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Les Guerres sont morales.

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Quelle limite Trump voit-il à son pouvoir ? « Ma propre morale », répond-il. Au-delà de l’excès, digne d’un monarque absolu, cet aveu : le cynisme a besoin de la morale. Les autres pays profitent de l’Amérique, les droits de douane unilatéraux sont donc justes. Les migrants seraient des parasites, ce qui justifie l’ICE. Zelensky ne voudrait pas arrêter la guerre de Poutine, ce qui justifie de lever des sanctions. Poutine aussi défend la morale : contre les nazis ukrainiens et la décadence européenne. Le voilà au sommet Russie-Afrique, dénonçant le néocolonialisme pour flatter ses hôtes. La guerre informationnelle est d’abord morale. Toute guerre est morale.

Fantasmes et morale

C’est dire à quel point elle passe par le mensonge. La Russie en Afrique ne perce pas : aucune des promesses d’investissements n’a été tenue. En revanche, la guerre informationnelle, notamment contre la France, a réussi. Et les implantations militaires, avec le pillage et les massacres de villageois par les mercenaires russes, perdurent. Mercenariat à double sens : des milliers d’Africains vont servir de chair à canon en Ukraine. Il faut bien un discours anticolonial pour justifier le colonialisme de la grande Russie, en Tchétchénie, en Géorgie, en Ukraine.

Russes et Américains ont intériorisé depuis longtemps le message moral. Le communisme faisait rêver de Santiago à Hanoï. L’Amérique brandissait la flamme de la liberté. La Chine, elle, ne pourra pas dominer le monde. Elle n’a pas d’idéal universel. Le « Rêve chinois » ne fait rêver personne en dehors de la Chine. Trop sage, peut-être. Qu’advient-il du modèle américain ? Rien : Trump l’a détruit. Il n’est pas sûr qu’un autre président le relève.

Statue de la Liberté - Symbole du modèle américain
Statue de la Liberté – Symbole du modèle américain — ©Stockadbobe

C’est ce qu’en a conclu le Canada. Dans son discours de Davos, Mark Carney, Premier ministre, avait acté la rupture de l’ancien monde et proposé l’alliance des puissances moyennes. Il le fait : le Canada devient membre associé de l’Union européenne. L’Europe représente un pôle de puissances moyennes sans volonté hégémonique, reposant sur des principes, notamment de droit. La faible Europe, malgré les États-Unis, continue à soutenir l’Ukraine. Morale de guerre. «On ne fait pas de politique avec de la morale. Mais on n’en fait pas sans », répète Malraux, à double sens. En fait, la morale est une arme de guerre.

À la fin, les peuples préfèrent la paix à la guerre, qu’il s’agisse de la paix civile ou de la paix extérieure. C’est ce qui va perdre Trump et le Parti républicain. Rien de pire que la guerre, sinon une guerre sans fin, sans gain. C’est ce qui perdra Poutine. C’est ce qui a perdu la coalition de Netanyahou. Là encore, la démocratie offre une chance extraordinaire : la paix civile. Les partis dits arabes ont emporté suffisamment de sièges pour permettre une nouvelle majorité. Quelle chance de pouvoir faire participer des Palestiniens élus au gouvernement israélien ! Les seuls Palestiniens élus ! Alors, un gouvernement capable de mener une politique de paix, et non de guerre. Paix civile et paix extérieure vont de pair.

Les guerres se veulent toujours morales, mais la guerre ne l’est pas.

Elles se justifient ainsi, autant que par l’ennemi. La gloire et l’honneur suffisent, plus que l’intérêt.

Les puissances moyennes, notamment celles qui ont besoin d’un ordre stable, se doivent de reprendre l’offensive d’une guerre « morale ». Parce qu’elles sont attaquées, parce qu’elles seront détruites si elles ne le font pas. 40 % des nouvelles diffusées sur les réseaux sociaux chinois et américains seraient des fake news, souvent alimentées par des fermes à trolls russes, chinoises, vietnamiennes, israéliennes, iraniennes, qui travaillent avec des mercenaires de tous les pays.

Il revient donc aux Européens, à leurs nouveaux alliés, à la France, qui a toujours eu l’arrogance de croire qu’elle avait quelque chose à dire au monde, de mener une guerre « morale » contre les cyniques; de détruire les soubassements des régimes immoraux. « C’est parce que nous ne sommes plus une grande puissance qu’il nous faut une grande politique, parce que, si nous n’avons pas une grande politique, comme nous ne sommes plus une grande puissance, nous ne serons plus rien », disait de Gaulle. Cela ne s’applique pas qu’à la France, mais à tous ceux qui veulent vivre en paix. La grande politique, c’est celle qui ose résister aux puissances. Donc faire la guerre. À la fin, dans une guerre informationnelle, où compte un peu la vérité, la morale peut être une arme fatale. Guerres morales, vous dis-je.

Auteur/Autrice

  • Laurent Dominati

    Député de Paris de 1993 à 2002, Ambassadeur au Honduras de 2007 à 2010, puis au Conseil de l'Europe de 2010 à 2013, il a fondé le média lesfrancais.press dont il fut le Président jusqu'en septembre 2025.

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