Que retenir de l'intervention du Président de la République ?

Emmanuel Macron a rejeté le vote obligatoire et la reconnaissance du vote blanc. Réforme du CESE et du nombre de parlementaires

Pas de RIC, mais plus de RIP. Le chef de l'État a d'abord partiellement répondu à l'une des revendications-phare du mouvement né à l'automne, en disant "aller plus loin sur le référendum d'initiative partagée", en faisant passer son seuil d'environ 4,5 millions de signatures (10% du corps électoral) à un million.

Le locataire de l'Élysée a annoncé vouloir réformer le Conseil économique, social et environnemental en un Conseil de la participation citoyenne, pour lequel "150 citoyens seront tirés au sort dès le mois de juin" afin de participer à cette assemblée. La première mission de ce conseil sera la transition écologique.

Il a également annoncé vouloir réduire le nombre de parlementaires et limiter le nombre de mandats dans le temps.

Fiscalité plus juste ?

Moins d'impôt sur le revenu. Sur le plan social et économique, Emmanuel Macron a appelé à poursuivre les réformes, notamment avec un nouvel acte de décentralisation et une baisse "significative" de l'impôt sur le revenu. Pour financer cette baisse, le président a demandé au gouvernement de supprimer "certaines niches fiscales pour les entreprises" et de réduire la dépense publique.

Emmanuel Macron a également appelé à davantage de travail pour financer la baisse d'impôts.

Le président de la République a refusé de rétablir l'ISF. Selon lui, cette mesure a permis d'"encourager l'investissement en direction de l'économie réelle, de la recherche, des usines, de la production". Il cependant admis le principe d'une évaluation et d'un éventuel réajustement de son mécanisme et de son assiette.

Emmanuel Macron a enfin reconduit la prime exceptionnelle défiscalisée, d'un montant de 1.000 euros.

Le chef de l'État est revenu sur la sous-indexation des retraites. Il a annonce la réindexation des retraites de moins de 2.000 euros sur l'inflation à partir du 1er janvier 2020, tout en admettant que "les décisions que nous avons prises à l'automne ont été vues comme injustes, et doivent donc être corrigées".

Un mécanisme de garantie des paiements des pensions alimentaires non honorées sera mis en place, a déclaré Emmanuel Macron. Une décision qui donnera "la prérogative de puissance publique à la Caisse d'allocations familiales". Selon l'Agence de recouvrement des impayés de pensions alimentaires (Aripa), entre 30 et 40% d'entre elles ne sont actuellement pas versées.

Confirmation de l'objectif initial de 7% de chômage en 2022

Interrogé par une journaliste de RTL, le chef de l'État a réitéré l'objectif de 7% de chômage en 2022. Le cap du plein emploi en 2025 ne changeant ainsi rien à cet objectif initial. "Je ne demande pas cinq années supplémentaires", a indiqué Emmanuel Macron. Le cap de 2025 représente pour le président "un élément de mobilisation".

Par ailleurs, le chef de l'État a précisé que la "question du plein emploi est très profonde" et que l'objectif serait "d'arriver à baisser notre chômage structurel". L'objectif étant pour ce dernier de donner des stratégies précises et claires aux différentes filières, avec la mobilisation de financement public et privé. La création notamment d'emploi dans le secteur numérique, et de nouveaux centres de formation sur le terrain.

Emmanuel Macron est également revenu sur l'expression "premiers de cordée" à laquelle il avait fait référence dans le passé. "Je n'ai pas réussi à me faire comprendre", a-il indiqué. Cette image représente pour le président une métaphore de valeur : "Pour monter plus haut on doit tirer les autres. Il ne faut pas creuser les injustices, et il faut faire monter ceux qui sont à chaque niveau de la corde". Pour le chef de l'État, le système de solidarité français est une force. "Je crois à cette République ambitieuse, sociale et solidaire, et surtout à la responsabilité des décideurs au sein du pays", a affirmé vigoureusement Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron se dit «prêt à lever cet objectif» de suppression de 120.000 postes de fonctionnaires

Le chef de l'État est désormais interrogé sur la compatibilité entre l'objectif de réduction de 120.000 fonctionnaires, la baisse des impôts et un redéploiement ambitieux des services publics dans les territoires. "Cette réorganisation de l'État, je pense qu'on peut le faire sans créer de nouveaux postes de fonctionnaires parce que c'est aussi plus d'efficacité", a répondu le président de la République. "Sur beaucoup de décisions, le dossier remonte à Paris. On perd du temps et de l'argent. Nos fonctionnaires sont conscients et loyaux, mais il faut remettre de la responsabilité au niveau local", a-t-il ajouté en évoquant son projet de décentralisation.

Le chef de l'État a également tenu à rassurer les Français sur la suppression de certaines niches fiscales qui ne concerneront que les entreprises, et pas les ménages. "Je tiens à rassurer tout le monde", a-t-il indiqué.

Sur le nombre de fonctionnaires, il conclut : "Au vu de cette sortie du grand débat, il faut qu’on soit réaliste, et voir si c’est tenable de maintenir l’objectif de maintenir les suppressions annoncées. Je suis prêt à lever cet objectif, mais pas celui de la tenue des dépenses publiques."

Emmanuel Macron regrette «très profondément» ses «petites phrases»
Le président de la République est interrogé sur ses "petites phrases". "Il faut que, collectivement, on accepte de passer des étapes. J'en ai parlé déjà dix fois. Il y a des phrases que je regrette, d'autres qui ont été sorties de leur contexte. Ça n'aide ni mon action ni celle de mon gouvernement, c'est pour ça que je les regrette", assure-t-il.

"Je reconnais, je respecte et je considère les “gilets jaunes” qui sont sortis au début dans la rue. Je ne cède rien à ceux qui veulent le pire, veulent l'émeute", exprime-t-il. Mais cette crise l'a-t-elle fait changer ? "L'avenir le dira. Je crois que j'ai compris beaucoup de choses de la vie du pays, des impatiences qu'on exprime. Quand c'est mal compris et que ça blesse, c'est une erreur. Je les regrette très profondément", martèle-t-il.

"Augmenter les salaires de manière réglementaire pour tout le monde détruirait de l'emploi»

Quelles responsabilités des décideurs en matière de pouvoir d'achat ? Comment s'assurer que les salariés puissent vivre dignement de leur travail ? Une journaliste de L'Express interroge Emmanuel Macron.

Le président est tout d'abord revenu sur son choix de ne pas augmenter le salaire minimum, indiquant que cela serait "contraire à l'objectif de compétitivité du pays". "Augmenter les salaires de manière réglementaire pour tout le monde détruirait de l'emploi", a-il ainsi martelé. Sur les bas salaires autour du Smic ou à temps partiel, le président préconise de continuer à élaborer une sorte d’impôt négatif afin d'accompagner les salariés, tel que "la prime d'activité, qui est compatible avec notre compétitivité".

Pour Emmanuel Macron, les entreprises doivent renforcer le dialogue social afin de mener à un meilleur partage des richesses. "L'association des salariés dans la gouvernance des entreprises est la garantie de partager correctement les richesses. Je crois à la politique d’intéressement et de participation, à laquelle croyait le général de Gaulle", a-il ainsi affirmé, en évoquant notamment la prime exceptionnelle.

Le chef de l'État préconise que les partenaires sociaux continuent à bâtir des primes mobilités, afin de répondre aux problèmes de pouvoir d'achat des Français, qui sont grandement liés à "l'augmentation des dépenses contraintes". Pour le président de la République, les dirigeants d'entreprises ont un rôle essentiel à jouer.

Allemange - France un couple fort

Interrogé sur le couple franco-allemand, Emmanuel Macron affirme qu'il "assume de croire très profondément au couple franco-allemand et je pense qu'on a fait beaucoup de choses sur les deux années qui viennent de s'écouler", tient-il à rappeler dans un sourire.

"Pour que ce tandem marche, il faut que la France propose. Je l'ai fait dès 2017, en juin 2018 nous avons pris une position commune historique. Et je souhaite qu'on aille plus loin, qu'on porte une nouvelle ambition, et je souhaite qu'on puisse le faire en franco-allemand, car c'est très important", détaille-t-il, ajoutant que "dans tout couple, il faut assumer d'avoir des désaccords".
"Le rôle de la France, c'est de proposer, d'avoir une ambition européenne, d'œuvrer à chaque fois qu'elle le peut au compromis européen, mais jamais d'avoir peur d’affirmer sa voix même quand elle est minoritaire", conclut-il.

«Je me fiche de la prochaine élection»

Emmanuel Macron sera-t-il candidat en 2022 ? "J’assume d'avoir un agenda qui dépasse l'horizon de ce mandat. La question est récurrente, connue, traditionnelle. La réponse est généralement traditionnelle, convenue", commence le président. Avant d'hésiter quelques secondes, sourire aux lèvres. "Si c'était mon obsession, je chercherais à avoir une stratégie pour améliorer mon chiffre. Au moment où je vous parle, ce serait le meilleur moyen d'échouer. Ce serait indécent de parler de ça. Je me fiche de la prochaine élection. Je veux réussir furieusement, passionnément. Je veux assumer de prendre d'autres décisions impopulaires. Pour réussir, je devrais prendre des risques. Je veux réussir ce mandat, je veux que notre pays réussisse car je l'aime plus que tout. Aujourd'hui, ça n'est pas du tout mon sujet", poursuit-il. Et d'ajouter : "Il y a cinq ans, ce n'était pas non plus mon sujet".

Fermeture de l'ENA confirmée

Interrogé par un journaliste de l'AFP, Emmanuel Macron confirme vouloir supprimer l'ENA pour "bâtir quelque chose qui fonctionne mieux". "Il faudra garder les locaux, les gens qui y travaillent mais je ne crois pas sur ce sujet au rafistolage", explique-t-il, affirmant ne pas vouloir mener sa réforme à moitié.

Emmanuel Macron ne regrette pas d'avoir embauché Alexandre Benalla à l'Élysée

Interrogé sur le cas Alexandre Benalla, Emmanuel Macron s'exprime : "Au moment où j'ai été élu, ce garçon avait vraiment du talent", assure-t-il. "Est-ce que je regrette de l'avoir embauché à l'Elysée ? Non. Je pense que c'était extrêmement cohérent avec les valeurs que je porte. C'est sans doute pour ça que je lui veux encore plus", ajoute-t-il.
Mais l'ex-chargé de mission de l'Élysée "a droit à la présomption d’innocence, comme tout citoyen, quoique n'ayant jamais été protégé par l'Élysée. Il n'a pas donné une bonne image. Il n'a pas été protégé". Encore une fois, le président s'arrête et hésite. "Je ne regrette pas les choix faits à d'autres moments car je ne savais pas tout. Quand vous choisissez d'employer quelqu'un, il y a une part de risque. On en a sans doute fait beaucoup sur cette affaire, peut-être trop", conclut-il.

Emmanuel Macron confirme la fermeture de France Ô

Le chef de l'État est désormais interrogé sur sa volonté de fermer la chaîne de télévision publique consacrée à l'Outre-mer France Ô. Si le président de la République s'est dit "très attaché" à l'Outre-mer, et a dit vouloir une "politique ambitieuse" dans ces territoires, il a confirmé la fermeture de cette chaîne.

"Je pense aussi qu'il faut qu'on soit moins hypocrite. Il y a des chaînes pour chaque territoire d'Outre-mer. Avoir en plus une chaîne nationale sur les Outre-mer, ce n'est pas utile. En revanche, je serai extrêmement vigilant sur les engagements pris de représentation de l'Outre-mer sur les grandes chaînes de France Télévisions", a-t-il dit.

 

 

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