Le Japon est confronté à une atonie économique en grande partie imputable à son déclin démographique. Au 1er juillet 2026, le Japon comptait 122,9 millions d’habitants, soit 440 000 de moins qu’un an auparavant. La population de nationalité japonaise a, de son côté, diminué de 888 000 personnes, la progression de la population étrangère compensant en partie cette chute. Le nombre des moins de 15 ans a reculé de 356 000 en un an quand celui des 75 ans ou plus a augmenté de 480 000. Le taux de fécondité figure parmi les plus faibles du monde, autour de 1,1 enfant par femme loin du taux de 2,1 nécessaire pour le renouvellement des générations. Ce déclin démographique pèse sur la demande intérieure et donc sur la consommation. Pour relancer l’économie, le gouvernement de Sanae Takaichi a adopté, le 21 juillet dernier, un plan visant à mobiliser plus de 370 000 milliards de yens, soit environ 2 000 milliards d’euros, d’investissements publics et privés d’ici à 2040.
L’ère des « Sanaenomics »
Disciple revendiquée de l’ancien Premier ministre Shinzo Abe, Sanae Takaichi entend renouer avec une politique économique volontariste. Après les « Abenomics », le Japon entre dans l’ère des « Sanaenomics ». L’objectif reste le même : sortir l’archipel de la stagnation en provoquant un choc de confiance. La méthode repose moins sur une relance conjoncturelle que sur une programmation pluriannuelle des investissements. Le gouvernement souhaite ainsi rompre avec la logique des budgets annuels et garantir aux entreprises une visibilité suffisante pour engager des projets industriels de long terme.
Le gouvernement met en avant le souverainisme économique qui tend à devenir une norme à l’échelle mondiale. Depuis plusieurs décennies, les grandes entreprises japonaises ont massivement investi à l’étranger, en particulier en Amérique du Nord et en Asie, tout en limitant leurs capacités de production dans l’archipel. Ces investissements à l’extérieur s’expliquent par le fait que le marché intérieur se rétracte. Pour déjouer cette fatalité démographique, le gouvernement a retenu 17 secteurs stratégiques qui bénéficieront, pendant au moins quatorze ans, d’un soutien public, de commandes, d’incitations fiscales ou d’un assouplissement des réglementations. La défense, la construction navale, l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, le quantique, les biotechnologies et l’énergie figurent parmi les priorités. Le plan comprend également des activités plus originales comme les voitures volantes, l’aquaculture terrestre, les jeux vidéo, les mangas et les contenus audiovisuels. Ces investissements doivent améliorer la productivité, soutenir l’emploi et favoriser les hausses de salaires. L’augmentation des revenus est censée relancer la consommation, accroître les bénéfices des entreprises et, in fine, générer de nouvelles recettes fiscales. Le gouvernement espère ainsi porter la croissance nominale au-dessus de 3 % et la croissance réelle au-delà de 1 %. En avril dernier, le Fonds monétaire international ne prévoyait encore qu’une progression du PIB de 0,8 % en 2026 et de 0,6 % par an à partir de 2027. L’investissement des entreprises ne devait augmenter que de 1,1 % en 2026. Le plan gouvernemental vise donc à modifier en profondeur la trajectoire de l’économie japonaise.

Des atouts économiques en manche
Sur le plan économique, le Japon conserve de nombreux atouts : une main-d’œuvre très qualifiée, un effort de recherche important, des entreprises industrielles de premier plan et un taux d’épargne élevé. Il possède également des positions solides dans la robotique, les composants électroniques, les machines-outils, la chimie, les matériaux et l’automobile. La raréfaction de la main-d’œuvre peut, par ailleurs, accélérer l’automatisation et favoriser les gains de productivité. Le vieillissement, souvent présenté comme un frein absolu, pourrait ainsi devenir le moteur d’une nouvelle révolution industrielle.
La stratégie du Premier ministre comporte néanmoins une faiblesse majeure : son financement. Le Japon dispose déjà de la dette publique la plus élevée parmi les grandes économies. Selon le FMI, elle devrait représenter environ 203 % du PIB en 2026. Jusqu’à présent, cette dette est restée supportable grâce à des taux d’intérêt extrêmement faibles, à une épargne nationale abondante et aux achats massifs d’obligations par la Banque du Japon. Or, ces trois protections s’érodent. Le retour de l’inflation conduit la banque centrale à normaliser sa politique monétaire tandis que les investisseurs exigent une rémunération plus élevée pour financer l’État. Le rendement de l’obligation publique à dix ans a atteint 2,9 % le 9 juillet, son niveau le plus élevé depuis septembre 1996, avant de revenir autour de 2,73 % le 21 juillet. Les taux à trente ans ont, de leur côté, dépassé 4 %. La remontée des rendements s’explique à la fois par les tensions inflationnistes, la hausse des prix de l’énergie et les interrogations concernant la politique budgétaire.
La dette, le boulet de tous les occidentaux
Le gouvernement estime que l’accélération de la croissance nominale permettra de réduire progressivement le poids de la dette. Cette stratégie n’est viable que si le taux de croissance reste durablement supérieur au taux d’intérêt moyen acquitté par l’État et si les dépenses publiques provoquent réellement un supplément d’investissement privé. Dans le cas contraire, le Japon accumulerait de nouvelles dettes sans relever suffisamment son potentiel de croissance. Le choix des projets et leur évaluation seront donc déterminants. L’histoire économique est riche de plans d’investissement transformés en catalogues de subventions destinées à des secteurs politiquement bien introduits.
Les déclarations de Sanae Takaichi et de sa ministre des Finances, Satsuki Katayama, concernant le rôle du fonds public de pension GPIF ont également suscité des interrogations. Avec 293 600 milliards de yens d’actifs, soit plus de 1 800 milliards de dollars, ce fonds est l’un des plus importants au monde. Le gouvernement souhaiterait qu’il investisse davantage dans les actifs japonais. Le GPIF répartit actuellement ses placements, à parts presque égales, entre actions japonaises, actions étrangères, obligations japonaises et obligations étrangères. Une réorientation de ses investissements pourrait soutenir le yen et les marchés nationaux, mais elle ne saurait être décidée au détriment des intérêts des futurs retraités. Le Japon tente ainsi un pari avec ce nouveau plan d’investissement pour enrayer le pessimisme économique. En revanche, il risque d’être impuissant pour endiguer le déclin démographique. Sanae Takaichi a raison de considérer que l’austérité ne constitue pas, à elle seule, une politique de croissance. L’argent public n’abolit ni la démographie ni les exigences de rentabilité.







Laisser un commentaire