Marches de la Liberté : un pays fracturé ?

Marches de la Liberté : un pays fracturé ?

La justice avait autorisé, vendredi, la manifestation parisienne organisée samedi. Alors que la Préfecture de police avait décidé de l'interdire pour éviter notamment la propagation du coronavirus.

Paris, Bordeaux, Lyon, Strasbourg, Marseille, Grenoble, Clermont-Ferrand, Caen… Après des manifestations samedi dernier, de nouvelles « marches des libertés » se sont déroulées samedi dans plus de soixante-dix villes, ainsi que devant les ambassades de France à La Haye, Berlin et Bruxelles selon le collectif. L'objectif : faire reculer Macron et sa majorité sur les lois sécuritaires.

La gauche unie

De concert avec Jean-Luc Mélenchon ou Olivier Faure, Yannick Jadot a demandé ce samedi que soit retirée la proposition de loi «sécurité globale». Au micro de BFMTV, il exige également le départ de Didier Lallement, sous le feu des critiques après une semaine émaillées de violences policières. 

«Ce que j'attends, c'est que le président de la République entende toutes les organisations - la commission européenne, la commission des Droits de l'homme des Nations unies, le Conseil constitutionnel, la défenseure des Droits -, toutes celles et tous ceux qui sont garants de l'Etat de droit et des libertés fondamentales, et qu'il retire cette loi de Sécurité globale, qui est liberticide»

Yannick Jadot - Eurodéputé EE-LV depuis le cortège parisien.

L'élu écologiste estime, par ailleurs, qu'en pleine crise sanitaire et économique, Emmanuel Macron «provoque une crise démocratique et institutionnelle». En cause : la création, annoncée par l'exécutif, d'une commission qui devait revoir le texte, provoquant l'ire du Parlement, et un rétropédalage du Premier ministre

Toutes les couches sociales mobilisées

Aux cotés des politiques de Gauche, très nombreux dans le cortège, c'est 133.000 personnes qui ont manifesté ce samedi en France pour s'opposer contre la loi "sécurité globale", dont plus de 45.000 à Paris. Par contre, face aux ambassades, ils furent peu nombreux, contraints, par les services de sécurité locaux de respecter les interdictions de se réunir.

En tête des cortèges dans les différentes vielles, comme à Marseille ou à Toulouse, on retrouve les avocats en colère (particulièrement nombreux), les Femen, des collectifs de sans papiers et, bien sûr, les familles victimes de violences policières. 

Mais aussi parmi les manifestants, plusieurs professionels de l'information inquiets pour la liberté de la presse. Ils étaient directeurs et directrices de l'information, producteurs ou productrices de magazine télévisé, présentateurs ou présentatrices mais aussi réalisateurs et réalisatrices et se sont tous insurgés ce samedi dans une tribune contre le «droit à la censure» de la police sur leurs reportages. 

«Les tentatives de contrôle de nos tournages par les pouvoirs publics (police, justice, administration pénitentiaire, gendarmerie notamment) n'ont jamais été aussi pressantes»

Marc-Olivier Fogiel, Yann Barthès, Laurent Guimier, Elise Lucet, Marie Drucker, Laurent Delahousse, etc.

Un exemple de «cette dérive» selon ces professionnels de l'information audiovisuelle : «Avant d'autoriser à filmer des policiers dans l'exercice de leur fonction, le service de communication de la police nationale exige désormais un droit de validation du reportage avant diffusion.» Les signataires demandent donc à cet égard la fin des «convention de tournages» «qui portent atteinte au droit de la presse» dans un contexte d'inquiétudes croissantes des rédactions comme l'illustre la contestation contre la loi «sécurité globale»

Enfin, les représentants du monde du travail et syndical étaient aussi du cortège. « Le monde nous regarde », clame Philippe Martinez de la CGT. Le leader syndicaliste, présent à Paris, a assuré avoir été contacté par « des camarades en Amérique latine, en Afrique […] qui nous disent Si vous laissez passer cette loi, quel combat, quelle action allons nous mener dans nos pays, où la répression est le lot quotidien? ».

De leur côté, les organisateurs, la coordination StopLoiSécuritéGlobale, qui rassemble notamment des syndicats de journalistes et des associations de défense des droits humains ont comptabilisé 500.000 manifestants, dont 200.000 à Paris. Au total, 70 rassemblements étaient organisés partout dans le pays.

A Bordeaux, contre la loi «sécurité globale», du jamais vu depuis les gilets jaunes

C'est selon les journalistes de l'AFP la plus importante mobilisation depuis les gilets jaunes. A Bordeaux, au moins 6000 personnes, selon la préfecture, ont défilé ce samedi contre la loi «sécurité globale». L'article 24 du texte, qui pénalise la diffusion de l'image de policiers, était la mesure la plus contestée. «Nous sommes là par rapport à la loi qui interdit de filmer les policiers. On ne peut plus filmer et après on ne pourra plus écrire ? Ne plus rien dire ? Cette loi ce n'est qu'un début», s'est par exemple insurgée selon l'agence Mathilde Fonteneau, une infirmière bordelaise venue en famille. Pour Muriel Demguillem, ancienne journaliste et syndiquée au SNJ, «l'heure est grave pour les journalistes comme pour les citoyens, c'est la liberté d'informer qui est mise en cause».

Condamnation des "dégradations"

L'organisation a "fermement" dénoncé les "quelques dégradations et violences à Paris et à Lyon, notamment "des violences contre des policiers sur la place de la Bastille" après la fin de la manifestation. La manifestation parisienne, qui s'est déroulée de la place de la République à celle de la Bastille, a donné lieu à des incidents et heurts avec les forces de l'ordre, au moment de la dispersion toujours en cours en fin de journée.

La coordination a par ailleurs affirmé que "ce mouvement n'en est qu'à ses balbutiements", annonçant que "la liesse populaire et la foule scandant des slogans heureux et pleins d'espoirs nous imposent de poursuivre ce combat dans les prochains jours pour l'Etat de droit, pour la démocratie, pour la République".

Au moins 27 gardes à vue et 46 interpellations à Paris

A 19h45, les forces de l'ordre faisaient état d'au moins 46 interpellations à Paris, selon les chiffres de la préfecture. Le parquet a également indiqué que 27 personnes avaient été placées en garde à vue à Paris.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a condamné "des violences inacceptables contre les forces de l'ordre" et a indiqué que "37 policiers et gendarmes" ont été blessés en marge des manifestations dans toute la France, selon un bilan provisoire, dont 23 à Paris. Le parquet a également indiqué que 27 personnes avaient été placées en garde à vue à Paris.

Le Sénat à la manoeuvre

En parallèle, Le président LR du Sénat Gérard Larcher a prévenu que la Chambre haute allait «clarifier» cette loi. 

«Sans doute la commission des Lois (du Sénat), mais c'est à elle d'y travailler, va clarifier le texte de cet article 24, mais aussi d'autres articles. Sans doute les sénateurs vont-ils insérer ce nouveau délit dans le Code pénal, mais sans toucher à la loi sur la presse»

Gérard Larcher président du Sénat dans Le Parisien.

Pour Gérard Larcher, la commission indépendante décidée par Jean Castex pour corriger la loi, dont la création avait provoqué l'indignation du président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, «n'a aucun intérêt». «Ce rétropédalage de vendredi soir participe à la confusion du débat», a estimé le président de la Chambre haute, le Premier Ministre y ayant renoncée.

Les images des cortèges

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