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Halloween aux États-Unis : ces Français qui se prennent au jeu… et ceux qui résistent

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Chaque mois d’octobre, les façades américaines se couvrent de toiles d’araignée, les citrouilles s’illuminent sur les perrons et les magasins débordent de costumes. Pour certains Français installés aux États-Unis, Halloween est devenue une affaire de famille, un rendez-vous attendu où l’on rivalise d’imagination. Pour d’autres, la fête reste étrangère, avec ses monstres, ses squelettes et ses bonbons à profusion. De la Géorgie à la Pennsylvanie en passant par la Californie, Hawa, Romain et Marjorie racontent trois façons de vivre une tradition qui, chaque automne, transforme les quartiers américains.

Des costumes, des bonbons et toute une saison à célébrer

Lorsque Hawa repense à ses premières années aux États-Unis, Halloween lui revient d’abord en grand format. À New York, son mari travaillait dans une immense salle de réception où se pressaient plus de 1 500 personnes pour les festivités. Depuis, la famille s’est agrandie et la fête a changé de décor. Non loin d’Atlanta, elle se décline désormais en une succession de rendez-vous organisés par les écoles, les communautés, les églises ou encore le pédiatre des enfants. « C’est devenu une véritable tradition familiale que nous attendons chaque année avec impatience ! », raconte Hawa.

Les Fall Festivals et les Trunk-or-Treat rythment cette période. Dans ces derniers, les enfants vont de voiture en voiture pour récolter des friandises, souvent dans des parkings aménagés pour l’occasion. La famille a également pris l’habitude de parcourir le gigantesque lotissement de la belle-mère d’Hawa, qui compte quelque 1 200 maisons. De quoi remplir les sacs des enfants, dans un décor où les illuminations et les installations rivalisent d’ampleur.

« Les gens m’arrêtaient pour prendre des photos avec moi. J’avais presque l’impression d’être une célébrité ! »

Hawa, Française de Géorgie

 

Hawa, elle, ne se contente pas de suivre le mouvement. L’année dernière, elle s’était glissée dans la peau d’Elphaba, la sorcière du spectacle Wicked, le visage entièrement peint en vert. « Les gens m’arrêtaient pour prendre des photos avec moi. J’avais presque l’impression d’être une célébrité ! », se souvient-elle. Cette année encore, les costumes se multiplient au fil des événements. Pour une croisière Disney, mère et fille avaient choisi de se déguiser en Moana. Une tenue violette permettra à Hawa de s’accorder avec l’un des costumes de sorcière de sa fille ; toutes deux ont également prévu de se transformer en Wonder Woman. Les garçons ont choisi des super-héros et des personnages de Transformers.

Cette passion du déguisement remonte à bien avant son installation aux États-Unis. « J’ai découvert Halloween à travers les films et les séries américaines, bien avant de venir vivre mon propre rêve américain ! J’ai toujours aimé me déguiser, même lorsque je vivais en France, notamment pour le carnaval de Mardi gras. Alors, forcément, Halloween était une fête faite pour moi ! », confie Hawa. Les bonbons, eux, passent au second plan.

À la maison, leur consommation reste limitée à deux ou trois friandises par enfant après la fête. Le reste est partagé avec les collègues ou conservé pour la piñata de l’anniversaire de sa fille, le mois suivant. « Il faut bien trouver une deuxième vie à tous ces bonbons ! », s’amuse-t-elle.

Une fête qui déborde largement du 31 octobre

L’enthousiasme de Hawa s’inscrit dans une tradition profondément ancrée dans la vie américaine. Halloween puise ses origines dans des célébrations anciennes associées notamment à la fête celtique de Samain, avant de prendre la forme populaire qu’on lui connaît aujourd’hui. Aux États-Unis, les traditions apportées par les immigrants, notamment irlandais, ont contribué à son développement au XIXe siècle. Au XXe siècle, la collecte de bonbons de porte en porte, où les enfants crient « trick or treat » les costumes et les fêtes de quartier se sont progressivement imposés.

Et vous, fetez vous Halloween ?
Et vous, fêtez-vous Halloween ? — crédit : Lesfrançais.press

La célébration est aussi devenue un rendez-vous commercial majeur. Les ménages américains consacrent chaque année plusieurs milliards de dollars aux costumes, aux décorations, aux bonbons et aux autres dépenses liées à Halloween. La National Retail Federation estimait ainsi les dépenses prévues à 11,6 milliards de dollars en 2024, un record à l’époque. L’industrie de la fête commence bien avant le dernier jour d’octobre, les rayons se remplissent dès la fin de l’été et les maisons se transforment au fil des semaines.

À Philadelphie, Romain connaît bien cette montée en puissance. Installé aux États-Unis depuis seize ans, il a découvert Halloween dès sa première année dans le pays, à Columbus, dans l’Ohio. Son colocataire américain était passionné de films d’horreur et l’a entraîné dans cet univers. « C’est devenu important pour moi la première année où j’ai vécu aux États-Unis parce que tout le monde la célébrait », raconte Romain. L’habitude s’est installée, et s’est même intensifiée au fil des années. Aujourd’hui, sa femme américaine partage le même goût pour cette fête.

« Ce qui est marrant avec Halloween, c’est que les costumes ne sont pas forcément que des trucs de fantômes, de sorcières, etc. Tu peux faire n’importe quoi »

Romain, Français de Philadelphie

En octobre, le couple participe à « deux ou trois soirées costumées », détaille le Français. Cette année, Romain a prévu de remettre un costume qu’il possède déjà. Sa femme, passionnée par le Moyen Âge et les univers fantastiques, s’est confectionné une tenue de château après avoir participé à plusieurs Renaissance Faires, ces rassemblements américains consacrés à la reconstitution historique et aux imaginaires médiévaux. Pour Halloween, elle reprendra ce costume. Romain, lui, sera la princesse du château.

« Ce qui est marrant avec Halloween, c’est que les costumes ne sont pas forcément que des trucs de fantômes, de sorcières, etc. Tu peux faire n’importe quoi », explique Romain. Il se souvient notamment d’un déguisement inspiré d’un perchiste français disqualifié lors des Jeux olympiques de Paris en 2024, après que son sexe avait touché la barre. Une référence sportive transformée en costume volontairement absurde, à l’image de cette fête où l’humour, la fantaisie et la dérision ont aussi leur place.

Hawa et sa famille lors d'Halloween
Hawa et sa famille lors d’Halloween — crédit : Lesfrancais.press

Ce 31 octobre, Romain et sa femme distribueront cette fois encore des bonbons aux enfants du voisinage. « Tout le monde est sur son porche et attend les gamins qui viennent demander des bonbons. Ils sont tous déguisés. C’est rigolo », raconte-t-il. La scène se répète chaque année. La fête se vit à l’échelle de la rue, dans un rituel partagé entre voisins, enfants et adultes costumés.

« Je subis Halloween, vraiment »

Marjorie, elle, n’a jamais éprouvé le même attachement. Arrivée en Californie à 25 ans, elle en a aujourd’hui 51. Halloween appartenait à son imaginaire télévisuel, à ces films et séries américains qui lui avaient fait connaître une célébration absente de son enfance en France. « Ça n’a pas de résonance d’enfance pour moi », explique-t-elle.

Ses premières années dans la Silicon Valley n’ont guère contribué à la familiariser avec la tradition. Dans les résidences où elle vivait, les habitants étaient surtout de jeunes diplômés et des couples sans enfants. La vie chère poussait souvent ces derniers à déménager lorsqu’ils souhaitaient fonder une famille et trouver un logement plus grand. Marjorie achetait pourtant des bonbons, espérant voir arriver quelques petits visiteurs. « Les premières années, j’achetais des bonbons pour distribuer aux enfants… je n’ai eu aucune visite », se souvient-elle.

« Pourquoi fêter quelque chose qui nous fait peur, nous angoisse, nous confronte à nos peurs, nos phobies et à notre propre mort finalement ? »

Marjorie, Française de Californie

La naissance de son fils, en 2009, a changé un peu la donne. L’enfant participait aux activités organisées par l’école et allait parfois faire le tour du quartier avec ses parents, chez des amis ou des membres de la famille. Halloween restait cependant une parenthèse limitée. Les grandes décorations qui envahissent certaines propriétés américaines représentaient une dépense qu’elle ne pouvait pas se permettre. Leur installation et leur rangement ne l’attiraient pas davantage.

Son désamour tient surtout à l’imaginaire de la fête. Là où Hawa voit des personnages à inventer et Romain une occasion de s’amuser, Marjorie voit des monstres, du sang, des squelettes et des scènes macabres. « Je trouve que ça n’est pas une “jolie” fête. La mort, le sang, les squelettes, les monstres… ça ne fait pas rêver. Ça fait peur ! Pourquoi fêter quelque chose qui nous fait peur, nous angoisse, nous confronte à nos peurs, nos phobies et à notre propre mort finalement ? », interroge-t-elle.

Romain et son déguisement clin d'oeil JO 2024
Romain et son déguisement clin d’oeil JO 2024 — crédit : Lesfrancais.press

Le calendrier renforce encore cette distance. En France, le 31 octobre précède la Toussaint, une période associée au souvenir des défunts et à une certaine mélancolie. La fête américaine, avec ses déguisements grotesques et ses décors spectaculaires, lui reste étrangère. Même la citrouille, omniprésente à l’automne dans les vitrines, les cuisines et les décorations, ne trouve aucune grâce à ses yeux. « Et je déteste la pumpkin sous toutes ses formes », lâche Marjorie.

Et de conclure, « j’ai adopté la fête de Thanksgiving ou le barbecue du 4 juillet, mais je subis Halloween, vraiment ! »

Dans les rues américaines, les citrouilles continueront de s’allumer, les enfants de frapper aux portes et les adultes de rivaliser de costumes ou même de déguiser leur chien…

Alors, trick or treat ?

Auteur/Autrice

  • Rachel Brunet est une journaliste française installée à New York depuis 13 ans.

    Après un début de carrière dans la presse économique à Paris, elle a rejoint la presse francophone aux États-Unis.

    Elle défend une information rigoureuse et une analyse exigeante de l’actualité.

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