L’économie française sur un fil

L’économie française sur un fil

En période de paix, l’économie mondiale n’avait jamais connu un arrêt sur image, une mise en cap. La crise économique n’en est pas réellement une car elle n’est pas le fruit d’un déséquilibre. Elle est la conséquence d’une décision humaine de privilégier la vie quitte à dégrader l’exercice des activités marchandes afin de ne pas saturer les services de réanimation des établissements de santé. Dans ce contexte, les schémas d’analyse issus des précédentes crises sont, en grande partie, inopérants. 

Ils le sont d’autant plus que les gouvernements ont décidé de mettre en place un arsenal sans précédent destiné à soutenir l’économie. La singularité de cette situation économique explique sans nul doute le fait que les experts éprouvent les pires difficultés pour apprécier l’évolution de la croissance. L’exercice est d’autant plus délicat que l’épidémie connaît plusieurs vagues qui obligent les pouvoirs publics à pratiquer des stop and go. Ces derniers doivent arbitrer en permanence entre la santé, l’économie et le bien-être de la population.

Vers une gestion plus fine de la crise 

Au fil des semaines, face au coût croissant du « quoi qu’il en coûte » et au vu de l’état moral de l’opinion, l’idée d’une gestion plus fine de la crise sanitaire de l’épidémie en évitant de recourir au confinement semble s’imposer au sein de plusieurs pays occidentaux dont en particulier la France et l’Espagne. Depuis le mois de mars, l’économie française a démontré à deux reprises sa forte capacité de rebond après un confinement avec un taux de croissance de plus de 18 % au troisième trimestre et un mois de décembre marqué par un rapide et important rebond de la consommation.

Une reprise forte est possible 

Les prévisionnistes ont, par deux fois, été surpris par la vigueur de la reprise. L’écart du PIB à son niveau d’avant-crise était, selon l’INSEE, de -8% en novembre, soit quatre fois moindre qu’en avril. L’écart a été réduit de moitié en décembre. La production industrielle n’a quasiment pas été affectée, et les services ont mieux résisté que prévu. Le déficit d’activité a essentiellement concerné les secteurs affectés par les fermetures administratives, les commerces, les loisirs, la restauration, etc. L’hébergement et les transports ont, par ricochet, également été concernés. L’investissement et le commerce extérieur ont mieux résisté qu’attendu. La consommation des ménages s’est contractée de 15 % novembre avant de connaître un fort rebond en décembre. Le mois dernier, elle était seulement de 4 % inférieur à son niveau d’avant crise malgré la fermeture des restaurants et des lieux de loisirs. 

Au cours du dernier trimestre de l’année dernière, les ménages ont accru leurs achats de biens d’équipements électriques et électroniques (+13 % au-dessus du niveau d’avant crise). Ils continuent à se doter d’ordinateurs et de tablettes qui peuvent être utilisés dans le cadre du télétravail. Ils réalisent également des dépenses pour l’amélioration de leur logement. Dans les services aux ménages, même si la consommation est restée fortement déprimée au quatrième trimestre, la perte de consommation s’est révélée moins forte que prévu (-27 % par rapport au niveau d’avant-crise contre une prévision de -36 %). Les Français étant en télétravail ou en chômage partiel recourent moins à des employés à domicile pour garder les enfants ou réaliser le ménage.

L’épargne renforcée 

Les couvre-feux et le report des soldes ont, en revanche, entraîné un nouveau recul. La consommation serait inférieure pour le premier mois de janvier de 7 % à son niveau d’avant crise. La consommation de services marchands en janvier serait 14 % en deçà de son niveau d’avant-crise. Dans la construction, les dépenses des ménages auraient rejoint leur niveau d’avant-crise, tout comme dans les services principalement non marchands. 

Par ailleurs, les ménages estiment qu’il est opportun, au vu des incertitudes économiques et sanitaires, de renforcer leur épargne de précaution, ce qui pénalise, par nature, la consommation. 

De son côté, l’activité industrielle a mieux résisté que prévu en novembre, en particulier dans la fabrication d’équipements et de machines et dans le textile-habillement-chaussure, la chimie ou encore la métallurgie. Elle a cependant reculé en décembre, peut-être en lien avec une situation sanitaire qui s’est alors dégradée chez nombre de nos partenaires. Sur l’ensemble du trimestre, la perte d’activité industrielle par rapport au quatrième trimestre 2019 s’est établie à -5 %. La construction a connu repli de -6 %. En janvier, la production se situerait à environ -4 % par rapport à son niveau d’avant crise (quatrième trimestre 2019), stable par rapport au mois de décembre. Les nouvelles mesures sanitaires auraient peu d’effet sur la production. Une légère progression est notée dans l’industrie. Dans les services non affectées par les fermetures administratives, la production serait sur un palier. 

Avec un durcissement des mesures sanitaires dans l’ensemble de l’Europe, les échanges extérieurs se seraient contractés au mois de janvier. Le Brexit a également réduit les exportations avec le Royaume-Uni d’autant plus que les entreprises de ce pays avaient constitué d’importants stocks en amont. 

Si le gouvernement maintient un pilotage sans confinement d’ici la fin du mois de mars, la croissance du premier trimestre serait, selon l’INSEE, de l’ordre de 1,5 %. En cas d’un confinement d’un mois, le PIB stagnerait. En cas de confinement plus dur, le PIB renouerait avec la baisse (environ -1%). L’institut statistique espère le retour au deuxième trimestre du PIB à son niveau du troisième trimestre 2020 permettant de garantir un acquis de croissance se situant autour de 4 à 5 %.

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