Les Français aiment l’armée, mais à la diète.

Les Français aiment l’armée, mais à la diète.

avril 12, 2019 0 Par Laurent Dominati

Les résultats du grand débat sont en ligne. On attend les propositions du gouvernement, mais les Français, si l’on considère que les réponses apportées sont représentatives, ce qui n’est scientifiquement pas le cas, reflètent néanmoins de fortes contradictions.

Les Français sont d’accord pour réduire la dépense publique (75%) et avant tout les dépenses de l’Etat (56%). Et dans les dépenses de l’Etat, d’abord les dépenses militaires (28%, première réponse). Cela ne correspond pas aux réalités budgétaires puisque les dépenses de l’Etat sont très largement inférieures aux dépenses sociales, et les dépenses régaliennes, dont celle de la défense, très réduites par rapport à l’ensemble des dépenses (6% seulement).

Mais les Français, avec un certain bon sens, veulent bien que l’on réduise les dépenses, quand elles ne les touchent pas directement. Ils ont remarqué que, malgré la guerre contre le terrorisme, les menaces d’une guerre classique sont faibles, à tel point que le gouvernement utilise l’armée pour surveiller des bâtiments publics, en supplétifs de policiers épuisés par les casseurs des Gilets jaunes. Drôle de guerre.

Rarement le budget militaire n’a été aussi faible par rapport aux dépenses publiques.  Pourtant la France est un des pays qui dépense, en Europe, le plus pour son armée. L’armée française intervient sur de très nombreux théâtres d’opérations, la France est une des puissances les plus interventionnistes du monde.

141 militaires ont perdu la vie au cours d’une opération extérieure au cours des dix dernières années. Ce n’est le cas pour aucun autre pays européen. Afghanistan, Mali, Côte d’Ivoire, Centrafrique, Syrie, Liban, Mozambique, les théâtres d’opération sont multiples. Les blessés nombreux, 8000 hommes sont en mission en moyenne chaque année. Au delà de leur nécessité ou de leur utilité, la France se donne-t-elle les moyens de ses interventions ?

Sur les 27 Etats membres de l’Otan, huit seulement, dont la France, approchent le seuil des 2% du PIB consacrée à la défense. S’ils respectaient ce chiffre, les Européens dépenseraient 100 milliards de plus pour leurs armées. Ce qui explique que les Américains fustigent les Européens, et notamment l’Allemagne, prétendant porter seuls le fardeau de la défense européenne, ce qui est faux.

Les dépenses américaines pour la défense de l’Europe représentent, selon les chiffres du Pentagone, 35 milliards de dollars en 2018, soit 5.6% du budget militaire américain. Quant aux dépenses des pays européens de l’Otan, elles se montent à 264 milliards de dollars. L’Europe est donc capable de se défendre seule.

Voilà pourquoi le thème de la défense européenne refait surface. L’Initiative européenne de défense, hors Union Européenne, mobilise 10 pays, dont le Royaume-Uni. Et la Commission a mobilisé un Fonds européen de défense qui devrait être doté de 13 milliards d’euros pour la période 2021/2027.

Les Français anticiperaient-ils la mise en place progressive d’une « défense européenne », pensant que nos voisins, notamment les Allemands, viendraient dépenser un peu plus pour la défense commune ? Ou pensent-ils que la France intervient trop hors de ses frontières, pour des résultats incertains ? Ils applaudiraient l’armée, mais lui mesureraient ses moyens ? Plus simplement, les Français voient les services publics près de chez, et ne voient pas l’armée quand elle est au loin.

Les budgets alloués aux missions régaliennes de l’Etat sont faibles. C’est le cas pour l’armée, compte tenu des missions qui lui sont confiées, comme pour la justice, la police ou la diplomatie. Où place-t-on l’éducation ? Ce serait une grande erreur de rogner sur ces dépenses. Cela n’a été que trop le cas. Il suffit de regarder la misère de la justice par rapport aux autres pays européens. Mais peut-être le grand débat a-t-il évité la question principale : à quoi doit servir l’Etat ? A être actionnaire de Renault et de Peugeot ou à faire voler des avions Dassault -dont il n’est pas actionnaire ? La confusion ne serait-elle pas dans les têtes avant de l’être dans les rues ?

Laurent Dominati

Editeur

A.Ambassadeur de France

A. Député de Paris

 

 

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