Les citoyens de l’UE issus de l’immigration confrontés à des difficultés pour voter aux élections européennes

Les citoyens de l’UE issus de l’immigration confrontés à des difficultés pour voter aux élections européennes

Les citoyens de l’UE issus de l’immigration sont perçus comme des « étrangers » dans la société européenne, ils ont tendance à rester à l’écart de la politique, à moins voter ou à ne pas se présenter comme candidats pour les prochaines élections européennes, explique une association qui s’occupe des citoyens européens issus de l’immigration, dans un entretien accordé à Euractiv.

Diaspora Vote (dont le nom officiel est #DiasporaVote!) est une association qui encourage les citoyens européens issus de l’immigration à participer à la politique à tous les niveaux, du fait de voter aux élections à la présentation de candidatures. L’association a commencé son travail pour la campagne des élections européennes, qui se tiendront en juin.

L’organisation souhaite une représentation effective dans le débat public et l’élaboration des politiques, et fait campagne pour que les promesses électorales des politiques soient tenues.

À l’heure actuelle, il n’existe aucune donnée sur les citoyens de l’UE issus de l’immigration, bien que l’association ait milité pour que ces informations soient recueillies

Anti-immigration et marginalisation

La propagande anti-immigration, principalement celle des partis d’extrême droite qui montent en puissance en Europe, pointe du doigt non seulement les ressortissants étrangers venant d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie centrale, mais aussi les citoyens de l’UE issus de l’immigration.

L’association dénonce le modèle établi de la marginalisation par la discrimination des personnes issues de l’immigration qui possèdent la citoyenneté européenne.

Dans ce contexte, il est de plus en plus difficile pour cette communauté de participer à la vie politique, tant au niveau national qu’européen, affirme l’organisation.

Euractiv s’est entretenu avec plusieurs militantes de Diaspora Vote, qui ont toutes demandées à n’être citées que par leur prénom.

« Nous sommes discriminés en raison de la couleur de notre peau ou de notre religion. Cela entraîne un rétrécissement de l’espace civique », a déclaré Imtinen, une activiste de l’association.

« En tant que citoyenne musulmane en France, je ne pense pas que ma voix soit entendue. Je ne vois pas beaucoup d’occasions d’exprimer mes opinions, en raison de ce que je représente », a-t-elle ajouté, précisant que la marginalisation fait partie du problème du manque de participation et de représentation.

Zainab, une autre activiste née au Maroc et arrivée en Italie à l’âge de trois ans, a déclaré à Euractiv que « bien que j’aie grandi en Italie, et ai fait mes études ici, je suis toujours considérée comme une étrangère, une marginale. Ils considèrent que les gens comme moi ne sont pas Italiens, même si [les personnes issues de l’immigration] parlent la langue et se sentent italiennes ».

« Si vous ne vous sentez pas membre de la société, si vous vous sentez exclu, pourquoi devriez-vous voter aux élections ? », a ajouté Zainab, tandis que Marianna a souligné qu’il était « encore plus difficile que nous nous imaginions candidates ».

élections européennes
À l’heure actuelle, il n’existe aucune donnée sur les citoyens de l’UE issus de l’immigration en Europe, bien que l’association ait fait campagne pour que ce type de données soit recueilli. [WAYhome studio/Shutterstock]

Tokénisme

Bien que seulement 3 % des membres élus au Parlement européen soient des personnes issues de la diversité, l’association n’identifie pas ce type de représentation comme son objectif principal, car cela deviendrait facilement du « tokénisme ».

Il est fréquent de faire l’association entre représentation de la diversité et tokénisme, selon les militantes de Diaspora Vote.

Le tokénisme est une pratique dans laquelle seuls des efforts symboliques sont déployés dans le cadre des processus de représentation. Un exemple connu, dans le monde du travail, est le fait de recruter un petit nombre de personnes issues de groupes sous-représentés afin de donner l’impression d’une certaine diversité.

Selon l’association, il est nécessaire qu’un débat sur une réelle représentation de la diversité en politique soit ouvert, afin qu’il y ait un effet sur l’élaboration des politiques publiques.

« La représentation devient presque synonyme de tokénisme. On prend quelqu’un qui nous ressemble [les personnes issues d’immigration en dehors des frontières de l’UE] et qui semble parler comme nous, mais qui n’a pas de valeur ou d’expérience réelle. Il est facile de dire que quelqu’un comme Priti Patel ou Rishi Sunak représentent les gens de notre milieu, alors que leurs politiques disent le contraire », explique Alimat, une autre militante.

M. Sunak et Mme Patel, respectivement Premier ministre et ancienne ministre de l’Intérieur du Royaume-Uni, ont en effet adopté une doctrine anti-immigration avec des politiques frontalières strictes et un discours nationaliste fort à la suite du référendum sur le Brexit.

Tous deux sont issus de l’immigration.

« J’attends d’un représentant politique qu’il remette en question le discours dominant et qu’il s’occupe davantage des vraies questions, et qu’il s’occupe des communautés minoritaires et de la classe ouvrière », a déclaré la militante Kel, avant de souligner la déconnexion de la politique avec la vie réelle et l’absence d’un récit alternatif face aux discours d’extrême droite, qui ont construit un consensus autour d’un récit anti-migratoire.

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