Radio en direct
Choisissez une station puis lancez la lecture

Blog

  • « Le français, une langue en constante évolution » – conférence de l’association Québec-France Montérégie.

    « Le français, une langue en constante évolution » – conférence de l’association Québec-France Montérégie.

    L’association Québec-France Montérégie est active dans cette région administrative du Québec qui s’étend du Fleuve Saint-Laurent à la frontière des Etats-Unis. Frontière administrative autant que culturelle, cette zone du monde nord-américain est aussi un poste avancé de la francophonie alors qu’au delà de ses contours l’anglais et l’univers anglo-saxon règnent en maitre.

    Voilà pourquoi sans doute le programme d’activités de l’association est riche d’un agenda qui honore notre langue commune, entre conférences sur Michel Legrand ou présentation de la laïcité à la française à un public québécois qu’on imagine nombreux, conquis et militant. L’association est composée d’amoureux de la langue désireux de faire mieux que de la défendre : la faire vivre, l’illustrer, l’honorer.

    Une conférence le 16 octobre, pour visiter une vaste période historique et linguistique, des origines du français jusqu’aujourd’hui

    L’association présentera le mercredi 16 Octobre à 13H30 une conférence intitulée « le français, une langue en constante évolution »  avec l’analyse d’une vaste période linguistique allant de la naissance du français jusqu’au 21ème siècle. Le professeur Jacques Leclerc assurera cette présentation au centre culturel Jacques-Ferron, salle Raymond Levesque (100 rue Saint-Laurent Ouest, Longueuil) avec une approche qui privilégiera l’influence des langues les unes sur les autres et l’évolution du français parlé à travers des personnages historiques illustres tels que Jeanne d’Arc ou Napoléon.

    Aimer notre langue et la faire aimer n’est pas qu’une affaire d’identité même si au Québec la promotion de notre langue est une affaire sérieuse, si sérieuse d’ailleurs que nos cousins d’outre atlantique regrettent parfois que les hexagonaux ne mettent pas plus d’ardeur à préserver notre vocabulaire de l’introduction de termes anglais dans le langage courant. Les partenariats avec la région toulousaine ou le pays rennais permettent cependant de cultiver des liens de terrain, et le réservoir humain de militants de la langue des deux côtés de l’atlantique fait vivre des réseaux associatifs  très denses.

    Le français, langue plastique qui évolue

    Le Français est parfois présenté comme une langue difficile, littéraire, faite pour des apprenants gourmets, mais compliquée dans sa grammaire. Une langue qui serait un peu statique en somme, académique ou revêche. Que nenni nous répondra Jacques Leclerc, ce professeur en linguistique de renom, aujourd’hui à la retraite, mais toujours actif quand il s’agit de mettre en valeur le français et son histoire.  L’enseignant montre toute la plasticité de notre idiome national, de cette langue partagée avec la nation québecoise et parlée par 400  à 500 millions de locuteurs selon les décomptes.

    « Le français, une langue en constante évolution » : une conférence du professeur Jacques Leclerc organisée par l’association Québec-France Montérégie.
    Jacques Leclerc

    Le professeur a enseigné à l’université de Montréal ainsi qu’au collège de Bois-de-Boulogne ou à l’université Laval. Parmi ses travaux de recherche il a pu s’intéresser à l’histoire du français et du français québécois, mais aussi à l’histoire de l’anglais, du portugais, de l’italien ou de l’espagnol, preuve d’une passion pour les langues sans exclusive et ouverte sur tous les horizons linguistiques.

    Un site internet pour connaître la situation des langues dans 390 pays

    Son site internet, l’aménagement linguistique dans le monde, présente en conséquence les situations et politiques linguistiques de 390 Etats ou territoires répartis dans 195 pays du monde. Une véritable mine d’or pour les amoureux des langues.

    Nous avons pu interroger le professeur quelques jours avant le lancement de sa conférence.

    « Le français, une langue en constante évolution » - conférence de l'association Québec-France Montérégie.
    Gala de la Langue Francaise

    Lesfrançais.press : Vous êtes un ardent et passionné promoteur de notre langue française que ce soit en tant qu’auteur, enseignant ou conférencier. Comment en arrive-t-on à consacrer sa vie à notre langue ?

    Jacques Leclerc : « Je ne suis pas un « ardent défenseur » du français comme auteur ou comme enseignant, mais parfois en tant que citoyen résidant au Québec et au Canada, tout en n’étant pas un militant. Je n’ai pas consacré ma vie au français, mais aux langues en général, notamment au poids des langues dans le monde politique, économique, culturel, scolaire, etc…Ce qui m’intéresse par-dessus tout, c’est le rôle des institutions de toutes sortes sur la vie des langues, leurs réussites et leurs échecs. La présence de plusieurs langues sur un même territoire provoque facilement des conflits en raison du rapport de force entre les langues. Celles-ci deviennent rapidement le symbole apparemment linguistique de la dominance politique, économique et sociale. En raison de mes recherches depuis 30 ans sur les langues des 195 pays de la planète, je pense connaître à peu près tous les moyens pour promouvoir une langue ou pour la détruire ». 

    LFP : Vous préparez une conférence prochaine sur le français, langue en pleine évolution. Le fait que notre langue commune soit parlée sur cinq continents et connaisse des « géographies » aussi diversifiées est-il un élément d’évolution accélérée pour le français ?

    Jacques Leclerc : La répartition géographique d’une langue est un élément important, qui joue aussi bien à l’avantage ou au désavantage d’une langue. Une langue dispersée géographiquement peut causer sa perte si elle n’est pas appuyée par d’importants facteurs politiques, économiques, culturels, scolaires, etc. Plus le nombre de facteurs bénéficie à une langue, plus la dispersion va être profitable. C’est le cas de l’anglais et de quelques grandes langues tels l’espagnol, le français, l’arabe, etc. Si elle veut s’épanouir, une langue doit idéalement exercer le contrôle des instruments de gouvernement, établir sa dominance et rechercher le plus possible l’exclusivité sur un territoire donné ou à tout le moins éviter la concurrence linguistique. Le facteur politique se révèle un instrument extrêmement puissant s’il se combine à d’autres facteurs, mais il devient inutile ou seulement symbolique s’il agit seul.

    Contrairement aux facteurs d’ordre économique, culturel ou militaire, la puissance politique doit compter sur le consensus social ou sur un régime autoritaire ; dans le cas contraire, elle court le risque d’opérer à vide. La seule dispersion géographique peut précipiter le déclin d’une langue. L’une des pires situations pour une langue numériquement faible, c’est l’éparpillement de ses locuteurs sur de vastes étendues de territoire dominées par une langue majoritaire. La dispersion géographique peut alors être fatale parce qu’elle contribue à réduire les forces de résistance à la langue dominante. Par exemple, le cas des 900 000 Québécois francophones qui se sont réfugiés aux États-Unis entre 1840 et 1930; non seulement ils ont affaibli le poids des francophones au Québec, mais ils ont également perdu toute résistance à la force d’attraction de l’anglais en se fondant dans la majorité anglophone. C’est pourquoi le sort des francophones hors Québec au Canada est préoccupant dans la mesure où leur dispersion dans l’ensemble anglo-canadien les rend extrêmement vulnérables à l’assimilation. Donc, le français « sur les cinq continents » n’est pas viable partout, notamment en Asie, mais il est viable en Afrique, dans les îles du Pacifique et des Antilles, ainsi qu’au Québec et en Acadie.

    Tourismots 2024
    Tourismots 2024

    Ces espaces géographiques sur différents continents présentent des variantes du français. Je ne vois pas cela comme un signe d’évolution accélérée, mais comme un signe de vitalité normale. C’est de toute façon ce qui se passe pour l’anglais, l’espagnol, l’arabe et le portugais. Pour moi, les éléments d’évolution accélérée sont généralement les suivants : une guerre, des catastrophes écologiques, l’arrivée de nouvelles technologies, des changements démographiques brusques, un changement de langue imposée par un dirigeant autoritaire, une économie anémique, etc.

    LFP : Le français doit-il être défendu en tant que langue « plastique » et adaptable, face à l’anglais qui serait supposément la langue la plus souple et la plus facile d’accès (selon ses défenseurs) ?

    Jacques Leclerc : Vous voulez probablement dire « flexible » avec le mot « plastique »? C’est une opinion très largement répandue que la force d’attraction d’une langue résiderait dans sa valeur intrinsèque, ici l’anglais. Contrairement à ce que plusieurs pourraient croire, il n’y a pas de langues en soi plus aptes que d’autres à s’étendre dans l’espace à partir de critères linguistiques. L’idéologie de la glorification des vertus d’une langue n’a jamais favorisé l’expansion ou la survie d’une langue, sauf dans l’esprit de quelques idéalistes. Les jugements de valeur qui portent sur l’esthétique d’une langue, ses qualités ou ses défauts, ses prétendues dispositions et sa facilité d’apprentissage, relèvent de critères très discutables, et reposent sur des considérations purement arbitraires. L’anglais n’est pas plus souple que d’autres langues et, s’il est plus facile d’accès, c’est en raison de facteurs politiques et économiques.

    Le British Council et son équipe américaine emploient des sommes d’argent astronomiques pour former des enseignants d’anglais et les envoyer dans de nombreux pays. C’est ainsi que l’anglais est la première langue la plus étudiée et la première langue apprise dans 94 pays, mais on oublie d’ajouter que le français demeure la deuxième langue étrangère la plus étudiée et la première langue apprise dans 35 pays.

    Gala Langue Francaise
    Gala Langue Francaise

    Le français est aussi la deuxième langue apprise comme langue étrangère après l’anglais pour 125 millions de personnes dans 159 pays. Le rôle des Alliances françaises est évidemment primordial. Ce qui avantage l’anglais, ce sont avant tout le nombre de ses locuteurs langue seconde dans le monde, le poids politique, la force économique de quelques pays anglophones (États-Unis, Royaume-Uni, Australie, Canada, etc.), son attraction culturelle au moyen du cinéma, la puissance militaire des États-Unis présente dans 120 pays, même si la seule puissance militaire ne suffit pas à assurer la suprématie d’une langue, car en ce cas le sultanat d’Oman, qui dépense en armement l’équivalant de 293 % de ses dépenses d’éducation et de santé, serait une grande puissance. Les politiques de « défense linguistique » demeurent peu convaincantes, sauf dans les pays autoritaires.

    Les campagnes de défense des petites nations ne donnent que fort peu de résultats réels. Se défendre n’assure pas l’expansion d’une langue! Ce qui me semble efficace, ce sont les entreprises d’expansion, tout ce qui peut servir à étendre l’influence d’une langue : les choix politiques, la production industrielle, le niveau technologique, les échanges internationaux, le nombre de livres édités ou de publications scientifiques, le nombre et le tirage des journaux, la production cinématographique, la quantité des postes émetteurs et récepteurs de radio ou de télévision, l’Internet, etc., sont des variables sûres pour mesurer la force culturelle d’une langue. Se défendre peut être perçu comme un acte de faiblesse et de repli sur soi. Les locuteurs de l’anglais langue première ne se défendent pas, ils imposent leur présence et prennent tous les moyens pour éliminer la concurrence, c’est-à-dire évincer les autres langues. Et ça fonctionne très bien !

    Il ne faut pas oublier que les langues se chassent l’une l’autre dans le même espace physique pour se rapprocher le plus possible de l’unilinguisme! C’est en quelque sorte une loi de la nature.

    LFP : Comment parlait Jeanne d’Arc ? C’est le propos de votre conférence de refaire vivre la langue de personnages du passé et de montrer l’évolution de notre langue ?

    Jacques Leclerc : Je n’ai pas l’intention de faire revivre la langue de Jeanne d’Arc, car ce serait inutile, mais je me contente de montrer l’évolution du français à partir d’exemples du passé qui me sont disponibles. J’ai aussi d’autres exemples avec Henri IV, Louis XIV, Napoléon, Mirabeau. Ce sont des reconstitutions phonétiques faites par des comédiens avec l’aide d’historiens, de psychologues et de linguistes.

    LFP : Avez-vous une période historique favorite en ce qui concerne le français ?

    Jacques Leclerc : Non, sauf peut-être pour le français actuel pour lequel il est possible d’agir. Néanmoins, j’aimerais bien qu’on en arrive avec plus de souplesse au point de vue grammatical et orthographique. Bien sûr, l’anglais est aussi mal foutu dans son orthographe que le français! Chaque fois que je me retrouve dans un pays d’origine latine autre que le français, je m’extasie quasiment devant des affiches tels farmacia, biblioteca, oftalmólogo, pas tellement mieux devant pharmacy et ophthalmologist. Bien que l’allemand soit perçu comme une langue relativement difficile, son orthographe est d’une remarquable rigueur. Cependant, toute réforme orthographique se heurte à des résistances et à des coûts financiers, même en Allemagne.

    Tourismots 2024
    Tourismots 2024

    LFP : En France, et dans le réseau culturel français à l’étranger des alliances et instituts, la promotion de la Francophonie a beaucoup insisté ces dernières années sur la promotion du français, « langue économique « ou » langue des affaires ». Votre approche est plus littéraire et culturelle. Quelle est la meilleure manière de promouvoir le français ?

    Jacques Leclerc : Les Français ont bien raison d’insister sur la promotion du français «langue économique» ou «langue des affaires». Là où la France est plus faible, c’est d’employer son poids politique sur la scène internationale. Cela signifie imposer la présence du français dans les instances internationales, pas baisser les bras devant l’anglais. C’est le seul pays francophone à pouvoir le faire pour promouvoir l’enseignement du français dans le monde grâce aux alliances françaises.

    Mon approche n’est pas du tout littéraire et pas très culturelle. C’est avant tout une approche politique ! La plupart des grandes langues du monde doivent leur succès à l’expansion politique, militaire et économique, souvent culturelle par les livres, la science et le cinéma. Parmi les quelque 7100 langues du monde, 83 langues (21 langues multi-étatiques et 62 langues mono-étatiques) bénéficient de la protection d’un gouvernement central ou d’un État souverain, alors qu’un peu plus d’une centaine d’autres dépendent de celle d’un État non souverain, avec des résultats inégaux il est vrai, comme dans les cantons suisses, les régions autonomes d’Espagne et d’Italie, les États de l’Inde, les États d’Afrique du Sud, les États du Nigeria, etc…

    Même si le pouvoir politique constitue une force incontestable, l’histoire offre pourtant des cas où l’exercice du pouvoir politique a abouti à un échec. L’Inde n’a pas encore réussi, depuis 1947, à remplacer l’anglais par l’hindi; l’Irlande a échoué complètement dans sa politique d’implanter l’irlandais depuis 1949; Haïti n’applique qu’un bilinguisme symbolique à l’égard du créole; le statut « officiel » de l’arabe aux Comores est tout aussi symbolique; le kirundi au Burundi et le kinyarwanda au Rwanda n’ont pas encore trouvé la place qui leur revient en tant que langues co-officielles avec le français (et l’anglais au Rwanda). Et il existe de nombreux autres cas similaires.

    LFP : Le Québec et la France ont des liens profonds et historiques qui passent par le partage d’une langue commune et par un voisinage culturel certain. Comment voyez-vous l’évolution de ces liens dans le futur ?

    Jacques Leclerc : Ces liens entre le Québec et la France sont indispensables, mais ils doivent être étendus avec les pays francophones d’Afrique. Ces liens vont être de plus en plus facilités par les nouvelles technologies, mais les francophones devront aussi faire face à une plus grande concurrence avec l’anglais, voire avec le russe et/ou le chinois.

    La Russie et la Chine convoitent actuellement les richesses naturelles des pays africains et ces deux pays vont tenter de réduire l’influence des langues concurrentes comme le français, l’arabe ou le portugais. Déjà des militants «francophones» pro russes ou prochinois, anti-français, veulent bouter la France hors de leurs frontières. Après la France, ce sera la langue française, comme on l’a vu au Rwanda avec Paul Kagamé. Dans un premier temps, l’anglais essaiera de se faufiler, mais entrera éventuellement en concurrence avec le russe et/ou le chinois, dont les locuteurs ne se laisseront pas faire. La France doit agir dès maintenant, car derrière a langue ce sont des perspectives économiques qui se profilent à l’horizon

    Il conviendrait de retenir que l’espoir de la réussite sociale et économique est une source de motivation profonde chez tous les êtres humains. Ils sont prêts à n’importe quoi pour réussir, même à perdre leur langue. C’est une donnée courante dans l’histoire ! Même Bernard Kouchner, cofondateur de Médecins sans frontières et de Médecins du monde, n’hésitait pas à affirmer en 2006 que « l’anglais est l’avenir de la francophonie »; il ne voit, comme bien d’autres, aucun inconvénient à promouvoir l’anglais aux dépens du français. À ce sujet, le linguiste Claude Hagège fait allusion au « mimétisme de la puissance », une attitude consistant à renoncer à sa langue nationale, non par une certaine hostilité interne, mais pour faire partie des pays ou de ceux qui sont considérés comme riches ou puissants. Ainsi, adopter l’anglais, ce serait faire partie de ces « privilégiés », sauf que ces « riches et puissants » pourraient néanmoins être des francophones, des russophones, des sinophones, des hispanophones, etc. De fait, l’invasion de l’anglais dans le monde ne doit rien aux qualités intrinsèques particulières que pourrait posséder cette langue. Le succès de l’anglo-américain tient à autre chose : la puissance économique des États-Unis dans le monde et ses courroies de transmission que sont son cinéma, sa musique, ses vêtements, ses médias et ses appareils de publicité-marketing.

  • Quelle réforme fiscale en France ?

    Quelle réforme fiscale en France ?

    En France, le déficit public pourrait dépasser 6 % du PIB en 2024. Cette dérive représente une augmentation de 1,5 point de PIB par rapport à la feuille de route communiquée à la Commission européenne en 2023. La réduction de ce déficit se justifie à la fois par les engagements pris par la France vis-à-vis de ses partenaires européens et par la nécessité de maîtriser la dette publique, qui dépasse désormais 3 200 milliards d’euros. Avec la hausse des taux d’intérêt, le service de la dette atteint désormais 70 milliards d’euros et constitue le premier poste de dépenses de l’État. Faute de réaliser des économies suffisantes, le gouvernement prépare l’opinion publique à des hausses d’impôts, mais quelles sont réellement ses marges de manœuvre en la matière ?

    Avec un taux de prélèvements obligatoires de 43,2 % du PIB en 2023, la France est l’un des pays européens qui sollicite le plus ses contribuables. Toutefois, il est pertinent de comparer, impôt par impôt, le niveau français à celui de ses principaux partenaires pour évaluer ces marges de manœuvre.

    La France est l’un des pays européens qui sollicite le plus ses contribuables.

    De légères marges pour la TVA : En matière de TVA, la France se situe dans la moyenne basse de l’Union européenne. Le taux normal y est de 20 %, contre 21 % en Espagne, 22 % en Italie et 25 % en Suède. En revanche, il est de 19 % en Allemagne.

    De légères marges pour la TVA : En matière de TVA, la France se situe dans la moyenne basse de l’Union européenne. Le taux normal y est de 20 %, contre 21 % en Espagne, 22 % en Italie et 25 % en Suède. En revanche, il est de 19 % en Allemagne.

    Impôts et taxes - @adobestock
    Impôts et taxes – @adobestock

    Un faible poids de l’impôt sur le revenu à relativiser : La France se caractérise par le faible poids de son impôt sur le revenu. En 2023, il représentait 11,9 % du coût total du travail, contre 16,8 % en Italie, 12,9 % en Suède et 14,1 % en Allemagne. Cependant, en prenant en compte la CSG (Contribution Sociale Généralisée), qui fonctionne dans les faits comme une première tranche d’impôt sur le revenu, la France figurerait parmi les pays où cet impôt pèse le plus. La CSG est due par l’ensemble des contribuables ou presque (taux zéro pour les retraités les plus modestes), tandis que l’impôt sur le revenu ne concerne qu’un ménage sur deux.

    Quelles marges de manœuvre pour le nouveau gouvernement ?

    La France, une exception (ou presque) pour l’impôt sur la fortune : La France dispose d’un impôt sur la fortune immobilière (IFI) qui a remplacé en 2018 l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), lequel incluait l’ensemble des actifs des ménages, à l’exception des œuvres d’art et des biens professionnels. La plupart des pays européens ont supprimé ou n’ont jamais instauré de taxation de la fortune. Une exception notable est l’Espagne, où un impôt sur la fortune, avec un taux relativement élevé, est encore appliqué. Cependant, la notion d’impôt sur la fortune doit être relativisée. L’imposition de l’immobilier, à travers les taxes foncières ou les droits de mutation, peut également s’assimiler à une forme de taxation de la fortune.

    La France, une exception (ou presque) pour l’impôt sur la fortune : La France dispose d’un impôt sur la fortune immobilière (IFI) qui a remplacé en 2018 l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), lequel incluait l’ensemble des actifs des ménages, à l’exception des œuvres d’art et des biens professionnels. La plupart des pays européens ont supprimé ou n’ont jamais instauré de taxation de la fortune. Une exception notable est l’Espagne, où un impôt sur la fortune, avec un taux relativement élevé, est encore appliqué. Cependant, la notion d’impôt sur la fortune doit être relativisée. L’imposition de l’immobilier, à travers les taxes foncières ou les droits de mutation, peut également s’assimiler à une forme de taxation de la fortune.

    Une autre option serait de réduire les cotisations patronales pour alléger le coût du travail, ce qui reviendrait à instituer une TVA sociale. Cependant, une augmentation de la TVA aurait un effet inflationniste et serait probablement perçue comme injuste par une partie significative de la population.

  • Auditions des commissaires : ce qui attend les candidats à l’Énergie, au Climat et à l’Industrie

    Auditions des commissaires : ce qui attend les candidats à l’Énergie, au Climat et à l’Industrie

    Euractiv a pu consulter les questions que les membres de la commission de l’Industrie, de la Recherche et de l’Énergie du Parlement européen (ITRE) souhaitent poser par écrit aux aspirants commissaires, qui seront ensuite auditionnés courant novembre.

    Ursula von der Leyen, réélue à la tête de la Commission européenne en juillet, a officiellement formé son nouvel exécutif, et envoyé ses « lettres de mission » aux futurs commissaires. Ces derniers doivent désormais être confirmés par les députés du Parlement européen, qui vont passer au crible les déclarations d’intérêt (intérêts financiers, appartenance à des associations, ONG, etc.) des candidats commissaires.

    Ces derniers devront ensuite répondre à des questions écrites, avant de passer un examen oral face aux commissions parlementaires à partir du 4 novembre.

    Le projet de document de la commission ITRE, consulté par Euractiv et daté du 3 octobre, contient une longue liste de questions auxquelles les aspirants commissaires devront répondre par écrit. Les eurodéputés souhaitent ainsi obtenir des détails sur la manière dont chaque candidat mettra en œuvre les lignes directrices mentionnées par la présidente de la Commission européenne.

    Les législateurs souhaitent également savoir sur quels nouveaux règlements et initiatives ils peuvent s’attendre à travailler ces cinq prochaines années, et espèrent connaître plus de précisions sur la manière dont les nouveaux commissaires veilleront à appliquer les réglementations existantes.

    Des questions pour tous

    Teresa Ribera, désignée vice-présidente exécutive de la Commission chargée de la Transition propre, juste et compétitive, sera interrogée par les membres de la commission ITRE sur la réduction du déficit d’investissement de 800 milliards d’euros en Europe, nécessaire pour faciliter les transitions écologique et numérique, et augmenter les dépenses de défense, comme le notait Mario Draghi dans son récent rapport sur la compétitivité de l’Union.

    Les législateurs attendent aussi de sa part qu’elle précise ses plans pour réduire les prix de l’énergie et faire en sorte que l’Europe ne dépende plus du gaz russe.

    Il est également probable que les eurodéputés sollicitent son point de vue sur le nucléaire, une question cruciale pour certains parlementaires, de même que sur les droits de douane appliqués aux véhicules électriques chinois.

    Dan Jørgensen, futur commissaire à l’Énergie et au Logement, devra probablement lui aussi clarifier sa position sur le nucléaire. Les questions de la commission ITRE qui lui seront attribuées porteront sur la transition énergétique, en particulier sur la manière dont il envisage d’électrifier l’économie européenne et de déployer l’hydrogène. La sécurité de l’approvisionnement sera un autre thème clé.

    Réunion constitutive de la commission ITRE ©Parlement européen
    Réunion constitutive de la commission ITRE ©Parlement européen

    Le futur commissaire à l’Énergie et au Logement pourrait être interrogé sur ses plans pour fournir des logements abordables aux citoyens « compte tenu des compétences de l’UE et des États membres dans ce domaine ». Actuellement, la Commission dispose de pouvoirs limités pour fournir ou mandater la mise à disposition d’appartements ou de maisons.

    Pour Stéphane Séjourné, vice-président exécutif désigné pour la Prospérité et la Stratégie industrielle, les membres de la commission ITRE se concentreront sur les moyens financiers, en particulier sur la manière dont le Français envisage de financer les ambitions de l’Europe en matière d’industrie propre. Les questions porteront également sur l’application des lois existantes sur la stratégie industrielle de l’Europe, à savoir le règlement pour une industrie « zéro net » et le règlement sur les matières premières critiques.

    Wopke Hoekstra, l’actuel commissaire chargé de l’Action climatique, proposé pour devenir commissaire au Climat, au Zéro net et à la Croissance propre, sera probablement invité par les eurodéputés à « définir la croissance propre ». De nombreuses questions concernent aussi ses plans pour décarboner l’industrie. Une question concernant sa position sur le débat actuel sur les règles d’émission des voitures figure également sur le projet de document de la commission ITRE.

    Enfin, la commission ITRE assistera, mais ne dirigera pas, l’audition de Jessika Roswall, qui devrait reprendre le portefeuille de l’Environnement au sein du prochain exécutif de l’UE. La commission entend connaître sa position sur l’économie circulaire et ses projets en matière de réglementation des produits chimiques, notamment les PFAS ou « produits chimiques éternels ».

    Les auditions

    Il est peu probable que les questions écrites apportent suffisamment d’éclaircissements aux eurodéputés. Les questions de ces derniers restent très ouvertes, et la plupart des commissaires désignés, qui sont des responsables politiques chevronnés, ne devraient pas avoir de mal à répondre aux interrogations écrites, ou à les contourner.

    Dans ses réponses d’octobre 2023 aux questions des eurodéputés en vue de sa désignation en tant que commissaire au Climat, Wopke Hoekstra était resté très général, faisant référence au « dialogue » et à la « coopération ». Les détails se limitaient aux politiques et aux objectifs établis par la Commission.

    Son texte contenait des digressions, par exemple sur son « enfance heureuse », au cours de laquelle il discutait « de questions de société » autour de la table de la cuisine.

    La commission ITRE a rédigé entre 22 et 36 questions pour chaque commissaire qu’elle est chargée d’auditionner, c’est-à-dire les commissaires qui seront responsables du Climat, de l’Énergie et de l’Industrie. Cela donne un aperçu des priorités des eurodéputés, mais ces derniers devront réduire le nombre de questions à trois par commissaire. Les eurodéputés peuvent toutefois insérer des sous-questions regroupant plusieurs questions afin d’élargir la discussion, comme cela a déjà été fait par le passé.

    Quoi qu’il en soit, les députés européens sont susceptibles d’obtenir des réponses plus détaillées lors des auditions, puisqu’ils pourront exercer une pression directe sur les candidats, sous le regard d’un large public.

    Les réponses orales ne sont jamais équivalentes à des engagements écrits, mais les législateurs feront tout de même de leur mieux pour que les commissaires respectent leur parole.

    En 2019, les fonctionnaires du Parlement avaient examiné les transcriptions des auditions des commissaires devant les différentes commissions parlementaires et publié un document reprenant les engagements pris par les uns et les autres.

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 09.10.2024

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 09.10.2024

    Bonjour à toutes et à tous, nous sommes le mercredi 09 octobre, dans les titres du flash quotidien des expatriés de ce jour : Omar Ben Laden, fils du terroriste Oussama Ben Laden, est visé par une OQTF – Olivier Piton sort un nouveau livre sur Kamala Harris – Octobre Rose et les expatriées

    Le nouveau ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau expulse le fils de Ben Laden

    Omar Ben Laden, ressortissant Qatari, est arrivé légalement en France le 1er juin 2018. Après l’obtention d’une carte de séjour pluriannuelle le 13 juillet 2021, qui l’autorise à rester en France au moins jusqu’au 12 juillet 2026, il s’installe en Normandie avant de quitter le territoire en 2023 pour le Qatar. Suite à un message posté sur les réseaux sociaux à l’occasion de l’anniversaire de la mort de son père le 2 mai 2023, Omar Ben Laden est notamment accusé « d’apologie du terrorisme » et visé par une OQTF. La récente déclaration de Bruno Retaillau marque la fin des recours en justice entamés par Omar Ben Laden pour contester son expulsion. Cependant, l’homme a déjà quitté le territoire ! Si vous voulez en savoir plus sur les OQTF et leur perception dans les pays du Maghreb, nous vous invitons à consulter l’article de notre correspondant au Maroc, Rachid Hallaouy publié ce 08 octobre.

    Montage avec le fils d'Oussama Ben Laden et Bruno Retailleau
    Montage avec le fils d’Oussama Ben Laden et Bruno Retailleau

    Le conseiller des Français de Washington a repris la plume et passe l’incroyable campagne présidentielle à la loupe.

    On trouve dans le nouveau livre d’Olivier Piton, Kamala Harris la Conquérante, les 4 années de vice-présidence, ainsi que le lancement de sa campagne express. L’explication les événements qui amènent à la non-représentation à l’élection présidentielle de Joe Biden. Il explique aussi pourquoi on en arrive là, jusqu’au discours d’intronisation du 22 août. C’est une centaine de jours qu’il raconte, comment la campagne américaine bascule complètement.

    Kamala Harris dans les yeux d'Olivier Piton
    Livre d’Olivier Piton « Kamala Harris la conquérante »

    Lutter contre le cancer du sein

    Le mois d’octobre est depuis quelques années une période dédiée à la sensibilisation au cancer du sein, le fameux Octobre rose, désormais bien connu. Une opération française mais qui doit aussi atteindre les expatriées. Cette année, sur Lesfrançais.press vous pourrez retrouver les recommandations essentielles pour un séjour à l’étranger en toute sérénité. La détection de cette maladie à un stade précoce reste la clé pour maximiser les chances de guérison.

    Octobre rose : pour les expatriées aussi
    @lesfrancais.press

    C’est ainsi que se termine ce flash quotidien des expatriés, bon mercredi à toutes et à tous où que vous soyez !

    Écouter le bulletin des Français de l’étranger

  • Kamala Harris dans les yeux d’Olivier Piton

    Kamala Harris dans les yeux d’Olivier Piton

    Écouter le podcast d’Olivier Piton

    Olivier Piton est Conseiller des Français de l’étranger à Washington, avocat, mais aussi biographe. Après « Kamala Harris la pionnière de l’Amérique » (Plon) en 2021, le conseiller des FDE a repris la plume et passe l’incroyable campagne présidentielle à la loupe. Plus précisément sa candidate, toujours au centre de son deuxième ouvrage « Kamala Harris la Conquérante » (Plon).

    Une campagne présidentielle pleine de rebondissements.

    « C’est l’épisode 2 ! » explique l’auteur qui nous raconte le contenu de cette suite : « On trouve les 3 années 3/4 de vice-présidence de Kamala Harris, ainsi que le lancement de sa campagne express. L’explication les événements qui amènent à la non-représentation à l’élection présidentielle de Joe Biden. J’explique pourquoi on en arrive là. Jusqu’au discours d’intronisation du 22 août c’est une centaine de jours que je raconte. Comment la campagne américaine bascule complètement. Avec ce nouveau rapport de force et avec effectivement une candidature qui n’était pas attendue et qui n’a obtenu que les suffrages des délégués à la convention démocrate de Chicago (et non ceux des députés NDLR). Donc je raconte cette espèce de tour, incroyable de changement et de bouleversement, dans la campagne électorale américaine. J’essaie d’expliquer les raisons qui nous ont amenés à cette à cette situation. »

    Olivier Piton est clair. En cas d’élection de Kamala Harris : « Il y aura un tome 3, on verra bien. Il faut rester très prudent parce que les sondages sont extrêmement serrés entre les deux candidats. Mais une chose est sûre : c’est qu’avant le retrait de Joe Biden, la victoire de Donald Trump semblait véritablement inéluctable. En particulier après la tentative d’attentat de Butler en Pennsylvanie. Il y a un sentiment d’empathie qui touche, quoi qu’on puisse penser du candidat, quelqu’un qui a été victime d’un attentat. Il y a eu une totale redistribution des cartes avec Kamala Harris qui aujourd’hui fait totalement jeu égal dans les dans les sondages. Il est absolument impossible aujourd’hui de savoir qui sera le prochain président des États-Unis et ça peut effectivement être Kamala Harris. »

    Kamala Harris dans les yeux d’Olivier Piton
    Livre d’Olivier Piton Kamala Harris la Conquérante

    Entre tensions et surprises, l’Amérique face à son avenir politique.

    Nous avons demandé à Olivier Piton si la violence de cette campagne était comparable avec ce qui se passe en France : « Fort heureusement non. Parce qu’en France on n’en arrive pas de tel niveau d’injures et d’insultes. Même si les propos peuvent quelquefois être extrêmement dur, on n’en est pas là ! Ici, d’un côté on traite Kamala Harris de déficiente mentale et de l’autre on traite Donald Trump de quasi-putschiste et de réincarnation d’Hitler. »

    Et quant à la préférence des Français outre-atlantique : « C’est toujours un sondage au doigt mouillé parce qu’évidemment il est difficile de savoir ce que les binationaux français et franco-américain voteront. Dans une grande ville, j’ai largement plus tendance à fréquenter des gens qui voteraient a priori Kamala Harris. On a en fait une scission entre les villes qui votent plutôt Kamala Harris et les campagnes qui votent plutôt Donald Trump. Les côtes, qui votent plutôt Harris, le centre du pays qui vote plutôt Trump ; les jeunes qui votent plutôt Harris, les personnes âgées qui votent plutôt Trump, les blancs qui votent plutôt Trump, les américains issus de la diversité qui votent plutôt Kamala Harris. On va mettre « plutôt » partout parce qu’évidemment, ce n’est pas une généralité. Mais c’est quand même une tendance de fond. Vivant dans une grande ville, à Washington, j’ai plutôt effectivement tendance à rencontrer des gens qui vont voter Kamala Harris, mais j’ai aussi certains de nos compatriotes que je connais qui vont voter Donald Trump. Pour tout un tas de raisons. Je dirais donc que c’est assez représentatif de ce que va voter la population américaine. »

  • OQTF : Les enjeux de la France face aux demandeurs d’asile du Maghreb

    OQTF : Les enjeux de la France face aux demandeurs d’asile du Maghreb

    « Il faut assumer de conditionner notre politique de visas à la délivrance de laisser passer ». Cette phrase prononcée par Bruno Retailleau, ministre français de l’Intérieur, illustre le climat politique ambiant dans l’hexagone mais également au sein des pays du Maghreb. Un phrasé qui trouve un écho aussi bien à Rabat, Alger ou Tunis. Pour Driss Yazami, Président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), « Tout débat public dans une société démocratique est bienvenu et la problématique migratoire peut évidemment faire l’objet de discussions, mêmes vives.

    Encore faut-il que le débat soit aussi serein que possible, pluraliste avec l’implication de tous les acteurs et rigoureux, en mobilisant la science et la raison. Concernant les OQTF en ce moment et de manière générale concernant l’immigration, on ne peut parler de débat. Il s’agit de bruit plutôt, et souvent d’une instrumentalisation politicienne indigne, qui insuffle de la démagogie et de la haine. Et surtout lorsqu’il s’agit de faits divers et de crimes ». Il ajoute « que dans ces cas, il me semble qu’il faut exprimer la solidarité et l’empathie pour les victimes et leurs familles et que la justice passe, toute la justice et rien que la justice ». Le président du CCME regrettant l’absence de 2 acteurs essentiels selon lui dans le débat global sur les migrations, à savoir les migrants eux-mêmes et les scientifiques.

    Pour Mehdi Alioua, sociologue à l’Université internationale de Rabat, le débat sur l’immigration et les OQTF est un vieux débat qui date des années 70 / 80 en France et qui s’est exprimé sous différentes formes et contextes politiques. « Cela a pratiquement débuté sous le mandat de l’administration du Président Giscard d’Estaing, un certain discours politique distillait l’idée qu’il y avait trop d’immigrés notamment maghrébins en France, qu’il fallait stopper l’immigration et trouver les moyens d’intégrer ceux qui avaient choisi la France et renvoyer ceux qui ne l’avaient pas choisi.

    OQTH - obligation de quitter le territoire français
    @adobestock

    À ce moment-là, un dispositif avait été instauré le fameux « million des immigrés », une aide de 10 000 francs contre un retour des travailleurs étrangers et leurs familles dans leurs pays d’origines ». C’est dire l’antériorité du débat sur l’immigration dans le débat politique français et sa caisse de résonance dans les pays du nord de l’Afrique. « Dans la longue histoire des migrations humaines, qui inclue l’émigration européenne vers le nouveau monde et les anciennes colonies, les traits dominants ont été la libre circulation et le séjour irrégulier. Les premiers contrôles des flux en Europe datent des années 70 et la généralisation des visas des années 80 », précise Driss Yazami.

    Visas et réadmissions : quelles sont les dispositions juridiques ?

    Le durcissement du discours politique sur les OQTF porté entre autres par Bruno Retailleau, nouveau locataire de la place Beauveau, allant jusqu’à mettre en équation la délivrance de visas conditionnée par le nombre de laisser passer consulaires délivrés par les pays visés ne constitue pas une source de « plus » d’inquiétudes quand au devenir des relations entre la France et les pays du Maghreb.

    Toutefois, la vigilance est de mise. « Le risque sur les OQTF entre la France et les pays du Maghreb, il est et sera lié à la manière dont on va vouloir imposer aux pays d’origines comment dont ils doivent recevoir leurs propres ressortissants. Et ça c’est inacceptable car on ne peut pas expulser un Français du Maroc ou de l’Algérie vers la France sans respecter les cadres légaux nationaux respectifs et également des cadres internationaux. Il n’y a pas de raison que du côté français, on ne respecte pas le droit marocain, le droit français et le droit communautaire européen » précise Mehdi Alioua. Il poursuit « on peut durcir les procédures est possible mais cette démarche a ses limites. Et fort heureusement d’ailleurs. La France devra veiller à bien respecter le droit sauf si la France n’est plus un Etat de droit. Pour l’instant, on a une agitation politique qui est ambivalente avec d’un côté des déclarations violentes et parfois xénophobes et racistes visant la communauté maghrébine et d’un autre côté, il y a la réalité du droit et la réalité des relations  entre les pays. La France va augmenter les expulsions mais ne pourra pas atteindre les chiffres voulus et annoncés. C’est impossible ».

  • Octobre rose : pour les expatriées aussi

    Octobre rose : pour les expatriées aussi

    Le mois d’octobre est depuis quelques années une période dédiée à la sensibilisation au cancer du sein, le fameux Octobre rose, désormais bien connu. Une opération française mais qui doit aussi atteindre les expatriées. Cette année, nous partageons avec vous des recommandations essentielles pour un séjour à l’étranger en toute sérénité. La détection de cette maladie à un stade précoce reste la clé pour maximiser les chances de guérison.

    Pour rappel, Une femme sur 8 développe un cancer du sein au cours de sa vie. C’est entre 50 et 74 ans que le risque est le plus élevé. Mais quand il est détecté tôt, le cancer du sein guérit dans 9 cas sur 10.

    À l’occasion du mois de mobilisation sur la prévention et le dépistage du cancer du sein, du 1er au 31 octobre 2024, l’Institut national du cancer (InCa) lance une campagne d’information à destination des femmes.

    La campagne dont le message est « La personne la mieux placée pour vous convaincre de le faire, c’est vous », vise à sensibiliser individuellement les femmes sur les enjeux de ce dépistage.

    Le dépistage : la clé

    Le dépistage est le meilleur moyen de s’assurer qu’il n’y a rien ou de détecter un cancer précoce, et d’augmenter ainsi les chances de guérison. Il faut savoir que grâce au dépistage, plus de 10 000 cancers agressifs sont dépistés chaque année et ainsi, peuvent être soignés plus tôt.

    Le dépistage du cancer du sein est réalisé en deux (ou trois) étapes :

    1. Un examen clinique de vos seins, réalisée directement sur vous ;
    2. Une mammographie ;
    3. Et, seulement dans certains cas particuliers, une échographie. Ce sera notamment le cas si la densité de vos seins ne permet pas d’interpréter correctement la mammographie.

    Dans le cadre du programme du dépistage, une 2ème lecture systématique des mammographies est assurée, par sécurité, par un second radiologue expérimenté.

    Vous recevrez les résultats dans un délai de 15 jours environ.

    Octobre rose : pour les expatriées aussi
    @adobestock

    Comment faire à l’étranger ?

    En France, les femmes de 50 à 74 ans bénéficient tous les deux ans d’un dépistage remboursé par l’assurance-maladie. Mais qu’en est-il à l’étranger ? Cela peut varier selon le pays. Au Royaume-Uni par exemple, d’après le site de l’organisme de recherche sur le cancer du pays, le dépistage est possible pour toutes les personnes entre 50 et 70 ans qui ont des seins, incluant alors les personnes trans et non binaires.

    Au Canada, la fréquence et les âges pour une mammographie sont les mêmes qu’en France.

    Si vous êtes dans un pays où ce soin n’est pas pris en charge mais que vous êtes assurée avec la Caisse des Français de l’étranger (CFE), celle-ci prend en charge, selon son tableau de garanties, une mammographie dans le cadre d’un dépistage du cancer du sein, à hauteur de 100 % du tarif applicable en France.

    Dépistage en France ?

    Si vous désirez faire le dépistage en France, et que vous n’êtes pas affilié à la CFE ? Sachez que si vous êtes retraitée avec une pension française, vous disposez de vos droits à la sécurité sociale. Ainsi il vous suffit de prendre rendez-vous lors de votre prochain voyage dans l’hexagone (pensez à anticiper).

    Sinon, l’AP-HP accueille de nombreux patients étrangers non-résidents non cotisants dans ses 38 hôpitaux répartis en six groupes hospitalo-universitaires. L’AP-HP propose une offre de soins d’excellence. L’institution compte, parmi ses praticiens, de nombreux référents reconnus dans leur discipline au niveau national et international. Ils sont au fait des derniers développements de leur spécialité, sur les plans diagnostiques et thérapeutiques, forment de futurs professionnels et participent à des protocoles de recherche et d’innovation thérapeutique.

    Le patient ou l’institution adresseur envoie directement le dossier médical sur la messagerie sécurisée du médecin référent choisi. Le présent site détaille la liste des offres adultes et pédiatriques avec les noms et mails des médecins référents. Le médecin s’engage à émettre rapidement un avis sur la possibilité de prise en charge médicale ou chirurgicale. Quand celle-ci est possible le médecin donne son accord médical à l’administration de l’hôpital où il exerce qui alors adresse au patient un devis comprenant :

    • Les frais relatifs aux soins médicaux dont les molécules onéreuses et les dispositifs médicaux ;
    • Tous les frais hospitaliers non liés aux soins (forfait journalier, chambre individuelle…).

    L’acceptation du devis par le patient ou l’institution adresseur s’accompagne d’un prépaiement de la totalité du devis auprès de la direction des finances de l’hôpital auquel le médecin hospitalier est rattaché. Une fois le paiement confirmé, une date d’hospitalisation est communiquée au patient.

    Si vous êtes résidente dans l’Union européenne, vous devez vous rapprocher de votre organisme de couverture maladie afin de vérifier la possibilité de prise en charge totale des soins. Si c’est le cas, celui-ci vous adressera un formulaire à remettre à l’hôpital qui dispensera les soins. Si les soins ne sont pas pris en charge, il vous sera demandé de verser la totalité des frais avant l’attribution d’un rendez-vous, sur la base d’un devis.

  • Les pays en développement à la recherche d’un second souffle

    Les pays en développement à la recherche d’un second souffle

    Au cours de ce premier quart du XXIe siècle, le nombre de personnes vivant avec moins de 2,15 dollars par jour, seuil de l’extrême pauvreté, a diminué d’un milliard.

    Cependant, cette réduction a été réalisée majoritairement (à 66 %) durant les 15 premières années des années 2000. En 2022, seulement un tiers des personnes sont sorties de l’extrême pauvreté par rapport à 2013. Les progrès dans la lutte contre les maladies infectieuses ralentissent. La proportion de personnes contractant le paludisme dans les pays où la maladie sévit avait continué de baisser au même rythme qu’entre 2000 et 2012, elle serait deux fois plus faible que le niveau constaté en 2022. La mortalité infantile dans les pays en développement qui avait chuté de 79 à 42 décès pour 1 000 naissances entre 2000 et 2016, n’a diminué que de 5, entre 2017 et 2022, passant à 37. La part des enfants en âge d’aller à l’école primaire dans les pays à faible revenu est restée stable à 81 % en 2015, après avoir augmenté de 56 % de 2000 à 2014.

    L’Asie a réalisé d’importants progrès en matière de lutte contre l’extrême pauvreté et semble l’avoir éradiquée. En revanche, la situation ne s’améliore que faiblement en Afrique, en raison de la forte croissance démographique.

    Le Covid a marqué une rupture dans le processus de rattrapage de la croissance.

    Depuis l’épidémie de Covid, les moyens budgétaires alloués à la lutte contre la pauvreté au niveau international tendent à diminuer. En 2024, 700 millions de personnes vivent encore dans l’extrême pauvreté, et 2,8 milliards de personnes se trouvent dans des régions dont la croissance est insuffisante pour rattraper le retard par rapport aux pays occidentaux. Dans les années 1990, au temps de la mondialisation des échanges, les pays d’Asie du Sud-Est et d’Europe de l’Est se sont engagés dans un cycle d’expansion, avec une croissance supérieure à celle des pays de l’OCDE. Au cours de la décennie suivante, le rattrapage de la croissance s’est généralisé. Les 58 pays les plus pauvres du monde, qui abritent 1,4 milliard d’habitants, ont enregistré une croissance de 3,7 % par an entre 2004 et 2014, contre une croissance annuelle moyenne de seulement 1,4 % au sein de l’OCDE.

    La montée du protectionnisme affecte en premier lieu les pays les plus pauvres. 

    Le Covid a marqué une rupture dans le processus de rattrapage de la croissance. La montée du protectionnisme affecte en premier lieu les pays les plus pauvres. Fin 2023, le PIB par habitant en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique du Sud n’était pas plus proche de celui des États-Unis qu’en 2015. Le revenu moyen, ajusté de l’inflation, d’un Africain subsaharien est à peine supérieur à son niveau de 1970. L’année dernière, l’épargne intérieure sur le continent est tombée à 5 % du PIB, contre 18 % en 2015.

    Le nombre de nouveaux cas de sida et de VIH continue de diminuer, mais plus lentement qu’auparavant en raison de l’émergence de nouveaux foyers de la maladie dans des pays proches de l’éradication. Le nombre de cas de tuberculose est quant à lui à nouveau en hausse.

    Les pays en développement à la recherche d’un second souffle
    @adobestock

    La raréfaction de l’aide aux pays les plus pauvres

    L’aide humanitaire se fait de plus en plus rare. Au début des années 2000, le duo formé par Bono, le chanteur du groupe de rock irlandais U2, et le président George W. Bush affirmait que l’Occident avait la responsabilité morale d’aider les pays pauvres à sortir de la pauvreté. En 2005, les 72 pays les plus pauvres du monde recevaient des fonds équivalant à 40 % de leurs dépenses publiques, sous forme de prêts bon marché, d’allègements de dette et de subventions. En 2024, l’aide ne représente plus que 12 % de leurs dépenses publiques. En 2023, les flux d’aide mondiale en faveur des pays pauvres auraient augmenté de 2 % sur le papier, mais 18 % de cette aide a été utilisée par les pays riches pour gérer les réfugiés sur leur propre sol. Toujours en 2023, les 72 pays les plus pauvres n’ont attiré que 17 % de l’aide bilatérale, contre 40 % il y a dix ans. La Chine, qui s’était imposée comme l’un des principaux donateurs dans les années 2010, a depuis réduit son soutien. En 2012, les banques d’État chinoises avaient distribué 30 milliards de dollars de prêts pour des infrastructures. En 2021, ce montant n’était plus que de 4 milliards de dollars.

    Un manque d’imagination au pouvoir

    Face à la décélération de la croissance, les gouvernements des pays en développement ou émergents recourent aux anciennes méthodes de planification. C’est notamment le cas du Brésil au Cambodge, en passant par le Kenya. Les responsables politiques de ces pays s’inspirent des stratégies mises en place en Occident pour réindustrialiser ou pour limiter les importations chinoises.

    Les États pauvres utilisent de plus en plus les droits de douane, comme le font les États-Unis, pour protéger leur industrie naissante. Les responsables de la Banque mondiale constatent que les gouvernements se concentrent aujourd’hui davantage sur la relance de l’emploi que sur la productivité, ce qui risque de conduire à des investissements non rentables. Bien qu’elles aient abandonné leur doctrine libérale, les grandes institutions internationales comme le FMI ou la Banque mondiale sont de plus en plus critiquées pour leur propension à exporter les valeurs occidentales.

    « Tout est une question de plomberie. »

    La tentative d’imposer une « croissance inclusive » a poussé plusieurs pays à se tourner vers la Russie, accusant l’Occident d’ingérence. Soutenues par des économistes du développement, les organisations non gouvernementales concentrent leur énergie sur des microprojets. Le prix Nobel d’économie française, Esther Duflo, s’intéresse par exemple aux conséquences de l’introduction des ordinateurs dans les écoles indiennes. Les chercheurs insistent sur le fait que leur travail n’est pertinent que pour les pays sur lesquels il se concentre. « Il ne reste plus beaucoup de grandes idées en matière de développement », déclare Charles Kenny, du Centre for Global Development, un groupe de réflexion. Pour Esther Duflo « tout est une question de plomberie. », estimant que les petites interventions ont plus de chances de réussir que les grands projets nés de théories économiques globales.

    D’ici 2040, les régions pauvres et à faible croissance abriteront 4 milliards de personnes. La question est de savoir si les micro-interventions, comme celles d’Esther Duflo, peuvent changer la donne.

  • Migrations : selon la CJUE, un pays d’origine « sûr » doit l’être sur l’ensemble de son territoire

    Migrations : selon la CJUE, un pays d’origine « sûr » doit l’être sur l’ensemble de son territoire

    Pour qu’un État soit considéré comme un « pays d’origine sûr », lors de l’examen des demandes d’asile, il est nécessaire que toutes les régions de ce pays soient sans danger, a statué vendredi 4 octobre la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE).

    Il ne sera plus suffisant, pour considérer un pays tiers comme « sûr », que seules certaines régions ou zones de ce pays le soient, a décrété la plus haute juridiction de l’Union européenne (UE).

    « C’est une décision positive car elle renforce la protection des demandeurs d’asile venant de pays que certains États considèrent comme partiellement sûrs », explique à Euractiv Hussein Baoumi, conseiller en politique étrangère pour la branche européenne d’Amnesty International.

    Selon la législation européenne, un « pays d’origine sûr » est un pays dont les ressortissants sont présumés ne pas avoir besoin d’une protection internationale.

    Plus précisément, la directive européenne relative à des procédures communes pour l’octroi et le retrait de la protection internationale définit un pays comme « sûr » s’il dispose d’un système démocratique et peut démontrer qu’il n’y a pas sur son territoire de persécution, de torture, de traitement inhumain ou dégradant. Il ne doit pas non plus y avoir de violences ou de conflit armé.

    Si un pays est considéré comme « sûr », les demandeurs d’asile originaires de ce pays peuvent se voir refuser le statut de réfugié.

    Au contraire, si un conflit armé, des violations des droits humains ou d’autres risques importants sont attestés dans une partie d’un pays donné, le pays tout entier ne peut pas être considéré comme « sûr ».

    Certains États de l’UE renvoient des demandeurs d’asile lorsqu’ils considèrent que certaines régions de leur pays d’origine sont sûres.

    Plus précisément, la directive européenne relative à des procédures communes pour l’octroi et le retrait de la protection internationale définit un pays comme « sûr » s’il dispose d’un système démocratique et peut démontrer qu’il n’y a pas de persécution, de torture ou de peines ou de traitements qui soient inhumains ou dégradants. ©Sean Gallup / Staf
    Plus précisément, la directive européenne relative à des procédures communes pour l’octroi et le retrait de la protection internationale définit un pays comme « sûr » s’il dispose d’un système démocratique et peut démontrer qu’il n’y a pas de persécution, de torture ou de peines ou de traitements qui soient inhumains ou dégradants. ©Sean Gallup / Staf

    Qu’en est-il de la Syrie ?

    L’arrêt pourrait avoir un impact important pour les ressortissants de pays où l’on considère que certaines régions sont « sûres », et susciter un débat plus général sur la politique d’asile.

    « Un certain nombre de pays européens exercent une forte pression pour que certaines parties de la Syrie soient considérées comme ‘sûres’, afin de favoriser les retours. Nous avons constaté une pression politique croissante en ce sens », ajoute Hussein Baoumi.

    Le Danemark a ainsi déjà révoqué, ou n’a pas renouvelé, des permis de séjour de réfugiés syriens et a désigné la capitale Damas et ses environs comme des « zones de sécurité ».

    Après treize ans de conflit, la situation en Syrie est toujours dramatique, marquée par des violences continues. Le pays est aussi confronté à de grandes difficultés socio-économiques et doit faire face aux conséquences des tremblements de terre qui ont aussi secoué la Turquie en 2023.

    Dans le contexte de l’escalade des tensions au Moyen-Orient, la Syrie connaît un afflux d’exilés fuyant le sud du Liban. Selon les autorités libanaises et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 100 000 personnes se sont ces derniers jours réfugiées en Syrie.

    « Il ne s’agit pas de déclarer immédiatement ou directement que l’on ne peut expulser personne vers un pays qui n’est pas immédiatement considéré comme sûr », conclut Hussein Boumi. « Il s’agit plutôt de dire que nous devons prendre en compte l’ensemble du pays ».