Les Pouvoirs publics ont ils encore de grands projets ?

Les Pouvoirs publics ont ils encore de grands projets ?

Après la Seconde Guerre mondiale, par nécessité au nom de la reconstruction et par philosophie, afin de tourner la page des années 1930, les États se sont investis dans la recherche fondamentale ainsi que dans des grands projets structurants qui ont, parfois, changé le cours de l’histoire économique. 

La bataille de l’espace a débouché sur des applications civiles importantes en matière de télécommunication. De même, afin de sécuriser les transmissions en cas d’attaques nucléaires, les Américains ont développé un réseau de communication décentralisé qui est à l’origine d’Internet.

Volontarisme public 

En France, le supersonique Concorde, les centrales nucléaires, le train à grande vitesse ou le Minitel furent initiés par les pouvoirs publics. Les filières aéronautiques française et européenne doivent beaucoup aux États. Ce volontarisme public s’est étiolé dans les années 1980. D’un côté, les tenants du libéralisme ont souligné l’inefficience, pas toujours infondée, de nombreux projets publics, de l’autre, les gouvernements ont jugé plus opportun de consacrer des sommes croissantes à la protection sociale afin de lutter contre les inégalités. Ces dépenses sociales ont l’avantage d’avoir un effet quasi immédiat quand les retombées d’un grand projet nécessitent plusieurs années. 

Etat nounou, Etat stratège

Sous cette double pression, les dépenses d’investissement ont reculé. L’État a donc abandonné son habit de stratège au profit de celui de «nounou » pour reprendre l’expression de l’écrivain Mathieu Laine (Infantilisation, cet État-nounou qui vous veut du bien). Le choix délibéré du court terme est, en partie, le produit de la société d’hyper-information qui s’est imposée en maître absolu depuis quarante ans. La dictature de l’immédiat est la norme. Les propos des responsables publics sont décryptés de manière psychanalytique parfois avant qu’ils ne les aient exprimés.

Choix du court terme 

En parallèle, la judiciarisation de la vie publique incite les responsables à se couvrir en permanence avec, à défaut d’une prise de risque, l’immobilisme. Ainsi, dès le début de l’épidémie, des commissions d’enquête ont été créées en France et des plaintes à l’encontre de plusieurs ministres ont été déposées. 

L’inaction peut également être jugée comme en témoigne la récente décision du Tribunal administratif de Paris qui a reconnu l’État responsable de « manquements dans la lutte contre le changement climatique » à la demande de plusieurs associations. En temps réel, les dirigeants doivent rendre des comptes aux juges, à la presse, aux réseaux sociaux, à l’opinion.

De nouvelles aventures collectives 

Dans une société hyperconnectée, les sollicitations en réponse aux attentes, aux besoins sont sans limite. Toutes les catégories sociales, toutes les parties et sous-parties de la population se placent en position de victimes afin d’obtenir une reconnaissance et éventuellement des aides. L’énergie déployée pour répondre à ces sollicitations laisse de moins en moins de temps utile pour la stratégie et l’action. L’empathie et la repentance priment sur les actes. L’économie du spectacle se dévore à force de se contempler. 

Pour remobiliser les populations qui sont contraintes, en raison de l’épidémie, de vivre au jour le jour, les États, les gouvernements se doivent de relever la ligne d’horizon non pas sous forme de promesses sans suite mais sous forme de réelles aventures collectives. Il est plus facile de se complaire dans la critique et dans les détails que d’opter pour l’ambition. 

La transition énergétique tout comme le vieillissement de la population sont vécus comme des contraintes quand elles sont potentiellement des sources de progrès. La fusion nucléaire, la création d’une filière d’hydrogène vert, la capture du CO2 ou la lutte contre le cancer ou Alzheimer sont autant de projets que les pouvoirs publics se doivent de porter. 

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