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  • L’Allemagne à la croisée des chemins

    L’Allemagne à la croisée des chemins

    Pendant une vingtaine d’années, l’Allemagne, première puissance économique de la zone euro, a représenté un modèle en Europe avec des déficits publics faibles, des excédents commerciaux élevés et un taux de chômage réduit. Depuis 2023, cependant, l’économie allemande s’est enrayée en raison de la hausse du coût de l’énergie et de la concurrence chinoise sur le marché automobile. Après deux années de récession, le nouveau chancelier, Friedrich Merz, a lancé un plan massif d’investissement dans les infrastructures, 2,8 % du PIB par an jusqu’à la fin de la décennie, assorti d’un amortissement accéléré des investissements. Cette relance suffira-t-elle à compenser les faiblesses structurelles ?

    Covid, Ukraine, etc…

    Depuis 2018, la production manufacturière allemande a reculé de près de 15 %, et le PIB réel a enregistré deux années consécutives de contraction (-0,7 % en 2023, -0,5 % en 2024). En 2025, le PIB pourrait légèrement augmenter en cas de reprise au cours du quatrième trimestre. La productivité par tête, après une progression quasi continue depuis 2010, s’érode depuis 2021 et est revenue à son niveau de 2018.

    La guerre en Ukraine, survenue deux ans après le Covid, a durement frappé l’Allemagne en remettant en cause la compétitivité de son industrie. En deux ans, le prix du gaz naturel européen est passé de 50 à plus de 300 euros/MWh. L’industrie allemande a également perdu d’importants débouchés en raison du développement de la Chine et de la transition écologique. Centrée sur l’automobile, la mécanique, la chimie et l’équipement électrique, elle a manqué le virage du véhicule électrique. Elle demeure par ailleurs absente des secteurs de pointe tels que les technologies de l’information et de la communication. L’augmentation des droits de douane américains pèse aussi sur les exportations : les États-Unis constituent le premier marché pour l’Allemagne. Celle-ci paie sa dépendance au commerce extérieur, qui absorbe 50 % de sa production industrielle. La demande intérieure reste atone en raison du vieillissement démographique. Le taux de fécondité demeure bas (1,35 enfant par femme), tandis que la part des plus de 60 ans passera de 29 % de la population en 2025 à 36 % en 2040. Ce basculement démographique raréfie la main-d’œuvre, freine la consommation et renchérit les dépenses sociales.

    Désindustrialisation en Allemagne aussi

    Si, à la différence du Royaume-Uni ou de la France, l’Allemagne avait réussi à échapper à la désindustrialisation jusqu’en 2022, elle connaît depuis une crise industrielle de grande ampleur. La valeur ajoutée manufacturière est passée de 23 % du PIB à 19,6 % entre 2014 et 2024.

    Un employé installe un siège de voiture dans un véhicule à l’usine Volkswagen de Wolfsburg, en Basse-Saxe, en mai 2024.
    Un employé installe un siège de voiture dans un véhicule à l’usine Volkswagen de Wolfsburg, en Basse-Saxe, en mai 2024. ©MORITZ FRANKENBERG / dpa/AFP

    À ces fragilités s’ajoute une dégradation du système éducatif. Autrefois citée en modèle par l’OCDE, l’Allemagne recule spectaculairement dans les enquêtes PISA : son score global passe de 515 points en 2012 à 482 en 2022, soit un recul de 33 points en dix ans. Si le niveau de formation est proche de celui de la France (478 points), l’Allemagne s’éloigne nettement de pays comme la Finlande (495 points) ou le Japon (533).

    Le chancelier Friedrich Merz entend provoquer un électrochoc. Il a obtenu l’abandon du frein budgétaire afin de permettre à l’Allemagne de s’endetter pour relancer son économie. Il a annoncé un plan de 500 milliards d’euros d’investissements publics sur douze ans, dans les transports, l’énergie et la transition climatique. Il a également instauré un régime d’amortissement accéléré des investissements (30 % par an), une baisse de 5 points de l’impôt sur les sociétés à partir de 2028, ainsi qu’une prime renforcée à la recherche. Par ailleurs, les dépenses militaires seront portées à 3,5 % du PIB.

    Ce stimulus budgétaire reste néanmoins modéré. Le déficit public devrait passer de 2,8 % du PIB en 2024 à 3,8 % en 2027, soit une dérive de 0,33 point de PIB par an. Même avec un multiplicateur budgétaire favorable, l’effet sur la croissance serait limité à + 0,5 % du PIB cumulé entre 2025 et 2027, insuffisant pour inverser la tendance récessive. Si l’Allemagne avait respecté ses anciennes règles d’équilibre, elle aurait dû réduire ses dépenses de 2,5 points de PIB, ce qui aurait prolongé la récession.

    Comme le reste de l’Europe, l’Allemagne est confrontée à une baisse de sa croissance potentielle, c’est-à-dire la croissance obtenue en neutralisant les aléas conjoncturels et déterminée par l’évolution de la population active et de la productivité. Celle-ci se situe autour de 0,6 %.

    L’Allemagne doit accomplir un effort de modernisation axé sur la recherche, l’innovation et la formation pour retrouver le chemin de la croissance. Elle doit réduire le coût de l’énergie et se positionner sur les secteurs porteurs. Le recours à l’immigration constitue également une réponse possible. Pour la première puissance européenne, il ne s’agit pas d’une crise conjoncturelle mais d’un changement d’époque.

  • Le budget 2026 introuvable à l’Assemblée ! Les conséquences

    Le budget 2026 introuvable à l’Assemblée ! Les conséquences

    Aucun député, sauf un, n’a validé la partie recettes du projet de loi finances de l’État, dans la nuit du vendredi au samedi 22 novembre, pour le budget 2026. Un scrutin historique dans l’hémicycle, qui a pour conséquence de balayer immédiatement l’ensemble du PLF lequel, avec sa partie dépenses, se voit envoyé directement au Sénat dans sa version initiale. Et ce détail a de nombreuses conséquences pour les Français de l’étranger ou les candidats à l’expatriation. On fait le point pour les lecteurs du site Lesfrancais.press.

    Des députés schizophrènes ?

    Malgré les victoires engrangées par amendement, ce samedi matin, les députés LFI et du Rassemblement national se félicitent d’avoir rejeté en bloc le budget des macronistes. « Si on veut bien se rappeler que le vote du budget est censé déterminer qui est dans la majorité et qui est dans l’opposition, le vote du PLF 2026 est sans appel. Le Macronisme vient définitivement de se dissoudre », cingle notamment l’insoumis Éric Coquerel. Les troupes Ensemble pour la République et le MoDem, vestiges sur socle commun, se sont majoritairement abstenues vendredi soir sur un texte jugé « dénaturé ». Les députés Les Républicains et Horizons (le parti d’Édouard Philippe) ont eux voté contre.

    S’il y a quelques jours encore, le Premier ministre Sébastien Lecornu martelait qu’il s’agissait du budget des députés et non pas celui de l’exécutif, les réactions de Roland Lescure (élu des Français d’Amérique du Nord) et Amélie de Montchalin accusent surtout la « stratégie destructrice » et « cynique » des « extrêmes » qui « ont voté ensemble des mesures inopérantes pour un budget insincère ».

    Le jeu parlementaire vendu par Matignon pour s’éviter une censure du PS, avait certes peu de chance d’aboutir alors que le RN et LFI réclament un retour aux urnes via une nouvelle dissolution ou la démission du président. Ainsi le rejet du PLF en première lecture fragilise le gouvernement. En attestent d’ailleurs les messages de pis-aller des mêmes Roland Lescure et Amélie de Montchalin, toujours convaincus qu’« un compromis est possible ». « Je ne céderai pas à la résignation. Nous ne sommes qu’à mi-chemin de la navette parlementaire et nous voyons que quand le débat a lieu des consensus peuvent aboutir », veut croire la ministre des Comptes publics, encore persuadée qu’une « majorité » peut se former dans les prochaines semaines.

    Mais ce qui est sûr, c’est que certaines dispositions, dont on a égrené les nombreuses conséquences pour les Français de l’étranger, ne pourront pas être intégrées au budget qui sera adopté.

    Exit taxe, l’impôt sur la fortune improductive, etc passent à la trappe

    Les députés s’étaient lancés dans une inflation fiscale qu’ils ont, eux-mêmes, stoppée en rejetant le budget le 22 novembre 2025.

    Ainsi, l’amendement qui prévoyait de rétablir l’Exit taxe, dans sa version d’origine, soit une période « probatoire » de 15 ans, est de fait rejeté et ne pourra être représenté pour l’exercice 2026.

    Il en est de même pour l’impôt sur la fortune improductive et si pour certains c’est une bonne nouvelle, pour d’autres, c’est plus négatif. Car cette disposition, qui permettait d’exclure un bien jusqu’à 1 million d’euros, pouvait être une opportunité pour sortir de l’assiette sur l’impôt sur la fortune immobilière.

    Autre amendement qui finit à la trappe, c’est celui, de La France insoumise, que les députés avaient très largement approuvé pour taxer les bénéfices des multinationales proportionnellement à leur activité réalisée en France et ainsi lutter contre l’évasion et l’optimisation fiscale. Une imposition qui, de toute façon, n’était pas applicable du fait du droit européen ou des conventions fiscales.

    Par contre, la taxe sur les biens de luxe détenus au sein d’une holding familial, portée par le gouvernement, est bien comprise dans le projet transmis au Sénat comme la prolongation de contribution sur les hauts revenus.

    Image d'illustration ©stockadobe
    Image d’illustration ©stockadobe

    Vers une loi spéciale ou la chute du gouvernement ?

    Le passage au Sénat, dominé par la droite et le centre, à partir de la proposition initiale, risque de faire basculer le PLF plus à droite. Viendra ensuite l’heure d’une commission mixte paritaire dont on voit mal aujourd’hui comment elle pourrait être conclusive et encore comment son texte pourrait ensuite être voté à l’Assemblée. De quoi éloigner un peu plus l’adoption d’un budget par une majorité avant le 31 décembre. Quant à la loi spéciale, elle ne fera que repousser l’échéance de la nécessité de trouver un compromis. À moins de passer par un 49-3 ou des ordonnances, deux options encore rejetées à ce stade par Sébastien Lecornu.

    Vendredi soir, à la tribune de l’Assemblée, le chef de file des députés socialistes à l’Assemblée, Boris Vallaud a offert un peu de répit à l’exécutif, promettant que le PS continuera à « chercher le compromis ». Jusqu’à quand ?

  • Crimes de paix

    Crimes de paix

    Une trahison peut en cacher bien d’autres. Trump retourne ainsi à son tropisme russe, celui du promoteur immobilier lié aux oligarques russes. Que ce soit des mafieux n’a effrayé personne aux États-Unis, il avait déjà partie liée avec les mafieux New Yorkais dans ses casinos. Devenu président, il s’est empressé de reprendre les plans de Poutine, virevoltant de temps en temps face aux pressions internes de son propre camp, ce qui conduisait à penser qu’il redevenait raisonnable. Hélas, il a ses raisons. Il n’a pas changé d’avis. Il préfère Poutine à l’Ukraine, à l’Europe, peut être aux États-Unis. Car ce qui se joue en Ukraine, ce n’est pas seulement le sort de l’Europe, mais celui de l’ex « Monde libre », dont les États-Unis se voyaient les défenseurs. On explique qu’il faut arrêter la guerre. Mais il y a des crimes de paix comme il y a des crimes de guerre. À commencer par celui du plan de guerre perpétuelle qui est en train de se fabriquer.

    Il y a des crimes de paix comme il y a des crimes de guerre.

    Le Chef d’état-major des armées françaises, Fabien Mandon, a suscité l’émoi en se demandant si le pays était « prêt à accepter de perdre ses enfants ». Maladresse toute militaire qui voit les soldats comme des gamins, ce qu’ils sont. Il a lancé : « la Russie aujourd’hui, je le sais par les éléments auxquels j’ai accès, se prépare à une confrontation à l’horizon 2030 avec nos pays. ». Michael Claesson le commandant en chef suédois confirme : « La Russie est prête à prendre d’énormes risques stratégiques pour obtenir tout ce qu’elle juge possible ». Le chef d’état-major polonais, Wieslaw Kukula, se voit en « avant-guerre ». « L’ennemi se prépare à la guerre. Il crée les conditions visant à saper la confiance du public dans le gouvernement, les forces armées et la police, tout en préparant le terrain pour une éventuelle agression sur le sol polonais ». Le chef d’état-major allemand, Carsten Breuer, voit la Russie comme une « menace imminente ». « La Russie se renforce, elle se dote de nouvelles structures, elle produit de plus en plus de chars de combat (…) Cela m’effraie. Cela me fait peur ». Son ministre, Boris Pistorius, renchérit : « Certains historiens militaires pensent que nous avons déjà connu notre dernier été de paix ». Le dernier hiver ? Des Ukrainiens, des Européens ? Des Russes, aussi.

    ©Quadriga 2024 NATO military exercise in Pabrade
    ©Quadriga 2024 NATO military exercise in Pabrade

    Le dernier hiver ? Des Ukrainiens, des Européens ? Des Russes, aussi.

    Comment sera la guerre ?  Iouri Balouevski, chef d’État-major des armées russes décrit « Le champ d’opérations tactiques et l’arrière, jusqu’à plusieurs kilomètres de la zone de contact, devient progressivement des « zones d’extermination totale« . Rien de nouveau depuis Verdun, sinon la profondeur, et le ciel.

    Iouri à Vladimir : « Ces drones, qui fondent en essaim sur tout soldat repéré, sont devenus la cause principale de destruction non seulement du matériel, mais aussi du personnel militaire. Début 2025, 70% des pertes de combattants russes étaient imputables aux drones. »

    L’armée du futur dépend de l’IA et des cartes à puces. Une transformation lourde de conséquences pour la valeur de l’arme nucléaire

    Pour le général russe, qui utilise une centaine de milliers de drones par mois, la guerre dépendra de la puissance de calcul qui permettra de connecter des essaims de drones, en attaque ou en défense. « La campagne d’Ukraine a tiré un trait sur un siècle de domination de la guerre mécanisée. Le char a perdu la place qu’il occupait ». L’armée du futur dépend de l’IA et des cartes à puces. « L’ère des grands bataillons est derrière nous. » dit Iouri, peut être même celle de la dissuasion nucléaire, car « Ces dynamiques pourront accroître la capacité de défense contre les armes nucléaires et donner une nouvelle dimension aux systèmes de défense antimissiles, une transformation lourde de conséquences pour la valeur de l’arme nucléaire et la dissuasion nucléaire en général. »

    Opérateur drone du 2e RIMa en action : un soldat met en œuvre un drone d’observation au profit de son groupe de combat, le 2 juillet 2025. ©FREDERIC PETRY / Hans Lucas/AFP
    Opérateur drone du 2e RIMa en action : un soldat met en œuvre un drone d’observation au profit de son groupe de combat, le 2 juillet 2025. ©FREDERIC PETRY / Hans Lucas/AFP

    La guerre d’Ukraine serait la dernière guerre d’avant, la première de demain. La dernière chance pour la Russie, technologiquement dépassée, de rester une grande puissance. « Les Européens, collectivement, sont largement plus forts que la Russie. » complète Fabien Mandon.  Et la France un rôle particulier « parce qu’elle est vue comme un leader en Europe là-dessus. » Toujours Mandon : « La Russie ne peut pas nous faire peur, si on a envie de se défendre ».

    « La Russie ne peut pas nous faire peur, si on a envie de se défendre ».

    Toute l’ambiguïté est là. Avoir peur et ne pas avoir peur, définition même du courage. Les outils de la guerre ne sont pas que des drones ou des missiles. Quand la France annonce vouloir vendre des Rafales à l’Ukraine, la Russie mobilise ses agents d’influence. La France et l’Allemagne sont les premiers pays visés par les campagnes de désinformation et de provocation.

    La France et l’Allemagne sont les premiers pays visés par les campagnes de désinformation

    Lors de la crise des Gilets jaunes, les comptes liés à Moscou activaient les conflits. Selon le Centre d’Helsinki sur les menaces hybrides, les campagnes russes et chinoises attisent les conflits des groupes entre eux pour accentuer la défiance dans le système démocratique. L’IA ne coordonne pas que les drones, elle produit des milliers de messages et orchestre des campagnes. En Allemagne comme en France, comme ailleurs, plusieurs partis sont ouvertement ou discrètement pro Kremlin. Et les voilà maintenant bénis par Donald.

    L’agent Trump justifie cela en prétendant détacher la Russie de la Chine. Les Européens s’attendent à une agression directe de la Russie, mais les États-Unis voient la Chine s’emparer de Taïwan dés 2027. Là est l’enjeu essentiel. Ils oublient l’effet immédiat de la trahison : le découplage entre l’Europe et les États-Unis affaiblit aussi les Etats-Unis. Pourquoi les Européens s’engageraient-ils contre la Chine quand les États-Unis les abandonnent face aux Russes ? Déjà, Trump a retiré des soldats de Roumanie, directement visée par les Russes. Et pourquoi parler des « Européens » si Trump, Poutine, Xi Jinping, Orban, Fico et d’autres, demain, atteignent leur objectif : l’Europe disloquée, asservie selon les zones d’influence.

    La paix par le crime est un crime. C’est engager des guerres sans fin, cela s’appelle la paix des cimetières.

    Le plan de Paix américain pour l’Ukraine est une prime à la guerre, une prime au crime. Il y a un siècle, en 1924, le pacte Briand Kellog mettait la « guerre hors la loi ». Son défaut résidait dans son isolationnisme américain et le pacifisme français. Pour que la guerre soit hors la loi, il faut des alliances fortes, des armes, et le respect du droit international. La paix par le crime est un crime. C’est engager des guerres sans fin, cela s’appelle la paix des cimetières.

    Plan de paix proposé par Donald Trump en novembre 2025
    Plan de paix proposé par Donald Trump en novembre 2025

    Aujourd’hui, on a un voisin qui a la perception que nous sommes faibles, mais nous ne le sommes pas.

    Conclusion selon Mandon : « La France a cette force incroyable de refuser le fait accompli, refuser ces menaces c’est la chose la plus importante à cultiver ». « L’Europe a tous les moyens d’éviter la guerre. L’Europe est puissante, démographiquement, économiquement, militairement. Elle a des valeurs extraordinaires. Aujourd’hui, on a un voisin qui a la perception que nous sommes faibles, mais nous ne le sommes pas. » C’est le premier débat qui devrait avoir lieu en France, le premier combat.

    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    a. Président de la société éditrice du site lesfrancais.press et de l’app de paiement des Français de l’étranger France Pay

  • Benoît Larrouquis : un nouveau député plongé « dans l’œil de l’ouragan » à l’Assemblée nationale

    Benoît Larrouquis : un nouveau député plongé « dans l’œil de l’ouragan » à l’Assemblée nationale

    Devenu député de la 2ème circonscription des Français de l’étranger (Amérique latine et Caraïbes), après la nomination d’Éléonore Caroit au gouvernement, Benoît Larrouquis raconte une arrivée fulgurante au Palais-Bourbon, entre transition accélérée, premières surprises politiques et priorités déjà affirmées pour les expatriés de sa vaste circonscription.

    Écouter le podcast avec Benoît Larrouquis

    Une nomination envisagée… mais un calendrier inattendu

    Suppléant d’Éléonore Caroit, désormais ministre déléguée aux Français de l’étranger, Benoît Larrouquis confie avoir pressenti cette évolution : « Je me doutais bien qu’Éléonore Caroit allait un jour devenir ministre ». Il souligne le « travail colossal » mené par la députée depuis 2022, mais admet avoir été surpris par sa nomination dans ce gouvernement : « Honnêtement, je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit nommée sur ce gouvernement ».

    « Le lendemain de sa nomination, je suis arrivé à Paris
    pour prendre la mesure des choses ».

    Benoît Larrouquis, député de la 2ème circonscription des Français de l’étranger – Amérique latine et Caraïbes

    À l’étranger lorsque la nouvelle de la nomination d’Eléonore Caroit dans l’équipe de Sébastien Lecornu, tombe, Benoît Larrouquis organise en urgence son arrivée à Paris : « Le lendemain de sa nomination, je suis arrivé à Paris pour prendre la mesure des choses » nous confie-t-il au cours de ce podcast sur les antennes Lesfrancais.press.

    Une transition express et la formation d’une équipe dès la première semaine

    Arrivé « dans l’œil de l’ouragan » comme notre invité le décrit, il doit immédiatement constituer son équipe parlementaire. Pour cela, il s’appuie sur l’expérience acquise autour d’Éléonore Caroit et l’engagement de ses collaborateurs.

    Benoît Larrouquis, député de la 2ème circonscription des Français de l’étranger - Amérique latine et Caraïbes
    Benoît Larrouquis, député de la 2ème circonscription des Français de l’étranger – Amérique latine et Caraïbes

    Une semaine seulement après la nomination de la ministre, l’équipe est opérationnelle. Le 13 novembre, une fois installé officiellement au Palais Bourbon comme député, commence le marathon administratif : badge, bureau, documents, procédures. « Les gens à l’Assemblée nationale sont plutôt efficaces et très aimables », note-t-il.

    Premiers pas à l’Assemblée nationale : entre choc et satisfaction

    Les premières heures de Benoît Larrouquis dans l’hémicycle sont marquées par la découverte d’un climat politique plutôt tendu. Il raconte avoir été « choqué » par les positions de certains groupes : « J’ai été surpris… choqué de la position du Rassemblement national et de la France insoumise, de leur déni total de négociation ».

    « J’arrive dans un moment assez tendu, très intéressant, mais c’est intense ».

    Benoît Larrouquis, député de la 2ème circonscription des Français de l’étranger – Amérique latine et Caraïbes

    Mais il tient aussi à souligner l’engagement des députés de l’arc républicain : « J’ai été agréablement surpris de voir des gens engagés… qui arrivent à travailler ensemble ». Une entrée en matière intense : « J’arrive dans un moment assez tendu, très intéressant, mais c’est intense ».

    Un mandat de député incertain, mais une méthode claire

    Le mandat de suppléant de Benoît Larrouquis dépendra de la stabilité du gouvernement. Une éventuelle fin de mission d’Éléonore Caroit à son ministère signifierait son retour à l’Assemblée. Pourtant, cette incertitude ne modifie en rien son approche : « Si on s’arrête à ça, on ne fait rien au final… On y va, on est à fond ».

    Séance dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale
    Séance dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale – © Assemblée nationale

    Aussi, totalement mobilisé, il confie même : « Je dors sur place depuis le 13 novembre », le temps de maîtriser rapidement les rouages parlementaires. Il rappelle qu’Éléonore Caroit reste très connectée à la zone : « Elle est franco-dominicaine… bien sûr qu’elle regarde vers la circonscription ». La relation de travail entre les deux responsables reste fluide : « On a travaillé pendant trois ans… On est très en phase ». Les priorités communes sont déjà engagées, notamment sur la Caisse des Français de l’étranger (CFE) ou l’éducation via l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE).

    Des priorités fortes : CFE, éducation, entrepreneurs et diplomatie parlementaire

    Ainsi, lors de cette interview, le nouveau député présente une feuille de route dense pour les Français de l’étranger. D’abord, la disponibilité totale pour répondre aux sollicitations : « On a à peu près une centaine de mails par jour ». Il détaille aussi ses sujets majeurs qu’il portera à l’Assemblée nationale : la réforme de la CFE, et également consolidation financière de l’AEFE : « Je ferai partie du groupe de travail… afin de garantir la pérennité de cette agence » nous dit-il.

    « On a travaillé pendant trois ans… On est très en phase avec Éléonore Caroit »

    Benoît Larrouquis, député de la 2ème circonscription des Français de l’étranger – Amérique latine et Caraïbes

    Concernant le réseau d’entrepreneurs français à l’étranger, chef d’entreprise lui-même, il veut « mettre en place quelque chose de plus pragmatique » pour aider les entrepreneurs à gagner en visibilité et décrocher des contrats. Dans le cadre d’une diplomatie parlementaire active, il souhaite « renforcer la coopération bilatérale entre la France et les pays d’Amérique latine et des Caraïbes ». Passionné d’ornithologie, Benoît Larrouquis compte s’investir dans la protection de la faune, en France comme dans la région.

    Une présence annoncée sur le terrain dès janvier

    Pour l’instant absorbé par l’urgence législative, notre invité promet une forte présence en circonscription : « Vous me verrez très souvent… parce que c’est là que je porterai l’essentiel de mon effort ». La transition, assure-t-il, s’est faite « dans les meilleurs délais », portée par une équipe « extrêmement motivée » et par l’atout rare d’une ministre issue de la même circonscription.

    Plongé « dans l’œil de l’ouragan » à l’Assemblée nationale, Benoît Larrouquis, nous explique, au cours de ce podcast, son installation au Palais Bourbon, ses priorités et la relation de travail avec Éléonore Caroit, titulaire du mandat de député de la 2ème circonscription des Français de l’étranger (Amérique latine et Caraïbes), et aujourd’hui ministre déléguée chargée de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l’étranger.

  • Douce menace de Léa Simone Allegria

    Douce menace de Léa Simone Allegria

    D’abord le titre. Douce menace, oxymore qui nous met sur le qui-vive, mais ne dit rien de l’obsession de Léa Simone Allegria pour l’art (notons que son dernier ouvrage était intitulé Le grand art), ce qui est doublement dommageable : déjà parce que l’art, pour emprunter à Malraux, « c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme »; et puis parce que l’obsession, quelle qu’elle soit, détermine l’écrivain du simple auteur : à savoir, comme le soulignait Jean Paulhan, mythique patron de la NRF, que l’écrivain, porté par son obsession, n’écrit jamais qu’un seul et même livre au lieu que l’auteur se soumet au coq à l’âne de ses trouvailles. Du reste cette obsession pour l’art se manifeste dès la première phrase : « Nino sort de la salle de bains dans cette nudité que les Grecs appelaient héroïque ». (C’est important une bonne première phrase). Mais alors le roman nous installe à Rome, ville éternelle des artistes, qui révéla le sulfureux génie du clair-obscur que fut Michelangelo Merisi, alias le Caravage (du nom lombard de son enfance).

    Adultère et prose

    Au commencement, donc, est le rendez-vous adultère de Nino et Alba tous deux écrivains. Et Rome, à la fois un lieu où l’on aime et un objet d’amour. Le « Bad boy » de la peinture, star géniale et ténébreuse du baroque, s’immisce dans leur intimité dès la page 21. Page 27 (chapitre 4) Caravage prend toute sa dimension de quatrième personnage. S’en suivra un va-et-vient entre le XVIIe et le XXIe siècle qui ne cessera de donner de l’épaisseur à des amours clandestines prédestinées à atteindre leur vérité sous le regard d’un Bacchus accablé par la maladie. Rien ne sert de déflorer l’intrigue, a fortiori d’éventer la chute de ce roman qui comme tout roman reste le récit d’une modification. Un roman ce n’est pas de la sociologie, ni de l’histoire, ni de l’histoire des arts ; un roman nous promet des personnages vivants. Douce violence tient donc sa promesse, l’art s’imposant comme le « miroir des âmes et du temps » par la grâce d’un livre écrit.

    Léa Simone Allegria - Douce menace
    Léa Simone Allegria – Douce menace

    Résumé

    Dans un hôtel de Rome, Nino vit les affres de l’attente d’Alba, avec laquelle il a rendez-vous, sans savoir si elle viendra. Suspendu à son arrivée, il se désespère d’une absence qui se prolonge, tout en commençant à s’y résigner ! Retardée par la pluie, Alba finit par arriver, pourvue d’un tableau ancien qu’elle a chiné en s’abritant dans une galerie proche de la gare. C’est le début d’un récit trépidant qui mêle l’histoire d’une passion amoureuse adultère et celle de l’art.

    Livre Douce menace de Léa Simone Allegria

    Douce menace
    Léa Simone Allegria
    Éditions Albin Michel, 256 pages, 20, 90 €


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  • Renaud Le Berre (AFE) : « Les Français de l’étranger ne doivent pas être des citoyens oubliés par la République »

    Renaud Le Berre (AFE) : « Les Français de l’étranger ne doivent pas être des citoyens oubliés par la République »

    Budget 2026, bourses scolaires, CFE, dématérialisation… Le président de la Commission des finances de l’Assemblée des Français de l’Étranger (AFE) alerte sur les risques d’un désengagement de l’État. Pour Renaud Le Berre, également conseiller des Français à Barcelone, les 3 millions de Français établis hors de France risquent de payer le prix fort de la rigueur budgétaire. Or, « les Français de l’étranger ne doivent pas être des citoyens oubliés par la République » partage dans cette interview pour Lesfrancais.press celui qui a rejoint dernièrement le mouvement Place Publique dirigé par Raphaël Glucksmann.

    Les liens entre le Sénat et l’AFE

    Lesfrancais.press : « Renaud Le Berre, en votre qualité de président de la Commission des finances de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), vous venez d’être auditionné au Sénat par les sénateurs Ronan Le Gleut et Guillaume Gontard, rapporteurs du programme budgétaire 151 « Français à l’étranger et affaires consulaires ». Ce type d’échange entre sénateurs et élus de l’AFE constitue‑t‑il une pratique habituelle ? »

    Renaud Le Berre : « Depuis 2022, les sénateurs Ronan Le Gleut et Guillaume Gontard ont pris la bonne l’habitude de nous auditionner au Sénat et aussi ils nous ont donné l’opportunité à chaque session de l’Assemblée de français de l’étranger de restituer nos travaux. Cette belle initiative permet surtout aux parlementaires élus en France de mieux comprendre les problématiques de nos compatriotes vivant hors de France. Ces auditions sont aussi une bonne façon de reconnaître notre travail bénévole d’élu. »

    En faveur d’un changement des critères pour les bourses scolaires

    Lesfrancais.press : « Le programme 151 couvre plusieurs dossiers directement liés aux Français établis hors de France, notamment ceux relatifs aux écoles françaises à l’étranger du réseau AEFE et aux bourses scolaires. Vous avez déclaré ne pas être satisfait de la copie présentée actuellement par le gouvernement, notamment sur les aides à la scolarité. Quelles améliorations souhaiteriez-vous obtenir ? »

    Renaud Le Berre : « Il est impératif de revoir les critères d’attribution des bourses scolaires. Les critères actuels privent les classes moyennes de ces aides. Elles doivent trop souvent arbitrer entre plusieurs dépenses et le coût de la scolarité. Les prix des logements ont explosé partout dans le monde et en particulier les locations qui n’entrent pas dans le calcul actuel des bourses. Les familles n’ont pas de visibilité sur le long terme.

    « Les critères actuels des bourses scolaires
    privent les classes moyennes de ces aides »

    Renaud Le Berre, président de la Commission des finances de l’AFE, conseiller des Français de Barcelone

    Les bourses devraient être garanties sur un cycle scolaire (sur 3 ou 5 ans). Le système fait que si une famille voit ses revenus augmenter la quotité des bourses baisse fortement et l’augmentation même légère des revenus est absorbée par un reste à charge très important. Il est important d’exclure du capital mobilier les plans de retraite par capitalisation. À titre d’exemple : Ces dernières années dans la circonscription de Barcelone nous avons perdu plus de la moitié de nos familles boursières. Cette forte baisse fragilise aussi les établissements qui supportent sans cesse la baisse de leurs effectifs. La baisse de 4,5 millions d’euros de l’enveloppe des bourses prévue dans le Projet de loi de finances 2026 et les fortes augmentations des frais de scolarité ne font que confirmer ce triste panorama. »

    Renaude Le Berre, président de la Commission des finances de l’AFE, conseiller des Français de Barcelone
    Renaude Le Berre, président de la Commission des finances de l’AFE, conseiller des Français de Barcelone

    La protection sociale des Français de l’étranger : un budget en baisse

    Lesfrancais.press : « Le programme 151 inclut également la question de la santé des expatriés via la Caisse des Français de l’Étranger (CFE). Vous soulignez une baisse de la participation financière de l’État, alors que la CFE fait déjà face à de nombreuses difficultés. D’un point de vue budgétaire, comment concilier la nécessaire maîtrise des dépenses publiques avec l’évolution attendue de la protection sociale des expatriés ? »

    Renaud Le Berre : « La baisse de la subvention à la CFE est inquiétante et prive de ressource cette caisse qui a une mission de service public. La catégorie aidée, les Français les plus fragiles, va subir de plein fouet cet ajustement budgétaire. Le calcul d’indice (Ippa) ne reflète pas non plus la réalité du coût de la vie ce qui fait baisser automatiquement les aides sociales pour nos compatriotes.

    « La rigueur ne doit jamais porter sur les plus fragiles »

    Renaud Le Berre, président de la Commission des finances de l’AFE, conseiller des Français de Barcelone

    Les aides sociales tendent à disparaître dans les pays de l’UE alors que nos compatriotes ne disposent pas d’aide locale dans certains pays. Il faut comparer ce que rapportent les non-résidents à l’État (1,3 milliard d’euros) et le coût des affaires sociales (moins de 20 millions d’euros). La rigueur ne doit jamais porter sur les plus fragiles. Mais c’est ce qui est réalisé depuis de trop nombreuses années. »

    Services publics et Français de l’étranger

    Lesfrancais.press : « Le programme comprend également le réseau consulaire et la modernisation des services publics, notamment la dématérialisation des démarches administratives. À votre avis, cette modernisation améliore‑t‑elle l’efficacité du service rendu aux usagers ? »

    Renaud Le Berre : « La modernisation est une bonne chose et le budget prévu pour moderniser le réseau consulaire est en hausse (+ 2,6 millions). Les services publics consulaires ont été nettement améliorés et c’est un succès en particulier pour la délivrance des documents d’identité.

    Renaud Le Berre, président de la Commission des finances de l’AFE, conseiller des Français de Barcelone lors d'un événement de l'ADFE
    Renaud Le Berre, président de la Commission des finances de l’AFE, conseiller des Français de Barcelone lors d’un événement de l’ADFE

    La dématérialisation est nécessaire et est une bonne chose mais elle ne doit pas faire oublier l’humain et un service de proximité et d’écoute. La plateforme France consulaire doit être complétée d’un service de réponse en anglais et en espagnol. »

    Lesfrancais.press : « Au regard de ces enjeux budgétaires et des attentes fortes des Français de l’étranger, quel message souhaitez‑vous adresser au gouvernement et aux parlementaires ? Dans ce contexte financier contraint, craignez‑vous que les préoccupations de nos compatriotes établis hors de France soient reléguées au second plan du débat national ? »

    Renaud Le Berre : « Le programme 151 mobilise environ 153 millions pour près de 3 millions de Français de l’étranger ce qui est très peu. Je rappelle que les Français de l’étranger rapportent beaucoup plus qu’il ne coûte et que nous ne sommes pas des évadés fiscaux. Nos compatriotes sont accompagnés par un réseau consulaire, diplomatique et culturel performant qu’il ne faut pas désarmer.

    « Les Français de l’étranger rapportent beaucoup plus qu’il ne coûte et que nous ne sommes pas des évadés fiscaux »

    Renaud Le Berre, président de la Commission des finances de l’AFE, conseiller des Français de Barcelone

    Ce message doit être diffusé avant tout aux parlementaires de l’Hexagone qui connaissent très mal les Français de l’étranger. Le budget du ministère des affaires étrangères représente 1 % du budget total de l’État et on lui demande de réaliser 10 % des économies ! C’est le ministère qui a dû faire le plus de restrictions budgétaires ces 20 dernières années. Nous ne devons pas être des citoyens oubliés par la République. Le service public français à l’étranger a pour fonction de renforcer et de maintenir le lien citoyen pour nos compatriotes. »

  • Quand le krach sonnera-t-il ?

    Quand le krach sonnera-t-il ?

    « De nombreux actifs semblent entrer en zone de bulle », avertissait, à la mi-octobre, le président de JPMorgan Chase, Jamie Dimon. Le message a été reçu cinq sur cinq par les investisseurs : le dirigeant de la première banque américaine n’est pas connu pour parler à la légère. Son constat rejoint celui d’autres grands noms de la finance. David Solomon, son homologue de Goldman Sachs, évoque « l’exubérance des marchés » ; Jane Fraser, directrice générale de Citigroup, pointe « une effervescence des valorisations ». La Banque d’Angleterre, de son côté, a récemment mis en garde contre « un risque accru de correction brutale ». Quant au FMI, il redoute un ajustement « désordonné », notant que « les prix des actifs risqués se situent très au-dessus de leurs fondamentaux ».

    Des sommets de valorisation !

    Depuis plusieurs mois, les valorisations des entreprises, en particulier dans le secteur technologique, atteignent des sommets inquiétants. Pour acquérir le panier d’actions de l’indice S&P 500, les investisseurs paient aujourd’hui quarante fois les bénéfices moyens ajustés du cycle économique, un multiple dépassé seulement lors de la bulle Internet. Sur le marché obligataire, les titres d’entreprises de bonne qualité (investment grade) ne rapportent en moyenne que 0,8 point de pourcentage de plus que les bons du Trésor américain de même maturité. Un écart aussi faible n’avait plus été observé depuis 2005. Même l’or, valeur refuge par excellence, semble avoir atteint un plafond : après un record historique le 20 octobre à plus de 4 200 dollars l’once, son cours a reculé d’environ 10 %.

    La question qui hante les salles de marché est celle de la date de la correction. Elle a peut-être déjà commencé, mais de manière encore indolore. Prédire une correction revient à prédire la volatilité, c’est-à-dire la propension des prix à varier brutalement. Les traders qui s’y essaient s’appuient sur quelques lois empiriques, observables à l’œil nu sur un graphique d’indice boursier.

    La première est que la volatilité est bimodale : les marchés connaissent de longues périodes de calme, ponctuées de brèves phases d’agitation extrême. En d’autres termes, la volatilité tend elle-même à « sauter » d’un régime à l’autre. Les phases de faible volatilité et celles de forte volatilité se succèdent, avec peu d’états intermédiaires. Ces régimes sont corrélés à la direction des prix : le calme accompagne les hausses.

    Ce caractère persistant explique qu’à court terme, la meilleure façon d’anticiper la volatilité de demain soit souvent… celle d’aujourd’hui. C’est le principe des modèles autorégressifs, utilisés par les salles de marché pour évaluer les risques. Ces modèles servent aussi à la tarification des options, contrats permettant de tirer parti des mouvements de prix. Leur valorisation repose sur une estimation de la volatilité future. Utiles pour la gestion quotidienne, ces outils sont cependant impuissants à prévoir les brusques changements de régime qui accompagnent les corrections. Pour pallier ces limites, les traders conçoivent des modèles complémentaires fondés sur des variables exogènes susceptibles de provoquer des bonds de volatilité. L’approche la plus avancée consiste désormais à recourir à l’apprentissage automatique, afin d’analyser l’influence potentielle de toutes les données macroéconomiques imaginables : bénéfices des entreprises, PIB, inflation, emploi, etc.

    L’IA veille

    Intelligence artificielle et bourse
    Image d’illustration

    L’intelligence artificielle excelle à détecter des combinaisons non intuitives pouvant signaler une fragilité des marchés. Bridgewater, le plus grand fonds spéculatif du monde, s’est fait une spécialité des stratégies reposant sur des enchaînements complexes de variables économiques.

    Jusqu’à présent, toutefois, peu de ces modèles tiennent réellement leurs promesses. Les modèles macroéconomiques sont inopérants pour anticiper un « choc pur », une pandémie, une faillite bancaire soudaine ou un krach géopolitique. Les événements imprévisibles sont, par nature, peu modélisables ; or ce sont ceux qui ont le plus fort potentiel de déclencher une correction. Les modèles macro peuvent identifier les conditions propices à un choc, mais non en prévoir le moment.

    D’autres outils permettent parfois de repérer un point de bascule, un retournement imminent des prix. Les corrélations entre classes d’actifs constituent un indicateur utile. Le signe classique d’un passage en mode risk-off est la baisse simultanée des actions et la hausse parallèle des valeurs refuges comme l’or ou les obligations d’État.

    La meilleure façon d’améliorer les prévisions issues de modèles imparfaits consiste à en combiner plusieurs, indépendants les uns des autres. Quoi qu’il en soit, la capacité à déterminer le jour et l’heure de la correction demeure un exercice quasi impossible.

  • MLF 2030 : la Mission laïque française construit son modèle d’avenir

    MLF 2030 : la Mission laïque française construit son modèle d’avenir

    Alors que l’enseignement français à l’international traverse des tensions financières et une concurrence accrue, la Mission laïque française (MLF) accélère sa mutation. Son directeur général, Jean-Marc Merriaux détaille pour Lesfrancais.press les enjeux et les ambitions d’un réseau* en pleine évolution.

    Écouter le podcast avec Jean-Marc Merriaux

    L’enseignement français à l’étranger et la concurrence

    Depuis quatre ans, Jean-Marc Merriaux pilote le redressement de la Mission laïque française dans un environnement international profondément transformé. L’enseignement français, longtemps dominant, se retrouve désormais dans un marché mondialisé et très concurrentiel, obligeant la MLF à se repositionner.

    « Même si les moyens ne sont pas totalement réunis, il faut penser les modèles éducatifs que nous voudrons dans les prochaines années ».

    Jean-Marc Merriaux, directeur général MLF

    Le directeur général l’admet : « Nous avons redressé une partie importante de la situation financière, mais ce nest pas suffisant ». La MLF a stabilisé ses comptes grâce à plusieurs leviers, mais elle manque encore de capacités d’autofinancement pour investir dans ses infrastructures et renforcer son offre pédagogique. Pour autant, pas question de mettre la transformation entre parenthèsesMême si les moyens ne sont pas totalement réunis, il faut penser les modèles éducatifs que nous voudrons dans les prochaines années ».

    MLF 2030 : un projet pour repenser l’élève et l’enseignant de demain

    C’est dans ce cadre que le plan stratégique MLF 2030 a été élaboré. L’objectif du programme est d’offrir davantage aux familles, désormais plus exigeantes, et de maintenir la renommée du modèle français en l’adaptant aux nouvelles attentes. « Il faut permettre à nos élèves de s’épanouir dans notre système éducatif et de devenir des citoyens ouverts sur le monde, capables de se projeter. Voilà la logique dans laquelle sinscrit le projet MLF 2030 » précise le directeur général.

    Lycée Alphonse Daudet
    Photos Lycée Alphonse Daudet ©MLF

    L’autre grand chantier concerne les enseignants. « Eux aussi sont confrontés à plusieurs transformations. Il existe des défis pédagogiques importants et nous devons déterminer quel type denseignant nous voulons pour permettre à nos élèves de devenir les jeunes gens que nous souhaitons voir dans quinze ans. » Une dynamique qui a été formalisée dans un travail collaboratif mobilisant de nombreux acteurs afin de construire un modèle d’avenir. « Nous espérons faire de ce modèle un moteur dattractivité pour nos établissements. »

    Réforme de l’AEFE : une inquiétude ? Non, un dialogue nécessaire

    La réforme annoncée de l’AEFE, elle-même confrontée à des difficultés financières, suscite des interrogations parmi les établissements français à l’étranger. Le soutien accordé aux écoles de la MLF pourrait être réévalué. Jean-Marc Merriaux se veut rassurant : « Ce nest pas une inquiétude, mais plutôt un besoin d’échanger. Nous avons été soutenus lorsque nous traversions une période difficile. Nous devons aujourdhui avancer ensemble. Nous sommes dans une logique de complémentarité et dentraide mutuelle. Cest ainsi que se construit lenseignement français à l’étranger. »

    « Nous veillerons à ce que la continuité de l’accompagnement de nos établissements soit assurée progressivement ».

    Jean-Marc Merriaux, directeur général MLF

    Par ailleurs, la Mission laïque, autofinancée à 94 %, dépend peu des aides publiques. L’enjeu porte surtout sur leur répartition notamment dans les zones fragilisées. « Nous veillerons à ce que la continuité de laccompagnement de nos établissements soit assurée progressivement », précise Jean-Marc Merriaux. Entretemps, la MLF fera « tout pour limiter limpact » sur les familles, et mise plutôt sur l’attractivité de ses établissements : plus d’élèves, plus de stabilité financière, moins de pression sur les tarifs.

    2025-2026 : du concept à l’action

    Après l’élaboration du projet MLF 2030, vient l’heure de l’opérationnel. Huit établissements pilotes ont commencé à déployer la nouvelle offre pédagogique. Les premières expérimentations comme la filière bilingue en maternelle à Casablanca font déjà l’objet de retours d’expérience partagés au sein du réseau. Un grand séminaire rassemblera prochainement tous les établissements scolaires en pleine responsabilité avec leur chef d’établissement pour amorcer la mise en œuvre concrète du modèle.

    Piscine au Lycée Alphonse Daudet
    Piscine au Lycée Alphonse Daudet ©MLF

    Pour Jean-Marc Merriaux, l’objectif de l’année est limpide : « Notre année 2025-2026 est consacrée à accompagner les équipes, construire notre modèle davenir, le stabiliser et le déployer pour rendre visible cette évolution. » Une transformation profonde, collective et déterminée. La MLF entend bien se projeter dans la décennie qui s’ouvre et y faire rayonner l’enseignement français.

     

    *La Mission laïque française compte 108 établissements répartis dans 32 pays, scolarisant plus de 60 000 élèves.

  • Armand Meimand : « Les Français d’origine iranienne considérés comme des Français de seconde zone »

    Armand Meimand : « Les Français d’origine iranienne considérés comme des Français de seconde zone »

    Depuis Téhéran, Armand Meimand, président du conseil consulaire d’Asie centrale, dresse un bilan sévère du traitement réservé aux Français de l’étranger lors de la crise ayant opposé Israël et l’Iran. Trois mois après notre dernière interview, il revient sur les dysfonctionnements persistants et appelle à une prise de conscience urgente des autorités françaises. Pour lui, « les Français d’origine iranienne se sentent considérés comme des Français de seconde zone ».

    Écouter le podcast avec Armand Meimand

    Au service des Français de l’étranger

    À la tête d’une zone qui couvre neuf pays, d’Iran à l’Afghanistan en passant par l’Azerbaïdjan, Armand Meimand revendique une longue expérience : « ça fait quand même 15 ans que je suis dans le domaine des Français de l’étranger ». Une légitimité qui, selon lui, lui permet aujourd’hui de pointer clairement les failles du dispositif français d’assistance consulaire.

    Français d’origine iranienne : une scolarisation bloquée, un sentiment d’abandon

    L’un des points les plus sensibles reste la situation des familles franco-iraniennes. Armand Meimand dénonce sans détour : « les enfants français qui sont restés en Iran ne sont pas autorisés à être scolarisés à l’école française de Téhéran ». Une situation qui dure depuis trois ans, sans réelle avancée diplomatique.

    « Rien n’a été fait, tout cela n’était que des promesses »

    Armand Meimand, président du Conseil consulaire, Français d’Iran

    Selon lui, ce laisser-faire alimente un profond malaise : « ils estiment qu’ils sont un peu considérés comme secondaires, un peu, comme dirait M. Retailleau, français de papier ». Une accusation grave, symptomatique d’un manque de soutien institutionnel durable.

    Guerre Israël-Iran : un dispositif consulaire absent

    Armand Meymand, président du conseil consulaire pour les Français d'Asie Centrale, y compris l'Iran
    Armand Meimand, président du conseil consulaire pour les Français d’Asie Centrale, y compris l’Iran

    Lors des douze jours de tensions militaires, aucune directive n’a été transmise aux chefs d’îlots, pourtant pivots du réseau de sécurité. « Pendant les 12 jours, on n’a pas eu la moindre instruction », affirme l’élu.

    Au cours de ce podcast, notre invité déplore également les promesses non tenues d’évacuation faites par le ministre : « rien n’a été fait, tout cela n’était que des promesses ». Pire encore, il relate des difficultés de communication interne : « il a refusé simplement mes appels », dit-il au sujet du premier conseiller de l’ambassade alors dépourvue d’ambassadeur.

    Prisonniers français : des libérations trop lentes

    La récente libération conditionnelle de Cécile Kohler et Jacques Paris ne l’a pas convaincu :
    « obtenir leur libération conditionnelle au bout de trois ans, ça ne me semble pas particulièrement satisfaisant ».

    « Pour Martin Ryan, détenu en Azerbaïdjan,
    j’ai l’impression que les choses ne bougent pas ».

    Armand Meimand, président du Conseil consulaire, Asie Centrale

    Il évoque également Martin Ryan, détenu en Azerbaïdjan depuis deux ans : « j’ai l’impression que les choses ne bougent pas avec suffisamment de vitesse ». Pour lui, ces situations témoignent d’un problème structurel : « ce n’est pas vraiment une prouesse diplomatique ».

    Français de passage : les plus exposés

    S’il assure que les Français résidents permanents en Iran ou en Asie centrale ne rencontrent pas de difficultés majeures, il alerte sur un autre public : « l’avertissement éventuel du ministère, ça devrait concerner plus directement les Français de passage ».

    Téhéran capitale de l'Iran
    Téhéran capitale de l’Iran

    Pour lui, les interpellations récentes touchent surtout les visiteurs temporaires, plus vulnérables face aux contextes géopolitiques.

    Engagement personnel et solitude des élus locaux

    Dans un contexte parfois dangereux, Armand Meimand rappelle ce qui motive son action : « ce qui me motive le plus, c’est vraiment l’amour de mes compatriotes ». Lors de la guerre Israël–Iran, il a tenté de pallier l’absence de l’ambassade : groupes WhatsApp, contacts directs, interpellations des parlementaires… Une implication qui ne lui a pas toujours valu un soutien unanime. « On nous accusait parfois même d’en faire trop alors que nous recevions des bombes sur la tête », confie-t-il. Conscient de l’absence de moyens institutionnels, il décrit l’action des élus consulaires comme un « militantisme » quotidien.

  • Thanksgiving, une fête pas si éloignée de notre culture

    Thanksgiving, une fête pas si éloignée de notre culture

    Thanksgiving est composé de 2 mots, thanks, thank you, qui signifie merci et giving, du verbe “to give” donner. Donc thanksgiving signifie littéralement « merci de donner / merci pour le don », ou plus généralement traduit en français par « action de grâce ». Et oui ! Une célébration qui existe dans la culture latine-catholique et dont la date est au troisième lundi du mois d’octobre. Pour les Français de l’étranger, on fait le point sur cette fête si fondamental aux États-Unis.

    Une origine coloniale

    Thanksgiving remonte à 1620, lorsque des colons britanniques sont arrivés dans le Massachusetts à bord du navire Mayflower. Ces pionniers fondent la ville de Plymouth mais les conditions de vie sont déplorables. La nourriture manque, les maladies se développent et les familles sont décimées. C’est alors qu’une tribu indienne voisine, les Wampanoags, vient au secours des colons en leur apportant de quoi manger et, surtout, en leur apprenant les rudiments de la culture, de la pêche et de la chasse.

    L’année suivante, à l’automne, les colons engrangent leur première récolte et la petite colonie de Plymouth est sauvée. Le gouverneur décide alors de remercier Dieu en imposant 3 jours d’action de grâce. Les Wampanoags sont également conviés à un repas, avec des dindes en plat principal. Un animal jusqu’alors inconnu des colons !

    Cette première fête a été reconduite les années suivantes et, finalement, elle s’est imposée dans la tradition américaine. Thanksgiving a officiellement été établie en tant que fête nationale le 3 octobre 1789 par le premier Président des États-Unis, George Washington.

    Ce tableau de Jean Leon Gerome Ferris est une représentation du repas partagé entre des colons anglais et des Wampanoags
    Ce tableau de Jean Leon Gerome Ferris est une représentation du repas partagé entre des colons anglais et des Wampanoags, considéré comme étant le premier Thanksgiving, en 1621. © Getty – Universal History Archive

    Incontournable aux USA

    Le Thanksgiving américain est célébré le 4ème jeudi du mois de novembre. Et cette fête est vraiment tournée vers la nourriture, puisqu’à l’origine on célébrait les récoltes de l’été ! Le dîner est vraiment central, pas de Thanksgiving sans bon repas, sans décoration, sans famille et amis réunis. Pour le repas, la tradition se tourne évidemment vers les produits de saison automnale : courge ou potiron, maïs, haricots, oignons, pommes de terre, patate douce, et bien sûr les noix. On n’oublie pas surtout pas la dinde, la traditionnelle dinde de Thanksgiving, et tant qu’à faire, on la farcit avec de la viande, des herbes, des marrons… Elle ressemble quand même un peu à la célèbre dinde de noël française ! (mais ne le dites pas à vos amis américains, vous allez les vexer !).

    Pour faire vivre un esprit de fête, les Américains installent guirlandes, banderoles, et autres décorations sur les fenêtres. Le thème ? Les couleurs d’automne : le vert foncé, les différentes teintes d’orange. Une idée simple et tellement belle est de ramasser de belles feuilles mortes, d’en disposer sur les tables pour chaque convive.

    Parade de New York
    Parade de New York ©Macys

    Et pour couronner la fête, les collectivités organisent des parades comme à New York, des matchs de football …. Même le président des États-Unis célèbre ce jour spécial en graciant une dinde des fourneaux de la maison blanche !

    Vous l’avez bien compris, Thanksgiving aux États-Unis est une fête bien plus importante que la fête de Noël !