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Les leçons d’une canicule

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Les leçons d'une canicule

La répétition des vagues de chaleur extrême en Europe témoigne d’un changement climatique qui semble s’accélérer, voire devancer les scénarios considérés, il y a encore quelques années, comme les plus pessimistes par les climatologues. Le coût de ces épisodes augmente en raison de leur accumulation et de leur intensité croissante. Les pertes de productivité, les difficultés rencontrées dans le bâtiment, l’agriculture ou les transports, la hausse de la consommation d’électricité, les dommages causés aux infrastructures et l’augmentation des dépenses de santé représentent une facture de plus en plus lourde. Le coût économique de la canicule de la fin du mois de juin, en France, peut être estimé entre 0,1 et 0,5 point de produit intérieur brut, soit plusieurs milliards d’euros. À l’horizon du milieu du siècle, si les vagues de chaleur se multiplient, leur coût cumulé pourrait atteindre plusieurs points de PIB chaque année.

Une canicule qui ne doit rien au hasard

Cette évolution n’est pas le fruit du hasard. Depuis le début du XIXᵉ siècle, l’humanité a connu une expansion sans précédent. La population mondiale est passée d’environ 1 milliard d’habitants en 1800 à plus de 8,2 milliards en 2026. Selon les projections des Nations unies, elle devrait culminer autour de 10,3 milliards d’habitants dans les années 2080, avant de se stabiliser puis de diminuer légèrement. Cette croissance démographique s’est accompagnée d’une progression encore plus spectaculaire de la consommation d’énergie. La puissance énergétique mobilisée par habitant est passée d’environ 200 watts au début du XIXᵉ siècle à près de 2 500 watts aujourd’hui. La production totale d’énergie de l’humanité a été multipliée par plus de 100, sous l’effet conjugué de la croissance de la population et de celle de la consommation individuelle. Les émissions mondiales de dioxyde de carbone d’origine fossile sont passées d’environ 0,2 gigatonne au milieu du XIXᵉ siècle à 38,1 gigatonnes en 2025. Cette formidable expansion énergétique a permis une amélioration spectaculaire du niveau de vie, mais elle est également à l’origine de l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

L’objectif de limiter durablement le réchauffement climatique à 1,5°C apparaît désormais hors de portée. Les scénarios les plus crédibles convergent vers un réchauffement proche, voire supérieur, à 2°C au cours du siècle, avec des conséquences dont l’ampleur demeure difficile à apprécier. L’Europe figure parmi les régions du monde où le réchauffement est le plus rapide, tandis que le bassin méditerranéen est identifié comme l’un des principaux foyers de vulnérabilité climatique.

3 chemins, une destination pour l’humanité

Face à cette mutation environnementale, trois trajectoires apparaissent possibles. La première consiste à privilégier l’adaptation. Elle revient à considérer que le réchauffement est désormais largement inéluctable et qu’il convient avant tout d’en limiter les conséquences. Cette stratégie suppose des investissements massifs dans les infrastructures, une profonde transformation de l’urbanisme, une évolution des pratiques agricoles ainsi qu’une gestion renouvelée des ressources en eau. Elle implique également d’accepter une multiplication des déplacements de populations, une pression croissante sur les ressources naturelles et des tensions géopolitiques susceptibles de peser durablement sur la croissance mondiale. La deuxième voie repose sur une accélération de la décarbonation conformément aux objectifs des Accords de Paris. Elle exige une coopération internationale d’une ampleur rarement observée dans l’histoire. Les engagements devraient être respectés par l’ensemble des grands émetteurs, ce qui paraît aujourd’hui difficile tant les intérêts nationaux divergent. Le retour des États-Unis vers une politique climatique plus réservée sous l’impulsion de Donald Trump fragilise cette perspective.

Image d'illustration d'un travailleur pendant la canicule
Image d’illustration d’un travailleur pendant la canicule

Dans le même temps, les pays émergents, en particulier africains, devront concilier une forte croissance démographique, des besoins considérables en infrastructures et un développement économique compatible avec la neutralité carbone. Ils rappellent que les pays industrialisés, responsables de l’essentiel des émissions accumulées depuis deux siècles, se sont engagés à accompagner financièrement leur transition énergétique, engagement qui tarde à se matérialiser. La troisième voie, sans doute la plus ambitieuse, consiste à faire de l’innovation technologique un levier majeur de la lutte contre le changement climatique.

Les révolutions industrielles ont profondément transformé les conditions de vie de l’humanité ; elles ont également créé les déséquilibres climatiques actuels. Les progrès scientifiques pourraient désormais fournir une partie des solutions. Le captage direct du CO₂ dans l’atmosphère, le stockage géologique du carbone, les nouveaux matériaux capables d’absorber le dioxyde de carbone, les carburants de synthèse, les petits réacteurs nucléaires, la fusion nucléaire, l’électrification accélérée des usages, l’altération accélérée des roches ou encore certaines techniques de géo-ingénierie figurent parmi les pistes actuellement explorées.

La Chine investit déjà massivement dans plusieurs de ces domaines, convaincue que la maîtrise de ces technologies constituera un avantage stratégique autant qu’industriel. L’intelligence artificielle pourrait également modifier profondément les perspectives. Grâce à des capacités de calcul inédites, elle permettra d’optimiser les réseaux électriques, d’améliorer les modèles climatiques, d’accélérer la découverte de nouveaux matériaux ou encore de concevoir des systèmes énergétiques plus sobres et plus performants.

Un défi commun

Le changement climatique constitue probablement le plus grand défi collectif, avec celui des grandes épidémies, auquel l’humanité est confrontée depuis son entrée dans l’ère agricole. Il ne sera relevé ni par le seul renoncement, ni par la seule contrainte. Comme souvent dans son histoire, l’humanité devra conjuguer volonté politique, coopération internationale, puissance industrielle et imagination scientifique. C’est à ce prix qu’elle pourra transformer une menace existentielle en nouvelle étape de son développement.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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