Lecture, éloquence, gastronomie, patrimoine régional, franc-maçonnerie ou simples rencontres entre francophones : le Salon des Associations françaises a réuni samedi 3 octobre à Londres des structures très différentes. Mais derrière les stands se dessine une même réalité : une grande partie de la vie de la communauté française repose sur des bénévoles, des cotisations et des initiatives qui se poursuivent bien après la fermeture du Salon. Pourquoi donnent-ils de leur temps ? Est-il devenu plus difficile d’attirer de nouveaux membres ? Quel soutien reçoivent-ils de la France ? Et que se passe-t-il pendant les onze autres mois de l’année ? Lesfrançais.press était présent et a rencontré plusieurs de ceux qui font vivre ce réseau.
Pourquoi le Salon des Associations reste-t-il un rendez-vous important à Londres ?
Pendant trois heures, à South Kensington, les visiteurs passent d’un univers à l’autre. Un stand défend la lecture et la presse française, un autre propose de travailler son éloquence en français et en anglais. Plus loin, on parle de Corrèze, de gastronomie, de sorties entre francophones ou encore de franc-maçonnerie. Le Salon donne, en quelques mètres, un aperçu d’une vie associative française beaucoup plus vaste que les seules institutions officielles.
Au centre de ce réseau se trouve la Fédération des Associations Françaises en Grande-Bretagne (FAFGB). Lesfrançais.press avait déjà raconté le Salon des associations à Londres en 2025. Cette année, sa présidente Odile Prévot, en fonction depuis 2024, estime que la fréquentation a progressé. Elle l’attribue notamment au travail réalisé sur les réseaux sociaux et au retour d’intérêt des associations pour la Fédération.
« J’ai repris une vieille dame qui avait 80 ans et j’ai essayé de lui donner un petit peu de jeunesse. »
Odile Prévot, présidente de la FAFGB
À ses côtés, Olivier Cadic (Union centriste) retrouvait un rendez-vous qu’il connaît depuis longtemps. Le sénateur représentant les Français établis hors de France venait tout juste d’être réélu, le 27 septembre 2026, pour un troisième mandat. Sa présence, quelques jours seulement après le scrutin, rappelait-elle aussi le lien entre les élus des Français de l’étranger et le tissu associatif. Le député des Français du Royaume Uni et de l’Europe du Nord Vincent Caure (Renaissance), président de la commission des lois de l’Assemblée nationale, était aussi présent. Il a d’ailleurs remercié les bénévoles pour leurs engagements associatifs.
Le Salon était aussi l’occasion d’un premier contact pour Mustafa Soykurt, nouveau consul général de France à Londres, qui participait pour la première fois à ce rendez-vous. Il a confié à Lesfrançais.press vouloir aller à la rencontre des expatriés, des présidents d’associations et, plus largement, des Français installés au Royaume-Uni. Une présence qui illustre aussi la fonction du Salon : mettre directement en relation les institutions françaises et ceux qui font vivre la communauté sur le terrain.

Cette relance se mesure aussi, selon elle, au nombre d’adhérents. À son arrivée, la Fédération comptait 23 associations, dont certaines ne réglaient pas leur cotisation. Elle affirme aujourd’hui en réunir 44, toutes à jour de leur cotisation annuelle de 40 livres. Derrière ces chiffres, l’enjeu est surtout de remettre les associations en relation les unes avec les autres.
Pourquoi donner gratuitement de son temps ?
Le Salon montre surtout que le bénévolat ne répond pas à une seule motivation. Chez Odile Prévot, l’engagement est presque une histoire de famille. Interrogée sur le temps qu’elle consacre à la FAFGB, elle plaisante d’abord, « je pense que c’est une maladie, je suis tombée dedans », avant de revenir sur ce qui l’a construite.
« On est tous là pour travailler sur soi, pour s’enrichir mutuellement. On est des hommes et des femmes de tous horizons, de tous âges, et c’est une fraternité. »
Éric, président de la Loge Hiram
Quelques stands plus loin, Marion, d’Unipresse, parle moins d’institution que de transmission. Pour elle, promouvoir la presse française à l’étranger revient d’abord à donner aux enfants comme aux adultes l’envie de lire, quel que soit leur centre d’intérêt.
Éric, président de la Loge Hiram du Grand Orient de France à Londres, décrit pour sa part une autre forme d’engagement. La loge réunit, selon lui, une soixantaine d’hommes et de femmes autour de débats symboliques, philosophiques ou de société. Il insiste sur la dimension bénévole et fraternelle de cette participation.

Pour les structures plus récentes, l’association peut aussi devenir une manière de prendre racine à Londres. Alexandre, qui vit dans la capitale britannique tout en conservant son activité professionnelle principale en France, explique avoir voulu créer un projet local. Frenchy Frenchy est ainsi passé, selon lui, de trois personnes en novembre dernier à 150 membres aujourd’hui.
« Pour moi, la lecture, c’est une ouverture sur le monde. L’idée, c’est d’encourager les enfants et les adultes aussi à lire et se cultiver. »
Marion, Unipresse
Est-il devenu plus difficile d’attirer de nouveaux membres ?
Créer une association ne suffit pas : encore faut-il la rendre visible. C’est l’un des enjeux qui revient dans plusieurs des témoignages recueillis par Lesfrançais.press. Toutes les structures rencontrées ne disent pas manquer de bénévoles, mais certaines reconnaissent devoir continuellement élargir leur cercle et aller chercher de nouveaux participants.
« On a démarré, on était trois en novembre de l’année dernière et aujourd’hui on est 150. »
Alexandre, Frenchy Frenchy
Julien Balajas tente ainsi de développer à Londres l’antenne de La Corrèze en partage. Elle ne compte encore qu’une petite dizaine de personnes. Lui-même n’est pas corrézien d’origine : il a grandi en région parisienne, mais a vécu et travaillé cinq ans en Corrèze. Son projet est de réunir d’abord un noyau de membres, puis de proposer des rencontres autour de la littérature, de la culture et de la gastronomie du département.
« Il faut toujours rester visibles, c’est le maître mot. »
Julien Balajas, La Corrèze en partage
Le même besoin de sortir de son cercle habituel est évoqué par Arnaud Sartre, d’Experience French Toastmasters International. Ce groupe bilingue français-anglais permet à ses membres de travailler la prise de parole en public, à travers des discours préparés, des évaluations entre participants et des exercices d’improvisation. Pour lui, le recrutement est un problème courant dans le monde associatif, et le Salon sert précisément à créer des connexions qui n’existeraient pas autrement.
De quoi vivent les associations françaises au Royaume-Uni ?
La question du financement révèle des modèles très différents. Certaines structures bénéficient d’un soutien public ; d’autres vivent presque exclusivement des cotisations de leurs membres ou de l’argent avancé par leurs fondateurs.
« Le but du jeu, c’est justement de sortir de notre petit carcan, de notre petit groupe, créer des connexions avec d’autres associations, avec d’autres visiteurs qui peuvent venir nous voir, et c’est la seule et unique façon de faire redémarrer la machine. »
Arnaud Sartre, Experience French – Toastmasters International
Marion explique qu’Unipresse est financée par l’État afin de faire rayonner la culture française à l’étranger. À l’autre extrémité, Éric affirme que la Loge Hiram ne reçoit aucune aide de la France et fonctionne uniquement grâce aux cotisations de ses membres. Alexandre dit, lui, avoir financé Frenchy Frenchy sur ses propres deniers : « J’ai tout mis de ma poche. »

La Corrèze en partage repose également, selon Julien Balajas, sur le bénévolat et les cotisations. Experience French s’autofinance grâce aux frais d’inscription versés par ses membres tous les six mois. Quant à la FAFGB, Odile Prévot affirme qu’elle ne reçoit pas de financement régulier de l’État français.
Il existe néanmoins des dispositifs publics pour soutenir certains projets. Le STAFE permet de soutenir des projets associatifs destinés aux Français établis hors de France. Odile Prévot évoque une aide STAFE reçue par la Fédération avant son arrivée à la présidence, dont une partie avait dû, selon elle, être remboursée parce qu’elle n’avait pas été utilisée.
Ces témoignages montrent ainsi que « l’association française » ne correspond pas à un modèle économique unique. Entre subvention publique, cotisations, autofinancement et investissement personnel, les moyens varient fortement d’une structure à l’autre.
Que se passe-t-il pendant les onze autres mois de l’année ?
C’est peut-être la question que le Salon permet le mieux de poser. Les stands disparaissent après trois heures, mais l’essentiel du travail commence, ou plutôt continue, une fois les portes refermées.
« On va les chercher les unes après les autres, en leur demandant : faites-nous un débrief sur ce que vous voulez qu’on publie, de façon à vous faire rayonner sur la plateforme des associations françaises ici en Grande-Bretagne. »
Odile Prévot
Marion explique ainsi consacrer une grande partie de son année à promouvoir la lecture, notamment auprès des écoles. La Loge Hiram se réunit régulièrement autour de ses travaux. Frenchy Frenchy prépare des dîners, des dégustations, des sorties et son premier anniversaire. Julien Balajas veut faire grandir son noyau londonien avant d’organiser des rencontres avec des auteurs, des soirées de lecture ou des rendez-vous consacrés à la culture corrézienne.
Chez Experience French, l’activité se poursuit avec les réunions et les compétitions de discours. Deux semaines avant le Salon, le club avait organisé une compétition de discours humoristiques et improvisés. Ambre Julhia (Sia) a remporté l’épreuve d’improvisation et doit poursuivre la compétition à l’échelon supérieur, selon Arnaud Sartre.

La FAFGB, elle, cherche à jouer le rôle de caisse de résonance. Odile Prévot cite le prochain rendez-vous choral de Barcarole en décembre et explique que la Fédération sollicite régulièrement ses membres pour publier leurs actualités et accroître leur visibilité. Elle dit également pouvoir servir d’intermédiaire lorsqu’une association cherche une information administrative auprès du consulat.
Cette activité quotidienne dépasse largement Londres. Lesfrançais.press a également consacré, un tour du monde aux associations dédiées aux Français de l’étranger, où reviennent les mêmes enjeux de lien social, de bénévolat et de transmission.
Et pour les Français installés au Royaume-Uni ?
Pour les Français de Londres et du Royaume-Uni, ces associations remplissent finalement une fonction qui dépasse largement leurs activités affichées. Elles permettent de retrouver une langue, une région, une pratique culturelle, un réseau professionnel ou simplement des personnes avec lesquelles partager une expérience d’expatriation.

Le Salon fait ainsi se côtoyer plusieurs générations de la présence française en Grande-Bretagne : une loge ancienne, une fédération historique, des associations culturelles et régionales, mais aussi de nouvelles communautés nées des réseaux sociaux et des modes de vie plus mobiles. Leurs moyens diffèrent, leurs publics aussi, mais toutes reposent sur des personnes qui choisissent de donner du temps pour maintenir un lien.
C’est là que le rendez-vous de South Kensington prend tout son sens. Il ne raconte pas seulement ce qui s’est passé samedi après-midi. Il donne à voir une infrastructure humaine beaucoup moins visible le reste de l’année : celle qui organise une réunion, cherche un nouveau membre, prépare une sortie, accompagne une école, monte un concours d’éloquence ou relaie l’initiative d’une autre association.
Le Salon ne dure que trois heures. Une fois les stands démontés, les réunions, les sorties, les compétitions, les projets culturels et la recherche de nouveaux membres reprennent. À Londres, la vie associative française se joue finalement beaucoup moins pendant ces trois heures que pendant tous les mois de l’année.







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