Rolling Stones : Les pierres roulent toujours et heureusement !

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Les pierres roulent toujours et heureusement !

Le 10 juillet dernier, les Rolling Stones ont sorti « Foreign Tongues », le 25e album de leur carrière qui s’étire désormais sur plus de six décennies. Comme Molière, comme les bluesmen dont leur musique tire ses origines, les Stones ont décidé de jouer tant que la vie est en eux. Leur fortune étant faite depuis longtemps, leur passion pour la musique est leur seule raison d’être. Une fois de plus, ils s’amuseront des commentaires de la presse. Depuis que les Stones sont les Stones, les journalistes aiment à répéter que le dernier album est moins bon que le précédent et meilleur que le prochain. C’était déjà le cas pour Exile on Main Street, Some Girls ou Tattoo You qui, depuis, sont devenus des classiques. Leur dernier opus en date révèle une énergie brute puisant sa source dans les différentes influences qui ont marqué les Stones, du blues à la pop en passant par le rap ou la country. Cet album est une ode à la passion. C’est aussi une ode au travail. Les Stones aiment travailler leurs morceaux au fil de sessions pouvant s’étirer sur de nombreuses années. Ils cultivent la maturation, le vieillissement en fûts. Ils prouvent surtout que la créativité ne s’altère pas avec l’âge. Les Stones ont été les porte-parole de l’émancipation dans les années 1960, mettant un terme à un mode de vie compassé. Ils ont été les symboles de la rébellion, souvent joyeuse et parfois tragique, comme à Altamont, le 6 décembre 1969, avec la mort de Meredith Hunter. Aujourd’hui, ils sont des modèles tant pour les seniors que pour les jeunes en récusant l’idée d’un monde vieux composé de vieux. Ils continuent à nous surprendre, à essayer de nouveaux sons ou à reprendre des vieux classiques comme « Beautiful Delilah »de Chuck Berry, malgré les rides, malgré la disparition de Charlie Watts. Au moment où, en France, la question de l’âge légal de départ à la retraite revient, Keith Richards, dans le cadre d’une interview à Paris Match, a déclaré : « Qui a décrété que nous devions prendre notre retraite ? C’est le monde moderne qui nous oblige à penser que l’on doit s’arrêter à un moment. »

Des pierres qui savent compter

Les Stones sont des créateurs d’exception mais aussi des gestionnaires avisés. Après s’être fait avoir par des producteurs indélicats, Mick Jagger a pris en main la destinée financière du groupe avec l’appui de son conseiller financier, le Prince Rupert Ludwig Ferdinand zu Loewenstein, et de Michael Cohl, un ancien promoteur de salles de concert. En 1971, les Stones fondent leur label, « Promotone », propriétaire de leurs droits, et se dotent du fameux logo, la bouche tirant la langue, inspirée de la déesse indienne Kali et mondialement connue. Ce logo a fini par dépasser le groupe lui-même. Des millions de personnes portent un tee-shirt frappé de la célèbre langue sans même être capables de citer une seule chanson des Rolling Stones.

Les Rolling Stones
Les Rolling Stones

Le groupe emmené par Mick Jagger a été le premier à fixer aux majors des contrats pour une durée déterminée. Ces dernières achètent un droit de diffusion ; à elles, après, de rentabiliser l’opération. Le dernier contrat a été signé par Universal en 2018. Il s’agit d’un contrat « 360 degrés » sur toutes les œuvres du groupe anglais et qui s’étend à l’ensemble du merchandising, des objets frappés du logo à la langue jusqu’au e-commerce. Ils ont également professionnalisé l’organisation de concerts. Ils imposent les tarifs aux tenanciers de salles et à tous les intermédiaires. Depuis la tournée « Steel Wheels » en 1989, les ventes de billets sont centralisées. L’organisateur s’engage à verser dès le départ un certain montant fixe aux Stones, à charge pour lui de rentabiliser l’opération. Le recours aux parrainages et aux partenariats se multiplie. Les groupes comme AC/DC ou Guns N’ Roses, ainsi que des stars comme Lady Gaga ou Taylor Swift, se sont inspirés des pratiques des pierres qui roulent.

Les Rolling Stones, c’est un état d’esprit, le symbole d’un mode de vie qui résiste aux affres du temps. Dans un monde à nouveau marqué par les tensions internationales, par la montée des pratiques liberticides, par les difficultés économiques, il est réconfortant qu’une bouche nous tire toujours la langue.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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