Tour d’horizon : Les frontaliers votent pour le Luxembourg et la Suisse

Tour d’horizon : Les frontaliers votent pour le Luxembourg et la Suisse

février 9, 2019 0 Par Fabien Ferasson

En 2015, la France comptait 375 000 travailleurs frontaliers exerçant une activité salariée ou non à l’étranger, dans un pays où ils se rendent quotidiennement ou au moins une fois par semaine. Une sur deux travaille en Suisse et une sur cinq au Luxembourg. Dans les territoires limitrophes du Luxembourg, 20 % des actifs sont des travailleurs frontaliers. Ce taux est de 15 % pour la Suisse. Les territoires proches des frontières connaissent une augmentation de leur population en raison du caractère attractif des marchés de l’emploi étrangers. Ce sont des couples jeunes qui décident de s’installer à proximité des frontières.

Les territoires proches de la frontière espagnole font exception avec un léger déficit naturel côté français. En revanche, ces territoires compensent par un solde migratoire positif. Ils accueillent de nombreux retraités.

Deux tiers des frontaliers résidant en France travaillent en Suisse et au Luxembourg. Le Luxembourg et la Suisse sont au cœur des échanges frontaliers avec la France. Ces deux pays bénéficient d’une accessibilité géographique relativement facile, d’un niveau de rémunérations plus élevé, d’un faible taux de chômage et d’une faible barrière linguistique, ce qui les rend attractifs pour les Français.

 L’Allemagne et Monaco emploient chacun 5,9 % des actifs des zones frontalières voisines, tandis que la Belgique en accueille 2,4 %. L’Espagne, l’Italie et Andorre réunis n’en captent que 0,6 %.

La France attire quant à elle beaucoup moins de travailleurs frontaliers. Environ 10 000 salariés résident dans les territoires étrangers voisins et viennent travailler côté français (hors travailleurs détachés), dont la majorité de Belges. Le dynamisme économique de la Suisse joue sans doute en faveur d’une hausse de la population côté français.

La Suisse est la première destination des travailleurs frontaliers

La Suisse est la première destination des travailleurs frontaliers en provenance de la France métropolitaine. Comme au Luxembourg, le marché de l’emploi y est plus attractif, avec un taux de chômage nettement plus bas qu’en France et des rémunérations plus élevées : en 2014, le salaire brut mensuel moyen est deux fois supérieur en Suisse et 50 % plus élevé au Luxembourg qu’en France. Le nombre d’habitants s’accroît dans les zones d’emploi facilement accessibles par l’autoroute depuis Genève, notamment celles du Genevois français (+ 2,3 %), d’Annecy et de Chambéry (+ 1,4 % et + 1,0 %), ainsi que dans les zones limitrophes des cantons de Bâle, de Vaud et de Neuchâtel (entre + 1,2 %et + 0,7 % par an) tout comme celles du Pays de Gex dans l’Ain. Dans ces territoires, le solde naturel et le solde migratoire contribuent tous les deux à l’augmentation de la population de part et d’autre de la frontière, particulièrement en Haute-Savoie et dans l’Ain (Pays de Gex) où se loger revient moins cher qu’à Genève, malgré le coût élevé du foncier dans ces territoires frontaliers. La population des zones françaises frontalières de la Suisse est globalement plus jeune que celle de leurs voisins.

La Belgique et l’Allemagne sont peu attractives

Malgré un espace francophone commun, la Belgique attire beaucoup moins de travailleurs frontaliers que la Suisse et le Luxembourg en raison d’une situation économique moins favorable. Néanmoins, près de 34 000 personnes résidant à proximité de la frontière vont y travailler. Le niveau moyen des salaires y est plus élevé qu’en France (14 % de plus en 2014).

L’Allemagne attire relativement peu de travailleurs en provenance de France bien que son taux de chômage y soit bien plus faible. La concurrence luxembourgeoise et suisse, la barrière de la langue, ainsi que le niveau des rémunérations comparable à la France n’incitent pas les résidents français à traverser la frontière pour y aller travailler.

L’Espagne et l’Italie, délaissées

Les échanges de travailleurs entre la France et l’Espagne et l’Italie sont très peu nombreux. Les barrières naturelles jouent sans doute grandement, tout comme le faible dynamisme de l’emploi et le niveau des rémunérations moins élevé (en 2014, le salaire brut moyen est respectivement 30 % et 10 % plus faible en Espagne et en Italie qu’en France). Le développement des transfrontaliers pose une série de problèmes que ce soit en termes de protection sociale d’infrastructures de transports et de coopérations entre les collectivités territoriales de part et d’autre des frontières. L’épineux dossier de la CSG encours de règlement après plusieurs condamnations de la France prouve que la question du travail transfrontalier n’est pas anodine en matière de finances publiques.

Un article publié sur le site de notre partenaire

extrait de Lorello Ecodata, lettre d’information économique confidentielle avec l’autorisation de son Président, Philippe Crevel, économiste

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