Pour de nombreux Français, être né aux États-Unis relève de l’anecdote de jeunesse ou d’une simple ligne sur un passeport. Pourtant, ce qui semble être un héritage prestigieux peut se transformer en un véritable fardeau administratif et financier. Entre les obligations fiscales extraterritoriales et les restrictions bancaires, la double nationalité franco-américaine est devenue, pour beaucoup, un piège qu’ils cherchent désormais à quitter. Mais grâce à une récente annonce des États-Unis, les frais pour renoncer à la nationalité américaine viennent d’être divisés par cinq, passant de 2 350 à 450 dollars à partir du 13 avril 2026. Une mesure saluée comme une victoire par les « Américains accidentels »
Comment des Français deviennent Américains par accident ?
Aux États-Unis, le droit du sol s’applique de manière quasi absolue : toute personne née sur le territoire américain acquiert automatiquement la nationalité américaine, à l’exception des enfants de diplomates. Ce principe, inscrit dans la Constitution, fait des États-Unis l’un des rares pays au monde à accorder la nationalité de manière aussi large. Ainsi, des milliers de Français, nés aux États-Unis lors d’un séjour de leurs parents, se retrouvent, sans l’avoir choisi, avec la double nationalité.
On estime que plusieurs dizaines de milliers de Français en France sont concernés par cette situation. Beaucoup ignorent même qu’ils sont considérés comme Américains par l’administration fiscale des États-Unis, jusqu’à ce qu’une banque ou un conseiller fiscal les informe de leurs obligations déclaratives et fiscales.
Un fardeau fiscal et bancaire
Détenir la nationalité américaine implique des obligations fiscales lourdes, même pour ceux qui résident en France et n’ont plus aucun lien avec les États-Unis. En vertu du Foreign Account Tax Compliance Act (FATCA), tout citoyen américain doit déclarer ses revenus et ses comptes bancaires à l’IRS (Internal Revenue Service), sous peine de sanctions. Cette obligation s’applique même si la personne n’a jamais vécu aux États-Unis ou n’y a pas de revenus.
Et bien qu’une convention fiscale existe entre la France et les États-Unis pour éviter la double imposition, la complexité des règles et la différence entre les deux systèmes fiscaux peuvent entraîner des situations de surimposition ou des obligations administratives très lourdes.
Des lourdeurs réglementaires qui débordent d’un cadre administratif. Ainsi, les banques françaises, soumises à FATCA, doivent identifier et déclarer les comptes détenus par des « US Persons ». La plupart des établissements refusent même d’ouvrir des comptes ou de proposer des produits financiers (comme des assurances-vie ou des prêts) aux binationaux, par crainte de sanctions américaines. Il faut le plus souvent se tourner vers des établissements spécialisés comme France Pay.

Combat associatif et victoire sur les frais de renoncement
Pour beaucoup, la seule solution envisageable est de renoncer à la nationalité américaine, mais jusqu’à présent, le coût prohibitif de la procédure (2 350 dollars) en faisait un obstacle majeur.
Face à ces difficultés, des associations comme l’Association des Américains Accidentels (AAA) se sont mobilisées pour alerter les pouvoirs publics et obtenir des aménagements. La France a plaidé auprès des États-Unis pour simplifier et réduire le coût de la procédure de renonciation, notamment pour les personnes ayant des liens ténus avec les États-Unis.
Mais les recours juridiques pour faire annuler l’accord FATCA ont globalement échoué au nom de la diplomatie d’État. Cependant, une avancée majeure vient d’être actée en mars 2026 ! En effet, sous la pression diplomatique et associative, l’administration américaine vient de diviser ces frais par cinq. Le coût du renoncement tombe désormais à 450 $.
Cette réduction est le fruit d’années de lobbying visant à rendre la procédure « équitable » pour ceux qui n’ont jamais choisi ce lien avec l’Oncle Sam. Il est toutefois rappelé que la renonciation reste un acte grave et définitif, nécessitant souvent une mise en conformité fiscale sur les cinq années précédentes pour éviter une « taxe d’expatriation » supplémentaire.

Mais pour ceux qui souhaitent en finir avec les tracas liés à leur nationalité américaine, cette baisse des frais est une opportunité à saisir. Elle marque aussi l’aboutissement d’une mobilisation collective et d’un dialogue fructueux entre la France et les États-Unis.
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Américain par accident (sa mère accoucha de façon prématurée lors d'un voyage professionnel), Eric Victorien décida d'aller rejoindre ce pays qu'il ne connaissait pas à sa majorité. Il participa même à des émissions de télé-réalité. Aujourd'hui, il anime un programme radio à Los Angeles et est correspondant du site Lesfrancais.press.
























