Tribune : Le fascisme et les nouvelles droites radicales : entre différences et similitudes

Tribune : Le fascisme et les nouvelles droites radicales : entre différences et similitudes

Dans le cadre de nos articles consacrés aux élections consulaires 2026 des Français de l’étranger, nous prenons aujourd’hui la direction de l’Espagne ou, dans la circonscription de Barcelone, Youssef Hanayen mène la liste « Pour une gauche de rupture, sociale, citoyenne, écologiste et solidaire – Pour des budgets à la hauteur des besoins du service public consulaire, du réseau AEFE, des associations FLAM ». Dans cette tribune le candidat présente son analyse des différences et des similitudes entre le fascisme et les nouvelles droites radicales.

Lire la tribune de Youssef Hanayen

Né au XXe siècle dans un contexte de crises économiques, politiques et identitaires, le fascisme s’est tragiquement imposé comme une réponse autoritaire destinée à restaurer la grandeur nationale. Bien que les régimes fascistes aient disparu après la Seconde Guerre mondiale, leurs idées ont perduré et se sont renouvelées dans les reconfigurations politiques contemporaines. Car si les régimes fascistes historiques ont été annihilés lors de ce conflit majeur, les idées qui les ont nourris ne se sont pas totalement évaporées pour autant. Elles ont évolué, se sont transformées… jusqu’à trouver de nouvelles formes d’expression au sein des dynamiques politiques actuelles, nous faisant craindre, par la même occasion, une résurgence du modèle fasciste historique.

Nombreux sont les auteurs qui se sont prêtés à l’exercice de définir le fascisme. De Raymond Aron à Pierre-André Taguieff, en passant par Umberto Eco, tous ont proposé des définitions pertinentes que nous synthétiserons du mieux possible. Le fascisme est donc une doctrine politique populiste née en Italie dans les années 1920. Il repose sur un parti unique, le culte du chef, l’exaltation de la nation et le recours à la violence politique. Au service d’un idéal collectif suprême, il s’illustre aussi par une aspiration à atteindre. Dans un contexte de frustration nationale et de peur du communisme, le fascisme triomphe avec la Marche sur Rome en 1922. C’est le début de la dictature fasciste.

Piero Ignazi est le premier politologue à évoquer les nouvelles droites radicales. Elles se caractérisent par le retour d’un nationalisme exacerbé, le rejet de l’immigration, du multiculturalisme, de certaines évolutions sociétales (féminisme, minorités sexuelles et de genre…), ainsi qu’une critique de la mondialisation et de l’Union Européenne.

Le spectre idéologique de cette famille politique s’étend du populisme de droite jusqu’à des formes plus extrêmes, telles que le nationalisme identitaire ou le néofascisme. Bien que certains de ces mouvements s’inscrivent dans un héritage partiellement lié au fascisme, ils rejettent généralement cette étiquette en raison de sa forte connotation négative. En effet, l’histoire a laissé des traces indélébiles dans la mémoire de l’humanité et il apparaît dès lors impossible de se revendiquer héritier de cette idéologie sans en subir un coût électoral significatif.

Ainsi, les nouvelles droites radicales surgissent à la fin des années 1950. La chute des régimes fascistes n’ayant pas entraîné la disparition de leurs idées, les idéologies néofascistes ont continué de profiter de la vitalité de conceptions et d’idéaux qui, entre les années 1930 et 1940, ont bénéficié d’une importante base de soutien social et politique (les masses étant un élément moteur de l’épanouissement du fascisme historique). Par conséquent, malgré leur marginalisation dans l’Europe d’après-guerre, des idées fascistoïdes ont curieusement perduré, évolué et se sont adaptées à leur époque. C’est dans ce contexte que naissent les nouvelles droites radicales. Elles se distinguent de leur infâme ancêtre du fascisme classique par leur acceptation formelle de la démocratie, tout en remettant en cause les droits des minorités définies selon des critères ethniques, culturels, religieux ou liés à l’orientation sexuelle.

Au XXIe siècle, la mondialisation et le développement de sociétés multiculturelles s’accélèrent. Les nouvelles droites radicales développent alors une rhétorique populiste dénotant une opposition entre « le peuple » et « les élites », accusées de promouvoir des transformations démographiques et culturelles profondes. C’est la fameuse théorie du « grand remplacement ». Se positionnant en opposition à ces transformations, ces mouvements se rejoignent dans le rejet de l’immigration et d’une prétendue islamisation des sociétés occidentales.

Près de cent ans après la Marche sur Rome, l’arrivée au pouvoir de dirigeants héritiers de ces courants permet de mettre en exergue les similitudes avec le fascisme historique. De même que le libéralisme contemporain diffère de celui du siècle dernier, l’extrême droite contemporaine a adapté son discours et sa dialectique. Si bien que, comme toute idéologie, le fascisme a évolué. Néanmoins, ces systèmes de pensée se caractérisent par la permanence de principes et de valeurs aisément identifiables à travers le temps. Lorsque les libéraux parlent de liberté, les nationalistes préfèrent, quant à eux, souligner le danger des changements rapides et les limites de la raison humaine.

En outre, de la même manière que les fascistes promettaient une renaissance nationale, s’engageant à restaurer la grandeur de leurs pays respectifs, les responsables politiques des nouvelles droites radicales expriment une crainte face à ce qu’ils perçoivent comme une décadence de leur culture, de leur langue (écriture inclusive) et de leur société.

En l’occurrence, l’exemple de Donald Trump constitue un cas particulièrement révélateur des points de convergence possibles entre les nouvelles droites radicales et des éléments constitutifs du fascisme historique. Sans pour autant l’y assimiler strictement, cette comparaison met en lumière des dynamiques communes, notamment en matière de rapport au pouvoir, au peuple et à la nation.

Youssef Hanayen participant à une manifestation, le 31 janvier 2023, devant le consulat de France à Barcelone, en soutien aux syndicats français mobilisés contre la réforme des retraites portée par le gouvernement Borne.
Youssef Hanayen participant à une manifestation, le 31 janvier 2023, devant le consulat de France à Barcelone, en soutien aux syndicats français mobilisés contre la réforme des retraites portée par le gouvernement Borne. ©Marea Pensionista de Catalunya

Le discours trumpien s’inscrit dans une rhétorique populiste opposant le peuple aux élites, accusées d’être corrompues et déconnectées. Parallèlement, son nationalisme affirmé, illustré par les slogans « America First » ou « Make America Great Again », repose sur l’exaltation de la puissance et de l’identité nationale. Dans le cadre du trumpisme, c’est d’ailleurs l’objectif explicitement affirmé par ces slogans qui constitue l’idéal collectif suprême auquel aspirent militants et responsables politiques.

En ce qui concerne le versant autoritaire, l’analyse des actions du milliardaire s’avère également éclairante et suscite des interrogations quant au respect des équilibres démocratiques. Donald Trump a par exemple eu recours à la grâce présidentielle pour protéger certains membres de son entourage politique, incluant des alliés impliqués dans des tentatives de contestation des résultats électoraux. Dans le domaine universitaire, les mesures controversées se sont multipliées. La censure s’est accentuée dans la recherche académique provenant des sciences sociales, ciblant précisément des thématiques relatives au climat, au genre, à l’inclusion ou à la diversité.

Sur le plan régalien, le déploiement de la garde nationale et des agents de l’immigration, en particulier ceux de l’« ICE », a aussi suscité des débats. Ce recours aux forces fédérales, sans concertation préalable avec les administrations locales, est assimilable à une utilisation extensive, voire inédite, des prérogatives présidentielles.

Le culte de la personnalité de Donald Trump est également omniprésent. Le nom du président a de ce fait été ajouté à la façade du Centre Kennedy à Washington. Sa signature apparaîtra bientôt sur certains billets de banque américains et il est comparé au Christ par Paula White, la conseillère principale du Bureau de la Foi de la Maison Blanche et conseillère spirituelle de l’homme d’affaires américain.

Enfin, la valorisation de la force et de la violence politique se manifeste aussi de manière prononcée dans le discours et les pratiques du président américain. Chaque interaction diplomatique avec des représentants de puissances étrangères tend à devenir le théâtre de l’expression d’un rapport de force. De même, la communication de l’armée américaine dans les conflits récents auxquels elle a été associée peut être interprétée comme révélatrice d’un culte de la puissance et de la domination.

Il apparaît dès lors que les évolutions observées au sein de l’administration de Donald Trump s’inscrivent dans une dynamique de réaffirmation de logiques proches du fascisme traditionnel. Bien que ces dynamiques soient généralement moins marquées chez d’autres représentants des nouvelles droites radicales, les similitudes n’en demeurent pas moins nombreuses.

Historiquement, les régimes fascistes se caractérisaient notamment par la glorification du combat, des valeurs martiales et par la défense de hiérarchies strictes entre les nations, les genres et les races. Ces dernières étaient perçues comme engagées dans des luttes permanentes. Si les discours contemporains se veulent explicitement moins violents, de nombreuses logiques d’exclusion et d’opposition entre groupes persistent néanmoins. En effet, au cœur de l’extrême droite contemporaine, l’origine ethnique ou religieuse fait encore l’objet de critères de différenciation et de stigmatisation. Dans ce cadre, l’idée d’un conflit de nature civilisationnelle continue d’occuper une place non négligeable de leur pensée. Cette idée s’accompagne d’ailleurs d’une nouvelle forme d’impérialisme, un trait déjà fortement présent dans le fascisme classique, à travers ce que l’on peut qualifier d’« impérialisme culturel », c’est-à-dire la volonté d’imposer sa culture au détriment des autres.

De plus, la construction discursive instaurant une dichotomie entre « nous » et « eux » est sans cesse utilisée et instrumentalisée par les nationalistes contemporains, opposant les Européens « de souche » aux descendants d’immigrés, les chrétiens aux musulmans et, plus largement, l’Occident à l’Orient. Leur remède est sans équivoque : une politique d’exclusion visant à protéger une identité nationale perçue comme menacée.

Dans une logique comparable à celle du fascisme classique, les nouvelles droites radicales défendent également des rôles traditionnels de genre et s’opposent au féminisme moderne. Elles veillent à la sauvegarde du patriarcat et de l’image de la famille traditionnelle, s’opposent au droit à l’IVG et prônent une politique nataliste visant à empêcher le « remplacement » du peuple originel.

Youssef Hanayen participant à une manifestation, le 31 janvier 2023, devant le consulat de France à Barcelone, en soutien aux syndicats français mobilisés contre la réforme des retraites portée par le gouvernement Borne.
Youssef Hanayen participant à une manifestation, le 31 janvier 2023, devant le consulat de France à Barcelone, en soutien aux syndicats français mobilisés contre la réforme des retraites portée par le gouvernement Borne. ©Marea Pensionista de Catalunya

Un autre point de convergence notable entre le fascisme classique et les nouvelles droites radicales réside dans leur ancrage à « la droite de la droite » de l’échiquier politique ainsi que dans certaines orientations néoconservatrices qui en découlent. Ces courants se rejoignent notamment dans leur soutien à des réductions significatives des politiques sociales, à des baisses importantes de la fiscalité et à la recherche d’une proximité avec les milieux patronaux.

Par ailleurs, il existe une phobie commune à l’égard de la gauche (de la gauche radicale à la social-démocratie). Celle-ci est fréquemment disqualifiée et assimilée au communisme.

À l’aune d’une ère marquée par la multiplication des crises, l’insécurité économique, l’incertitude quant à l’avenir, le discrédit du système de partis traditionnels et la défiance croissante à l’égard de « l’autre » qu’il s’agisse de l’immigré en situation irrégulière, de l’immigré précaire ou du descendant d’immigrés pourtant pleinement intégré juridiquement, s’accompagnent d’un sentiment plus large de perte de repères face à un monde en profonde mutation. Ce climat n’est pas sans rappeler les instabilités des années 1930, lesquelles avaient favorisé l’émergence et l’enracinement du fascisme.

Le poids du passé, et en particulier le traumatisme historique associé au fascisme, empêche l’appropriation pleine et entière de son héritage. De nombreuses formations issues des nouvelles droites radicales ont ainsi entrepris de rompre avec les éléments les plus controversés de leur passé. À titre d’exemple, Marine Le Pen avait pris ses distances avec les fondateurs du Rassemblement National, issus pour certains de la Waffen-SS et son père Jean-Marie Le Pen condamné à de multiples reprises par la justice française pour propos injurieux, menaces, déclarations à caractère raciste, agressions, ainsi que pour des positions relevant du négationnisme. Celui-ci, connu notamment pour avoir minimisé la portée de la Shoah, a été progressivement écarté du parti, allant jusqu’à perdre son statut de président d’honneur.

Pour sa part, à travers des déclarations aujourd’hui largement controversées, Giorgia Meloni revendiquait dans sa jeunesse certaines positions favorables à Benito Mussolini. Elle a depuis adopté une posture plus prudente, se montrant plus réservée lorsqu’elle est interrogée sur cet héritage.

L’héritage fasciste, difficile à assumer, a donc fait l’objet d’un processus de révision à la fois idéologique et stratégique. Afin de leur permettre de s’insérer durablement dans les institutions démocratiques, ce processus a conduit ces mouvements à abandonner les perspectives explicitement autoritaires, à accepter le cadre démocratique et à chercher à établir des passerelles avec les forces de la droite traditionnelle. Toutefois, comme semble l’illustrer le cas de Donald Trump, des mécanismes hérités du passé continuent de ressurgir, rappelant que ces évolutions ne signifient pas nécessairement une rupture totale avec les logiques antérieures.

Aussi nous appartient-il de faire preuve de vigilance et de lucidité. Les dynamiques économiques, politiques et sociales s’opérant de l’autre côté de l’Atlantique finissent toujours par atteindre notre continent. Or, le substrat idéologique commun aux nouvelles droites radicales et au trumpisme est déjà à l’oeuvre en Europe. Et comme l’a récemment rappelé Johann Chapoutot dans Les Irresponsables, la fascisation des sociétés peut s’opérer de manière insidieuse, notamment en raison du manque de réactivité du corps social. Il importe alors d’être attentif aux évolutions en cours et de ne pas sous-estimer leur portée. Gramsci disait : « l’histoire enseigne mais personne n’écoute ». Prouvons qu’il avait tort !

Youssef Hanayen, tête de liste « Pour une gauche de rupture, sociale, citoyenne, écologiste et solidaire – Pour des budgets à la hauteur des besoins du service public consulaire, du réseau AEFE, des associations FLAM »

Pour les élections consulaires concernant les Français de la circonscription de Barcelone en Espagne 5 Conseillers des Français de l’étranger sont à élire et 2 délégués consulaires. Le scrutin se tiendra du 22 au 27 mai (12h heure de Paris) par Internet, et le 31 mai à l’urne. Cinq listes ont été déposées, voici l’ordre de présentation après le tirage au sort : (cliquez ici)

  1. Liste indépendante des Français de l’étranger / BOURBON Pascal
  2. Vivre ensemble, agir pour tous / HORN Guillaume
  3. Agissons ensemble pour les Françaises et Français d’Espagne, pour l’écologie et la solidarité avec vos élues et élus de terrain / LE BERRE Renaud
  4. S’engager ensemble : Aragon, Baléares, Catalogne / de MARCELLUS Baudouin
  5. Pour une gauche de rupture, sociale, citoyenne, écologiste et solidaire – Pour des budgets à la hauteur des besoins du service public consulaire, du réseau AEFE, des associations FLAM / HANAYEN Youssef

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