Un robot chirurgien a opéré un patient de la vésicule biliaire, sans intervention humaine extérieure, en totale autonomie. Bientôt le cœur. Un drone sous-marin a débarqué sur une plage russe un soldat robot pour détruire une cible à terre. La flotte russe se terre. À New York, un humanoïde a donné son premier cours. Les commandes pleuvent dans les écoles. Trois premières mondiales en quelques jours.
La révolution technologique va plus vite que prévu
Ces IA, quand elles se parlent, ne parlent pas notre langage, elles en inventent un autre. Alors les humains deviennent les barbares, ceux qui ne parlent pas le langage civilisé. Les robots vont-ils civiliser les barbares que nous sommes, ou fermeront-ils les portes du langage ?
Selon l’ONU, un tiers des habitants de la planète n’accèdent pas à internet. Les voilà confinés dans un monde parallèle. Internet n’est qu’un réseau, ne pense pas. Demain, un autre monde parallèle, celui sans IA, IAnalphabète.
La Chine multiplie des « dark factories», usines sans lumière, qui tournent 24 heures sur 24, les humanoïdes n’ont pas besoin de lumière. Dans cinq ans, elles représenteront 15% de la production manufacturière mondiale. Sans compter les usines où cohabiteront humains et humanoïdes. Quand un robot coûte un dollar de l’heure, un employé en coûte 17. Le robot peut travailler 24H/24, 7 jours sur 7, 365 jours par an.
Dans les laboratoires, une découverte qui demandait des années se réduit à quelques mois. Les « Doubles Numériques » répliquent les systèmes complexes, comme des organes humains pour tester la réaction d’un cœur avant une opération. Ou une ville, un pays.
Singapour ou Shanghai possèdent leur double numérique. Tout est modélisé: le trafic, la consommation d’eau, les flux de chaleur. Avant de construire, ou de changer la circulation, il est préférable de tester, de modéliser, mieux : de changer de modèles.

Les IA débarquent dans le quotidien
Un agent IA peut appeler des milliers de personnes en même temps, avec une voix humaine capable qui marque des pauses, rit, s’adapte à l’émotion du client.
« Qui me parle, à ma place même ?
Quel écho me répond : Tu mens » [1]se plaint la Pythie.
L’IA a cartographié 200 millions de protéines connues en quelques mois. Elle explore des combinaisons d’éléments chimiques à une vitesse phénoménale. Elle a découvert plus de 380 000 nouveaux matériaux stables où se cachent les futurs supraconducteurs ou les nouvelles batteries. Dans des laboratoires de chimie, une IA conçoit une molécule, la commande aux robots, l’analyse, la modifie, recommence. En Chine toujours,des bandeaux de neurotechnologie autour du crâne lisent l’activité cérébrale et permettent de contrôler des objets par la pensée. Bientôt l’IApathie

La première société de robots intelligents va entrer en Bourse à Shanghai. Les besoins en capitaux vont s’intensifier : des milliards de dollars. Un pareil décalage entre les sociétés, les richesses, la productivité ne se retrouve qu’au 19éme siècle. Ou entre les demi-dieux et les hommes, Princes et Maharajahs au statut divin.
Une concentration de richesses inédite
Voilà des hommes qui concentrent comme jamais dans l’histoire une richesse incommensurable. Avec eux, à côté d’eux, moins d’une dizaine de génies exercent le pouvoir des plus grandes puissances de la planète, déterminant le sort et la peur de milliards d’êtres humains. Le Check and Balance mondial se grippe. Jamais autant de pouvoir, de puissance, de capitaux n’avait été concentré en si peu de mains. Ce n’est pas une question d’inégalité, mais de psychiatrie : c’est un risque de folie, de démence.
Tout en bas, dans la vie quotidienne, que signifie le travail si un robot le fait mieux qu’un humain ?
La fin de l’aliénation par le travail ?
Qu’est-ce que le travail ? Marx se trompait déjà dans sa décomposition simpliste, démentie par la vie, de la valeur. Alors aujourd’hui ! Travail plus capital plus innovation était la vieille règle, avec, toujours, le facteur inconnu, qui seul expliquait le progrès. Un peu comme l’énergie noire de l’économie. C’est le facteur inconnu qui est majeur, tandis que le travail se capitalise en robot. Tout ce qu’une machine pourra faire sera fait par une machine.
Est-ce l’aube d’une abondance extraordinaire, ou le travail ne sera plus, d’une société de loisirs pour tous ? Ou un monde de choix prédéterminé, d’asservissement intellectuel, de programmation algorithmique des désirs et passions humaines ?
Personne ne sait. Personne ne pouvait savoir l’effet de l’écriture sur les sociétés humaines. Certains disent qu’elle a servi à contrôler les populations et à asseoir les États. D’autres à multiplier les savoirs. À faire disparaître les bardes et à inventer le livre. Encore il y a deux siècles la moitié de l’humanité restait analphabète. Dans dix ans, une grande partie du monde le sera à nouveau. Soit parce qu’elle ignorera tout de l’usage de l’IA, soit qu’utilisant l’IA elle ne saura plus écrire. Ni penser.
Il y a mille façons de détruire l’humanité. De l’apocalypse nucléaire à la catastrophe climatique, il n’est pas certain, comme après le déluge, que toute l’humanité soit effacée. Il n’en est qu’une de certaine, la seule qui puisse détruire l’humain de l’humanité : Le propre de l’humain, c’est le saint langage. Le détruire.
Voilà la clé, celle qu’utilisa le Dieu du Livre lorsque les hommes commencèrent à construire la Tour de Babel. Comment détruire le langage humain ? En utilisant un autre langage, supérieur, qui le rende obsolète, qui devienne le langage de l’intelligence. Nous utilisons le langage d’un monde en trois dimensions, voici un langage qui décrit un monde en quatre, en dix dimensions, auquel nous n’avons pas accès. Qui pense le plus vite ?
Voici des hommes qui s’en remettent à un langage qui n’est plus le leur pour penser. Après tout, il suffit d’apprendre à penser autrement. Mais n’est pas cela, le propre de l’humain, même si c’est rare ?
Resteront deux éléments proprement humains : le rire, que nous partageons avec les singes ; et le cœur, que nous partageons avec des chiens aimants.
Le premier singe qui se mit à regarder la Voie lactée n’était ni singe, ni barbare, il se fit homme. Et le chien fut créé par l’homme, même si certains prétendent l’inverse. Comme les humanoïdes.
« Que soient les humains faits statues,
Les cœurs figés, les âmes tues,
Et par les glaces de mon œil,
Puisse un peuple de leurs paroles
Durcir en un peuple d’idoles
Muet de sottise et d’orgueil ! »
Pitié pour la Pythie ! L’espoir demeure : « Jamais le monde n’a connu de telles perspectives brillantes car le cours de l’histoire humaine s’oriente vers la victoire définitive du socialisme.»[2] Mao. Le monde change plus vite que le cœur d’un humain.
[1] La Pythie, Paul Valéry https://fr.wikisource.org/wiki/La_Pythie
[2] Discours du Président Mao le 6 novembre 1957 à Moscou, pour le 40e anniversaire de la Révolution d’Octobre.







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