C’est la fin d’un suspense qui tenait en haleine le secteur aérien européen et de nombreux expatriés francophones. Le gouvernement portugais a officiellement tranché : le groupe allemand Lufthansa a remporté la course à la privatisation partielle de TAP Air Portugal, coiffant au poteau le groupe franco-néerlandais Air France-KLM. Cette décision marque un tournant décisif dans la recomposition du ciel européen et redessine les cartes des liaisons internationales, notamment vers l’Amérique du Sud. Mais concrètement, qu’est-ce que ce rachat signifie pour l’avenir de la compagnie portugaise et pour les Français de l’étranger qui l’utilisent régulièrement ?
Lufthansa devance Air France-KLM
L’annonce a été confirmée par le Premier ministre portugais, Luis Montenegro : Lisbonne a choisi Lufthansa pour acquérir une participation de 44,9 % dans sa compagnie nationale. Cette privatisation était devenue inévitable après la nationalisation en urgence de TAP en 2020, au plus fort de la pandémie de Covid-19. En échange d’une perfusion de 3,2 milliards d’euros d’aides publiques, Bruxelles avait imposé un plan de restructuration strict, obligeant l’État portugais à se désengager progressivement.
Jusqu’au dernier moment, Air France-KLM a pourtant cru en ses chances. Le groupe dirigé par Benjamin Smith nourrissait un projet ambitieux : faire de Lisbonne un hub exclusif et verrouiller ses parts de marché sur l’axe Europe-Amérique latine. Fin septembre, les deux géants européens avaient même soumis des offres finales améliorées, dépassant toutes deux le seuil symbolique du milliard d’euros. L’exécutif portugais avait d’ailleurs souligné que les deux propositions faisaient l’objet d’une « évaluation globale très proche ».
Cependant, c’est bien la compagnie allemande qui a su tirer son épingle du jeu, infligeant une défaite stratégique de taille à Air France-KLM, qui s’est dite « déçue de ne pas avoir été retenue », tout en saluant la qualité du dialogue avec Lisbonne.
Pourquoi Lisbonne a-t-elle préféré l’offre allemande ?
Dans cette bataille de titans, les détails financiers ont fait toute la différence. Si les montants globaux mis sur la table étaient similaires (plus d’un milliard d’euros), les modalités de transaction proposées par les deux concurrents divergeaient fondamentalement.
D’un côté, Air France-KLM a fait le choix de proposer une offre combinant du cash et des actions. De l’autre, Lufthansa a abattu une carte maîtresse : une transaction effectuée à 100 % en numéraire. Cette liquidité immédiate a rassuré le gouvernement portugais.

Par ailleurs, la santé financière du groupe allemand a lourdement pesé dans la balance. Jugée plus solide, Lufthansa a offert des garanties de stabilité cruciales pour l’avenir des quelque 7 700 salariés de la compagnie portugaise et de sa flotte d’une centaine d’Airbus. Le géant allemand ne compte d’ailleurs pas s’arrêter là. Carsten Spohr, président du directoire de Lufthansa, a clairement affiché ses ambitions : acquérir les 44,9 % du capital d’ici 2028 (pour un montant estimé à 1,025 milliard d’euros), avec pour objectif ultime de prendre le contrôle total de TAP Air Portugal dans une seconde phase, potentiellement via un échange d’actions.
Un bouleversement stratégique pour le ciel européen et sud-américain
Pour Lufthansa, cette acquisition est une victoire éclatante qui s’inscrit dans une logique de basculement géographique majeur. Traditionnellement très puissant sur les liaisons vers l’Asie et l’Amérique du Nord, le groupe allemand souffrait d’un déficit de présence sur le marché sud-américain.
Avec TAP Air Portugal, Lufthansa met la main sur une pépite : le premier transporteur européen pour les liaisons vers le Brésil. Forte de plus de 90 vols hebdomadaires vers 11 destinations brésiliennes, ainsi que d’un ancrage historique en Afrique lusophone, TAP va permettre à Lufthansa de faire bondir sa part de marché en Amérique du Sud de 9 % à environ 20 %. C’est également la première fois que le groupe (qui possède déjà Swiss, Austrian Airlines, Brussels Airlines, Eurowings et 41 % d’ITA Airways) acquiert une compagnie aérienne déjà rentable, avec des synergies annuelles nettes espérées à hauteur de 450 millions d’euros.
De son côté, Air France-KLM (qui intègre actuellement la scandinave SAS) voit s’échapper une occasion en or de consolider son leadership sur les liaisons transatlantiques sud. La privatisation de TAP confirme ainsi la recomposition accélérée de l’aérien en Europe, où une poignée de méga-groupes se partagent désormais le marché.
Quelles conséquences pour les Français de l’étranger ?
Pour les expatriés français résidant au Portugal, au Brésil, ou voyageant fréquemment entre la France et l’Amérique du Sud, cette issue modifie les perspectives esquissées il y a quelques mois.
Si Air France-KLM avait remporté la mise, TAP aurait très certainement basculé vers l’alliance SkyTeam. Les membres du programme Flying Blue auraient alors pu accumuler et dépenser leurs miles sur l’ensemble du réseau TAP, un avantage colossal pour les expatriés francophones.
La victoire de Lufthansa signifie au contraire que TAP Air Portugal restera (et s’intégrera encore plus profondément) au sein de Star Alliance. Les voyageurs fidélisés devront donc continuer à privilégier le programme Miles & More du groupe allemand pour maximiser leurs avantages.
Réseau et correspondances : le modèle allemand
Le projet d’Air France-KLM prévoyait d’optimiser les correspondances via Paris-CDG et de déployer potentiellement Transavia pour étoffer les offres. Avec Lufthansa aux commandes, la dynamique sera différente. Les voyageurs au départ de Lisbonne ou de Porto bénéficieront de connexions renforcées vers les méga-hubs de Francfort et Munich.
Pour un Français expatrié au Brésil souhaitant rentrer en France, les itinéraires passeront probablement de plus en plus par Lisbonne puis les hubs allemands, ou nécessiteront de s’en remettre aux accords de partage de codes intra-européens pour rejoindre directement Paris ou la province depuis la capitale portugaise.
Tarifs et concurrence
Malgré cet échec, Air France-KLM reste un acteur majeur au Portugal. La concurrence entre le groupe français et le groupe allemand renforcé devrait se maintenir, ce qui est généralement une bonne nouvelle pour le consommateur. La rationalisation attendue (450 millions d’euros de synergies) pourrait permettre à TAP de proposer des tarifs compétitifs, tout en montant en gamme sous l’impulsion des standards de qualité de Lufthansa.
En définitive, la victoire de Lufthansa garantit à la compagnie portugaise un avenir solide et préserve Lisbonne comme une porte d’entrée incontournable de l’Europe. Si les Français de l’étranger devront faire une croix sur les avantages du programme Flying Blue appliqués à TAP, ils pourront néanmoins compter sur un réseau aérien renforcé, capable de les connecter plus efficacement que jamais entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques.







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