milliards d’euros en 2009. De même, la base monétaire de la FED est passée en vingt ans de 500 à 4 000 milliards de dollars. Au niveau mondial, la base monétaire a été multipliée par dix depuis le début du siècle. Pour la seule année 2020, avec la crise du covid-19, la quantité de monnaie créée au sein des pays de l’OCDE, pourrait atteindre 10 000 milliards de dollars.

    Cette création est le pendant de l’accroissement de l’endettement, plus de 20 points de PIB, en moyenne au niveau des États de la zone économique.

    La crise sanitaire amplifie l’endettement.

    Face à cette situation, le maintien de taux d’intérêts très faibles s’impose encore plus. Tout relèvement des taux rendrait les débiteurs insolvables. La crise économique se muerait alors en crise des dettes publiques. Si l’inflation venait à ressurgir, les banques centrales pourraient être contraintes de relever leurs taux.

    Les États d’Europe du Nord et l’Allemagne, en particulier, pourraient imposer ce relèvement contre l’avis des États d’Europe du Sud. À la tension économique financière qui en résulterait s’ajouterait alors une tension diplomatique.

    L’inflation aux abonnées absentes

    L’expérience de la crise de 2008 a semblé prouver que l’augmentation de la base monétaire avait peu d’incidences sur l’inflation. De multiples raisons expliquent l’absence d’inflation. Du fait d’une aversion plus marquée aux risques, les agents économiques ont tendance à conserver des volumes de liquidités plus importants. Par ailleurs, la réglementation prudentielle (Bâle III ou Solvency II) a renforcé les exigences de fonds propres pour les acteurs financiers. L’augmentation de la valeur des actifs, actions et immobilier, contribue à masquer l’inflation. La forte concurrence avec le développement des services en ligne (e-commerce, plateforme de services avec la multiplication de l’offre) joue contre l’inflation. Après plus de trente ans de modération salariale, les revendications semblent se multiplier, notamment avec la crise sanitaire. Elles émanent essentiellement du secteur public. Si un effet de contagion se produisait, un regain d’inflation serait imaginable. Pour être supportable par les États, il faudrait que les banques centrales acceptent de ne pas relever leurs taux directeurs ; les épargnants seraient alors les principaux perdants. Si initialement, les taux d’intérêt bas étaient censés augmenter l’inflation, c’est désormais la faible inflation qui impose des taux bas.

    La question de l’annulation des dettes publiques

    Des voix se font entendre en faveur de l’annulation de tout ou partie de la dette publique détenue par les banques centrales. Les partisans de cette thèse considèrent qu’il serait plus simple de l’annuler. Cette décision est présentée comme ne portant pas préjudice aux créanciers à l’exception des banques centrales. Cette idée ne reçoit pas l’assentiment des pouvoirs publics. La BCE a indiqué clairement son opposition. Une annulation quelle qu’elle soit est assimilable à une banqueroute. Les investisseurs, autres que les banques centrales, pourraient considérer qu’ils seront les prochains sur la liste. Ils seraient amenés à réduire leur financement et à exiger des primes de risque plus élevées.

    Toute annulation partielle entraînerait une augmentation des taux qui rendrait plus délicate la solvabilité des États.

    Des taux bas pour longtemps

    Le maintien des taux bas sur une très longue période semble s’imposer au nom de la solvabilité des Etats surendettés. Toute hausse provoquerait une crise des dettes souveraines de grande ampleur en concernant des États d’une taille bien supérieure à la Grèce. En revanche, les taux bas ne sont pas sans avoir des effets pervers. Ils réduisent la rentabilité des banques et des assurances. L’accès au crédit peut être rendu plus difficile car les banques ne disposent pas de marges en cas de défaut de paiement de leurs débiteurs.

    Les taux bas jouent contre la croissance car ils permettent le maintien en vie d’entreprises non ou faiblement rentables. Ils contribuent à ralentir le processus de destruction créatrice cher à Schumpeter. En fonction des États membres de la zone euro, 3 à 10 % des entreprises seraient concernées. Les taux bas n’incitent pas à la bonne gestion et ne permettent pas une allocation optimale des ressources. Ces dernières années, les États mais aussi les agents privés ont recouru aux emprunts non pas pour financer des dépenses d’investissement supposés dégager un rendement mais des dépenses de fonctionnement.

    Des bulles apparaissent au niveau des actifs.

    Les facilités de financement conduisent à une demande accrue de biens immobiliers et à une augmentation des prix de l’immobilier qui pèsent sur le pouvoir d’achat des ménages et sur les coûts des entreprises. La valeur des actions profite de la baisse des taux, les investisseurs à la recherche de rendement optant pour ce type de placements.

    Le soutien à l’économie, un moment à part

    En 2018, Olivier Blanchard, l’ancien chef économiste du FMI avait préconisé un large plan de relance par l’investissement arguant que les États devaient profiter de l’argent pas cher dont ils pouvaient disposer. Si à l’époque, cette thèse avait fait quelques remous, elle s’impose aujourd’hui. Les plans de soutien deviennent légions dans tous les États. Même si la Commission de Bruxelles commence à réagir sur la question du respect du droit communautaire, les États ont profité de la crise pour s’en affranchir afin de soutenir leurs grandes entreprises ou les secteurs en difficulté.

    La multiplication des aides publiques peut réduire la concurrence en empêchant le renouvellement du tissu productif. Ces aides, en règle générale, bénéficient avant tout aux grandes entreprises. Une telle pratique freine les gains de productivité et peut conduire à une augmentation des prix.

    Au niveau européen, les plans de soutien favorisent les États les plus importants qui disposent de larges marges financières au détriment des plus petits. En règle générale, les aides publiques sont orientées vers des secteurs peu productifs et en difficulté.

    Parmi les secteurs ou les entreprises soutenus, plusieurs étaient en difficulté avant la crise à l’exemple de l’automobile et du transport aérien.

    La presse écrite, la radio et la télévision souffraient d’une réduction de leur budget de publicité en raison de la montée en puissance de celle-ci sur Internet. La crise sanitaire déclenchée en mars 2020 a accéléré cette tendance.

    Les gouvernements, en France comme en Allemagne, lient les aides à la réalisation d’investissements favorables à la transition énergétique ou au digital.

    Cette période qui s’affranchit, peut-être provisoirement, des règles du passé, amplifie les tendances de l’ancien monde avec des taux d’intérêt et d’inflation bas et avec un recours massif à l’endettement. Le « full credit » peut-il déclencher des gains de productivité qui font défaut depuis une vingtaine d’années afin d’enclencher un cercle de croissance vertueux, ou est-il la dernière salve de l’Occident ?

  • Trump réélu ? L’impensable.

    Trump réélu ? L’impensable.

    Dans quelques mois l’élection américaine.

    Le candidat du Parti démocrate Joe Biden creuse l’écart dans les sondages. Pour la première fois, il a levé plus de fonds que Donald Trump. Bush, Romney, Colin Powell, d’éminentes figures du Parti républicain le soutiennent. Les émeutes embrasent le pays. Le coronavirus court toujours. L’économie américaine subit sa pire récession depuis 1929. Les responsables militaires, sanitaires désavouent leurs Président. Les anciens membres du cabinet l’accusent, comme John Bolton. L’Amérique abandonne son rôle de leadership mondial. Comment Donald Trump ose-t-il encore être candidat ? Il récolte encore un large soutien, près de 40% des voix.

    Les experts économiques s’attendaient avec la chute du PIB à une nouvelle croissance du chômage. Ils prévoyaient en mai, 8.5 millions de chômeurs en plus, et un taux de chômage à 20%. Il est tombé à 13.5%. 2.5 millions d’emplois ont été créés. L’économie américaine rebondit, fortement.

    Trump a été élu contre l’establishment républicain.

    Il se moque des caciques de Washington puisqu’il veut incarner l’anti-Washington. Son seul atout, outre son personnage qui est comme une insulte à la bourgeoisie démocrate incarnée par les Clinton, c’était l’économie. L’économie touchée, il devait tomber. Or qui martèle depuis de semaines qu’il faut que l’économie reparte et fait la guerre aux gouverneurs ? Qui a débloqué (avec la Fed) 3000 milliards de dollars pour relacer la machine ? Qui se moque des experts, économiques, scientifiques, militaires, diplomatiques ? Comme il a incarné la relance, le refus de l’arrêt du pays, le non confinement, et que le pays repart, son socle de soutien populaire n’a pas bougé. Trump est resté égal à lui-même. Il a envoyé promené la Chine, l’OMS, les gouverneurs, le parti républicain, twitter, la presse, l’Europe, le virus, la FED, la vérité aussi, les militants des droits civiques, les manifestants, martelant law and order comme un Red neck. Son électorat aussi est resté égal à lui-même. Obama avait été élu contre tout pronostic, dans un pays jugé assez raciste, parce qu’il était difficile d’imaginer un Président noir aux Etats-Unis. Mais Obama avait mobilisé les Noirs américains, qui votent peu, et reconstitué l’alliance démocrate des minorités. La campagne antiraciste mobilise tous les démocrates,  et reconstitue cette coalition. Le jeu de Trump est de la gauchir, celui de Biden de la maintenir unie dans le dégoût de Trump.

    Aujourd’hui, Biden l’emporte largement : tous les sondages du mois de juin donnent Joe Biden élu avec 6 à 12 points d’écart.

    Mais les électeurs des Swing states, ceux qui font l’élection ?

    Pour l’instant, Trump conserverait l’Ohio et la Caroline du nord. Arizona et Wisconsin sont plus incertains. Biden l’emporterait en Floride, Pennsylvanie et Virginie. Ces trois Etats, s’ils basculaient, rétablirait l’équilibre.

    Trump sera sans aucun doute minoritaire en voix, comme la dernière fois. Mais l’écart dans les swing states n’est pas si grand qu’une reprise économique ne lui assure le gain d’une Amérique qui retrouve la voie d’un succès économique. La crise du coronavirus a mis fin à 11 ans de croissance américaine,  du jamais  vu. Si l’économie repart, Trump peut revenir. D’autant qu’il a conservé une force de frappe publicitaire impressionnante : il a déjà plus du double de réserves pour sa campagne que Joe Biden. La campagne d’ici novembre va être du jamais vu. Il faut s’attendre à tout, de tous les cotés. Avec des millions de dollars de dépenses électorales. Donc rien n’est joué.

    Un deuxième mandat de Trump serait un festival de trumperies à coté du quel le premier aura eu l’air d’une douce musique de chambre. Trump déchainé par sa victoire, personne ne peut imaginer ce qu’il ferait une fois réélu. Totalement impensable.

    C’est bien pourquoi il faut -aussi- s’y préparer. Good Bless America.

  • France : rapatriement d’enfants de djiadistes – Podcast Vidéo

    Dix enfants de djihadistes français, qui étaient retenus dans des camps de déplacés sous contrôle kurde en Syrie, ont été rapatriés en France dans la nuit de dimanche 21 à lundi 22 juin, a annoncé le ministère des affaires étrangères français.

  • Top départ pour les vacances ! le point sur les frontières dans le monde

    Top départ pour les vacances ! le point sur les frontières dans le monde

    Désormais, un Français qui souhaiterait se déplacer et partir en vacances au départ de son lieu de résidence dispose désormais de beaucoup plus de choix, en tout cas en Europe. Ailleurs dans le monde, la situation reste plus compliquée.

    PARTICIPEZ A NOTRE CONSULTATION EN FIN D’ARTICLE

    La libre circulation en Europe chère aux Français n’est pas encore revenue, mais on s’en rapproche. Avec l’amélioration de la situation sanitaire et la pandémie de coronavirus qui perd de l’ampleur, de nombreux pays européens ont levé les restrictions à leurs frontières, quelques jours avant le début de la saison estivale.

    En nous renseignant, pour chaque pays, auprès de l’ambassade de France, du site du gouvernement, ou de l’application « Re-Open » mise en place par la Commission européenne, nous avons conçu un petit guide pour vous y retrouver.

    Une Europe à plusieurs vitesses

    Fin de nombreuses restrictions

    Une majorité des pays européens acceptent désormais sur leur sol tous les voyageurs français venant d’un autre pays européen. Depuis le lundi 15 juin, c’est le cas, notamment, de l’ Allemagne, de la Belgique et de la Suisse. L’Italie avait lancé le mouvement dès le 3 juin, et la Pologne lui avait emboîté le pas dix jours plus tard.

    En revanche, le plus souvent, si vous êtes Français mais que vous arrivez d’une zone située en dehors de l’Europe, vous devrez avoir un motif familial ou professionnel et vous serez soumis à une quatorzaine obligatoire. En effet, l’Union européenne n’a pas encore levé les restrictions à ses frontières extérieures.

    Quatorzaine et/ou dépistage obligatoires à l’arrivée

    Dans neuf autres pays européens ( dont le Royaume-Uni et l’Islande, qui ne font pas partie de l’Union européenne), les passagers venant de France sont soumis à une quatorzaine. Dans certains cas, comme en Islande, cette mesure peut être remplacée par un dépistage à l’arrivée. Cela ne concerne donc pas seulement les Français qui voyagent depuis un lieu situé en dehors de l’Europe.

    L’Espagne a déjà annoncé qu’elle lèverait cette restriction imposée aux voyageurs venant d’Europe dès le dimanche 21 juin. Mais le pays ibérique maintiendra sa frontière avec le Portugal fermée jusqu’au 1 er juillet. D’ici là, un Français ne pourra donc pas se rendre à Lisbonne ou à Porto par la voie terrestre, mais uniquement en avion.

    Depuis jeudi 11 juin, la Turquie ne contraint qu’à un simple « contrôle sanitaire » à l’arrivée sur son sol. Si des symptômes sont détectés, le voyageur doit cependant subir un test PCR.

    Entrée toujours interdite

    Enfin, quatre pays de l’Union européenne (Finlande, Danemark, Malte, Chypre) ainsi que la Norvège interdisent toujours l’entrée sur leur sol aux voyageurs français, sauf motifs particuliers.

    Pour pouvoir se rendre en Finlande, il faut avoir une raison familiale impérieuse, y posséder un logement, ou encore n’y passer qu’en transit.

    Le Danemark accepte aussi, depuis ce lundi, les voyageurs dont un membre de la famille est Danois ou habite dans le pays scandinave. Mais le pays n’accueille des touristes en vacances qu’en provenance d’Allemagne, de Norvège et d’Islande. La Norvège n’a également rouvert ses portes en grand qu’aux voyageurs venant des autres pays nordiques.

    Et ailleurs ?

    Hors de l’Union européenne, les départs en vacances sont encore très contrôlés. Il est toujours impossible de se rendre aux Etats-Unis, au Canada ou encore au Brésil  sauf en cas de motif professionnel ou familial impérieux (si une partie de votre famille est de la nationalité du pays où vous souhaitez vous rendre, par exemple).

    Plus proche de chez nous, les arrivées au  Maroc sont suspendues « jusqu’au 10 juillet », selon l’ambassade de France.

    En Tunisie, les frontières aériennes, terrestres et maritimes devraient rouvrir « à partir du 27 juin ». Pour entrer sur le territoire, les voyageurs devront néanmoins présenter un test négatif datant de moins de 72 heures et ne pas avoir de température.

    En sens inverse, les arrivées aux frontières extérieures de l’Union européenne restent soumises à de fortes restrictions jusqu’au 1er juillet, au minimum, faute d’accord entre les différents Etats européens.

    La France a d’ores et déjà décidé d’autoriser l’arrivée sur son sol de voyageurs internationaux à partir du 1er juillet mais « de façon progressive et différenciée selon la situation sanitaire des différents pays tiers », selon un communiqué commun des ministres Christophe Castaner et Jean-Yves Le Drian, en charge respectivement de l’Intérieur et des Affaires étrangères, publié vendredi 12 juin.

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  • Kaïs Saied, le Président tunisien à Paris : une visite hautement stratégique.

    Kaïs Saied, le Président tunisien à Paris : une visite hautement stratégique.

    Première visite d’Etat en France post Covid

    Kaïs Saïed, le Président tunisien, est le premier Chef d’Etat à être reçu à Paris par Emmanuel Macron depuis la crise du Covid 19. Une visite officielle qui devait avoir lieu en février dernier mais qui fut repoussée en raison de la crise du coronavirus. Ce n’est que la troisième visite de Kaïs Saied à l’étranger depuis son élection en octobre 2019. Il ne s’était rendu qu’à Doha et à Alger. La France est donc sa troisième destination. Le ministre des Affaires Jean Yves Le Drian était à Tunis en janvier 2020. Il avait annoncé l’objectif d’un doublement des investissements français en Tunisie. Et le renforcement de l’université franco- tunisienne pour l’Afrique et la Méditerranée créée en octobre 2019.

    Sur fond de tensions sociales et économiques en Tunisie

    La crise Du Coronavirus a accentué les difficultés économiques et sociales en Tunisie, qui n’a jamais réussi son décollage économique après le Printemps arabe, qui avait pris son essor chez elle. Beaucoup pensent que la situation est pire que du temps de Ben Ali. Mais c’est le seul pays arabe dans lequel la Révolution a permis l’émergence d’un régime démocratique.

    Un président peu connu du corps diplomatique

    Kaïs Saïed n’était pas le favori de l’élection présidentielle. Issu de la « société civile », Professeur de droit constitutionnel, il l’a emporté par son caractère austère, qui dénotait avec les compromissions partisanes, et a mis en avant une image d’intégrité qui en faisait le symbole de la lutte anticorruption aux yeux de la jeunesse. Présenté comme un allié des Islamistes, il s’en est vite émancipé, au point que le Parti Ennahdha s’est un peu marginalisé. Il a également contesté les prises de position de Rachid Ghannouchi, son Chef, Président du Parlement, qui s’était prononcé pour l’intervention turque en Lybie. « Il n’ya qu’un seul Président en Tunisie » avait déclaré Kaïs Saïed, qui ne cache pas son désir de présidentialiser le régime. En Tunisie, les mouvements proches de la mouvance islamiste encouragent la Turquie et sont soutenus par elle, comme ailleurs en Afrique du Nord. Ce qui agace Alger et surtout l’Egypte. Et aussi les partis laïcs tunisiens.

    La visite en France intervient alors que les tensions sont au plus haut entre la Turquie et la France, Ankara accusant la France de soutenir la Maréchal Haftar, la France dénonçant l’intervention turque et les violations de l’embargo sur les armes. Visiblement, la France a déjà le soutien de l’Italie, la Grèce, l’Allemagne, et le Royaume-Uni, de la Russie, de l’Egypte… Si Haftar perd du terrain, la Turquie indispose.

    Au delà du cas libyen, la visite revêt une importance fondamentale pour la Tunisie comme pour la France. Pour la France, qui doit reconstruire une politique méditerranéenne, la Tunisie devrait être un de ses points d’appui principaux. C’est un des rares exemples d’une démocratie vivante, avec toutes les difficultés que cela implique, dans le monde arabe. C’est un pays francophone, membre important de la francophonie. Le prochain sommet de la Francophonie devrait d’ailleurs avoir lieu en Tunisie.

    Il est important que la Tunisie réussisse. Actuellement, de violents  affrontements ont lieu avec la police. La jeunesse est désemparée. Du point de vue économique, cette année est considérée comme la pire depuis l’indépendance, crise du coronavirus aidant. Sans l’aide de la France et de l’Europe, la situation va empirer, avec des conséquences nationales et internationales imprévisibles. C’est pourquoi les autorités tunisiennes attendent aussi des aides, des soutiens financiers, et des investissements.

    Depuis le printemps, arabe, ces aides furent réelles, mais mesurées. La Tunisie devrait être l’exemple de la réussite démocratique en Afrique et dans le monde arabe. Ce serait un soutien considérable pour la France et pour l’Europe, un pôle de stabilité en Méditerranée et en Afrique du nord. L’intérêt de la France et de la Tunisie convergent dans tous les domaines.

  • Ne pas enterrer trop vite le libre échange

    Ne pas enterrer trop vite le libre échange

    Depuis quelques années, de manière insidieuse, le protectionnisme est de retour. Le nombre de plaintes ne cesse d’augmenter au niveau de l’Organisation Mondiale du Commerce.

    Pour l’année 2019, la Commission européenne a dénombré 438 barrières commerciales dans le monde, ce qui constitue un record historique. Avec l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis, le protectionnisme est redevenu une arme économique et diplomatique de première importance, que ce soit à l’encontre de la Chine ou de l’Europe.

    En 2020, au nom de la lutte contre la pandémie et le réchauffement climatique, le protectionnisme se drape de nouveaux habits. Ces dernières, il revient par la grande porte. En révélant la dépendance des États vis-à-vis des pays émergents et de la Chine pour les masques et certains médicaments, la crise sanitaire a remis au goût du jour l’idée du souverainisme économique. Par ailleurs, le risque d’une surenchère en la matière n’est pas à négliger au regard de la récession que les pays occidentaux traversent. La liste des biens stratégiques sera bien difficile à réaliser. Qui aurait imaginé, il y a quelques mois, qu’un masque en papier soit la cause de conflits commerciaux ?

    L’environnement est l’autre grande source du nouveau protectionnisme.

    La priorité donnée à la consommation nationale sous-entend que les échanges internationaux sont dangereux pour l’emploi et la planète. C’est oublier que bien souvent la somme des circuits courts est bien plus polluante que le recours à des circuits faisant appel à des grossistes répartiteurs au niveau national ou international. Ces derniers agrègent des demandes évitant à des producteurs locaux d’expédier des petites quantités à un nombre important de points de vente.

    Le rejet des échanges internationaux signifie la négation de la théorie des avantages comparatifs en vertu de laquelle les pays se spécialisent dans les domaines où ils sont les moins mauvais. Pendant plus de soixante-dix ans, cette spécialisation relative a permis une amélioration des niveaux de vie en Occident et au sein des pays émergents. Sa remise en cause entraînera un ralentissement de la croissance et une moindre progression du pouvoir d’achat des ménages.

    Dans le passé, le protectionnisme a toujours amené des catastrophes que ce soit après 1929 ou bien avant, en Chine, au XVIIe siècle, quand des empereurs de l’époque décidèrent d’arrêter de commercer avec les barbares, c’est-à-dire l’Occident. Cette décision provoqua un long déclin qui ne prit fin qu’avec la réouverture au monde de la Chine par Deng Xiaoping à la fin des années 70.

    L’environnement et la lutte contre les épidémies n’ont rien à gagner d’un retour du protectionnisme. Ces défis ne s’arrêtent pas aux frontières des Etats et ne peuvent être résolus qu’à travers un renforcement de la coopération. De leurs côtés, les échanges commerciaux ne sont pas l’expression d’une prétendue guerre économique mondiale. S’ils sont dans un cadre transparent et en vertu de règles acceptés par tous, ils obéissent alors à la règle du gagnant/gagnant.

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