Le soft power français de la Croisette aux Jeux olympiques

Le soft power français de la Croisette aux Jeux olympiques

2024 est une année française ! En effet s’ouvre avec le festival de Cannes une séquence particulière pour notre pays ! Les regards du monde entier vont être braqués sur l’hexagone depuis la Croisette, où le gratin du cinéma mondial se retrouve dès aujourd’hui, jusqu’aux Jeux olympiques qui se termineront au cœur de l’été ! Le soft power français est à l’œuvre.

En effet, la France reste une nation emblématique d’Europe occidentale. Elle ne cesse d’exercer une influence notable à l’échelle internationale, grâce à diverses facettes de son soft power. Ce terme désigne la capacité d’un pays à influencer les autres nations par des moyens non coercitifs, tels que la culture, la diplomatie, et la politique étrangère.

Cannes, premier festival au monde

Aucun autre festival de cinéma au monde ne suscite autant de suspense, d’impatience, d’excitation, voire d’hystérie que celui de Cannes. Mais aussi, c’est là que se tient le premier marché cinématographique au monde. Il contribue au dynamisme de l’industrie avec plus de 12 500 participants chaque année.

Cependant, le cœur de métier du Festival reste la compétition de la Sélection officielle pour la Palme d’or. Chaque année, une quinzaine de films sont sélectionnés et vus par un jury de professionnels (réalisateurs, acteurs, journalistes, écrivains…) qui décerne une série de prix sous la direction d’un président. La sélection officielle, assurée par le délégué général du Festival (Thierry Frémaux depuis 2004) nourrit les ambitions des réalisateurs et producteurs du monde entier et oriente fortement le calendrier de production des films qui, s’ils veulent être choisis, doivent être soumis au Festival avant le mois d’avril.

Dans un secteur à l’économie très capitalistique où peu de films sont produits chaque année, le nombre de productions susceptibles d’être sélectionnées en festival est relativement restreint, ce qui crée une forte concurrence entre les festivals de cinéma internationaux (notamment Venise, Berlin, et depuis quelques années Toronto) sur le cinéma dit « d’auteur » et au-delà. Cette compétition est exacerbée par la nécessaire exclusivité des films présentés, qui doivent être proposés en première séance (à la différence des Oscars qui célèbrent les films sortis durant l’année passée) et s’exerce même entre les différentes sélections du Festival. Le prestige de la Palme d’or, le rayonnement médiatique de l’évènement lui-même (entretenu par la venue des stars des films), et le label que représente le Festival (symbolisé par le logo apposé sur les affiches et en ouverture de chaque film) permettent ainsi de faire parler des films au moment de l’évènement, de soutenir leur promotion plus tard lors de leur sortie en salle, et d’accroître leur valeur marchande lors des ventes des droits internationaux.

Le succès du Festival tient donc à l’attractivité de sa compétition, renforcée par un habile melting pot cinématographique qui introduit des films plus grand public dans la programmation (les films hors compétition et les séances spéciales par exemple) et crée ainsi de l’attention. Celle-ci se cristallise autour de la célèbre montée des marches du Palais des festivals et des Congrès de Cannes. Ces quelques pas sur l’escalier monumental sont un défilé du soft power des États dont les stars foulent le tapis rouge. Cela permet aux États les mieux dotés en célébrités d’exister sur un mode ‘glamour’ dans la constellation des nations . Ainsi peut-on affirmer que la montée des marches lors du Festival de Cannes est au soft power ce que le défilé militaire est au hard power d’un État. Dans les deux cas, il s’agit d’une démonstration de puissance orchestrée.

In fine, sans aucun doute, la Croisette est the place to be, pendant les deux prochaines semaines, pour voir défiler les célébrités et les légendes du cinéma et pour débattre autour des sujets qui émeuvent le monde d’aujourd’hui.

JO Paris 2024

La tenue d’événements sportifs planétaires reste un outil de soft power puissant comme l’a montré l’organisation de la coupe du monde de football au Qatar où la logique de la compétition sportive a fini par faire oublier les critiques initiales en matière de droits de l’homme ou d’impact environnemental.

Mais la position d’un pays comme le Qatar est différente de celle de la France et le contexte actuel semble plus que jamais marqué par la guerre en Ukraine, par l’embrasement du conflit entre Israël et le Hamas et par une crise environnementale qui illustre un profond changement d’époque et interroge notre modèle de croissance. L’organisation des JO de Paris ne vise pas à installer la France sur l’échiquier international ou à prouver sa capacité à organiser un événement de cette ampleur. Dans son cas, le défi est celui de confirmer un statut et de faire des JO un événement festif et inclusif sans scandale majeur et respectant les contraintes environnementales et socio-économiques actuelles.

Et la France le relève car les enjeux des JO Paris 2024 dépassent le cadre sportif. C’est d’abord un enjeu en matière d’image. L’organisation des compétitions comme celle des déplacements, la sécurité des 15 000 athlètes comme celle des 15 millions de spectateurs attendus, la qualité de l’accueil du public comme la capacité des Français à s’enthousiasmer pour l’événement seront des éléments cruciaux pour faire de ces JOP un succès. La France, qui a parfois tendance à négliger son soft power, ne peut pas se permettre de rater cette occasion. Alors que le fiasco de l’organisation de la finale de la Ligue des champions de football à Paris, en mai 2022, a été du plus mauvais effet, le pays part avec un handicap qu’il faut combler.

Le deuxième enjeu consiste à démontrer que Paris peut échapper à la « malédiction » des villes organisatrices des Jeux, qui, quasi sans exception, ont viré au gouffre financier. Dans un rapport, la Cour des comptes estime que l’équilibre budgétaire peut être tenu, bien qu’il n’existe « aucune marge de manœuvre substantielle », faisant planer la menace d’un « impôt JO » en cas de dérapage. Si les recettes sont, pour l’essentiel, au rendez-vous, qu’en sera-t-il pour les dépenses ?

Troisième enjeu, trop souvent négligé : la dimension sociétale des Jeux. Paris 2024 est une occasion qu’il ne faut pas manquer pour donner au sport plus de place dans la société. La France accuse un retard dans ce domaine par rapport aux autres pays développés. Facteur de santé, de cohésion sociale, d’insertion, la pratique sportive doit être mieux prise en compte à l’école, à l’université, dans les banlieues, dans l’entreprise… À condition de se donner les moyens de créer cette impulsion. Celle-ci reste encore bien timide, même si l’élan constaté, pour recruter les milliers de volontaires indispensables à l’organisation des JOP et lors de l’arrivée de la flamme à Marseille, constitue un signal positif en matière d’engagement.

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