En France, la question du pouvoir d’achat figure parmi les premiers sujets de préoccupation. Elle devance désormais la sécurité ou l’immigration. Les différents candidats à l’élection présidentielle seront amenés à proposer des solutions pour l’améliorer. La tentation bien française sera de trouver des moyens fiscaux ou budgétaires pour améliorer les revenus des ménages quand la solution passe par la création de richesses et les gains de productivité. Depuis le début de 2019, le pouvoir d’achat du revenu disponible brut agrégé des ménages n’a progressé que de 6,5 % et celui du salaire moyen par tête a reculé de 3,1 %. En quinze ans, ce dernier n’a augmenté que de 2 %. Le revenu disponible brut des ménages a progressé de 12 % de 2010 à 2026, notamment grâce aux prestations sociales.
L’amortisseur des aides sociales
Depuis des années, la France corrige les inégalités en jouant sur l’aide sociale. Les gouvernements multiplient les dispositifs pour compenser la faible progression des salaires. L’ampleur de la redistribution en France est importante, comme le souligne la comparaison des coefficients de Gini du revenu avant et après redistribution. Avant impôts et transferts, l’indice de Gini (0 = égalité totale, 1= inégalité totale) était, en 2023, de 0,53 ; après impôts et transferts, il n’est plus que de 0,28. L’INSEE établit que les 10 % les plus aisés disposent d’un niveau de vie 26 fois supérieur à celui des 10 % les plus modestes avant redistribution, et seulement 3,5 fois supérieur après redistribution, transferts monétaires et services publics inclus. Plusieurs candidats à l’élection présidentielle se propose d’accroître la redistribution en imposant plus fortement les ménages aisés, soit en taxant les revenus ou le patrimoine (taxe Zucman, par exemple).
L’autre voie serait de recourir à la TVA en allégeant les cotisations sociales salariées. Le pouvoir d’achat des actifs serait amélioré au détriment de celui des retraités. Il en serait de même en jouant sur la CSG. Un renforcement de la redistribution entraînerait une baisse du taux d’épargne agrégé des ménages. Ce taux s’établit à −29 % pour le premier quintile de revenus, 0 % pour le deuxième, 6 % pour le troisième, 10 % pour le quatrième et 25 % pour le cinquième. Cette baisse du taux d’épargne compliquerait le financement de l’Etat et des entreprises avec à la clé une augmentation des taux d’intérêt.
Plus travailler, mieux travailler
Sur longue période, l’amélioration du pouvoir d’achat passe non pas par l’accroissement de la redistribution dont le coût pèse sur les finances publiques mais par une augmentation des gains de productivité du travail. Or, en France, en 2026, cette dernière demeure inférieure à son niveau de 2019. Cette évolution explique la faible progression du pouvoir d’achat, même si le revenu des salariés a été soutenu par la baisse du taux de marge des entreprises observée entre 2023 et 2026. Il est passé de 38 à 36,5 % de la valeur ajoutée.

La faiblesse de la productivité en France repose sur de nombreux facteurs dont le développement de l’apprentissage qui accroît l’emploi de travailleurs à productivité initialement faible, la faiblesse des dépenses de recherche et développement des entreprises et le faible niveau des actifs. La France comptait 1 millions d’apprentis, en 2026, contre 420 000 en 2010. Pour les apprentis préparant un diplôme d’enseignement supérieur, les chiffres respectifs sont 600 000 et 100 000. Les dépenses de recherche & développement des entreprises s’élevait, en 2025, en France à 1,4 % du PIB, contre 2,2 % en Allemagne et 2,7 % aux Etats-Unis. Au sein de ces deux derniers pays, l’effort de recherche est en hausse depuis 2027 quand il stagne en France voire diminue légèrement.
Refonder l’Éducation nationale
La France est également handicapée par le faible niveau de formation des élèves et de compétences des salariés. Dans les résultats de l’enquête PIAAC de l’OCDE (score global, par score décroissant de l’enquête de 2023), la France se classe loin derrière les États d’Europe du Nord, des Pays-Bas ou du Japon. Selon le classement PISA de 2025, la France figure parmi les pays de l’OCDE les moins bien notés.
La France se caractérise, par ailleurs, par la lenteur de la diffusion des nouvelles technologies. En 2025, les entreprises utilisatrices d’intelligence artificielle représentent 59 % de l’emploi en France, contre 78 % aux États-Unis. La revalorisation des formations scientifiques et techniques est une nécessité pour prétendre enregistrer des gains de productivité.
Face à la demande d’amélioration du pouvoir d’achat des classes modestes et moyennes, la solution fiscale et sociale sera sans nul doute empruntée. Elle a comme avantage d’être relativement facile et rapide à mettre en œuvre. Ella a comme inconvénient d’être un cautère sur une jambe de bois. Elle ne résout rien ; au contraire en aggravant le déficit public, elle accroît les problèmes financiers de l’État, à commencer par les dettes que les générations futures devront supporter. La carte des gains de productivité exige du temps et de la persévérance.







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