Quand vos élus locaux lisent.. Leur sélection de l'été

Quand vos élus locaux lisent.. Leur sélection de l'été

Ils ont été en campagne pendant plusieurs semaines. Ils ont un rôle politique important auprès de nos communautés d’expatriés. Ils vous ont parlé de bourses scolaires ou d’aide sociales pendant des jours et des jours, ont pris des engagements pour améliorer vos relations avec les services consulaires, ils ont chipoté, ont argumenté et parfois vitupèré dans des débats politiques intenses. 

Mais je vous propose aujourd’hui de découvrir vos conseillères  et conseillers des Français de l’étranger dans un rôle inédit : celui de lectrices et de lecteurs !

family with kids reading books at beach vacation

Lire tout l’été

Car « voilà l’été, enfin l’été » comme chantaient les Négresses vertes en 1988, quand le Biactol sauvait vos vacances des plaques d’acnés traîtresses de la fin juin…

Quand vous passiez votre mois de juillet au camping des flots bleus du Grau du Roi, et que ce mois béni de votre adolescence restait gravé dans votre mémoire après le baiser inoubliable de Romuald, 14 ans, près des gonflables du Club Mickey. 

Vous aussi vous lisiez cet été là quand vous ne flirtiez pas :  Philippe Labro vous emmenait passer « un été dans l’ouest »… et Alexandre Jardin vous offrait le portrait farfelu et attachant du « zèbre ». 

Cet  été presque magique où accessoirement votre père avait mis le feu à la tente des voisins en jouant avec son nouveau barbecue.

Nous allons faire ensemble un petit tour du monde de la lecture, avec les mots des conseillers ou ex conseillers et leurs choix de lecture et des situations un peu inventées sur les bords. 

Un tour du monde des lecteurs qui débute aux Pays-Bas !

Direction les Pays bas donc. Août 2021. Une maison écologiquement responsable avec 18 panneaux solaires sur le toit, une cuve pour récupérer l’eau qui tombe du ciel et des poneys nains de cinquante centimètres de haut en train de défricher un champ : une femme descend d’un vélo électrique et s’approche de nous toute souriante : 

« Alors catherine Libeaut, tu as fêté ta victoire aux élections ? »

 « En fait  j’ai décidé  de passer l’été avec Edgar Morin ! Je viens de terminer « l’entrée dans l’ère écologique » « je suis en train de finir « Frères d’âme »et j’embraye ensuite avec « Terre-Patrie » ! Beau programme ! 💚

Commentaire du journaliste impressionné : j’espère qu’ils lui ont fait une réduction sur le troisième ouvrage acheté. Trop de Morin tue le Morin. 

Un poney nain s’approche de moi, l’air curieux. j’aurais sans doute de l’allure à chevaucher le mini destrier. En plus il est à ma taille. Mais le temps presse : 

Je m’envole sans tarder vers l’Autriche. Vienne. Ses valses lentes. Ses saucisses cuites. Sur la grande place, un homme tient fermement dans ses bras un objet de haute technologie rectangulaire. Il regarde autour de lui l’air inquiet. Prêt à défendre son bien à tout prix :

« Tu es sûr que ça va Louis sarrazin ? » 

« Oui ça va, Boris ». « Avec ma liseuse dans le train ou avant de s’endormir je lis. En ce moment c’est « La Chasse » de Bernard Minier où les complotistes s’en donnent á cœur joie et le Covid est déjà là avec ses masques. Mais ce fut aussi « Je suis le prix de votre liberté » de Mila lors d’une journée avec pas mal de voyages en train. Pas très réjouissant tout ça je le concède mais typique  de notre époque »

Commentaire du journaliste qui lui aussi aime Mila et son combat : ceux qui aiment Loulou prendront le train et leur liseuse. Pour lire du Mila. Et soutenir la passionaria de la liberté d’expression. 

Tous les chemins mènent à Macron et à Lisbonne

Mais maintenant je m’en vais plus loin. Je prends le train avec entrain. Un Vienne – Lisbonne. 

22h de train quand même. J’ai voyagé à côté d’un punk à chien qui a voulu me proposer une substance prohibée qui fait rire. Il m’a dit être macroniste. J’ai donc trouvé ça louche et ai refusé la pipe qu’il me tendait. Son chien a failli me croquer un morceau de mollet. Je suis arrivé avec soulagement au Portugal.  À la gare une femme m’attend sur le quai. L’interview débute sitôt le pied posé sur le sol Lisboète.

« Vanessa Fragoso, toi qui est universitaire je suppose que tu as des lectures studieuses l’été non ? »

« Je lis sur mon telephone ou mon iPad, et sur l’ordi le soir. Je decortique l’ouvrage suivant: revue Proteus n°14 : (dés)identification de la figure de l’artiste par Phoebe Clarke et Bruno Trentini (dir.), 2018. J’optimise mon temps: transports, jardin, maison, cafe, plage, au parc avec les enfants… Je me concentre dans toutes les circonstances »

Commentaire du journaliste : je n’ai pas compris le titre de l’ouvrage mais je fais confiance à Vanessa ça semble solide. Je file m’acheter un kebab à la morue dans la foulée avant que le punk à chien qui m’a retrouvé me tape une pièce. 

Puis je pars vers ma prochaine destination passant du pays de la morue au pays des tapas. La haute gastronomie française a encore de beaux jours devant elle. 

J’arrive à Valence. Un petit attroupement entoure une femme au regard ardent enchaînée aux grilles d’un grand et majestueux bâtiment :

Annick Valdecabres est en plein sitting devant l’institut culturel français quelle défend âprement contre l’Ambassade qui veut en réduire le format, 

« Annick Valdecabres, quand tu ne défends pas l’institut, tu lis quoi ? »

« Underground Rairoad » de Colson Whitehead. Un belle histoire sur l’esclavage . Une belle façon de mettre en mémoire que le monde est toujours aussi fou!!!! »

C’est dingue ça ! 

Après avoir chanté a tue-tête un couplet du chanteur Miossec à Annick… je m’en vais moi aussi. 

(Je m’en vais bien avant l’heure 

Je m’en vais bien avant de te trahir 

Je m’en vais avant que l’on ne se laisse aller 

Je m’en vais avant que l’on puisse en rire)

Miami Vice

J’ai un rendez-vous de l’autre côté de l’Atlantique à Miami. Dans 30mn. Il va falloir se dépêcher, d’autant que je compte faire la traversée en tongs gonflables. 

Je débarque sur les côtes de Floride. Je déchausse mes tongs et m’approche d’un club de plage accueillant. Sur les platines on joue du Daft Punk. Ça me met en confiance. 

À côté d’une piscine immense au fond bleue nuit une femme que je crois connaître est absorbée dans la lecture  d’un ouvrage. À ses côtés des américaines jouent au poker en parlant d’investissements immobiliers.

Laure Pallez

« Laure Pallez, quand on vit en Floride au soleil  on lit quoi ? » 

« La surprise du chef » de Joseph Macé-Scaron, le récit d’une surprenante campagne électorale présidentielle, une galerie de portraits vachards, de coups médiatiques et d’embrassades. Tout ceci n’étant qu’un roman »

Laure, une vraie politique ! Elle ne s’arrête jamais ! Elle ira loin je crois. 

Téléportation à Varsovie

Mais nous voilà arrivés un peu par magie à Varsovie. Le don de la téléportation n’est pas inné. Je visais en fait Budapest mais c’est en Pologne que j’atterris. Le palais de la culture dresse sa haute silhouette au dessus de Pascale Seux. 

Elle se prépare à quitter le pays mais prend le temps de répondre à ma question. « amie, tu lis quoi ? »

« Après avoir écouté les cours de Boucheron sur la peste noire au collège de France. Je lis du Georges Didi Hubermann »

Boucheron je croyais sincèrement que c’était seulement une marque de parfum.

Bon retour en France, Pascale. 

Hop une téléportation de l’autre côté de l’Atlantique. Au pays du regretté Léonard Cohen, 

«  Et toi Ramzy Sfeir à Montréal tu lis quoi ? » « en ce moment, je suis en train de relire « capuccino à Ramallah: Journal de Guerre » de Suad Amiry. c’est une lecture qui me fait rire de l’absurdité du monde dans lequel nous vivons »

« Et si je te dis « Everybody Knows » tu me dis quoi ? »

« And everybody knows that it’s now or never 

Everybody knows that it’s me or you 

And everybody knows that you live forever 

Ah when you’ve done a line or two »

Bon c’est clair il connaît tout Léonard Cohen par cœur. Allez je me sauve sinon je vais rester aux côtés de Ramzy à écouter cette chanson jusqu’à la fin de l’amour et du temps 🙂

Martine à la plage

On arrive à Tunis. Sur la plage une femme prend le soleil. On la reconnaît à sa voix qui porte quand elle interpelle un marchand de beignets à deux cent mètres et que le garçon sursaute et lâche son chargement de gaufres et chichis sur le sable. 

« Martine Vautrin-Jedidi comment ça se passe une journée de lecture pour toi? »

« C’est jamais sans ma liseuse…un bon plan de téléchargement parce que les livres sont difficiles à trouver là où je suis, ou trop chers, ou trop lourds pour voyager. C’est « Tout le monde n’habite pas le monde de la même façon » au petit déjeuner sur la terrasse à l’ombre, « geopolitiquement correct & incorrect » à l’heure de la sieste et « la horde du contrevent » le soir.  À la plage, rien de mieux qu’un polar de Camilla Lackberg 😉 »

Puis Martine interpelle un marchand de cacahouètes qui rapplique ventre à terre proche de la crise cardiaque. J’en profite pour m’éclipser. 

Géorgie mon amour 

Je ne sais pas précisément où vit Lusine Bardon en Géorgie mais je sais comment elle lit, une vraie scène de roman, entourée de ses deux chiens, un cigare à la main elle feuillette un ouvrage consacré à l’architecture locale !  Les volutes de fumée flottent dans le vent. Des alcools fins sont disposés sur une étagère. Elle porte des bijoux gracieux. Elle lit aussi un ouvrage consacré à la mosaïque géorgienne sous la période soviétique. C’est Sarah Bernard en version géorgienne. Une femme de goût ayant le sens de l’esthétique. 

Commentaire : je décerne à Lusine la palme de l’originalité dans ses lectures !  Et celle de la pause la plus lascive ! 

Tea Time with Oliver

On rencontre Olivier Bertin à l’heure du thé. Malgré le variant anglais et Boris Johnson le loufoque j’ai franchi la manche. Normal pour un Français aussi bien acclimaté à l’Angleterre olivier à l’habitude de s’hydrater exclusivement de Earl Grey ! (Enfin je crois!)

« Bonjour Boris,

Je suis en train de lire depuis ma terrasse londonienne un guide touristique sur L’Ouzbekistan. Après presque 2 ans sans voyage et une incertitude sur la possibilité de s’envoler au mois d’août, je prépare l’après Covid. Samarkand au printemps prochain ? J’espère »

« Dans mes valises pour l’été je vais prendre une biographie de Talleyrand par Emmanuel de Waresquiel, La cantine de minuit (un manga de Yarô Abe, actuellement adapté sur Netflix) et probablement Morpion Circus, un San-Antonio (que je viens de trouver chez un bouquiniste de Londres. Ça me fait toujours rire) »

Commentaire du journaliste : un homme qui aime San-Antonio ne peut être qu’un homme bien !  Un homme qui veut aller à Samarkand comme Corto Maltese ne peut être qu’un homme très bien ! 

Mais Il me faut m’en aller avant qu’Olivier ne me propose une tournée de Earl Grey à l’heure de l’apéro. Du coup je pars loin, plus loin, le long d’un grand fleuve d’Afrique. Car je veux mettre de la distance entre moi et le thé, ce poison pour anglais. 

Boulo au Congo

« Anne Boulo, si tu t’es établie le long du fleuve Congo c’est pour faire la rime avec ton patronyme ou parce que tu aimais trop Tintin ? » elle fait un sourire un peu crispé l’ancienne conseillère du Vietnam devenue conseillère en RDC. 

« Blague à part tu lis quoi ? »

Deux livres m’accompagnent, selon l’humeur du moment: « Marie-Antoinette » de Stéphan Zweig ( comment les blessures personnelles d’un couple royal peuvent influer sur des décisions politiques voire le destin d’un royaume, ….en très raccourci…) sur ma liseuse et un roman policier « La pierre du remords » d’Arnaldur Indridason pour un côté plus dark islandais, en version papier. Je lis dans le train actuellement entre Reims et la Bretagne, sur une chaise longue ou dans tout endroit confortable!

Le mythe de Boulo au Congo vient d’en prendre un coup donc. 

« Et toi Nathalie parmegiani ? »

« Anne Sinclair m’a tenue compagnie cet été »

Normal qu’un pays ayant une tradition féministe aussi solide que la Suède offre ce portrait de femme émancipée et libre à sa conseillère des Français de l’étranger !

Au Qatar il fait trop chaud pour lire en français

Et toi Rosiane Houngbo-Monteverde, comme je suis venu te voir au Qatar et qu’il fait 45 degrés dehors peux-tu m’offrir une citronnade et me dire ce que tu lis ? 

« En ce moment je lis (enfin j’écoute surtout) « Atomic Habits » de James Clear. Le livre audio que j’écoute en faisant mes 10 000 pas journaliers (le soir) est tellement bon que je l’ai même acheté en version papier. Je l’écoute et le lis en V.O. »

« Jerome Spaggiari, c’est quoi ton choix à toi ? »

C’est « Raviver les braises du vivant » de Baptiste Morizot et « Autobiographie d’un poulpe et autre récits d’anticipation » de Vinciane Despret (une Belge) pour redéfinir nos rapports au vivant… objectif essentiel s’il en est »

Un poulpe apprivoisé ça doit être assez pratique pour servir l’apéro en soirée à une foule d’invités assoiffés …

Une dernière bouchée de lecture sinon rien 

Je pars au Mexique  mais manque de bol François Boucher est en vacances en France, lui aussi. 

« Au bord d’une piscine en Champagne alternant grosse chaleur et mauvais temps……… lisant le Crépuscule des Fauves.  Mais qui est le numéro 9 ???? De ce groupe de hackers voulant déjouer la conspiration des fauves et créer un monde meilleur. Les fauves ce sont bien ces puisants concentrant richesses, privilèges et pouvoir.  Mais qui est le numéro 9? » un livre de Marc Lévy. 

« Et toi Marc Villard tu es toujours coincé au Vietnam ? »

Boris, Covid oblige je ne suis pas rentré en France depuis 18 mois et je n’ai pas , comme je le fais à chacun de mes voyages, renouvelé mon stock de livres. Préférant le papier à la ‘’liseuse’’(que j’utilise quand même, à l’occasion …j’ai relu avec l’intégrale des 3 Mousquetaires l’an dernier ..et l’essentiel de Jules Verne ) je replonge dans mon stock, heureusement important d’ouvrages divers ! 

Marc Villard
Marc Villard

Face à ma bibliothèque je pioche dans les rayons, feuillette, repose, ou au contraire m’assoie et commence la lecture….Il y a quelques jours je me suis surpris à me replonger dans d’anciennes BD et notamment …Les Chevaliers du Ciel ! achetés au début des années 80(j’aime bien retrouver la date d’achat de l’ouvrage que j’ai en main, date que j’ai pris , à l’image de ce que faisait mon père, l’habitude d’inscrire sur la page de garde , avec parfois le lieu d’achat, plaisir aussi de retrouver , une carte d’embarquement, un ticket de caisse, une carte postale, une note de restaurant ou autre vestige qui a servi l’époque des premières lectures de maque page …vestige que je prends soin de conserver dans cet ouvrage )

Sinon c’est très éclectique ! Dernières lectures ces jours-ci : Mafia Chic , un polar politique, (lecture d’une nuit),  La Colline des Anges de Guillebaud et Depardon, récit et photos de leur retour au Vietnam en 92, 20 après l’avoir quitté, et 2 ans après que je m’y sois installé. Dernier en date et en cours pour encore quelques heures, l’Angoisse du roi Salomon, d’Emile Ajar-Romain Gary ….et, après avoir écouté sa conférence sur le 14 Juillet, (merci Didier ! ) j’ai relu : Laïcité, réponse à Nicolas Sarkozy Chanoine de Latran, de Jean Luc Melenchon…De temps en temps un polar, avec ces derniers temps une prédilection pour les polars venus du Nord…. 

Parfois je fais des infidélités à un livre que j’abandonne à mi-parcours parce qu’il ne correspond plus à mon état d’esprit du moment, parfois un titre m’accroche, j’ouvre un peu au hasard et poursuit la lecture jusqu’à la fin….c’est ce qui vient d’arriver au Roi Salomon… »

Ce Marc Vilar a les moustaches de D’Artagnan et la loquacité d’un homme du Sud-Ouest ! 

La boucle est bouclée. Je retourne là où j’ai commencé ce petit tour du monde imaginaire en accéléré. Dans mon voisinage puisque je vis en belgique. Aux Pays-Bas, 

Hélène Degryse est sur le point de plonger dans un des canaux de la ville d’Amsterdam. Une tradition qu’elle a inaugurée il y a plusieurs années déjà. 

« Helene tu peux me dire ce que tu lis en ce moment ?»

« Je viens de finir « Le roman de Jim » de Pierric Bailly. Ce livre parle d’une histoire d’amour entre un jeune homme de 25 ans et une femme de 40 ans, enceinte de 6 mois au moment de la rencontre. Ce roman aborde une parentalité nouvelle, souvent oubliée. L’intrigue est forte avec de nombreux rebondissements. L’écriture est fluide, les personnages très attachants. Je le recommande fortement »

Puis elle fait plouf et disparaît quelques instants sous l’eau moirée du canal.

le meilleur livre de l’été c’est Balthazar !

Je tiens mon article. Mais je suis dépité. Moi qui viens de sortir un roman absolument captivant. Qui ait rencontré des dizaines de lecteurs.  Aucun conseiller n’a cité « Balthazar sans gilet jaune » comme livre de l’été. A croire qu’ils n’aiment pas les polars politiques ces politiques ! Hormis Laure Pallez qui était la seule à en lire un sur son transat… 

J’ai fait choux blanc, Je crois que je vais m’enivrer au Earl Grey pour la peine.

Ou sauter dans l’eau du canal ! 

Helene pousse-toi j’arrive ! Plouf. 

Laisser un commentaire