Révolution

Révolution

mars 8, 2019 0 Par Laurent Dominati

« Révolution »  était le titre du livre de campagne d’Emmanuel Macron.  En guise de révolution, on a la crise des Gilets Jaunes, Jacquerie anti-fiscale transformée en tournée des popotes du coté présidentiel, en tour de ronds-points du côté des manifestants. La France est un vieux pays, un pays de vieux qui, pour certains, ont autant la nostalgie des « journées de mai » que peur de la prochaine réforme des retraites. De révolution, en Franc e, il ne risque pas d’y en avoir. D’autant que la mythologie du « grand soir » a pris un coup mortel avec l’effondrement du communisme. Le socialisme est devenu au mieux social-démocrate, au pire populiste, sans que l’on ne sache plus très bien ce que l’un ou l’autre de ces termes veulent dire.  Pourtant des révolutions sont en cours.

La révolution digitale. La révolution  de la globalisation. La révolution sociétale, celle des femmes. Et puis de vraies révolutions politiques, révolutions encore et toujours démocratiques.

Au Venezuela, un jeune inconnu, Juan Guaido,  défie Maduro, l’armée (et les narcotrafiquants). Soutenu par la quasi-totalité des pays d’Amérique latine, les Etats-Unis, l’Europe, les étudiants , la rue, il sape le régime, qui n’aura bientôt plus d’autre recours  -mais il en est capable, comme son ami Ortega au Nicaragua- qu’un bain de sang.

En Algérie, la jeunesse sort de l’ombre. Elle n’a jamais connu la liberté. Elle n’a connu que Bouteflika. Paravent plus que président d’un pays riche, corrompu, ruiné. Des centaines de milliards sortent d’Algérie quand le chômage des jeunes atteint 40%. Le système politique est aussi mort-vivant que Bouteflika, et comme lui, ne le sait pas. Qui l’emportera ? L’armée tient tout. Comme au Venezuela. Que décidera-t-elle pour mieux se conserver ? La mort ou la vie ?

En Chine, Xi-Ping le tout puissant  se voit contesté. Ce n’est qu’en sourdine. Mais à l’Assemblée du peuple, on n’a plus parlé de dominer le monde. Seulement de mobiliser les cadres du Parti pour faire face aux « défis idéologiques ». 185.000 fonctionnaires ont été condamnés. Que se passe-t-il ? La croissance ralentit, la dette augmente, l’écart de richesse explose, les corps intermédiaires sont ignorés par le Guide. Il y a urgence : on lâche les vannes du budget pour relancer la machine économique, calmer le peuple et  les envieux.  Et on en envoie quelques-uns an prison. Même l’armée, pourtant gâtée, s’interroge : son budget augmentera moins vite que prévu. Une question surgit , qui ne se posait pas depuis vingt ans : la Chine peut elle connaitre une crise ? Or une crise économique ou financière sera forcément une crise politique. Car l’Etat parti n’a d’autre légitimité que le succès économique. Un système autoritaire est-il compatible avec une économie de marché, une économie numérique, une économie de l’innovation perpétuelle ? Révolution en Chine ? Nous y sommes déjà, encore, toujours, elle prend simplement les mille formes du dragon.

Au Vatican un cardinal australien est mis sous les verrous, un autre, américain, déchu : le scandale d’une Eglise tolérante au Mal, notamment aux abus sexuels  de ses prêtres et évêques sur les enfants de chœur, provoque un étrange choc en retour. Après le pape conservateur, Benoit XVI, démissionnaire, le Pape  François est contesté par les conservateurs. L’offensive est publique. C’est Monseigneur Vigano qui la mène, reprochant au Pape d’avoir toléré l’intolérable. Le scandale est total. Les conseillers du Pape dénoncés. Le Vatican bouleversé,  combien de divisions internes ?

Le Venezuela, c’est important. Un pays dont les réserves de pétrole comptent parmi les premières du monde, qui n’est plus soutenu que par Cuba, la Russie et la Chine, fleure bon la guerre froide et la bataille idéologique.

L’Algérie, c’est une clé multiple. Pour les religieux et pour les démocrates. Pour le Maghreb et les pays arabes, qui, en dehors de la Tunisie, ont tous raté leur printemps. Pour la France et pour l’Europe. Car l’avenir comme les menaces, pour  l’Europe, sont au sud.

La Chine, c’est le centre du monde. Un des centres  du monde en tout cas. Une crise en Chine, c’est une crise mondiale. Une tectonique des plaques économique et politique.

Une crise au Vatican, c’est plus que cela : la fin d’un monde.

On peut toujours se dire que l’Eglise en a vu d’autres. Que La Chine ne risque pas de s’écrouler. Que l’Algérie nouvelle ne sera pas pire qu’avant. Que le Venezuela reviendra tout ou tard sous la coupe américaine, comme le Viet-Nam est redevenu capitaliste. Il n’empêche. Rome n’est plus dans Rome. Le monde bouge. Tout est possible. Le meilleur (pour moi, la si faible, et si controversée démocratie) comme le pire (la guerre civile et le fanatisme).

Quoiqu’il arrive, j’aimerais que la France, à défaut de révolution, fasse son aggiornamento, qu’elle se mette en ordre de marche pour les crises et révolutions, heureuses ou malheureuses, qui ne manqueront pas de venir. Car dans ce brouillard il y a une certitude : des révolutions, il y en a déjà et il y en aura encore plus. Un autre monde est à l’œuvre : mieux vaut l’épouser que le museler.

Laurent Dominati

A. Ambassadeur de France

A. Député de Paris

Président de la société éditrice du site lesfrancais.press

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