Souplesse démocratique européenne

L’Europe n’est pas morte, la démocratie non plus, loin de là. Toujours des surprises et des contradictions, comme il se doit dans des systèmes démocratiques. Au final, malgré tout, une certaine sagesse chez les peuples d’Europe.

  1. Les Européens ont voté plus que d’habitude.

Les Français ont voté comme la moyenne des Européens : Un peu plus de 50%, presque 51%. Le meilleur score, en France, depuis 1994. Un score voisin de celui des législatives, supérieur à celui des élections départementales ou régionales. En Europe, la participation est la plus forte depuis 1989. Le pays où l’on vote le plus, la Belgique : 89%, le vote y est obligatoire. Celui où l’on vote le moins, la Slovaquie. Même si la participation traduit une sorte d’européanisation de la vie politique, les élections européennes restent des scrutins nationaux.

  1. Les élections restent nationales.

Ici les Sociaux-démocrates l’emportent (Pays-Bas) ; là ils disparaissent (Italie). Les populistes l’emportent (France, Italie, Royaume-Uni), mais la majorité reste franchement pro européenne. Le duopole Conservateurs-Socialistes perd la majorité, mais plutôt au profit des Libéraux et des Verts, eux aussi pro européens. En Grèce la droite revient, en Espagne elle fond. A chaque fois, la configuration politique l’emporte sur un mouvement général continental.

  1. le PPE reste central, libéraux et écolos progressent.

Un  point reste certain : difficile de construire une majorité sans le PPE. La vague eurosceptique  s’étiole, d’autant plus que certains partis eurosceptiques, comme la Ligue italienne ou le Rassemblement national français ne prône plus l’abandon de l’Euro et encore moins la disparition de l’Union Européenne. L’extrême droite cale au Pays Bas, en Slovaquie ou en Finlande. Au Royaume-Uni, le parti du Brexit l’emporte, mais les partis anti Brexit aussi. Globalement, pas de vague eurosceptique.

  1. L’écologie remplace le socialisme comme critique du système.

Le phénomène majeur, plus encore que l’affaiblissement du PPE, qui reste le parti le plus important en Europe, est l’affaissement continu de la gauche socialiste. Comme si les conséquences de la Chute du mur de Berlin n’en finissait pas de démonétiser les héritiers du socialisme. La contestation du système capitalisme s’appuie de plus en plus sur la critique écologiste, seule à proposer un défi parfois radical et utopiste.

  1. En France, tout le monde, ou presque, redevient plus ou moins européen.

Même le Rassemblement national ne réclame plus de Frexit. Le score du parti de Le Pen ne bouge par rapport au dernier scrutin. Pas plus que ne change le score des Ecologistes. La nouveauté, c’est l’effondrement des partis anciens. Les Socialistes survivent à peine. Les Républicains, eux qui ont fait l’Europe, avec De Gaulle, Pompidou, Giscard, Chirac, Sarkozy, entrent dans l’histoire, c'est-à-dire le passé, avec 8%, une misère. Mais représentent-ils encore la droite qui fit l’Europe ? L’opposition Macron-Le Pen fonde-t-elle les clivages à venir ? Pas sûr. Une décomposition peut en cacher bien d’autres. Et chaque élection peut apporter sa nouvelle vague.

  1. Les Français de l’étranger amplifient les mouvements.

LREM est largement en tête (36%), puis les Ecologistes (20%). Enfin Les Républicains 8% et le Rassemblement National 7% à droite,  Place publique (PS) 6% et  LFI 5% à gauche apparaissent presque marginaux. Cela laisse augurer de drôles de rivalités et recompositions pour les élections consulaires à venir en 2020. Les anciens partis, les anciennes structures, paraissent dépassés. Les sortants s’affolent.

Au final, tout change. Et pourtant, l’axe central reste stable. De la diversité nait l’équilibre. C’est la marque de l’Europe, une chance.

Finalement, avec ses contradictions, ses errances, ses insuffisances, l’Europe apparait bien plus stable que les empires qui méprisent sa supposée faiblesse. Et plus démocratique. C’est que la démocratie, avec sa souplesse et ses révolutions paisibles, est d’une incroyable souplesse. Et force.

Laurent Dominati 

A. Ambassadeur de France
A. Député de Paris

Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press

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