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  • Ce qu’il faut retenir de la conférence de presse d’Emmanuel Macron

    Ce qu’il faut retenir de la conférence de presse d’Emmanuel Macron

    Emmanuel Macron, qui avait promis de revenir très vite devant les Français après sa décision surprise dimanche de dissoudre l’Assemblée nationale au soir d’européennes catastrophiques pour son camp, a donné ce mercredi une conférence de presse. Financée sur le budget de la campagne du parti Renaissance, elle lance le top départ de la campagne pour la coalition Ensemble (Renaissance, Horizons, Agir, Modem).

    Le peuple souverain

    Le président a commencé la conférence de France en revenant sur sa décision. Pour lui, il s’agit d’un acte « de confiance » pour empêcher « notre pays d’être bloqué par les extrêmes » et un « retour au peuple souverain », « seule décision républicaine ».

    « Ils ont clairement dit leur sentiment, aussi, de ne pas être écoutés, respectés. Leurs difficultés à avoir accès à des services de base. À tous ces messages, nous ne pouvons rester indifférents. »

    Emmanuel Macron, le 12 juin 2024

    Pour lui, depuis dimanche, « la bataille des valeurs éclate au grand jour », estime le chef de l’Etat. « Nous avons des alliances contre nature aux deux extrêmes qui ne sont d’accord sur rien, sinon des postes à partager », a ajouté Emmanuel Macron.

    Au passage, Emmanuel Macron a accusé LFI de « créer un désordre parfois constant » et « inquiétant » à l’Assemblée nationale. Il n’épargne pas non plus la droite, qui aurait trahi les valeurs du Général de Gaulle, de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy. C’est bien évidemment Eric Ciotti et son alliance, tant décriée, avec le RN, qui est dans le viseur.

    Plus globalement, Emmanuel Macron a ainsi dénoncé  ces « bricolages d’appareil » et « alliances contre nature aux deux extrêmes qui ne sont d’accord sur à peu près rien, sinon les postes à partager, et qui ne seront pas en capacité d’appliquer un quelconque programme ».

    Un nouveau « Mea culpa »

    Comme en 2022, le Président de la République assume que sa majorité n’avait pas tout bien fait pour autant il juge le bilan des dernières années comme positif.

    En réponse, Il promet un « dialogue exigeant construit et ouvert » à la fin des élections pour « réfléchir à la meilleure façon de gouverner la France ensemble ». Ainsi, le chef de l’Etat appelle « le 30 juin et 7 juillet » les électeurs à voter pour le parti présidentiel pour qu’il « puisse avoir un nombre maximal de députés » et ainsi « se mettre en capacité de bâtir un projet en commun ».

    Il propose pour lutter contre ces extrêmes  un rassemblement des « sociaux-démocrates, des radicaux, des écologistes, des démocrates chrétiens, des gaullistes et plus largement, et [des] compatriotes et de responsables politiques qui ne se reconnaissent pas dans la fièvre extrémiste ».

    « Je dis ici rassembler et non rallier, car je sais aussi les désaccords qui existent sur tel ou tel sujet avec l’ensemble des responsables des formations politiques ».

    Emmanuel Macron, le 12 juin 2024

    Renforcer l’axe régalien et notre modèle d’intégration

    Le Président de la République voulant répondre à la poussée du RN est revenu longuement sur ses ambitions pour rétablir l’ordre et la cohésion nationale.

    Face à l’extrême droite qui « [répond] à l’immigration en ne respectant plus le principe de l’asile » Emmanuel Macron assure « propos[er], plus de fermeté, mais dans le cadre de la République et de ses valeurs ». Le chef de l’Etat attaque aussi l’extrême gauche qui propose « une réponse par le communautarisme et le laxisme ». Il a, aussi, réaffirmé son souhait « d’intensifier la réponse républicaine » avec une plus « grande autorité républicaine » pour répondre à l’inquiétude d’une partie des Français.

    Une des premières propositions du camp présidentiel, présenté par Emmanuel Macron, est de mettre en place un « grand débat » pour  « répondre efficacement à la question de la sécurité » mais aussi poser la question de la laïcité. Il devra en sortir, pour Emmanuel Macron, des « mesures claires sur les grands sujets ». Il en a profité pour annoncer que le service national universel devrait être généralisé pour faciliter l’intégration.

    « Après avoir réinstauré l’instruction civique, l’enseignement culturel et artistique, nous sommes attachés à recréer des rites républicains. C’est pourquoi le service national universel doit être généralisé d’ici à la rentrée 2026 (…) Nous vivons dans le pays qui crée tant de tensions, c’est souvent et avant tout l’échec de notre modèle d’intégration. »

    Emmanuel Macron, le 12 juin 2024

    Écologie et nucléaire

    Après un début de propos liminaire très marqué à droite sur les valeurs régaliennes et « le retour de l’autorité républicaine », Emmanuel Macron évoque désormais son « ambition écologique et économique ». Une nouvelle fois, il rappelle son bilan en se félicitant d’avoir « ces sept dernières années, créer plus de 2 millions d’emplois, commencer à réindustrialiser le pays, défendu son indépendance, renforcer sa souveraineté agricole, industrielle ».

    « Nous sommes en train de préparer des textes en la matière sur l’industrie verte et l’agriculture qui reprendront dès que les Français, je l’espère, auront fait confiance à cette majorité », qui n’était que relative, a-t-il défendu. Le chef de l’Etat souhaite désormais « amplifier l’action pour la réindustrialisation et la réouverture des usines sur notre territoire. La création d’emplois, la reconnaissance du travail, l’indépendance énergétique, agricole et technologique ».

    Alors qu’un projet de loi sur la simplification économique était à l’étude, M. Macron confirme qu’il « faut continuer à libérer les contraintes réglementaires et fiscales qui pèsent sur ceux qui veulent prendre des initiatives et donc renforcer la simplification ».

    Au sujet de la transition énergétique, le président de la République réaffirme son ambition de « construire huit nouveaux réacteurs nucléaires, indispensables à cette transition », avant de critiquer « l’extrême droite » et « l’extrême gauche ». « A l’extrême droite, on nous explique qu’il faut choisir entre l’écologie et l’économie. C’est un renoncement au projet écologique », a-t-il fustigé.

    Quant à « l’extrême gauche », M. Macron a notamment critiqué « sa politique de taxation totalement déraisonnable » et « sa politique de sortie du nucléaire encore défendue par une majorité de ceux qui aujourd’hui constituent cette alliance » qui mèneront selon à « l’affaiblissement là aussi du pays et donc les deux blocs aux extrêmes ».

    D’une génération à l’autre

    Tout d’abord, voulant faire taire « des rumeurs », Emmanuel Macron assure que « les retraites seront bien indexées sur l’inflation car le pouvoir d’achat des retraités n’est pas une variable d’ajustement pour nous ». Puis il a pris du temps pour revenir sur la réforme des retraites, pourtant impopulaire chez les Français. Il affirme que l’abrogation de la réforme, promise par le RN et la gauche, sera « un appauvrissement des retraités ». Un message envoyé aux retraités, qui forment désormais le cœur de l’électorat de Renaissance.

    Puis il est revenu sur « l’accès au logement des jeunes », sujet sur lequel il concède que « nous n’avons pas assez avancé ». Aussi, il a indiqué que des « décisions claires » du gouvernement seront prises sur les nouveaux médias  « d’abord, en ne permettant pas l’usage des téléphones avant 11 ans et surtout, l’accès aux réseaux sociaux et à leur usage avant l’âge de 15 ans ».

    Mieux vivre au quotidien

    Égrenant ses grandes lignes pour la campagne des élections législatives, Emmanuel Macron évoque la volonté « de mieux vivre au quotidien ». Pour cela, il a déclaré que « Nous avons beaucoup fait là aussi en la matière. Mais nos compatriotes, à l’évidence, nous ont envoyé un message simple leur vie ne s’est pas assez améliorée », a-t-il reconnu, appelant « les forces la majorité » à bâtir « des réponses concrètes » sur le coût de l’énergie et la question du pouvoir d’achat.

    Pour Emmanuel Macron, « le travail doit mieux payer » en étant « plus ambitieux pour mieux partager en quelque sorte les revenus du travail et de la richesse ». Il souhaite notamment églargie les primes Macron, sans charge et sans impôts, aux indépendants. Il plaide aussi pour « rouvrir le grand sujet du temps partiel subi des emplois rémunérés sous le smic », alors qu’il n’y a jamais eu autant de salariés au niveau du salaire minimum.

    Autre point abordé par Emmanuel Macron le « modèle social protecteur, financier, responsabilisant ». Le chef de l’Etat met en avant « le réinvestissement dans la justice (+60 % de son budget) et dans les forces de sécurité, dans notre école, avec une augmentation de nos enseignants qui n’avait pas été connue depuis les années 1990. De notre santé, avec une augmentation pour les soignants qui n’avait pas été connue depuis les années 60. »

    Le président de la République reconnaît que le modèle social « échoue trop souvent à prévenir » les inégalités et fait d’une « priorité indispensable (…) une réponse renforcée et crédible en matière d’accès à la santé, de lutte contre les déserts médicaux, de prévention en matière de santé et en matière de protection, d’accompagnement de nos enfants et de notre jeunesse. »

    Enfin, Emmanuel Macron affirme qu’« il faudra supprimer un échelon territorial », afin de « ramener plus de simplicité et de liberté sur les territoires ». Le chef de l’Etat plaide pour « rouvrir la question de ces grandes régions » mises en place par François Hollande qui ont, d’après M. Macron, « éloigné la décision » des citoyens. Le chef de l’Etat appelle également à une « stabilité fiscale et normative pour les trois ans à venir ».

    « Enfin, vivre mieux, c’est reconnaître que dans certaines villes, certains quartiers, dans la ruralité, nous devons avoir une réponse beaucoup plus drastique sur l’accès aux transports, à la santé, au logement », a-t-il également défendu, avant d’aborder la question des affaires étrangères.

    Une diplomatie impossible

    Vantant une « France puissance de paix et d’équilibre » sur l’Ukraine, le Proche-Orient et l’Europe et « une France puissance militaire indépendante », le président de la République estime que les « deux blocs aux extrêmes ne permettent pas ce schéma ».

    Emmanuel Macron considère que l’extrême gauche est tenante d’une « vision balkanisée » des relations internationales, arguant d’une « opposition de certaines forces à la dissuasion nucléaire française et une opposition à l’OTAN ».

    Quant à l’extrême droite, Emmanuel Macron dénonce des volontés de « sorties de l’OTAN » et des « remises (…) de ce rapport à la diplomatie et à notre indépendance et des ambiguïtés à l’égard de la Russie ».

    Emmanuel Macron appelle à « une cohésion »

    Le président de la République a conclu la première phase de la conférence de presse en assumant « une volonté de rassembler toutes celles et ceux qui ne peuvent pas se retrouver dans les extrêmes ». « C’est à cette cohésion que j’appelle avec toute l’humilité et c’est ce à quoi nous allons travailler durant les 18 jours qu’il reste à cette campagne », assure-t-il.

    Puis en répondant aux questions des journalistes, Emmanuel Macron a reconnu qu’ « une colère a été exprimée » aux élections européennes pour autant t il refuse « de faire comme si rien n’était, parce qu’au fond ça arrange tout le système »« Je n’ai jamais été là pour protéger le système politique », a-t-il ajouté, expliquant ne pas « vouloir donner les clés du pouvoir à l’extrême droite en 2027 ». Notons qu’Emmanuel Macron a écarté une nouvelle fois toute démission peu importe les résultats des législatives anticipées.

    Cependant interrogé par un journaliste, Emmanuel Macron a affirmé qu’il n’entendait pas « plus faire campagne qu’en 2017 ou en 2022 », rappelant que « c’est le rôle du Premier ministre ». Il a également exclu vouloir débattre avec Marine Le Pen.

    Pourtant, la conférence de presse de ce 12 juin 2024 ressemble fortement à une entrée en campagne du Président de la République.

  • La crise politique en France vue par la presse internationale

    La crise politique en France vue par la presse internationale

    Les Français de l’étranger le savent bien, la crise politique en France, qui a suivi le résultat des élections européennes, a surpris l’opinion publique mondiale. « Onde de choc, « coup de théâtre », « pari risqué », « prise d’otages », ont fleuri aux unes des journaux que ce soit en Europe ou ailleurs dans le monde. Petit tour de la presse internationale !

    « Une défaite humiliante »

    Pour une partie de la presse étrangère, c’est l’humiliation du chef de l’Etat qui est à retenir des élections européennes en France, suivie de l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale.

    « La victoire accablante de l’extrême droite française et la déroute humiliante du parti d’Emmanuel Macron a ouvert une crise politique aux conséquences imprévisibles », estime le quotidien espagnol de centre-gauche El Pais.

    Certes, « la victoire du Rassemblement national était largement attendue, même dans ces proportions impressionnantes », selon le quotidien italien El Corriere Della Sera. En Belgique, Le Soir parle même d’une « bardellamania » dans les urnes françaises. « Mais ce qui n’était pas prévu, c’est la réaction immédiate, presque de colère, du président de la République », ajoute El Corriere concernant la convocation d’élections législatives anticipées.

    Un pari audacieux

    Pour d’autres journaux, comme le New York Timesla dissolution de l’Assemblée est un choix « audacieux perçu comme une tentative de couper l’herbe sous le pied du RN et reprendre l’initiative après une raclée aux Européennes ». En Italie, Il Giornale partage une analyse similaire, estimant que « le pari du président français est désormais de demander aux Français d’éloigner du pouvoir le RN ».

    Une stratégie que le quotidien suisse Blick apparente à « un coup de poker » de la part du président français. « Le calcul d’Emmanuel Macron est donc très habile et très brutal. Il met les Français au pied du mur, comme il l’a toujours fait. Il mise sur la vitesse plutôt que sur la pédagogie », peut-on lire.

    Un suicide politique ?

    Mais de nombreux journaux estiment qu’il s’agit d’un « pari fou ». Car dans le sillage de son score sans appel aux Européennes, le Rassemblement national pourrait rafler de très nombreux sièges aux élections législatives anticipées.

    « La dissolution permet à l’exécutif de sortir d’une situation de crise ou de blocage institutionnel, rappellent nos confrères de La Libre Belgique. Mais cette arme peut se retourner contre celui qui la brandit […]. Cette fois, le risque de voir le Rassemblement National rafler la mise dans trois semaines et le camp présidentiel subir une nouvelle déconfiture, est élevé. »

    « Si le parti d’extrême droite obtient une majorité écrasante, le président perdrait le contrôle sur la plus grande partie de la politique intérieure », estime le Guardian, qui compare la dissolution de l’Assemblée à « un jet de dés pour le futur politique de Macron, qui pourrait donner un pouvoir majeur au Rassemblement national ». Une hypothèse qui fait craindre à beaucoup de nos voisins des conséquences importantes en termes de politique internationale.

    Emmanuel Machiavel ?

    En Allemagne, Die Welt esquisse, de son côté, l’idée d’un « calcul machiavélique » du chef de l’État. « On ne peut exclure que Macron veuille introduire les populistes de droite dans une cohabitation, un mariage politique forcé. A trois ans de la prochaine élection présidentielle de 2027, à laquelle il ne pourra plus se présenter, il parie peut-être que Bardella et ses collègues du parti RN se montreront peu à la hauteur », écrit le journal.

    Certains journaux perçoivent ce risque et pointent du doigt la possibilité que l’extrême droite revienne au pouvoir en France, quatre-vingts ans après le régime de Vichy.

    Le journal conservateur britannique The Times estime même en Une de son édition du jour que « l’annonce d’Emmanuel Macron semble laisser le parti d’extrême droite au pouvoir pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, lorsque (le gouvernement français) collaborait avec les Nazis ». « Dans cette campagne, ce qui est en jeu est que pour la première fois depuis 1945, la France pourrait avoir un gouvernement mené par un parti dont les racines se trouvent en partie dans la France collaborationniste », note El Pais.

  • Pour un fédéralisme budgétaire 

    Pour un fédéralisme budgétaire 

    Depuis une trentaine d’années, les États occidentaux, et la France tout particulièrement, ont donné la priorité aux prestations sociales au détriment de l’investissement. Cette priorité visait à réduire les inégalités et à accompagner la baisse de la croissance. Ce choix collectif a atteint ses limites. Il a, en effet, généré d’importants déficits publics qui pèsent sur les finances publiques. Il a créé plus de défiance que de bonheur. L’assistance n’est pas une fin en soi. Les citoyens souhaitent être maîtres de leur destin. La crainte du déclassement et du déclin mine les sociétés occidentales et alimente la chasse aux boucs émissaires. 

    Malgré de puissants États-providence qui captent une grande partie de la richesse nationale, les populations ont perdu confiance dans l’avenir et épargnent des sommes croissantes par précaution. 

    Le sous-investissement chronique rend difficile la diffusion du progrès technique et la restauration de la croissance. Preuve du ralentissement, entre 1945 et 1980, les conditions de vie avaient évolué bien plus vite qu’entre 1990 et 2024. Les populations semblent être tétanisées face aux défis à surmonter, que ce soit la transition écologique, le vieillissement démographique ou le retour des risques géopolitiques. 

    À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les Français étaient confrontés à des problèmes bien plus importants. 2,6 millions de logements étaient détruits, 5 millions de personnes étaient sans abri et les tickets de rationnement étaient de mise. Durant une quinzaine d’années, la France devra faire face à plusieurs guerres de décolonisation et, jusque dans les années 1990, à la guerre froide. Pour autant, grâce à un effort d’investissement et de travail, le pays a connu sur la période, la plus forte croissance de son histoire. 

    Accroître les dépenses d’investissement

    Les entreprises comme les administrations sont appelées à accroître leurs dépenses d’investissement, afin de décarboner leurs activités et gagner en productivité, en jouant en particulier sur l’intelligence artificielle. Les États occidentaux doivent également augmenter leurs dépenses militaires afin d’éviter tout décrochage par rapport aux régimes autoritaires. En outre, ils sont amenés à financer un surcroît de dépenses de retraite et de santé.

    @Adobestock

    Si la monnaie est commune, les marchés financiers sont restés séparés et manquent cruellement de profondeur.  

    L’Union européenne n’exploite pas, à sa juste mesure, la puissance de l’euro, la deuxième monnaie mondiale derrière le dollar. Depuis sa création, la monnaie commune est utilisée non pas comme un outil mais comme un simple moyen de paiement. Par peur du supposé laxisme des États d’Europe du Sud, ceux du Nord ont refusé toute idée de solidarité budgétaire. La gestion des chocs économiques et financiers relève logiquement non pas de l’Union européenne mais des États membres.

    Si la monnaie est commune, les marchés financiers sont restés séparés et manquent cruellement de profondeur. Ce manque de mutualisation pèse sur le financement des entreprises. Pour faciliter la création d’un grand marché des capitaux, comme cela a été initié lors de la crise covid, l’Union européenne devrait émettre des volumes importants de titres, créant ainsi un échelon de dette fédérale. Ces émissions permettraient la mise en place de politiques structurantes, que ce soit en matière d’énergie, de recherche ou de défense. En 1951, le charbon et l’acier, les deux secteurs clefs de l’époque, ont été les premières pierres de la construction européenne ; après, celle-ci a concerné l’agriculture, les échanges avec le marché unique des capitaux puis la monnaie. Aujourd’hui, l’énergie, le numérique, l’intelligence artificielle et la défense constituent des enjeux majeurs pour tous les États membres.

    @Adobestock

    Éviter la surenchère en matière de subventions pour attirer les investissements d’origine étrangère.  

    Nul ne peut prétendre, seul, pouvoir y répondre avec efficacité. Évidemment qui dit financement mutualisé, dit un contrôle européen des dépenses. Cette perte de souveraineté est la condition sine qua non pour desserrer la contrainte financière et espérer renouer avec un minimum de croissance. 

    En privilégiant l’échelon européen, les États européens éviteraient la surenchère qu’ils pratiquent actuellement en matière de subventions, pour attirer les investissements d’origine étrangère. Ils limiteraient, par ailleurs, le risque d’équipements inutiles. Sans changement de cap des politiques publiques, la prophétie de Patrick Artus sur l’effondrement du poids économique de l’Europe dans l’économie mondiale d’ici 2050, pourrait se concrétiser. Il y a une véritable urgence pour certains à abandonner leur vision budgétaire étriquée et pour d’autres leurs préjugés souverainistes.

  • Dissolution : Moody’s souligne un risque pour la note de la France

    Dissolution : Moody’s souligne un risque pour la note de la France

    La dissolution de l’Assemblée nationale annoncée dimanche (9 juin) par Emmanuel Macron « accroît les risques » concernant la maîtrise budgétaire de la France, et donc sur sa note, a relevé lundi soir (10 juin) l’agence de notation Moody’s.

    Moody’s classe la France Aa2 avec perspective stable, un cran au-dessus des autres agences Fitch et S&P, qui la placent à AA- depuis respectivement 2023 et le mois de mai.

    Le parti vainqueur des élections anticipées des 30 juin et 7 juillet « n’aura probablement pas de majorité absolue », relève Moody’s, puisqu’il faudrait à la majorité « une quarantaine de sièges supplémentaires », et au Rassemblement national « plus de 200 ».

    L’agence de notation souligne les risques de multiplication des motions de censure lors de la prochaine législature, et y voit « un risque accru d’instabilité politique, d’autant que l’Assemblée nationale ne peut pas être dissoute dans sa première année ».

    Une telle instabilité « engendre un risque de crédit », souligne Moody’s, alors que le gouvernement sortant a déjà dû réviser en forte hausse ses prévisions de déficit public pour 2024 et 2025, tout en maintenant sa prévision d’un retour à 3 % du PIB en 2027. © Shutterstock/Daniel J. Macy

    Une telle instabilité « engendre un risque de crédit », souligne Moody’s, alors que le gouvernement sortant a déjà dû réviser en forte hausse ses prévisions de déficit public pour 2024 et 2025, tout en maintenant sa prévision d’un retour à 3 % du PIB en 2027.

    « Compte tenu de l’instabilité du paysage politique, il est tout à fait possible que ces objectifs soient abandonnés, malgré la probable pression de la Commission européenne » pour que la France soit en ligne avec les règles budgétaires de l’UE, estime Moody’s.

    Elle remarque que « le fardeau de la dette française est le plus élevé parmi ses pairs notés de manière similaire », mais que « le rythme de réduction du déficit de la France sera plus lent que celui de la plupart de ses pairs européens ».

    Elle estime que la dette publique « augmentera lentement de 110,6 % du PIB en 2023 à près de 115 % du PIB d’ici 2027 », alors que le gouvernement prévoit une quasi-stabilité d’ici à 2027.

    Moody’s s’attend donc « à une détérioration de la soutenabilité de la dette française », et souligne le risque de dégradation de la perspective et de la note « si nous devions conclure que la détérioration de la capacité d’endettement était nettement plus importante en France » que dans les pays notés de manière similaire.

    « Un engagement moins fort sur la consolidation budgétaire augmenterait également les pressions à la baisse » sur la note, conclut Moody’s.

  • Voter aux législatives depuis l’étranger

    Voter aux législatives depuis l’étranger

    Vous êtes nombreux à nous demander s’il est possible de s’inscrire sur la liste électorale consulaire. Le ministère a tranché ce mardi 11 juin, la liste électorale a été figée au 09 juin. Alors comment faire entendre votre voix le dimanche 30 juin (samedi 29 juin pour ceux installés aux Amériques) ? Suivez le guide pour voter aux législatives 2024.

    Voter dans votre ancienne commune

    Si vous n’êtes pas inscrit dans votre pays de résidence, vous pourrez voter dans votre ancien bureau de vote. Cependant, les Français de l’étranger sont loin de leur ancienne commune. Pas de panique, il est possible jusqu’au dernier moment de donner procuration à un tiers, notez qu’il devra se rendre dans votre bureau de vote pour y procéder. Il est bien sûr aussi possible de mettre en place une procuration pour un bureau de vote à l’étranger.

    Pour établir la procuration, Il existe deux possibilités :

    • Vous pouvez préremplir une procuration en ligne sur le portail MaProcuration.
      Ensuite, rendez-vous auprès d’une autorité habilitée pour faire vérifier votre identité et valider votre demande :
      o En France : dans un commissariat, une gendarmerie, ou au tribunal judiciaire.
      o A l’étranger : au consulat ou dans une ambassade pourvue d’une circonscription consulaire.

    Attention ! Pour la téléprocédure MaProcuration, les consuls honoraires, y compris de nationalité française, ne sont pas habilités à valider les demandes faites en ligne.

    • Vous pouvez directement remplir le formulaire CERFA de demande de vote par procuration sur votre ordinateur, puis l’imprimer en deux feuillets (pas de recto – verso). Vous pouvez également l’imprimer, puis le remplir à la main, et l’apporter pour le signer en personne :
      o En France : à un policier, gendarme, ou au tribunal judiciaire.
      o A l’étranger : au consulat, dans une ambassade pourvue d’une circonscription consulaire, ou auprès d’un consul honoraire de nationalité française.

    Si vous n’avez pas la possibilité d’imprimer le formulaire, vous pouvez vous en procurer un auprès de l’autorité habilitée. Dans tous les cas, lors de votre présentation auprès de l’autorité habilitée, il faudra présenter un justificatif d’identité émis par une autorité française ou d’un autre d’Etat de l’Union européenne.

    Voter à l’étranger en ligne

    Enfin, si vous êtes bien inscrit sur la liste électorale consulaire, il sera possible de bénéficier du vote en ligne. Cette disposition a été confirmée hier, le portail électoral sera ouvert du mardi 25 juin à midi (heure de Paris) au jeudi 27 juin midi (heure de Paris).

    Pour voter par internet, vous devez être Français, résider à l’étranger et être inscrit sur une liste électorale consulaire. Vous devez également avoir renseigné une adresse électronique et un numéro de téléphone valides lors de votre inscription au consulat afin que l’administration puisse vous envoyer votre identifiant (par courriel) et votre mot de passe (par SMS). 

    Voter dans un bureau consulaire

    Pour ce scrutin, il faudra être attentif sur le lieu indiqué sur la convocation que vous allez recevoir sur l’adresse électronique transmise au consulat lors de votre inscription. Si vous ne la recevez, vous pourrez contacter votre section consulaire pour connaître le lieu où se situera votre bureau de vote. Notez qu’il est possible de mettre à jour vos coordonnées dans votre espace personnel disponible sur Service-public.fr. Vous trouverez ci-dessous le guide créé par le ministère des Affaires étrangères.

    Car pour cette élection, décidée rapidement, les consulats sont potentiellement confrontés à la non-disponibilité des lieux usuels. Il est donc possible que vous ne soyez pas convoqué(e) sur le site auquel vous vous êtes rendu(e) dimanche dernier ou lors du précédent scrutin.

    Voter quoi qu’il en coûte !

    Une expression un peu provocatrice mais pour vous rappeler que chaque voix compte. Les Français de l’étranger sont plus d’un million à être inscrits sur les listes consulaires électorales. Vous pouvez déjouer ou conforter les pronostics sur la mobilisation des expatriés en votant ce dimanche 30 juin. Le ministre Franck Riester, l’Assemblée des Français de l’étranger, comme tous vos élus, se sont mobilisés pour vous permettre de disposer du plus large choix de mode de participation. Aux urnes citoyens !

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 12.06.24

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 12.06.24

    Bonjour à toutes et à tous, vous écoutez le flash quotidien des expatriés, ce mercredi 12 juin, on revient sur les modalités de vote, l’alliance LR/ RN crée des remous, Emmanuel Macron ne démissionnera pas. 

    Qui peut voter ?

    Vous êtes nombreux à nous demander s’il est possible de s’inscrire sur la liste électorale consulaire. Le ministère a tranché ce mardi 11 juin, la liste électorale a été figée au 09 juin. Cependant vous n’êtes pas inscrit dans votre pays de résidence, vous pourrez voter dans votre ancien bureau de vote. Cependant, les Français de l’étranger sont loin de leur ancienne commune. Pas de panique, il est possible jusqu’au dernier moment de donner procuration à un tiers, notez qu’il devra se rendre dans votre bureau de vote pour y procéder. Enfin, si vous êtes bien inscrit sur la liste électorale consulaire, il sera possible de bénéficier du vote en ligne. Cette disposition a été confirmée hier. Le portail électoral sera ouvert du mardi 25 juin à midi (heure de Paris) au jeudi 27 juin midi (heure de Paris). 

    Français de l’étranger 

    Éric Ciotti, seul contre tous dans sa famille politique ? 

    Le patron des Républicains a déclaré vouloir une alliance avec le RN. Mais pour le président des sénateurs LR, Bruno Retailleau, Eric Ciotti porte « une ligne personnelle » et fait « une double faute ». Le point de vue est partagé par de nombreux ténors de droite comme Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse mais aussi Ronan Le Gleut, président de la fédération des Français de l’étranger.

    Ciotti
    ©AFP

    Macron restera à l’Elysée 

    Les rumeurs courraient depuis l’annonce de la conférence de presse du chef de l’Etat prévue ce jour. Nombreux pensaient qu’Emmanuel Macron, comme de Gaulle en son temps, allait mettre sa démission dans la balance. Mais hier, dans un entretien au Figaro Magazine, le chef de l’État a réfuté cette hypothèse. 

    ©AFP

    C’est tout aujourd’hui, on se retrouve demain pour un nouveau Flash quotidien des expatriés ! Passez un bon mercredi où que vous soyez ! 

    Écouter le bulletin des Français de l’étranger

  • Emmanuel Macron ne démissionnera pas

    Emmanuel Macron ne démissionnera pas

    Emmanuel Macron a renversé la table. Après la large défaite de la majorité présidentielle aux élections européennes, le chef de l’État a annoncé la dissolution de l’Assemblée nationale. Une décision qui a pris de court les forces politiques françaises. Si le score lors du scrutin européen a mis le feu aux poudres, le pensionnaire de l’Élysée souhaite aussi, avec ces nouvelles élections, tenter de dessiner une mandature plus claire. 

    Pour autant, Emmanuel Macron ne lie pas son sort au résultat de ces élections législatives. Ainsi, il balaye l’hypothèse d’une démission en cas de victoire du Rassemblement national au soir du 7 juillet. « Ce n’est pas le RN qui écrit la Constitution, ni l’esprit de celle-ci. Les institutions sont claires, la place du président, quel que soit le résultat, l’est aussi. C’est un intangible pour moi », a affirmé le président de la République dans les colonnes du Figaro.

    Le dernier score du RN « n’est pas un vote d’adhésion »

    D’autant que le dirigeant est convaincu de pouvoir l’emporter. « La politique, c’est une dynamique. Je n’ai jamais cru aux sondages. La décision que j’ai prise ouvre une nouvelle ère. Une nouvelle campagne commence et il ne faut pas regarder les scores par circonscription à l’aune de ceux des européennes », appelle-t-il. « L’heure est à la clarification. La dissolution, c’est le geste le plus clair, le plus radical, le plus fort. Un geste de grande confiance envers les Français », ajoute-t-il, estimant que le dernier score du RN « n’est pas un vote d’adhésion » puisqu’« il n’y avait pas de programme ». 

  • Marc Ferracci : « une dimension spécifique Français de l’étranger »

    Marc Ferracci : « une dimension spécifique Français de l’étranger »

    Top départ de la campagne électorale pour les législatives. Notre invité Lesfrancais.press est député sortant de la 6eme circonscription des Français établis hors de France. Jusqu’à dimanche dernier, Marc Ferracci, membre du groupe Renaissance, représentait à l’Assemblée nationale nos compatriotes de Suisse et du Lichtenstein. 

    Écouter l’interview de Marc Ferracci

    La dissolution « une décision forte »

    Dès le début de ce podcast, ce proche du Président de la République, parle de « surprise » quand il évoque la dissolution. Pour autant, Marc Ferracci « comprend cette décision ». Il analyse les raisons de cette « décision forte » prise par Emmanuel Macron. Lesquelles ? Vous les découvrirez en écoutant cette interview.

    L’enjeu pour Marc Ferracci : « se doter d’une majorité stable » à l’Assemblée nationale

    Pour l’ancien parlementaire de la majorité présidentielle, cette élection « utile » va permettre de « confronter des projets de société extrêmement différents ». L’un des enjeux pour notre invité est « de se doter d’une majorité stable ». La composition de l’Assemblée nationale depuis 2022 « a engendré des difficultés pour faire adopter certains textes » constate Marc Ferracci. Il prend notamment les exemples de la réforme des retraites, celle de l’assurance chômage , …

    Le vote par internet aux législatives pour faciliter la participation des expatriés

    Au cours de ce podcast, l’ancien conseiller spécial du Premier Ministre Jean Casteix, appelle les Français de l’étranger à aller voter pour « légitimer le résultat ». Le vote par internet devrait être possible, il ne l’était pas pour les élections européennes. Même si des questions techniques se posent encore sur la faisabilité du scrutin électronique, notre invité se montre ferme. « Ce n’est jamais un risque de permettre à un plus grand nombre de nos concitoyens de participer à une élection ». 

    Marc Ferracci 

    Coup de poker, jouer avec le feu, tenter le diable,… Les qualificatifs ne manquent pas pour désigner le choix de la dissolution. Pour Marc Ferracci « tout pari comporte une part de risque ». À propos des premiers sondages, « les projections sont fragiles et volatiles » nous dit-il.  

    Campagne législative et promesses pour les Français de l’étranger

    Les expatriés sont bien évidemment une préoccupation pour le candidat : « des éléments très clairs pour les Français de l’étranger » vont être intégrés très rapidement dans le programme. Pass culture, éducation avec la possibilité de permettre davantage les passerelles entre les systèmes français et suisse, protection sociale et la simplification du droit à la retraite quand on vit hors de France, amélioration des délais, … sont les premiers points partagés par le candidat lors de cet échange sur nos antennes. Il ajoute que pour lui « cette campagne doit comporter une dimension bien spécifique aux Français de l’étranger ». Avec une promesse être « attentif au prochain arbitrage budgétaire » !

  • Comment évaluer économiquement les dégâts climatiques ? 

    Comment évaluer économiquement les dégâts climatiques ? 

    En 2018, les économistes, William Nordhaus et Paul Romer ont reçu le Prix Nobel d’économie pour leurs travaux sur l’intégration des effets du changement climatique dans les modèles économiques. Ils ont contribué à modéliser l’interaction entre l’économie et l’atmosphère, en établissant une équation permettant de mesurer l’effet du dommage occasionné par une unité supplémentaire de réchauffement sur le PIB. En 1991, ils avaient estimé qu’une augmentation de la température de 3°C de la planète provoquerait une contraction du PIB de 2 %. Depuis, de nombreux travaux ont affiné ce modèle. 

    Les économistes, Diego Känzig de l’Université Northwestern et Adrien Bilal de l’Université Harvard utilisent les changements de températures passés, provoqués par les éruptions volcaniques ainsi que El Niño, pour modéliser les effets du réchauffement des températures. Ces économistes évaluent qu’une hausse supplémentaire de 1°C de la planète entraînerait une baisse de 12 % du PIB. Un scénario de changement climatique avec un réchauffement de plus de 3°C entraînerait des conséquences difficiles à apprécier au regard de leur ampleur. Ils considèrent qu’une telle augmentation aurait des effets comparables à une longue guerre mondiale. L’appréciation des dommages provoqués par le réchauffement climatique est un élément important pour déterminer l’opportunité de réaliser ou non des investissements visant à lutter contre celui-ci.

    Réévaluer le coût économique et social de la tonne de carbone de 51 $ à 190 … ou bien 1056$ ?

    En 2022, l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a proposé ainsi de réviser à la hausse son estimation du coût économique et social de la tonne de carbone de 51 dollars à 190 dollars. Les calculs des économistes Känzig et Bilal aboutissent à un montant plus de cinq fois supérieur, soit 1 056 dollars la tonne d’équivalent dioxyde de carbone. Ils estiment que les États-Unis ont tout intérêt à se lancer dans la décarbonation au vu des coûts que l’inaction induirait à terme. 

    Malgré tous les progrès réalisés en matière de modélisation depuis 1991, l’évaluation des dégâts potentiels des émissions des gaz à effet de serre demeure un exercice délicat. Pour mesurer le coût de ces dégâts, les économistes ont longtemps établi leurs calculs en comparant la situation économique et sociale des pays en fonction des températures constatées. Or, cette option peut sembler critiquable. La comparaison entre le Tchad et la Norvège a, en effet, peu de sens compte tenu des différences de ces deux pays ; différences qui ne sont pas, loin de là, toutes imputables aux températures. Même si la Norvège connaissait des températures identiques à celles du Tchad, elle ne serait pas dans la même situation économique. 

    Les économistes préfèrent aujourd’hui recourir à des modèles centrés sur l’évolution dans le temps d’un échantillon de régions. Si température et croissance sont corrélées sur le long terme, ce n’est pas le cas à court terme. Une croissance plus forte est susceptible d’accélérer le réchauffement climatique mais également de faciliter la transition écologique. Celle-ci peut, tout à la fois, brider la croissance en renchérissant le coût de l’énergie et la favoriser en dopant les investissements.

    @Adobestock

    Même si la Norvège connaissait des températures identiques à celles du Tchad, elle ne serait pas dans la même situation économique.

    Des économistes préfèrent examiner les « chocs de température », en observant comment ils sont corrélés aux chocs de revenus. Ils essaient de déterminer quels sont les effets des vagues de chaleur sur l’économie. Les variations de températures sont susceptibles de provoquer d’importants changements, en particulier au niveau agricole à l’échelle mondiale, dont les ajustements se font dans le temps. De fait, les agriculteurs n’arrêtent pas du jour au lendemain de cultiver du blé au profit des bananes. Les changements de production peuvent amener de nouveaux déséquilibres et influer sur la croissance. Si tous les agriculteurs se mettent à cultiver des bananiers, le prix de la banane risque de s’effondrer.

    Les interactions entre les régions sont nombreuses. La disparition de terres arables dans sur une partie de la planète entraînera des conséquences, par exemple, sur le prix des céréales. A contrario, prendre la planète comme panel gomme les problèmes économiques que certains territoires rencontreront. 

    La concentration de la population à proximité des côtes accroît les coûts des dégâts liés au réchauffement. En prenant une moyenne mondiale, le risque de sous-évaluation des conséquences de ce dernier est important. 

    Pour pallier les défauts des modèles globaux, les économistes ont recours à des systèmes intégrant les variations de rendements agricoles ou celles de la mortalité. Ils prennent en compte pour leurs calculs l’élévation du niveau de la mer et la demande énergétique supplémentaire nécessaire pour la climatisation. Ces estimations sont ensuite agrégées. Compte tenu du nombre élevé de facteurs pouvant avoir des effets économiques, les modèles restent parcellaires. Pour le moment, ces modèles ne prennent pas en compte le ralentissement du commerce international provoqué par la montée du protectionnisme, sachant que celui-ci n’est pas sans lien avec la transition écologique. 

    Quoi qu’il en soit, les dégâts du réchauffement climatique sur longue période sont réévalués à la hausse d’autant plus que celui-ci tend à s’accélérer. Il s’accroît désormais à un rythme de 0,26°C par décennie selon une étude scientifique publiée dans Earth System Science Data, le mercredi 5 juin dernier, par un groupe international de 59 scientifiques de renom, issus de 44 institutions. Entre 1970 et 2010, la planète se réchauffait au rythme de +0,18 °C par décennie. Entre la dernière étude du GIEC prenant en compte les années 2010/2019, une nouvelle accélération est constatée. Celle-ci est conforme au modèle du GIEC et selon Pierre Friedlingstein, directeur de recherche (CNRS) à l’École normale supérieure et l’un des signataires de l’étude, il n’y a pas, en l’état, un emballement climatique. 

    @Adobestock

    Une réduction du PIB pouvant dépasser 15 % n’est pas sans risques géopolitiques et sociaux

    Un autre auteur de l’étude, Piers Forster, climatologue à l’université de Leeds (Royaume-Uni), indique qu’il n’y a « pas de preuve claire » que cette accélération se poursuive. Malgré tout, entre 2014 et 2023, l’augmentation a été de +1,19 °C par rapport à l’ère préindustrielle, contre +1,07 °C entre 2010 et 2019. La hausse des températures est plus élevée sur les continents (1,74 °C) qu’à la surface des océans (1,19 °C). L’année 2023 a été la plus chaude jamais enregistrée, avec un surcroît de température de 1,43°C. 90 % de cette augmentation serait la conséquence des activités humaines, les 10 % restants étant provoqués par la variabilité naturelle du climat et, en particulier, le phénomène climatique El Niño. L’explication du niveau de température de 2023 demeure, en l’état actuel, encore à réaliser. 

    Selon l’étude précitée, les rejets carbonés ont atteint des niveaux records sur la décennie 2013-2022, équivalant à 53 milliards de tonnes de CO2 par an. Une décélération est constatée mais le volume de CO2 continue à augmenter. Le taux de progression est actuellement de 1 % par an, contre 3 % dans les années 2000. La concentration de CO2 est désormais 50 % plus élevé que sur la moyenne des cinquante dernières années. « Cet excès de chaleur est stocké dans les océans et les continents, qu’il réchauffe. Il réchauffe également l’atmosphère et fait fondre les calottes glaciaires », prévient Karina von Schuckmann, océanographe au Mercator Ocean International, un centre d’analyses situé à Toulouse. Le réchauffement tend également à s’accentuer en raison de la diminution de la pollution. En effet, la diminution des aérosols issus des activités humaines (industrie, transports, chauffage) entraîne un moindre réfléchissement des rayons du soleil vers l’espace. 

    En 2023, la pollution engendrée par les vastes feux de forêt au Canada a toutefois contrebalancé en partie cette diminution. Compte tenu des dernières données, la probabilité d’un réchauffement de 2°C de la planète est de plus en plus élevée avec, à la clef, une réduction du PIB pouvant dépasser 15 %. Une telle attrition n’est pas sans risques géopolitiques et sociaux pour les prochaines années mais les prévisions sont réalisées pour être démenties.