La nouvelle application Lesfrancais.press disponible sur tous les stores dès à présent

La Chine : dépendante du marché américain !

Temps de lecture

3–5 minutes
La Chine : dépendante du marché américain !

Les Européens s’inquiètent de l’essor des importations chinoises, surtout depuis que les États-Unis ont augmenté leurs droits de douane. Confrontée à des capacités de production excédentaires et à une demande intérieure faible, la Chine compte sur la progression de ses exportations pour soutenir sa croissance. Or, le marché européen connaît une croissance ralentie, ne permettant pas à la Chine de compenser la fermeture relative des États-Unis.

Un marché intérieur en panne

Depuis 2021, la Chine doit faire face à une baisse du taux d’utilisation de ses capacités de production. Ce taux est passé de 78 à 74 % entre 2021 et 2026. Les ventes de détail en Chine sont atones depuis 2023. Le pays se caractérise par le faible poids de la consommation des ménages au sein du PIB. Elle représente, dans ce pays, 40 % du PIB, contre 70 % aux États-Unis et 50 % au Japon ou en Allemagne. Le taux d’investissement tend également à diminuer en Chine. Il est passé de 44 à 40 % du PIB entre 2014 et 2026. La croissance de l’investissement dans le secteur manufacturier est passée de 20 à 0 % entre 2022 et 2026. Les mises en chantier sont en fort recul. En 2025, plus de 500 millions de mètres carrés de logements étaient mis en chantier, contre plus de 1 500 millions en 2020. Le prix des logements neufs a diminué de 20 % entre 2019 et 2025 et celui des logements anciens de 30 %. En parallèle, le taux d’épargne des ménages reste à des niveaux élevés, à plus de 20 % du PIB en 2025.

L’économie chinoise est menacée de déflation, avec une demande intérieure faible et des surcapacités de production, un recul des prix de l’immobilier et un niveau élevé d’épargne de précaution, lié à la faiblesse des retraites et, plus globalement, du système de protection sociale, dans un contexte de fort vieillissement démographique.

Les exportations, seul levier pour le gouvernement chinois

À défaut de pouvoir relancer la consommation des ménages, les pouvoirs publics ont comme seule solution de jouer sur le moteur des exportations. Depuis 2022, leur taux de progression se situe entre 8 et 10 %. Grâce à des gains de productivité et à une montée en gamme, la Chine continue de gagner des parts de marché. Dans les prochaines années, elle pourrait être encore plus compétitive car elle accuse encore un retard en matière de robotisation. Selon les données de la Fédération internationale de robotique (IFR), la densité robotique de la Chine s’élevait à 166 robots pour 10 000 salariés en 2024, contre 449 en Allemagne, 446 au Japon ou 307 aux États-Unis. Malgré tout, le parc chinois est, en valeur absolue, le premier au monde.

Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, et le représentant au commerce américain, Jamieson Greer, avec le vice-premier ministre chinois, He Lifeng, et négociateur commercial chinois
Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, et le représentant au commerce américain, Jamieson Greer, avec le vice-premier ministre chinois, He Lifeng, et négociateur commercial chinois, à Madrid le 14 septembre 2025. ©UNITED STATES TREASURY / VIA REUTERS

Les autorités chinoises placent les exportations et les gains de productivité au cœur de leur politique économique. Depuis 2022, l’Europe est confrontée à une montée des exportations chinoises. En quatre ans, celles-ci sont passées de 40 à 50 milliards de dollars en rythme mensuel. La priorité donnée à l’Europe est liée à la montée du protectionnisme américain. Elle n’est pas sans limite, compte tenu des réactions de plus en plus hostiles des Européens face aux importations chinoises, taxation des petits colis, droits de douane sur les véhicules électriques… et de la faible croissance du Vieux Continent. Cette dernière a été de 1,5 % par an en moyenne depuis 2010. La Chine ne peut pas compter sur l’Europe pour assurer sa croissance dans les prochaines années. L’Union européenne ne représente que 15 % des exportations totales de l’Empire du Milieu. Celui-ci a besoin du marché américain pour écouler sa production.

Les exportations directes de la Chine vers les États-Unis se sont effondrées depuis 2022, passant de 55 à 35 milliards de dollars en données mensuelles. La Chine a néanmoins réussi à maintenir des flux importants vers les États-Unis par l’intermédiaire des filiales de ses entreprises en Asie du Sud-Est. Les exportations de la Chine vers l’Asie du Sud-Est sont passées de 40 à 65 milliards de dollars en données mensuelles. En parallèle, les importations des États-Unis en provenance de l’Asie du Sud-Est sont passées de 25 à 45 milliards de dollars entre 2002 et 2026, en données mensuelles.

Pour maintenir un taux de croissance acceptable, la Chine est obligée de continuer à exporter vers les États-Unis en s’appuyant sur ses filiales installées dans des pays moins exposés aux droits de douane de Donald Trump. Si ce dernier prenait des dispositions pour taxer plus fortement les pays d’Asie du Sud-Est, la croissance chinoise pourrait en pâtir.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Détaxe avec Skiptax
CFE
Toute l’actualité des Français de l’étranger avec les sites Lesfrancais.press, Lafrench.us, Lafrench.radio, etc.
https://france-pay.com/
Jouer un son