Premiers romans : les choix québécois du prix Marie-Claire Blais

Premiers romans : les choix québécois du prix Marie-Claire Blais

Le prix littéraire Québec-France – Marie-Claire Blais récompense depuis 1975 un premier roman d’un auteur français. Porté par des associations de passionnés de francophonie et de littérature il se veut un hommage à une écrivain qui est un véritable monument littéraire au Québec. En France elle est connue en particulier pour avoir remporté le prix Médicis en 1966. 

Une écrivain consacrée au Québec et dans le monde

Née québécoise en 1939, Marie-Claire Blais connaît une première consécration précoce à l’âge de 20 ans avec « La belle bête », son premier roman. Elle publiera dès lors régulièrement pour accoucher d’une œuvre riche d’une vingtaine de romans dont, à partir de 1995, le cycle « soif » composé d’une dizaine d’œuvres. Issue d’un milieu ouvrier modeste, l’écrivain a pu commettre essais et pièces de théâtre consacrant son engagement politique et social. Son œuvre est traversée par les thèmes de la lutte contre l’exclusion et les discriminations. Ses romans, exigeants au plan formel, sont également marqués par l’onirisme, la poésie ou des recherches plus littéraires.

Écrivain pleinement francophone, elle a néanmoins été remarquée rapidement par la critique américaine et très tôt traduite en anglais. Elle finira d’ailleurs sa vie en tant que citoyenne américaine disparaissant en Floride à l’âge de 82 ans à la fin novembre 2021.

Son œuvre s’est vue décerner une multitude de prix dont celui du gouverneur général, un des principaux prix canadiens, qu’elle reçoit à cinq reprises pour cinq romans différents. Un record. Elle est docteur honoris causa des universités de Laval et Montréal. La Belgique, Monaco, l’union latine et la France, entre autres, reconnaîtront également un talent et une œuvre inscrite dans une dimension internationale. En France elle avait été faite chevalier dans l’ordre national des arts et lettres en 1999. 

Marie-Claire Blais – crédit photo : 20Jill20Glessing

Un prix de lecteurs qui associe les comités de lecture au Québec

Le prix du premier roman porte son nom depuis 2005, année où elle accepta de le parrainer. 

Ce prix est un trait d’union entre le Québec et la France. Le réseau Québec-France compte environ 4000 membres et le prix possède une dimension participative puisque ce sont les groupes locaux au Québec qui sont chargés de sélectionner le roman vainqueur à partir d’une sélection initiale de 13 romans. 

Au printemps paraîtra la sélection des trois romans qualifiés en finale et ce seront environ 150 passionnés de littérature française membres des comités de lecture au Québec qui désigneront le/la lauréat(e). 

L’objectif est de dévoiler son nom au salon international du livre de Québec en avril 2023 si les conditions sanitaires le permettent. Les groupes de lecteurs locaux auront donc un an pour faire connaître leurs préférences.

Treize premiers romans sélectionnés, qui sera vainqueur ?

Nous avons voulu nous prêter au jeu des pronostics en soumettant la liste des treize romans à un critique du renommé « Magazine littéraire ». Pour Antoine Faure deux romans se distinguent parmi cette sélection d’auteurs et autrices talentueux :

« Elle, la mère » de Emmanuel Chaussade (Minuit), un roman qui aborde l’inceste et les secrets de famille enfouis. « Le sujet est d’actualité dans l’édition française, mais dans le cas d’Emmanuel Chaussade on parle de littérature avant tout, avec des parti-pris formels originaux et puissants ».

« Le démon de la colline au loup » de Dimitri Rouchon-Borie (Le tripode), « un bouquin au style très direct et viscéral, largement remarqué chez les blogueurs littéraires. Le premier roman d’un chroniqueur judiciaire qui raconte la confession d’un taulard auteur de crimes indicibles après en avoir lui-même subi toute son enfance. L’absence de virgules et les mots choisis rendent étonnamment juste cette voix d’autodidacte mi-victime, mi-bourreau ».

« Le palais des deux collines » a eu également des retours très positifs en France et a gagné des prix littéraires comme nous le signale la journaliste de la revue Zone critique Marion Bauer en mentionnant aussi « Le démon… » parmi les œuvres remarquées de la rentrée littéraire. 

Pourront-ils figurer dans la sélection finale québécoise ? 

Si nul n’est prophète en son pays, un auteur ou une autrice français sera bientôt consacré(e) jeune prophète émergent de la littérature sur les rives du Saint-Laurent. 

Il ou elle succèdera au lauréat 2021, David Zuckerman avec « San Perdido », et au roman extrêmement touchant de Pauline Delabroy-Allard, « Ça raconte Sarah », primé en 2020. 

Mais au fond peu importe le vainqueur tant que le plaisir de lire est au rendez-vous ! À  vos lectures

Questions à Madame Francine Bouchard, secrétaire du réseau Québec-France 

Comment avez-vous établi la sélection des treize premiers romans de cette année ?

Nous collaborons depuis 2007 avec le Festival du premier roman de Laval-en-Mayenne, initié par Lecture en Tête. Cette année Lecture en Tête avait reçu 205 premiers romans mis en lecture auprès d’une trentaine de lecteurs motivés, réceptifs à la pluralité des thèmes, écritures et styles.

De la sélection finale de Lecture en Tête, le Réseau Québec-France/francophonie a retenu les treize titres qui correspondaient aux critères de notre concours. 

Madame Blais a disparu il y a quelques mois. L’édition 2022 aura-t-elle une dimension d’hommage ? 

Nous aimerions certes que l’édition 2022 ait une dimension d’hommage et nous y travaillons car nous sommes extrêmement reconnaissants envers Madame Blais pour son accompagnement enthousiaste envers notre Prix au fil des années. Cependant l’incertitude qui plane encore sur l’organisation d’activités en présence nous maintient dans le doute quant à la forme que cela prendra. 

Quel est l’effet du prix sur les ventes de romans, et donc quelle est son influence dans le paysage littéraire québécois et français ?

Le Prix littéraire Québec-France Marie-Claire-Blais permet au lauréat de faire une tournée auprès du public et des libraires québécois, ce qui lui donne une bonne visibilité. La remise du Prix et de la bourse, en présence du Consul général de France à Québec, a habituellement lieu lors des activités printanières du Salon International du Livre de Québec où le milieu culturel et littéraire est toujours bien représenté. Notre motivation première est de soutenir la présence d’une littérature francophone vigoureuse et nous estimons que notre Prix contribue à l’essor de la carrière d’un auteur qui en est à son premier roman. 

De gauche à droite : Laurent Petitmangin (par Pascal Ito), Dima Abdallah et Salomé Berlemont Gilles (par David Poirier), trois nominés au prix littéraire Marie-Claire Blais

Auteur

  • Boris Faure est l'ex 1er Secrétaire de la fédération des expatriés du Parti socialiste, mais c'est surtout un expert de la culture française à l'étranger. Il travaille depuis 20 ans dans le réseau des Instituts Français, et a été secrétaire général de celui de l'île Maurice, avant de travailler auprès des Instituts de Pologne et d'Ukraine. Il a été la plume d'une ministre de la Francophonie. Aujourd'hui, il collabore avec Sud Radio et Lesfrancais.press, tout en étant auteur et représentant syndical dans le réseau des Lycées français à l'étranger.

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