Une catastrophe qui végète

Une catastrophe qui végète

En Chine, pays du grand rebond, la natalité a baissé en un an de -15%. Aux Etats-Unis, la masse monétaire a été multipliée par dix en deux ans. Le Bitcoin a vu sa valeur passer de 4000$ en janvier 2020 à 48.000 $ ce mois ci. En Russie, la population baisse : 147.8 millions en 1989, 146.5 millions aujourd’hui (en fait 144 M à territoire constant, sans la Crimée). Le soja est en hausse de 50% en un an, le cuivre de + 40%. Du jamais vu depuis 50 ans. En 2020, le nombre de défaillances d’entreprise en France a baissé de 39% alors que l’économie chutait de -10% : Un  non sens de plus. L’Etat « libéral » américain a injecté l’équivalent monétaire de 13% du PIB dans l’économie. De l’argent qu’il emprunte, qu’il crée, personne ne sait plus.

Du jamais vu 

Comme les évènements actuels défient tous les critères de normalité habituels, il faut bien essayer d’appliquer une grille de lecture théorique au monde. Le mot « chaos » vient à l’esprit. Mais la théorie du chaos est plutôt celle d’un ordre caché, de figures répétitives à l’infini.  

La « théorie des catastrophes », qui lui est proche, convient mieux au spectacle du monde : « l’essence de la théorie des catastrophes est de ramener les discontinuités apparentes à la manifestation d’une évolution lente sous-jacente. Le problème est alors de déterminer cette évolution lente qui, elle, exige en général l’introduction de nouvelles dimensions, de nouveaux paramètres », explique René Thom, ce médaillé Fields qui en fut l’inventeur.

La théorie des catastrophes 

Les « Discontinuités apparentes » sautent aux yeux tous les jours. « Évolution lente sous jacente » : la révolution digitale. « Nouvelles dimensions » : l’Asie, l’espace, le climat, l’océan, l’infiniment petit des nanotechnologies, l’intelligence artificielle. « Nouveaux paramètres » : difficile à travers nos schémas de décrire l’évolution du monde. Faut-il mesurer le PIB ou la température ? L’espérance de vie, les taux de natalité ou le nombre de covidés ? Le taux de surcharge pondéral (obésité) ou la malnutrition ? Le cours du Brent ou celui du bitcoin ? Le nombre de votants ou celui des migrants ?

Ce qui doit être mesuré pour les Etats, pour les êtres humains, comme pour toute espèce vivante, c’est la capacité à résister aux catastrophes. Le mot est trompeur. Une catastrophe n’est finalement ni un choc, ni un traumatisme, c’est plus encore : un bouleversement total, involontaire, incompréhensible. Ou simplement un voyage, une vie : la traversée des catastrophes. Certains s’effondrent, d’autres se révèlent. 

Vivre dans la peur

Rien que la « petite » révolution de la mondialisation (petite au regard des autres comme la digitalisation ou l’Intelligence Artificielle) engendre des effets contradictoires. Les uns la vivent comme une chance extraordinaire de sortir de la pauvreté et de s’affranchir de conditions politiques oppressives. Les autres la voient comme un appauvrissement. (Alors qu’on s’aperçoit avec la coronacrise à quel point la démondialisation est une catastrophe bien plus terrible.)

En France, nous vivons dans la peur. Plus de la moitié des Français souhaitent se reconfiner. Vite le cocon. Et plus de la moitié des Français refusent toutes les mesures prises au nom du confinement : Cocon et confusion mentale. Nous subissons une désagrégation lente, insidieuse, permanente: une catastrophe qui végète. Rien, pourtant, ne nous condamne à subir. 

La crise du Covid devrait nous faire toucher le fond. L’Etat, tel qu’il est, aussi protecteur veuille-t-il être, fonctionne mal, toujours avec retard. Et s’arroge des pouvoirs qu’il n’a jamais eu. L’économie française est à nu. Fabriquer des masques ne demande pas une technologie de pointe. Nous en avons importé pour 6 milliards de Chine. Nous avons perdu l’excellence médicale et pharmaceutique, alors que Russes, Chinois, Américains, Britanniques, Allemands, trouvent, face à la catastrophe du virus des réponses, des réussites, des vaccins. Le pire, face à une catastrophe, est l’incapacité à réagir, l’immobilisme. 

Il nous faut dix ans pour construire un kilomètre de métro, il a fallu moins de dix ans pour construire le métro en 1900. Face à la catastrophe, renouer avec les réussites est une question de survie. A condition de tout revoir : le fonctionnement de l’état, (puisque tout commence par là), de l’économie, de la recherche, de l’enseignement, du savoir.

Tout est à revoir 

Nulle fatalité : il y a quelques années le Portugal et l’Irlande étaient ruinées. Ils se sont remis. Il y a peu les Etats baltes étaient sous le joug, ils étonnent par leur vitalité. La Finlande était pauvre, elle est un des pays les plus riches du monde. La Corée était rasée par les bombes, elle est en pointe de la richesse… et des libertés. Mille exemples abondent. On dira : « Ah, cela n’a rien à voir avec la France ». C’est exact. La France a mille fois plus d’atouts, de facilités. 

La catastrophe qui végète doit être l’occasion de faire place à une créativité nouvelle. Car c’est la France qui végète ; le monde, lui, va de catastrophe en catastrophe, comme d’habitude. Savoir réagir, c’est vivre. Et comment font les Français de l’étranger pour s’adapter à des mondes différents du leur ? Cette expérience là est une chance, les Hexagonaux devraient en profiter.

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